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Full text of "Collection des mémoires relatifs à l'histoire de France, depuis la fondation de la monarchie française jusqu'au 13 siècle"

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V 



COLLECTION 



DES MEMOIRES 



KELATIFS 



A L'HISTOIRE DE FRANCE. 



HISTOIRE DE UEGUSE DE RHEIMS, 
PAR FRODOARD, 



PARIS* IHPRIMERIE DE LBBEL, 
Imprimciir du Roi, rue d'EIrfbrthy n t. 






COLLECTION 



DES MEMOIRES 



RELATIFS 



A L'HISTOIRE DE FRANCE , 

DKP17IS X.A rOKDATIOir DK I.A MONARCHIK PRANCAI8S /USQu'aU 1 3* S;icut; 

AYSC CrifE IlfTRODUGTION, DES SUPPLI^MBITS , DES NOTICES 

ET DES NOTES; 

Par M. GUIZOT, 

PROFSSSKUR d'hXSTOXRK MODERHS A l'aCADEMXB DK PARIS. 




A PARIS, 

CHEZ J.-L.-J. BRIERE, LIBRAIRE, 

HtJE SAIKT-ANDRi-^DES-ARTS , N® 68. 

1824. 



NOTICE 



SUR 



FRODOARD. 



Apr£s les Memoires que nous avons d^j^ public ^ 
il est inutile, je pense, d'insister ici sur les motifs 
qui nous ont determines ^ insurer dans notre col* 
lection YHistoire de VltgUse de Bheims de Fro- 
doard. Quiconque a lu Gr^goire de Tours, Fr6d6- 
gaire, la Fie de saint Liger, les Annales de saint 
BertUi y sait que , du yi® au Xe siecle , la veritable 
histoire de la soci^te est dans celle des eglise& La 
seulement on apprend a connaitre I'^tat du peu- 
ple, ses sei^timens, ses idees, les influences qui le 
dominaient, les habitudes de la vie commune, 
tout ce qu'on chercherait vainement dans les chro- 
niques consacrees au recit des guerres et de la vie 
des rois. Quels ne seraient pas les transports, non 
seulement? dfes erudits , mais de tons les hommes 
eclaires et curieux, si quelque histoire des tem- 
ples de Delphes ou d'Ephese venait a se decouvrir 
aujourd'hui ? Avec quelle avidite on y lirait les 



ij * NOTICE 

miracles d'ApoUon ou de Diane , les descriptions 
des ceremonies religieuses, les aventures de la de- 
votion populaire, tons les details r6els et vivans 
de cette mythologie que nous ne connaissons 
guere que par les poetes et les philosophes ! A 
part toute assimilation profane, c'est sur notre 
propre religion que nous possedons de tels mo- 
numens ; et I'ouvrage de Frodoard est sans con- 
tredit le plus instructif de tons , car c'est I'histoire 
la plus detaillee de Teglise la plus importante de 
I'ancienne France; c'est la vie des plus illustres 
ev^ques de cette epoque, ecrite par le mieux in- 
forme et le plus soigneux des chroniqueurs. 

Frodoard ou Flodoard,car les manuscrits va- 
rient sur son nona % naquit en 894 a Epernai; 
le celebre Hincmar, mort douze ans auparavant, 
avait rendu au siege de Rheims tout I'eclat dont il 
avail brille, a la fin du v® siecle, sous le gouverne- 
ment de saint Remi. NuUe part les ecoles n*etaient 
plus florissantes ; nulle ^glise n'etait plus intime- 
ment associ^e aux affaires de I'Etat. Apres avoir 
fait ses 6tudes a Rheims , Frodoard obtint succes* 

I On le trouve designe sous les noms de Frodoard, Flodoard, 
Flohard, Floard et Flavald. Contre Topimon de Couvenier, 
le meilleur de ses editeurs, nous avons adopte le nom de 
Frodoard , parce qu'il est plus conforme k i'idiome germa- 
nique , et que tout nous porte k croire (jue Frodoard etait 
germain d'origine. 



sun FRODOARD. i^ 

sivement Testime et la confiance des archeveques 
H^rivee, S^ulphe et Artaud. D'abord garde des 
archives de la cathedrale, ensuite chanoine, puis 
cure de Cormicy, k trois lieiies de Rheims ; plus 
tard abbe d'un monastere situ^ dans le meme dio- 
cese, mais dont le nom est incertain ■ ; enfin ^lu 
en 95 1 a I'evech^ de Noyon , si^ge qu'emporta sur 
lui , malgre I'election populaire et par la faveur 
de Louis d'Outre-mer, son comp6titeur Foucher, 
raoine de Saint-M^dard de Soissons, il fut mele, 
dans le cours d'une longue vie , aux plus impor- 
tantes intrigues du x^ siecle, connut la plupart 
des horames qui y jouerent un role , et eut k sa 
disposition , tant sur le pass6 que sur son propre 
temps , tous les n^yens de se bien instruire. Des 
voyages lui fournirent meme de nouvelles occa- 
sions d'etendre ses connaissances et ses id^es; en 
936, Farcheveque Artaud Tenvoya en Italie, ou sa 
reputation avait d^ja p6n6tre, et il y re9ut du 
pape Leon vii le plus gracieux accueil ; en 947 et 
948 il accompagna le meme prelat aux conciles 
de Verdun , de Mouzon , dlngelheim et de Treves. 
Tout indique que, dans ces diverses missions, sa 
capacite reconnue lui valut plus d'influence que 
son rang dans I'Eglise ne semblait lui en attri- 

I On hesite entrc les monasteres de Saint-Remi, Saint- 
Thierri , Saint-Basle, Orbay et Haut-Villiers. 



iv W?¥2E. 

hlier ; ^t S9; €onstaat<f $4^IMl^ ^ Varqh^veqy^ A.r- 
tavid^ d0.QS 1^ qoi^retle^, d^ celuir^i ave^ son. com- 
p^ljitem* leagues, doi^e lieu d/e bi^n pr^sumer de 
son caract^re, car elle l.ui attira de& persecutions, 
et inline ea 940 un empri^imement , qi^ ne pu- 
iieni; rebranler. II parait qj^'a dater de I'an 9^^4,9 
las d'uoe vie si agit^e, il ne spngea plus, comme 
faisa^nt alors I4 plupart des hommes. distingues , 
qu'a se livrer, d^n^ le i;Qonastere qu'il dirigeait, 
au^ soiDs de l^etude et de la piete. 11 se demit 
meme en 96.3 de 1^ cl^rge d'^bbe^.et son neveu, 
de ineme nom que lui , fut ^lu k ^a plaipe. , i^pres 
trpis, ai9is d'une^ ret^aite absplue , le 2^ mars 966 , 
l^rodoard mourut, laissant la reputation de I'un 
des. plus sj^vaps l^ommes.et des meilleurs pr^tres 
dp son temps ; c'est ce qu'atteste, outre le t^moj- 
gnage dp tous ses contemporain^, uue ^pitaphe en 
vi^ux vers, f^an/^ais, dont la date precise ne sau- 
rait etre assignee , mais qui est a coup sur d'une 
baute antiq^ite , car George Couvenier, le dernier 
edjiteur de VHistoire de I'^gUse de BheimSy I'a 
trouv^e dans un des plus ^nciens manuscrits ; elle 
porte : 

Si tiveu.de Rein scayoir U evesque 
Lye le temporaire de Flodoon le Saige. 
Yl es mor du tain d'Odalry evesque 
£t fu d'Espernay ne par parentaige. 



SUR FROOOARD. V 

V^qilit.Q<l9te qWrOy |^on> moine , meiileu abbe , 
.£); 4'Agapit ly rom^in fu aube* 
Par son histoire n^aintes nouvelles scauras, 
£t en ille toute antiquite auras. 

Quoique Y Histoire de I'^glise de Rheims ne con- 
tieoQe pas, comme dit I'^pitaphe , to2/^e V antiquite y 
elle n'en est pas mpins un des ouvrages les plus 
cufieux que nous ait transmis le x^ siecle; elle est 
divi36een quatre livresd'importance fort inegale et 
d'lm genre d'interet absolument different. Les deux 
deroiers sont le r6cit le plus circonstanci6 et le 
plus exact que nous possedions de la yie d'Hinc- 
mar, de toutes les affaires ou il intervint , et des dis- 
seQsions qui agiterent I'Etat et TEglise sous I'epi- 
scopat de ses successeursHeriv^e, Seulphe et Ar- 
t^ud. Durant toute cette epoque, Frodoard a bien 
su le? evenemens, bien recueilli les souvenirs, 
hl^n. deioele Ijss intrigues ; et sa narration , a la- 
quelle ij a joint beauqoup de lett.res et de pieces, 
ne manque ni de clarte ni d'impartialit^ ; c'est 
vi^piej^t del'liistoi re, telle du moins qu'on pent 
Vatt^ndine d'm> siecle barbare. Quant aux deux 
premiers livres, beaucoup de gens en ont parle 
av.ec mepris,,et c'est en effet du mepris qu'ils me-- 
riten(2, ^i q'estde Thistoire proprement dite qu'on 
y cherche, Mais il y a dans I'histoire quelque 
chose de plus q^iie les evenemens ; les moeurs et 



Vj NOTICE 

les croyances nation ales valent aussi la peine d'etre 
connues; et c'est aussi de Fhistoire que cette s6rie 
de miracles, ces innombrables aventures religieu- 
ses, ces details de pratiques devotes qui parlaient si 
vivement alors k I'imagination des J)euples. On di- 
rait vraiment, a voir la colere avec laquelle les tra- 
ditions de ce genre sont quelquefois repoussees , 
qu'on nous demande encore d'y croire ; il n'en est 
rien, et personne aujourd'hui n'est tenu de pren- 
dre au serieux de tels recits; mais, si Tinteret 
comme la verite historique leur manque, ils con- 
servent un interet moral et poetique qui n'est pas 
de moindre valeur. Les philosophes du siecle de 
Pericles pouvaient sourire aussi en lisant ie com- 
bat du Xanthe contre Achille, et de Vulcain contre 
le Xanthe; ces souvenirs de la mythologie des 
Grecs n'en tenaient pas moins leur place dans 
I'histoire de leur civilisation. Les miracles. que 
Frodoard attribue aux premiers archeveques de 
Rheims ne sont pas racontes avec le genie d'Ho- 
mere; cependant ils ont aussi excite I'enthou- 
siasme populaire ; ils ont aussi ete admis et trans- 
mis de bouche en bouche avec une foi fervente; 
et le tableau de saint Remi chassant devant lui , 
de rue en rue, I'incendie qui consumait la ville 
de Rheims, n'est depourvu ni d'energie ni d'eclat. 
Plusieurs autres narrations de meme sorte sont 
gracieuses et naives; on y trouve ce qui ne se 



SUR FRODOARD. vij 

rencontre point ailleurs, des emotions vives, des 
sentimens eleves ou tendres, la manifestation enfin 
de la nature morale de I'homme , qui , k cette epo- 
que, etait partout etouffifee et abrutie, si ce n'est 
au sein des ^glises et dans ses rapports avec la 
religion. Consid6res sous ce point de vue, les deux 
premiers livres de XHistoire de Rheims meritent 
toute I'attention et saisiront meme plus d'une fois 
Vimagination du lecteur. 

Le second ouvrage historique de Frodoard est 
une Chronique qui s'6tend de Tan 919 a Tan 966 
inclusivement, et nous a appris h. peu pres tout 
ce que nous savons sur les regnes de Charles-le- 
Simple, de Louis d'Outre-mer, et une partie de 
celui de son fils Lothaire. II parait qu'elle remon- 
tait plus haut et commengait en 877; mais, sauf 
un premier paragraphe , toute la narration de Fan 
877 a Tan 919 a ete perdue. Quelques renseigne- 
mens sur un manuscrit de la bibliotheque Cotto- 
nienne ont meme donn6 k croire que Frodoard 
avait 6crit I'histoire depuis le fegne de I'empereur 
Auguste ; mais rien ne prouve que ce manuscrit 
contienne un ouvrage de Frodoard. Quoi qu'il en 
soit , ce qui nous reste de cette Chronique en est k 
coup sur la portion la plusimportante, car c'est I'his- 
toire contemporaine de Tauteur. Peu d'annales 
de ce genre sont aussi riches en faits et ^crites 
avec autant d'exactitude et de simplicite. Nous 



Viij KOTICE 

donnerons la Chronique de Frodoard dims une 
pFochaine Uvraison. 

U avail -^crit deux autres ouvrages , dont Fun 
n'a jaoaais et^ public en entier^ et Tautre xi^est pas 
venu jusqu'^ nous. Le premier , qui comprend en 
tout trente-trois livres, est en quelque so^te une 
grande hlstoire ecclesiastique en vers qui |com- 
mence k Jesus-Christ, c61ebre,la gloire des saints , 
des martyrs et des confesseuTS^ notanunent de 
ceux d'ltalie, et finit par une s6rie de vies ou plu- 
tot d'eloges de tous les papes, depuis saint Pierre 
jusqu'i Leon vn, mort en 939. Quoique com- 
pl^tement denue de merite poetique , k en juger 
du moins par les longs feagmens qu'en a publies 
Mabillon^ ce recueil n'est pas saBs importance his- 
torique, car on y trouve sur certains papes quel- 
ques renseignemens qui manquent ailleurs. L'ou> 
vrage perdu de Frodoard etait une histoire , aussi 
en vers, des miracles operas dans la cathedrale de 
Rheims. 

Avant que le texte de VHistoire de Viglise de 
Rheims eut ete imprime, Nicolas Chesneau, doyen 
et chanoine de Saint-^Symphorienr de Rheima y en 
publia une traduction' fran^aise a Rheims en i58o. 
Mais cette traduction, exfcrememeni/ fautive ,. avail 
d'ailleurs ete faite sur un) maauscrit inoomplet. 
En 161 1, le pere Si rmond. publia a Paris Torigi- 
nal;et en 161 7, George Gouvenier, chanceliei 



SUR FRODOARD. ix 

de Funiversit^ de Doaai , apres avoir coUationne 
sept nouveaux manuscrits, en donna une nou- 
velle Edition plus 6tendue, plus exacte, etyjoi- 
gnit des notes assez insignifiantes. C'est sur cette 
edition qu'a 6t6 faite notre traduction. 

F. G. 



HISTOIRE 



DE 



LEGLISE DE RHEIMS, 



Par FRODOARD. 



HISTOIRE 



DE 



LEGLISE DE RHEIMS. 



^^^^^^>^' ^ ^t^^<«^^<«^^^/*^^^»^>^<^<»/o'%«^^^>^^%i^/^/% 



LIVRE PREMIER. 



CHAPITRE I". 

FondatioQ de la ville de Rheims, 

NiYANT d'autre dessein que d'dcrire Thistoire de 
r^tablissemeflt de notre foi et de raconter la vie des 
p^res de notre ^glise , il ne me semble pas n^cessaire 
de rechercher Fes auteurs on fondateurs de notre ville, 
puisqu^ils n'ont rien fait pour notre salut dternd, et 
qu^au contraire ils nous ont laiss4 gravies sur la pierre 
les traces de leurs erreurs. Je ne crois pas non plus 
devoir approuver en tons points Fopinion commune 
sur Torigine et fondation de Rheims ; on croit gdncSra- 
lement que R^mus , fr^re de Romulus, en a ^t^ le.fon- 
dateur, et lui a donn^ son nom. Nous ilsons au con- 
traire, dans des ^crlvains d'une autorit^ incontestable, 
qu'apr^s la fondation de Rome par ces deux fr^res , 
Rdmus p^rit assassin^ par les soldats de Romulus ^ et 
nous ne voyons pas que R^mus se soit jamais s^pare 
de son frkre auparavant. N& de la m^me couche , 
^lev^ ensemble parmi des bergers, pratiquant en- 



2 FRODOARD \ 

semble le brigandage , ils fondent ensemble une 
une querelle survient , R^mus y p^rit , et R# 
donne son nom a la ville : c'est le r^cit de Tite-L 
n 66t done plus probable que les sddats/le R< 
obliges de fuir leur patrie apr^ sa mort, ont 
notre ville, et denn^ ainsi commencement k '. 
tion des Rh^mois , car nos murs portent les emb 
de la religion romaine , et la plus ^lev^e de nos ] 
a conserve jusqu'a nos jours le nom de porte de ] 
qui, selon Topinion des anciens, ^tait le p^re d< 
mains. Sur la YOUt%a droite en sortant est reprds 
la louVe allaitant Romulus et R^mus ^ au milieu 
douze mois, selon Tordre ^bli par les Rom; 
enfin k gatiche, des eygnes et des oies. Or nous si 
que le cygne est pour les matelots un oiseau de 
augure , comme dit le po^te ^miHus , 

Cycnus in auspiciis semper laetisstmus ales ; 
Himc optant nautao , quia se non mergit in undas I 

Les oies veillent la nuit, comme le prouvent 1 
cris continuels , »et Fhistoire dit qu'elles ont sau^ 
Capitole de la surprise des Gaulois. 

Au reste il ne faut pas s'Aonner de I'obscurit^ 
couvre I'origine de notre ville , puisque , si nou 
croyons Isidore, celle de Rome elle-m^me, lamaiti 
du monde, n^est pas k Tabri des contestations ; or 
sait rien au juste sur ses commencemens. SaU 
croit qu elle a 4i4 fondde et d'abord habitue pai 
Troyens, qui erraient de pays en pays sous la cond 

' LiQ cj^gne «si d^na les misplces IJoiscapi 4u |4»9 agr^^le anj 
c'est c^lai queaouhaiunt lea natelots , parce qn^jl ne se ploogi 
dans les ondea. 



HISTOIRE DE l'^GUSE DE RHEIMS. 3 

d'£n^e ' ; d^autiys lui donnent Evandre pour fonda* 
teur, et Virgile a suivi cette ti^dition : 

Tunc rex Evandras romanae conditor arcis. 

Enfin Eutrope dans son histoire s'exprime ainsi : 

« Romulus, qui vivait de brigandage au milieu 
« des belters , k peine igiide dix-huit ans , fonda sur 
fc le mont Palatin une petite ville qu'il appella Rome, 
« de son propre nom. Apr^s lui Tullus Hostilius ra- 
il grai^t en y ajoutant \e mont Coelius , et dans la 
« suite d'autres princes k diff^rentes ^poques Font 
«i ^tendue et embellie. » 

Quant k Rheims , C^sar lui donna le nom de Duro* 
cortorum * , et il raconte, au sixi^me livre de son His- 
toire, qa'aprfes avoir ravag^ le pays il ramena son 
arm^e k Durocortorum BJiemorumy ou il convoqua 
une assemblde des cit^s de la Gaule , pour poursuivre 
et punir la conjuration des S^nonois et des gens de 
Cbartres. 

On lit aussi (&ns la Cosmographie d^^thicus ' : « De 
« Milan i Vienne, par les Alpes Cottiennes , 409,000 
« pas; de Vienne k Rheims {Durocortorum) 333,ooo 
« pas; ce qui fait !i2i lieues; de mdme de Rheims k 
« Metz 6^,000 pas; de m^me de Rheims k Metz par uit 
<i autre chemin, 88,000 pas; de Rheims k Travels 99 
K lieues; de Bavay k Rheims 53,ooo pas. » 

* « Urbem JRomam ^ sicuti ego accept , condidere aUfue habitat*ere 
H initio Trojani, qui yEneaduce, sedihus incertis vagabantur,i» (Sal- 
luMU in CmtiL ) 

> Dc Bell, GaSic. , liv. ri » chap* 44* 

^JExhicuSf dit Isier, yivaii aa 4* siecle, et est probafalement, outre 
sa Cosmographie , Fauteur des Itiaeraircs dits itin&airesdl^AfUcHin. 



I. 



f 



FRODOARD ^ 



CHAPITRE 11. 

De I'amitie des Romains et des Rhemois. 

Il est certain que dans Jes temps anciens le pc 

des Romains et celui des Rhemois ^taient li& de la 

^troite amiti^^ THistoire de Jules G^sar, d^jk c 

nous apprend comment ils s'unii^ent par des trail 

II est certain aussi que les Rhemois avaient jadis le 

mier rang parmi leurs voisins; ils le conserv^rent 

les Romains, et m^me virent croitre alors leurs 

neurs et leur puissance^ car dans toutes les gu< 

ils ^taient demeur^s fiddles k Rome. Lorsque pre 

tons les peuples de la Gaule conspir^rent contr< 

Romains et tinrent leur assembl^e a Autun, les I 

mpis ne vQulurent y prendre aucune part. On 

aussi dans G^sar ' qu'en des temps de ddtress< 

Dfqurrirent les troupes des Romains. 6rpse nous 

prend en putre ^ qi^^ls combattirent , et jusqu' 

mort, pour le salut des Romains^ car dans la bat 

que livrferent i ceux-ci les gens du pays de Beau\ 

apr^sla d^aite des autres Gaulois rdvolt^s, pdrit 

nombreuse troupe de Rhdmois auxiliaires des Roma 

Enfin on sait que les Rhemois dtaient yaillans, hab 

k lancer le javelot ; et Lucain * atteste que , sur 1 

vitation de G^sar, ils march^rent i sa suite pour pr 

dre part aux guerres civiles ou Pomp^e fut vaincu 

qui procurferent a Gesar Fempire. 

I De Sell. GaU., I. ii , in initio, I. iit , y , vi, etc. — * I 
— 3 Oros. hist. I. Yi , c. a. — 4 De Bell. Ciuil. , 1. i. 



HISTOIRB OE b'teUSE DE RHEIHS. 



GHAPITRE III. 

Des premiers eveques de Rheims. 

Ce n'est pas seulement aupr^s des paiens que le 
peuple de Rheims a ^t^ en grande estime en ces temps 
anciens : les premiers pr^dicateurs de TEglise de Dieu, 
et nos p^res en J^sus- Christ, par la grice du saint 
^vangile, oni toujours honored les ^v^quesde notre 
si^e, le premier d^ cette province. Le bienheureux 
aqp6tre saint Pierre , prince de T^glise de Jdsus<]lhrist, 
ayant ordonnd saint Sixte archev^que de notre ville, 
et sentant le besoin de le faire assister par des sulSra- 
gans , lui donna pour compagnons et assesseurs dans 
la province saint Sinice , d'abord ev^que de Soissons, 
et ensuite de Rheims , ainsi que saint Memme, pasteur 
de Chilons. Aussi saint Sixte, premier eveque de 
Rheims , est-il regards comme le fondateur de IMglise 
de Soissons, ou il etablit saint Sinice pour son coad- 
juteur ; 9t celui-ci , apr^s la mort de saint Sixte, laissa 
le si^e de Soissons k son neveu Divitien, et vint occu- 
per la chaire archiepiscopale de Rheims, parce que 
cette ^lise,nouvellement institute, ne nourrissait en- 
core que des enfans trop tendres et trop faibles pour 
porter le poids du minister e pontifical. Lk il travailla 
avec taut de ze]e au salut des ames, et rendit de si 
utiles et vertueux combats, qu'il m^rita de partageu 
sur la terre comme au ciel la couronne de son prede'* 
cesseur, et de reposer avec lui dans le meme temple 
et le m^me tombeau. Par le mdrite de ces deux grands 
saints, leur basilique a ete long -temps illustree par 



6 FRODOARD^ 

d'insignes miracles , dot^e d'offrandes magnifique 
richies de terres^maisons et vignes,et desservie pj 
chapitre nombreux. On y a compt^ tantot douze , 
tdt dix chanoinesy comme sous le pontifical de 1 
que Sonnat; mais depuis, par la succession des te 
Tiniquit^ ayant pr^valu et la charity s'^tant tefro: 
cette ^glise n^est plus qu^un sirdple presbyt^re. 1 
les corps des deux saints ont^ils ^t^ derni^rei 
transport's et d'pos's dans T^lise de Saint- R 
derri^re Tautel de Saint-Pierre ^ leur maitre. Au r 
outre ces prl^lats et saints fondAteuss qu'elle a reci 
Rome, r^glisede Rheims a 't' par'e de la gloin 
martyres , et consacr'e par leur sang et leurs tri 
phes, sous la persecution de Feitipereur N'ron. 



■ • * 



CHAPITRE tV. 

X Premiers martyrs de la ville de Rheims. 

Saint Timoth'e, venu des eontr'esde roAnt i 
la yille de Rheims , ne craignit point de pr^cher 
bliquement la v'rit' de notre Seigneur J'sus-Gh 
Lampade , qui 'tait alors gouverneur dn pays , I 
arrSter et mettre aux fers , comme cotipable de 
pager parmi le peuple la liouvelle loi. On emp 
contre lui tantdt les menaces de la coli^re des en 
reurs , tantot la sdv'rit' des lois , tantdt la tenia 
des richesses; mais il eut le courage de faire la m 
r'ponse que le prince de r%lise , le grand ap6tre 
un jour au m'chant qui marchandait la grdce de D 
« Que tes richesses aillent avec toi en perdition, di 



. HISTOIRE D£ L.KGUSB D£ RHEIMS. ^ 

« tu iras avec elles^au feu ^ternel, car mon seigneur 
<c J^os- Christy le fils de Dieu^ sera toa juge. » 
Alors le gouveraeur, transport^ d^ colore , le fit ap-> 
pliquer k la torture. Au milieu des suppUces., il ne 
cessait de confesser Jesus-Christ , et ,^ entre autres pa- 
roles , il r^p^tait au gouyemeur que ceux qu'il croyait 
faire p^rir pout le nom de Jesus-Christ le jugeraient 
et le puniraient an jour. « Eh bien ! reprit ]e gouver- 
« neur, tu seras done mon juge, car je te ferai -mourir ; 
« et qui t'arrachera de mes mains?— -Le Seigneur mon 
u Dieu, auquel je crois, peut me d^liyrer^ repondit 
« Timoth^e ; et c'est lui qui te ptinira comme tu le 
« ffldrites. >» Soumis k de nouyelles tortures, il disait 
a son juge : ic Plus tu me feras souffrir de toormens , 
<i plus douce sera la recompense que me prepare mon 
(( Dieu, auquel je crois. » Au moment ou les hour- 
reaux le battaient de verges, il s'^cria a haute voix : 
(t Regarde, o mon Seigneur, vois les tourmens que le 
« diable inflige a ton serviteur : ne m'abandonne pas, 
ft afin que les hommes ne puissent dire, Ou est done 
H son Dieu? » Enfin le gouverneur fit oindre ses 
plaies avec de la chaux vive et du vinaigre*: a Je te 
« r^mercie , 6 mon Dieu , s'^ria-t-il , de ce que tu 
« m'as donn^ le courage de souffrir : c'est comme si 
u on me frottait le corps avec de Thuile. » 

Un de ceux qui le battaient de verges, nommd 
ApoUinaire , vit deux anges debout k ses cdt^s , et qui 
lui disaient : ((^Courage, Timothi^e *, nous sommes en- 
(( voy^ vers toi pour te montrer le Seigneur J^sus- 
« Christ, au nom duquel tu soufl^es le martyre, et pour 
a te faire voir ce qui se passe dans les cieux. L^ve la- 
« l^e et regarde. » Saint Timoth^e regarde, et il voit 



8 FR0D0ARD5 

les cieux ouverts ^ et 4 la droite du Pire , J^us tenai 
une couronne de pierres prt^cieuses, qui ltd disai 
tt Vois , Timoth^e ^ voilk ta couronne ^ dans trois jou 
« tu la recevras de mes mains. •— Courage, Timi 
ft th^e , » lui dirent encore les anges , et ils remoi 
t^rent dans les cieux. A cette vue , ApoUinaire torn! 
k ses pieds, et s'dcrie : « Seigneur Timoth^e, priez poi 
(c moi. : je suis pr^t k souffrir pour le nom de J^u 
« Christ, J'ai vu deux hommes brillans de lumi^re q 
(t parlaient avec vous, et disaie^t les merveilles ( 
ci Dieu qui r^gne dans les cieux. •— Qu'on arre 
<c ApoUinaire, s'dcrie le gouverneur, furieuxde se vc 
<( confondu ; vite du plomb bouillant , et versez-le-1 
<( dans la bouche, afin que je ne Fentende plus pr 
(( £^rer de telles paroles, n On apporte le plomb , < 
le verse bouillant dans k bouche d'Apollinaire -, il 
devient froid comme la glace. A la vue de ce miracl 
beaucoup crurent k J^sus-Christ. c( Conduisez4es < 
(( prison , dit le gouverneur plein de rage et de co: 
« fusion^ je vierrai de quel supplice je dois les fai 
a mourir. » Pendant qu'on les conduisait, une for 
nombreuse les suivait en pleurant, et disait : n Qu 
(t injuste jugement frappe aujourd'hui notre ville! 
On les enferma dans la prison, et beaucoup tdmc 
gnaient le d^sir d'etre consoles par saint Timothd 
Au milieu de la nuit survint un pr^tre, nomm^ Maur 
qui en baptisa un grand nombre au nom de not 
Seigneur Jdsus-Christ. Au moment ou ApoUinaire r 
cevait le bapteme , il vit les cieux s'ouvrir, et enten( 
un ange qui lui disatf : a. Heureux ApoUinaire , d' 
c( voir cru au Seigneur! Heureux tons ceux qui o 
II iii lav^s de la m^me eau ou tu as 6ii purifi^ ! Qi 



HISTOIRE DE l'^GUSE DE RHEIHS. ^ 

« conque sera baptist cette nuit ^ entrera demain eu 
« paradis. » Tous ceux qui dtaient pr^ns enten- 
dirent ces paroles; et, fl^chissant le genon, ils s*^ 
cri^rent : « Pardonnez-notis, Seigneui' notre Diett, 
n faites misdricorde k ceux qui aiment et chdrissent 
« votre nom. » Le lendemain le gouverneur les fit 
trainer k sou tribunal et leur dit : a Hommes insens^s, 
a comment done avez-vous pu vous kisser s^duire et 
<c croire k un homme qui a ^t^ crucifix, qui a souffert 
« mille maux sous Ponce-Pilate , et a fini par mourir 
tt snr una croix? » lis rdpondirent : « Nous ayons vu 
« cette nuit un ange de Dieu s'entretenir avec les 
« saints que tu tiens en prison , et les anges eux- 
« m^mes nous out dit que nous entrerions aujour- 
« d'hui en paradis, et que nous recevrions- les cou- 
« ronnes que tes yeux ne m^riteront pas de voir. » 
Transport^ de colore , le gouverneur ordonna de leur 
trancher la t^te k tous. Pendant qu'on les condilisait 
hors des murs , tous se signerent du signe de Christ 
et aouffrirent le martyre, en confessant le P^re , le Fils 
et le Saint'^-f^prit. Ils ^taient cinquante, qui furent 
d^capit^s le vingt-deuxifeme jour d'aout. 

Le lendemain le gouverneur prit place sur son tri- 
bunal , et fit amener saint Timoth^e et ApoUinaire : 
«c Malbeureux, leur dit-il, ob^isftz aux ordres des 
« empereurs, et adorez ce qu'ils adorent. — • Nous 
« n'adorons point les demons, r^pondirent les saints, 
« mais le Seigneur J^sus-Christ , qui seul est le Dieu? 
« vivant et veritable •, voilk celui que nous devons con- 
« fesser. Ne te flatte pas de pouvoir par tes artifices 
« nous d^tourner del'amour et du royaume de Dieu. 
* Apprends que Theure ra^me ou tu croisi nous faire 



I O FRODOARD ; 

(( mourir, est celle qui nous donne la vie , comme 

« ceux que tu as fait ^ssacrer hier, et qui viven 

(( dans les cieux. Bientdt J^sus-Christ te frapper 

c( d'une blessure incurable. — - Si je ne £siis mettre 

<i mort ces insens^s, s'dcria le gouverneur furieux 

a d'autres encore se convertiront k la secte nouvelle^ 

et k ces mots il rendit sentence contre eux , et 1( 

condamna comme les autres k avoir la t^te tranchec 

On les conduisit done joyeux et pleins de confianc 

hors de la citd , par le chemin de G^sar, en un lie 

appel^ Buxite, ou ils furent martyrises le a3 aou 

Les anges vinrent les couronner, et Ton entendit ur 

voix qui disait : « Venez , Timoth^e et Apollinairc 

(( mes el us bien-aim^s : venez contempler les me 

it veilles que vous avez meritdes k vos ames, en h 

% offrant en mon nom, et voyez le chdtiment qi 

« j'envoie k Lampade. » Aussitdt un trait de fc 

descend du ciel , k la vue de plusieurs , frapj 

le gouverneur a T^paule droite , et il meurt empor 

par le d^mon. Les corps des bienheureux mai 

tyrs furent ensevelis par les Chretiens , le a4^ joi 

d'aout. Un des personnages les plus considerable 

nomme Eus^be , que leur predication conyertit s 

Seigneur, leur fit eiever une chapelle, ou ils firei 

grand nombre de«iiracles et gueriaons, rendant 

vue aux aveugles , redressant les boiteux, et del 

vrant les possedes au nom de notre Seigneur Jesu! 

Christ. Dans la suite Tarchev^que Tilpin » fit lev 

leurs reliques de leur premier sepulcre, et les ei 

ferma dans line chisse toute brillante d'or et d'ai 

gent. Enfin il y a un autel devant leur tombes 

" Ou Turpin. 



HISTOIRE DE l'£61<ISR DE RHEIMS. II 

qu'oa dit ^lev^ ed rbonileur et au nom de $tiiit 
Maure, qui p^it comme eux pour la cause de Di^u ^ 
et m^rila de partager leur gloire. Ses restes sont 
conserve dans T^lise de Saint-^elsin ; mais la t^te a 
ii4 d^pos^ k Rheims dans T^lise de la bienheureuse 
Marie m^re de Dieu , et y est expos^ dans une cMsse 
prte de Tautel a la y^n^ration des fid&lcs. L'^glise 
des martyrs dont noas venons de raconter le triomphe 
a 4t6 depuis enrichie des reliques de beaucoop d'autres 
saints : k droite reposent , dit--on ^ les corps de saint 
SyWain et saint Sylyien; k gaucbe ceux de saint 
Tonance et de saint Jovin. 

Saint Remi lui*m^me avait choisi cette ^glise pour 

y fidre placer sa sepulture , comme oh le f oit par la 

clause sttiyante ajout^e k son testament : « Apr^s mon 

« testament termini, et m^me scell^, il m*est venu 

« k rid^e de faire don k I'^lise des bienheureux 

<t martyrs Timoth^e et ApoUinaire d'un vase d'argent 

« de six livres, afin qu'on y pr^are mon tombeau. » 

Dans le testament m^me il l^guait douze sous d'or 

pour r^tablir la voiite de cette dglise. Beaucoup de 

fiddles Tent enricbie de leurs dons *, entre autres le 

seigneur Gondebert, homme tr^s-illustre , et son 

Spouse Berthe lui ont donn^ une terre, nomm^e 

Pertbe , situ^e dans le canton de Vontinse. II y a eu 

des temps ou Ton a compt^ jusqu'k douze pfiStres 

r^unis en cbapitre , sous le r^gne du roi Th^doric ^ 

par exemple, ^poque ou de nombreux legs de terres 

farent £uts k cette ^lise. Jusqu'k ces derniers temps, 

ou I'affaibUssement de la religion Ta r^duite k n'^tre 

phis qu'une simple cure , un clerf ^ nombreux y ser 

vait le Seigneur. 



13 FRODOARB^ 

Pautres ^glises ont ^t^ ^lev^es dans diff^rens liei 
en rhonneur de ces saints martyrs, et Nclat de leurs n 
racks a port^ beaucoup de fid^es serviteurs de J^i 
Christ k mettre leurs possessions sous la protection < 
leur m^moire. Gr^goire de Tours ^ dans son livre d 
miracles, raconte qu'un d^vot personnage, apris le 
avoir ^rig^ line dglise , demanda et obtint quelqu 
parties de leurs reliques. L'^v^que du lieu en aya 
confix la conduite k un prStre, celui-K^i renconti 
chemin faisant, une femme qui le salua , et le supp] 
avec instance de lui donner une parcelle des pr 
cieuses reliques. Le pretre r^siste d'abord; enfi 
vaincu par Timportunite de cette femme , il c^de 
lui donn^un peu des cendres sacr^es. II remon 
sur son cheval pour continuer sa route; raais c'c 
en vain; il a beau le presser, le frapper^ le cheval 
refuse 5 lui-m^me se sent aceabk d'une langue 
pesante qui lui permet k peine de soulever la t^l 
Reconnaissant enfin que c'est par la vertu des mart} 
qu'il est ainsi retenu , ^mu de repentir , il reprenc 
propo^ ce qu'il avait si legferement pris sur lui 
donner, et aprfes avoir remis les reliques en leur pr 
mier etat, il continue librement son chemin, et ei 
cute sa commission. 11 existe dans le.bourg de Don 
une ^glise consacree k ces saints martyrs, illustr(i 
dit-oft , par de grands miracles , et ou de nombreui 
guerisons ont ete op^r^es par leur intercession. 

Enfin , avec la permission de larchev^que Artau 
le roi Othon fit transporter, les reliques de saint 1 
mothee en Saxe , et erigea un monast^re en son ho 
neur. On raconte b^ucoup de miracles arrives dura 
la translation , et je tiens d'Annon , alors abb^ , 



i&ISTOIRE BE l'^GUSE DE RHEIHS. 1 3 

maintenant ^^ue, qui pr^ida k laconduite , qu^outre 
plusieiiEs autres gu^risons, douze boiteux et aveugles 
recouvF^rent la sant^. Les restes de saint ApoUinaire 
ayant aussi ^t^ transfi^r^s au monast^re d'Orbay, de8 ^ 
grdces ^latantes s'y obtienHent toas les jours en son 
nom. 



CHAPITRE V. 

Suite des ev^ques de Rheims. 

CoMME au milieu des temp^tes de la persecution , le 
vaisseau de notre ^glis« , souvent ballott^ et battu des 
flots , put a peine faire tete a Torage , il n'est pas fa- 
cile de d^couvrir combien de femps le sidge de? 
meura vacant faute d'un digne gouverneur. Depuis 
les p^res de notre foi, les bienheureux Sixte et Sinice, 
jusqu'au r^gne de Gonstantin , nous ne trouvons qu'un 
seal ^vSque , nomm^ Amanse. Sous ce prince se ren-* 
centre Betause,'>qui, avec Primogenite, son diacre^ 
si^ea le premier de la province belgique au premier 
concile d'Arles " , rapport^ par . I'^v^que Marin au 
pontificat du bienheureux pape Sylvestre, sous le 
consulat de Volusien et d'Anian. Apr^s B^tause vint 
Aper-, aprte Aper^Maternien, dont les reliques furent 
envoy^es i Louis d'Outre-Mer par I'archev^que Hinc- 
mar, comme on le voit dans la lettre de ce prdlat au 
roi 9 au sujet de ces reliques et de celles d'autres saints. 

Le si^e fut 'ensuite oceup^. par Donatien , dont les 
reliques , transferases dans la partie maritime du diocese 

« En 3 1 4. 



1 4 F&ODOARD \ 

de Koyon ou de Tournai, y ont ap^6 de nc 
breux et Platans miracles. A Donatien suoc^a 
vien , aussi distingu^ par les m^rites de sa vie < 
* par la dignity pontificale. Ses restes aacr^ ont 
transport^ sur la Meusepar notre archev^que Ebb 
et d^poses>dans T^glise de Braux , ^rig^e expr^ , 
desservie par un clerg^ nombreux, ou ils recoiv 
les hommages qui leur sont dus. De nombreux mi 
cles , des boiteux redress^ , la vue rendue aux av 
gles, attestent la vertu des pieuses reliqnes. A ss 
Vivien succc^da Sevire. 



CHAPITRBf VI. 



De saint Nicaise. 



ApRiis les ^Y^ues dont nous venons de parler 
si^ge Episcopal f ut oocup^ par saint Nicaise , horn 
d'une grande charity et Constance , qui sut gouven 
avec vigneur, au milieu de la persecution des V 
dales, le troupeau confix a ses soins : pendant la pa 
source d'^clat et de gloire pour son ^glise , au mil 
des dangers, guide courageux et protecteur fide 
jbrmant le peuple par ses pieuses doctrines et ses \ 
tueux examples , et relevant la splendeur de TEglii 
chaste Spouse de J^sus-Ghrist, par de riches fonc 
tions. Jusqu'ii lui la chaire ^piscopale avait ^t^ at 
ch^e k Nglise dite des Apdtres; in^ir^ par v 
rev^ation divine , il ^rigea une nouveUe basilique 
rhonneui' de la bienheureuse M6re de Dieu, toujoi 
vierge , ou il transf(^ra le si^ge Episcopal , et qi 



HISTOIRE DE L EGLISE DE RHEJMS. 1 5 

consacra bientdt de son sang. Ce saint ^vSque , avert! 
par an ange, pr^vit long-temps d'avance les mas- 
sacres qui devaient desoler laGauIe, et, pour rdprimer 
la fetale confiance d'une aveugle prosp^ritd, il an- 
noncait les vengeances de la colfere divine. Son in- 
qui^te charity portait avec douleur le poids des p^chds 
de son troupeau -, pr^t k mourir pour le salut de tons , 
il s'oflfrait , afin de d^toumer de son peuple la colfere 
de Dieu ; on , puisque sa mine ^tait inevitable , cher- 
cbant a gagner la cldmence de Dieu par rhumilit^ 
d'un coeur contrit et r^sign^, il s'efforcait, sinon 
d'arr^ter le glaive temporel, au moins d'empSclier que 
le glaive Aernel ne p^n^trilt jusque dans les ames. 
Mais comme la semence de la parole de Dieu ne peut 
germer au milieu des Opines des richesses, ceux qui 
prosp^rent et se glorifient dans la vanity du si^cle 
n^ouvrent point leur coeur aux conseils salutaires, et 
ne les y recoivent ^point pour les faire fructifier: 
distraits par les embarras de mille occupations pas* 
sag^res, au lieu de poursuivre la veritable vie. 
Us s'engagent sous les ^tendards funestes du p^ch^ 
et de la mort^ et parce qu'ils ne hai'ssent pas assez 
profond^ment le mal , ils sont incapables de faire 
dignement le bien. Auisi les peuples ne craignaient 
pas de mdpriser la sainte religion, de violer les 
command^mens de Dieu , de se rendre esclaves des 
vanit^s , de se souiller des ' vices de la concupis- 
cence, d'exciter des scandales et des schismes, et 
enfin , 6 douleur ! d'offenser Dieu par toutes les ini- 
quit^s. Mais tout-k-coup, au milieu m^me des jours de 
prosp^rit^ , Dieu suscite la colore des nations les plus 
barbares : de^ hordes de Yandales se pri^cipitent fu- 



l6 FRODOARD) 

rieuses dans les diverses provinces pour venger 
offenses; les murs des villes tombent devant eux^ 
families pdrissent par le glaive avec leur poster 
Les barbares semblent n'aspirer a aucune gloire , 
chercher aucun profit. lis ne veulent que yen 
^puiser le sang humain ; ils ne sont altdres que du < 
nage des Chretiens. Au milieu de cette affreuse t( 
pete y de glorieux ^vdques brillaient dans les Gaul 
k Rheims, le grand saint Nicaise^ k Orl^ans^ le bi 
beureux saint Anian ; k Troyes , saint Loup ; k T 
gres , saint Servais , et quelques autres pr^lats fam< 
par leurs vertus, qui retard^rent long-temps 
leurs prifereJ et leurs m^rites f^clat de la colore 
Dieu, s'efforcant d'^teindre I'hdr^sie el les vi 
parmi le peuple , de le ramener par la penitence i 
religion catholique et au vrai culte du Seigneur 
de detourner de la t^te de FEglise chr^tienne 
glaive d'une si terrible pers(5cution et des vengean 
divines. 

Cependant les Vandales viennent camper de\ 
Rheims , ravagent tout le pays , et poursuivent a 
acharnement la perte des Chretiens enferm^ dan 
ville : ils veulent detruire et effacer de la surface 
la terre ces ennemis de leurs dieux et des moe 
pa'iennes. A I'exemple de J^sus-Ghrist, saint Nicai 
pret a donner sa vie pour sits freres , prend la fei 
resolution de ne point abandonner son troupeau 
veut 5 ou se sauver avec eux , ou souffrir tout ce < 
voudra leur faire souffrir le Pire de famille, dan 
crainte qu^en fuyant il ne sembMt delaisser le j 
nist^re de Jesus-Christ, sans lequel les hommes 
peuvent vivre ni devenir Chretiens. Aussi, selon 



HISTOIRE D£ l'j^GLISE DE RHEUIS. 1 7 

pens^ de saint Augustin, a-t-il acquis les mantes 
d'une plus grande charity que celui qui , surpris dans 
sa fuite , confessa cependant Jdsus-Ghrist , et mourut 
martyr, mais non pas pour ses fr^res, et n'ayant 
song^ qa'k lui-m^me. Le saint ^v^que craignait bien 
plus que sa fuite ne d^truisit les pierres viyantes de 
r^fice divin , que de voir tomber et bruler sous ses 
yeux les pierres et les bois des Mifices terrestres ^ re- 
doutant mille fois moins de livrer les membres de 
son propre corps aux tortures et k la rage des enne- 
mis , que de laisser mourir les membres du corps de 
J&us-Christ priv^s de la nourriture spirituelle : il 
etait r^igne, si ce calice ne pouvait passer loin de 
hii , k faire la volont^ de celui qui ne pent vouloir rien 
de mal , et ne cherchait point son bien , mais imitait 
celui qui a dit : « Je ne cherche point ce qui m'est 
« avantageux en particulier , mais ce qui est avanta-^ 
a geux k plusieurspour Stre sauv^s '. » Persuadd done 
que sa fuite serait plus funeste peut-^tre par le mau- 
vais exemple , que ses services ne seraient un jour 
profitables s'il conservait sa vie , aucune raison ne put 
le determiner k fuir. 11 ne craignait pas la mort tern- 
poreUe, qui vient toujours tot ou tard, lors m^me 
qu'on cherche a Tdviter, mais la mort ^ternelle , qui 
pent venir si on ne T^vite pas , et ne pas venir si on 
r^vite. Loin de se complaire en lui-mdme,et de croire 
sa personne plus pr^cieuse et plus digne d'etre tir^ 
du danger que toute autre , comme plus ^minente ea 
gr4ce, il s'obstina k rester, afin de ne pas priver 
TEglise de son minist^re , n^cessaire surtout en de si 
grands perils : on ne le vit point, comme le gardien 

* !'• JSpft. de saint Paul aux Corinth, chap. io,y. 53. 



I ft VilOIM)iBD; 

mercenaife, abandoimer sea brebis , at fuir k Fasj 
dn loop : mais, semUabk an bon pa^eur, il o 
ginireosemexki sa vie pour son troupeau : enfia 
lui sembla que, dans cette ei^tremit^ , ce qu'il ai^ai 
mieux h faire , c'^tait d'adresser de ferventesi pri 
au Seigneur, pour lui ct pour les siens , et il ch< 
ee parti. 

Cependant les assi^g^s sucoombeut aux £aitigue 
k d^ose, aux veiUes, ao besoin; retinevfti au < 
tpaire redouble de fureur, bat de totttes parts les n 
avec suec^ *, tout le peuple est firapp^ de terreu 
de dfeourageiHent : tous aeeoureut aupr^s de $ 
Nicaiee, prostem^ en pri^re au pied des auteU ; < 
esp^^ft, tremblans de la yietoire pjpodiaiiiit des 
bares , iis lui demandeBt des consolations^ cMime 
en&ns k leur pkve ^ ils le supplient de decider oe i 
y a* de plua utile a faire , ou de se soumettre k la 
viiaade des barbares , ou de combattre jusqu'k la t 
pottrle saLut de la yille. Le saint pasteur, k qui Pi 
fai4 connaitre par r^v^lation que Rheims doit p< 
ootttsole son people , et ne cease cependant d'impJi 
la clt^aience du Seigneur, afin que cette tribula 
de la raort temporelle , loin d'etre leur perte < 
Belle , prodSte au contraire k leur salut , et qu'ils 
s»tent dans la oon£essioB de la vraie foi ; il les exh 
k ciHnbattire pofur le salut de lenr am^ , non avec 
araies visiblea, mais par de bonnes meeiiira, 
avec Fappui des foirces corpondles, mais par Tei 
cioe de toutes les veirtus spirituelles : il leur rap|] 
Qfue la punition qui les frappe est un juste jugeil 
de Dieu centre leurs p^h^ il leur nSp^te san$ q 
qu'il n'y a d'autre moyen de salut que de s'humi 



HISTOIRE D^ L'teUSE DE RHEIIIS. 19 

avec compoQctioQ sous les coups de la vengeaace di* 
viae, de les recevoir, non point avec murmure el 
ddsespoir, comme des enfans d'iniquitd, mais avec 
paUence et douceur, comme des enfans de pi^ii 
qui attendant les recompenses du royaume celeste, 
a Soufir^, leur dit-il, s(mfFrez avec devotion ces 
« tribulations d'un jour dans Tespoir dune dternii^ 
a de bonheur 5 offrez-^vous de bon coeur k cette mort 
« d*un moment,. pour ^viter les peines d'une damna^ 
* tion eternelle mdrit^e par vos fautes ; tronvez votre 
« saint dans votre perte , et au lieu de supplioe , 
a Memelle gudrison de vos ames. Priea pour vos 
« ennemis , afin qu'ils reconnaissent leurs iniquity , 
« et que ceux qui sont aujourd'bui les ministres de 
« Timpi^t^ devilment un jour les disciples de la 
« pi^t^ , et les sectateurs de la v^rit^. » Enfin , il d^ 
dare que pour lui , il est pr^t , comme le bon pastanr , 
a donner sa vie pour son trofupeau, et k braver la 
mort tenrporelle , pourvu quHls obtiennent avec lui le 
pardon de leurs fautes et le salut ^^nel. 

Le pieux ^vdque ^it seconds par sainte £utrop« 
sa soeur, chaste Spouse de J^sus-'Christ , qui, mettafkf 
sa vertu sous la protection de son frfere , imitait en tout 
ses exemples et ne le quittait jamais , afin de preserver 
la puret^ de son ame des souillures spirituelles ^ et la 
chaslete de son corps de la corruption des plaisirs 
ehamels. Tons deux animaient le peikple de tons leurs 
e#brts k briguer la palme du raart3rre, et demandaieiil 
en m^me temps pour lui au Seigneur le prix de la 
▼ictoire. Enfin le jour marcpi^ de Dieu pour le tnom- 
piie des barbares i^nt arriv^ ^ aussitot que saint Ni-* 
caise voit leurs hordes furieuses se pn^cipiter dans la 

a. 



ao FRODOARD ; 

ville, fortifi^ par la vertu de FEsprit saint, et ac 

pagnd de sa bienheureuse soear, il se present 

devant d^eux k la porte de T^glise de la sainte y 

Marie, m^re de Dieu, chantant des hymnes e 

cantiques spirituels. Pendant que, tout entier 

sainte psalmodie , il chante ce verset de David , « 

u ame a ^t^ comme attaeh^ek la terre % » sa t^e t< 

tranch^e par le glaive. Cependant la parole de 

ne manque point en sa bouche^ car sa t^te, ro 

k terre , poursuit la sentence d'immortalit^ , et il 

tinue : « Seigneur, vivifiez-moi , selon votre pare 

Mais sainte Entrope voyant Timpi^t^ s'adoucir 

vue , et craignant que sa beauts ne fiit r^serv^e 

d^ats et k la brutality des pai'ens , se pr^cipite s 

sacrilege meurtrier de P^v^que 5 Tinsultant k gr 

cris, provoquant son martyre, elle le frappe 

soufflet^ lui arrache les yeux , anim^e par une j 

divine , et les jette k terre. Bientdt ^gorgde pa 

barbares transport's de fureur, et donnant son 

k son Dieu , elle partagea avec son fr^re et d'a 

saints victorieux la palme du martyre -, car pan 

peuple , beaucoup, soit clercs , soit laiques , imitc 

cette Constance ; et , participant k la souffrance , n 

t^rent de participer aussi a T^ernelle b^titud< 

leur p^re selon J'sus-Ghrist. On cite eiitre aul 

eorame les plus illustres , le diacre Florent et s 

Joconde, dont les t^tes sont conserv'es k fih< 

derriire I'autel de la sainte vierge Marie , mfere 

Dieu. 

Cependant les barbares demeurent 'tonnes d 
Constance de la vierge et de la subite punition 

> Psaum. iiSjh^br^u 119, v. aS. 



HISTOIRE D£ l'eGUSE DE RHEIMS. a I 

meurtrier. Les massacres ^taient finis, le sang des 
saints ruisselait k grands flots ; toat-^-coup une hor* 
rear d'epouvante les saisit-, ils voient des armies ce- 
lestes qui yiennent venger le sacril^e ; la basilique 
retentit d*un bruit tipouvantable. Redoutant la ven^ 
geance divine, ils abandonnent le butin; leurs ba^ 
taillons fuient disperses et quittent en tremblant la 
ville , la(][uelle demeura long-temps solitaire ; car les 
Chretiens, refugi^s dans les montagnes, n'osaient en 
descendre dans la crainte des barbares, et les bar- 
bares redoutaienl d'y retrouver les celestes visions qui 
les avaient frappes. Dieu seul et ses anges veillaient k 
h garde des saints martyrs ; tellement qne la nuit on 
voyait de loin des lumjeres celestes v quelques-uns 
m^me entendirent les saints et doux. concerts des 
Yertus et des Dominations du paradis. Rassures enfin 
par cette miraculeuse revelation de la victoire divine , 
les habitans que la Providence ayait conserves pour 
ensevelir les saints rentrent dans Rheims ^n faisantdes 
priferes. Arrives au lieu ou gissent les corps, ils sentent 
5 exhaler une odear de parfums d^licieux. MSlant la 
joie aux gemissemens , ils cdl^brent en pleurant les 
louadges du Seigneur, pr^parent pour la. sepulture 
les saiutes reliques , et les deposent avec respect en 
des lieux convenables^autour de la ville. Quant aux 
corps de saint Nicaise et de sainte Eutrope sa soeur, ils 
les ensevelirent solemiellement dans le cimeti^re de 
leglise de Saint-Agricole , fondle Iqng-temps aupara- 
vant, et magnifiquement decoree par Jovin, homme 
tris-pchrdtien et maitre de la cavalerie romaine •, en 
sorte qu'il semblerait que la Providence eiit prepare 
de loin cette demeure sainte, plut6t pour la dignity et 



tft FR6D0ARD ; 

c^^brit^ de ces saints martyrB ^ que pour le dee 
et k condition de sa fondation premiere. 

Depuis que les corps de ces saints martyrs oni 
d^os^s dans cette ^lise, d'innombrables min 
Ibnt illustr^e. P^r leurs m^rites et leurs pri^ 
les malades y ont recouvr^ la sant^ et la force 
leur exemple enseigne aut fiddles k marcher dac 
chemin du cieL Saint Jerome ^rivant k tine je 
veuve de noble origine ^ npn^m^ Aggerunchia 
Fexhortant k persev^rer dans le saint dtat du veuv 
fait mention de cette persecution des barbares ; i 
entre autres choses : « D'innombrables nations de i 
u bares s^empar&rent de toute la Gaule. Les Quae 
« les Yandales ^ les Sarmates ^ les Alains , les Gdpii 
« les Hdrules, les Saxons, les Bout^uignons, les 
« lemands , les Pannoniens , horrible rdpublique , 
« vag^rent tout le pays renferm^ entre les Alpej 
« les Pyrenees , entre TOc^an et le Rhin : Assur e\ 
« as^ec eux. Mayence, ville autrefois fameuse, 
« prise et saccag^e , et des miUiers de Chretiens fui 
« ^org^s. --- La capitale des Vangions * fut ruin^e 
ft un long si^ge. Les peuples de la puissante ville 
« Rheims, d*Amiens, d^Arras \ les Morins, situ^s i 
4( eitr^mit^s de la Belgique, ceux de Tournai, 
« Spire, de Strasbourg ^ furent transport's dans 
« Germanie ; les Aquitaines , la Novempulanie lye 
« naise , la Narbonaise furent d^ast'es , exce; 
It quelques villes, que le fer ruinait au- dehors 
n la famine au-dedans. )> 

Enfin on dit que saint Remi avait fixd sa demei 
dans cette basilique, afin que comme en esprit 

■ Woraats. 



HiSTOIRE D£ I.C6LISE DE RHEIMS. a3 

appr#ohait sans cesM des m^rites des ^sainls martynt, 
il en approch&t aussi en corps et en persanne. On 
nonlre encore aujonrd'hui , pr^ de Tautel , le petit 
oratoire oik il aimait k prier en secret , et a offiir^ him 
du bimit popnlaire , au Dien qui voit tout le$ saintes 
hosties de contemplation. Cest lii qu'un jonril vat[uaft 
a ces (neux esercices , iorsque, apptenant to«t'*it-<oup 
rincendie de la ville , il acconmt ponr Farr^ter en ib- 
voqnant le Seigneur, et , ^econd^ de Tappni des sainia, 
Uissa les traces de ses pas empreintes pour loujonrs 
sur les pierres des degr^s de T^glise. 



CHAPITRE Vlt 

Des mkiusles de Teglise 4e iaklt Hieaife. 

DiFFfiREHS miracles ont, a diflG^entes epoquds^ ilr 
lustr^ cette c^glise. Mais nous n'en rapporterons qu'iln 
seul , qui a eu lieu presque de »os jours , et ^que tipus 
tenons de nOs p^es, qui en ont ^ les temoioA. On 
elait k la fSte 4e saint Nicatse el de ses compaignoiisj^ 
qui se calibre pe»lant les quatre^tenlps d'hiver, h 
i/^^ic&noihre. La v^iHe deh C^te^ des fid^s , levies d# 
trop bonne beure, viennfent a Nglise f6ya les vlgile^^ 
^troovent les gardiens endormis et les portds doil- 
gneusement ferm^es. Aprfes avoir frapp^ long-teln^S^ 
et n^ recevant aucune r^ponse, ils vont au pres- 
bytire ; ]k encore ils ont beau frapper a grands coups , 
Jeter des pierres, personne ne se Ifeve pour leur ou- 
vrir. Impatientes , ils reviennent k T^glise, et, i leur 
grand etonnement , trouvent les portes ouvertes , tous 



a4 FRODOARD ^ 

les cierges allum^ , et cependant ils ne voient per- 
sonne dans T^glise. Apris avoir fait une priire d'ac- 
tions de grices k noire Seigneur J^siis-Ghrist , ils 
commencent k chanter nocturnes. Ddjk Toffice ^tait 
presque fini lorsque , r^veill^ par leurs chants , le 
cur^ accourt, et arrive tout ^tonn^ pour entonner 
les hjmnes. II admire avec le peuple , et cherche k 
s'expliquer cette surprise; mais c^est en vain; on ne 
put d^convrir personne qui eut allum^ les cierges et 
ouvert les portes , si ce n'est le souverain dispensateur 
des graces , qui ne cesse de propager la gloire de ses 
saints , en la faisant ^clater chaque jour par de nou- 
velles merveilles. 

Un ^v^que de Noyon obtint quelques parties des 
reliques de ce bienheureux eveque et martyr, et les 
transf^ra dans son diocese; et 1^, tant a Noyon qu'^ 
Tournai , ou on les conserve , dit-on , encore aujour- 
d'hui, elles out fait de grands et nombreux mira- 
cles. 

Depuis, Tarchev^que Foulques a fait enlever et 
transporter dans Rheims les restes du corps du martyr, 
avec celui de sainte Eutrope sa soeur, et les a d^po- 
s^s avec tous les honneurs dus k leurs m^rites , dans 
r^glise de Notre-Dame , Marie mfere de Dieu , derri^re 
I'autel, aupr^ des reliques du bienheureux pape 
Calixte , ou nous les r^v^rons et honorons aujour- 
d'hui. 



HISTOIRE D£. LEGUSE Dfi RHEIMS. ^S 



CHAPITRE VIII. 

De saint Oricle et de ses soeurs. 

Au temps de la m^me persdculion des Vandales 
ou des Huns, un fid^e serviteur de Dieu, nomm^ 
Oricle, exercait le saint minist^re avec ses soeurs, 
Oricule et Basilique, dans le dioc^e de Rheims, au ter- 
ritoire du Dormois , dans le village de Senuc , oii il 
ayait lui-m^me fait Mtir une eglise. On lit de lui 
qu'apr^s avoir ^t^ ddcoU^, il lava lui-m^me sa tSte 
dans une fontaine, et que de son sang il traca avec 
son doigt le signe de la croix sur une pierre ou on 
le voit encore aujourd^hui. On dit aussi que, portant 
sa t^te dans ses mains, il alia jusqu'au tombeau qu'il 
s'etait fait construire , et que depuis plusieurs mira- 
cles ont signals. Une nuit, un paysan du village eut 
en songe une r^v^lation qui lui ordonnait de couvrir 
d'on toit la fontaine ou le saint avait ,Iav^ sa t^te. 
Deux fois il recut le mejne avertissement , et deux 
fob il difi(^ra de le suivre : alors il tomba malade , et 
resta sur son lit toute une ann^e. Enfin, ayant fait voeu 
d'accomplir sa mission , il recouvra la sant^ et cou- 
vrit la fontaine d'un toit de bois. Depuis, I'eau de 
cette fontaine est en grand renom, et gudrit ceux 
qui en boivent de diverses maladies. Une autre fois , 
le curd du lieu , nommd Beton , se fit tirer un bain 
de Feau d'un puils que le saint martyr a , dit-on , fait 
creiiser au-dessous de I'eglise. Aprfes s'y fitre baigne , 



!l6 FRODOAE0 ^ 

il tomba en langueur, et ne put quitter le lit d'un aki, 
au point que jamais dans la suite il n'a pu se r^tablir 
enti^rement. Les corps de ces saints ont repos^ long- 
temps dans le mSme tombeau ; mais un jour la terre 
s'^tant ouverte d'elle mSme , et le cercueil ou ils gis- 
saient s'^tant miraculeusement soulev^ aussi de lui- 
m^me , Tarchev^que Seulphe fit enlever les reliques. 



CHAPITRE IX. 

I>es snccesseurs de saint Niciiise. 

Apres la miraculeuse retraite des Vandales que 
nous avons racontcSe , Baruc succMa Si saint Nicais^ 
sur le sidge episcopal; k Baruc Baruce, et apr^ Baruce, 
Barnabd et Bennade ou Bennage, comme on lit son 
nom ^crit de sa propre main dans son testament. Par 
ce testament , Bennage institue pour ses hciritiers 1'^ 
glise de Rbeims et le fils de son fr^re,qu'il declare avoir 
tenu sur les fonts de baplSme et avoir ile\4 comme 
son fils , selon la gr&ce. Entre autres legs il donne k 
r^glise , son h^riti^re , un vase d'argent qu'il dit lui 
avoir ^t^ donn^ aussi par testament par son pr^d^ces- 
seur, de bienheureuse mdmoire, Tev^ue Bairnabe. 
<( J^aurais pu , ajoute-t-il , le distraire k mon lisage , 
« mais je Tai r^ervcJ pour le service et rornement 
« de r^glise. » II l^gue aussi pour Tentretien de Te- 
glise vingt sous d'or, avec des champs et des bois ; il 
assigne aux pr^tres desservans huit sous d'or, slux 
diacres quatre sous , aux prisonniers vingt sous , aux 



HISTOIRE DE t*^GUS£ DE RHEIlilS. 2*] 

sou5«-diacres deux sous, aiix lectears un sou, aux 
hnissiers et esoreistes un sou ; enfin aux religieuses 
et veuves de THdtel-Dieu trois sous. S'adressaut en- 
suite k Teglise, son fa^riti^re, il lui recommande de 
r^rder comme son propre bien tout ce qu'il assigne 
aux pr^tres , diacres, et aux divers degrds de la cl^rica- 
ture , comme aussi aux prisonniers et aux pauvres , 
afin de faire prier Dieu en m^moire de lui et pour le 
tepos de son ame. 



CHAPITRE X. 



De saint Remi. * 



Apieti^ r^v^que Bennage , lAenheureux saint Remi 
apparttt comme un astre ^clatant pour conduire les 
peuples k la foi. Selon Texpression de notre po^te 
Fortanat, la predilection divine le choisit, non pas 
seulement avant qu*il fut n^ , mais m^me avant qu'il 
fdt eoncu : car un saint moine , nomm^ Montan , re- 
posant d'un l^ger sommeil , fut par trois fois averti de 
pr^dire en v^ritd k sa bienheureuse m^re Gilinie 
qa^elle engendrerait un fils , et de lui en declarer en 
m^me temps le nom et ks mdrites. Ce Montan ^tait 
an pieux solitaire , vivant dans la retraite , vaquant 
assidument aux jeilnes, veilles et pri^res, se ren-* 
dant recommandable devant Dieu par le merite de 
toutes les vertus, et sans cesse implorant la cldmence 
de J^sufr-Christ pour la paix de sa sainte Eglise , en 
proie k mille afflictions dans le pays des Gaules. Une 



28 i FRODOARD ', 

nuit done que , selon sa coutume , il se faliguait a 
prier, c^dant a la faiblesse de noire nature, il se 
laissa aller au sommeil pour rdparer ses forces. Tout- 
a-coup il lui semble que, par une grAce divine, il 
est transport^ au milieu du choeur des anges et de 
Fassembl^e des saintes ames, tenant ensemble con- 
seil et conferant de la subversion ou de la restaura- 
tion de TEglise des Gaules : tous d^clarent que le 
temps est venu d'avoir piti^ d'elle 5 et en m^me temps 
une voix qui retentit avec douceur se fait entendre 
d'un lieu plus elevd et plus secret : « Le Seigneur 
« a regards du saint des saints, et du ciel en la terre, 
« pour entendre les g^missemens de ceux qui sent 
tt enchain^s , et pour briser les fers des fils de ceux 
« qui ont peri, afin que son nom soit annoncd parmi 
« les nations , et que lespeuples et les rois se reunis- 
(i sent ensemble pourfp servir. » La voix disait que 
Cilinie concevrait et engendrerait lin fils , nomme 
ftemi, auquel le peuple'serait confix pour etresauv^. 
Apres avoir recu une si grande et douce consola- 
tion , le saint personnage , trois fois averti d'accom- 
plir sa mission , vint annoncer k Cilinie Tpracle de sa 
celeste vision. Or, celte m^re bienheureuse avait eu 
long'temps auparavant dans la fleur de sa jeunesse, de 
son seul et unique mari , Emile , un fils nomme Prin- 
cipe, depuis ^v^que de Soissons, et pfere de saint 
Loup, son successeur a Tepiscopat de la m^me ville : 
la bienheureuse Cilinie s'iStonne 5 elle ne pent com- 
prendre comment, deja vieille , elle enfantera un fils 
et le nourrira de son lait, d*auiant que son mari et 
elle-m^me , granderaent avanc<5s en . age , guises et 
sleriles, n'avaient plus ni espoir ni 4esir d'eagendrer 



HISTOIRE DE l'eGLISE DE RHEIMS. ^^ 

d^sormais. Mais le bienheureux Montan , qui , afii\ 
que les merites de la patience abondassent en lui , 
avait perdu la vue pour un temps , pour donner au- 
toritd a sa parole , declare a Cilinie que ses yeux doi- 
vent dtre arroses de son kit, et qu'aussitot il recou- 
vrera la vue. Cependant les bienheureux parens se 
livrent a la joie d'une si grande consolation , et ie pon- 
tife futur de Jdsus-Christ est concu. Avec le secours 
de la grice , il vient au monde heureusement , et re- 
coit sur les saints fonts de bapt^me le nom de Remi. 
L'heureuse promesse faite au saint propHfete est aussi 
fid^lement accomplie : car, pendant Tallaitement , 
ses yeux sont arroses du lait de la bienheureuse 
mive Cilinie, et il recouvre la vue par les merites 
de Tenfant. Or, ce merveilleux enfant , solennelle- 
ment annonc^ avant sa nativity, naquit au pays de 
Laon, de nobles et illustres parens, vieux toutefois 
et depuis long-temps stdriles , et par les ^clatans mi- 
racles de sa naissance, furent magnifiquement pre- 
pares les oeuvres et miracles de sa vie. Selon Fordre 
de Dieu , il fut aussi k bon droit nomme Remi , comme 
celui qui , avec la rame de doctrine , devait guider I'fi- 
glise de Jesus-Christ, et specialement celle de Rheims, 
sur la mer orageuse de cette vie , et par ses merites 
et ses priferes la conduire au port au salut dternel. 
Cependant quelques anciens ecrits le nomment Re- 
medius au lieu de Remigius; ce que nous croirions 
volontiers, si nous ne considdrions que ses mdrites 
et ses actes , saints et v^ritables remedeSj et si nous 
ne savions par des temoignages et litres plus corrects, 
qu'il doit ^tre nomm^ Remi , selon Toracle divin. Nous 
lisons d'ailleurs dans des vers composes par lui, et 



32 FRODOARD ; 

veilleuse aptitude a ce grand minist^re. Libiiral en 
aumdnes , assidu en vigilance , attentif en oraisons , 
prodigue de bontds, parfait en charity, merveilleux 
en doctrine, toujours saint dans sa conversation , Fai- 
mable gaite de son visage annoncait la puret^ et la 
sinc^rit^ de son ame, comme lexalme de ses discours 
peignait la bontd de son coeur. Aussi fiddle a remplir 
en oeuvres les devoirs du salut, qu'a les enseigner par 
la predication, son air v^ndrable etsa d-marche impo- 
sante commandaient le respect : inspirant la crainte 
par sa s^veJrit^, Tamour par sa bont^, il savait tem- 
p^rer la rigueur de la censure par la douceur de la 
bienveillance. Si raust^rit^ de son front semblait me- 
nacer, on se sentait attir^ par la sdrenit^ de son coeur. 
Pour les Chretiens fidfeles , c'^tait saint Pierre , et son 
ext^rieur imposant •, pour les p^cheurs c'^tait saint Paul , 
et son ame tendre : ainsi par un double bienfait de la 

.gralce qui reproduisait en lui la pi^t^ de Tun et I'au- 
torite de I'autre , on le vit pendant toute sa vie de- 
daigner le repos , fuir les douceurs , chercher le tra- 
vail, souffrir patiemment Thumiliation, s'^loigner des 
honneurs, pauvre de richesses et riche.de bonnes 
oeuyres, humble et modeste devant la vertu, sdv^re 

• et intraitable centre le vice. En sorte que, comme on 
Ta ditavant nous % il r^unit en lui toutes les vertus 
chr^tiennes , et les pratiqua toutes k la fois, avec une 
perfection que bien pen pourraient porter dans Fexer- 
cice d'une seule. Toujours occup^ de bonnes oeuvres, 
toujours plein de componction et de z^le , il n'avait 
autre chose k coeur que de s'entretenir de Dieu, par 
lecture ou sermon •, ou avec Dieu par la priire , et 

* Ilincmar^ F'ie de saint Remi. 



HISTOIRE DE l'^GUSE DE RHEIlfS. 33 

sans cesse att^nuant et afFaiblissant son corps par le 
jeune , il s'efforcait de vaincre le d^mon pers^cuteur 
par un martyre continuel. Cependant ce saint pr^lat, 
ainsi que nous le lisons dans les Merits qai ont parl^ 
de sa vie , s'efforcait avant tout de fuir Tostentation 
des vertus : mais une grSlce si eclatante et si haute ne 
pouvait rester secrete. 11 attirait les regards et Tad- 
miration de tous , comme la cit^ bitie sur le sommet 
de la montagne ; et le Seigneur ne voulait pas laisser 
cachde sous le boisseau la lumiire qu*il avait plac^e 
suT le chandelier, et a laquelle il avait donn^ de 
bruler du feu de la charity divine, et d'^clairer 
son I^lisle du brillant flambeau des vertus chr^- 
tienneSf 



€HAPITRE XXL 

De divers miracles operes par saint Remi et de sa doctrine. 

L'iNBroGENCE dc sa saintet^ touchait non seulement 

les creatures raisonnables, maisapprivoisait jusqu'aux 

animaux depourvus de raison. Un jour qu'il donnait 

nn repas de famille ^ ses plus intimes amis, et prenait 

plaisir a les vftir se r^jouir , des passereaux descen- 

dirent; vers lui , et vinrcnt sans crainte manger dans 

sa main les miettes de la table , les uns s'en allant ras- 

sasies et les autres venant pour F^tre. Ce n'est pas 

qu'il cherchdt Ji faire parade de ses ra^rites-, mais le 

Seigneur en avait ainsi dispose pour Futility des con- 

vTvesi, afin que, t^moins de ce miracle et d« beaucoup 

d*autres op^r^ par ce bienheureux serviteur de J&us- 

3 



34 , frodoard; 

Chrial , iU s'engageassent avec plus de ferveur an ser- 
vice da Seigneur, 

Un autre jour que, selon sa coutnme, il visitait avec 
sa soUicitude paterneUe toutes les parois^es de son dio- 
c^e, afin de reconnattre par Ini-i^^nie si Ton ne met- 
tait aucune negligence dans le service divin , il arriva 
dans sa sainte visite an bourg de Chermizy. L^ un 
pauvre aveugle, depuis long-temps poss^^ du d^ 
noh 9 vint lui demander Taumdne. An moment m^me 
oiii le saint ^dque accomplissait envers lui Foeuvre 
cle mia^ricorde, le diable commenca k le tourmenter. 
Aloira s^nt Remi^ avec cette sainte intention qu*il 
mettait toujours \ sa priire, se prosterna en oraison , 
et soudain , en rendant la vue an vieillard , il le d^ 
livra en mdme temps de Fesprit immonde, accom- 
plissant ainsi k la fois trois bonnes oeuvres dans le 
mSme homme , donnant Taumone & un pauvre , ren- 
dant la vue k un aveugle et ddivrant un poss^dd. 

Pans yne autre visite de son dioc^ ^ faite encore 
dans le m^me esprit de soUicitude , une de ses cou- 
sines liomm^e Celse , vierge consacr^e ^ le pria de 
^arrdterk sa terre de Cemay : le saint ^^que se rendit 
k son invitation. Tandis que , dans un entretien spiri- 
tliel , il verse ii son hdtesse le vin de vie , Fintendant 
de Gdse vient annoncer k sa maitresse que le vin man^ 
qse. Siaizit Remi la console gaiment, et, apr^s quel* 
qnes propos aimables, il k prie de lui £aiire voir en 
dteil s6n habitation, II paroourt d'abord k dessein 
quelques antres appartemens*, enfin il arrive ao cellier, 
se le &it ouvrir, ei deraande s'il ne serait pas rest^ 
un pen dewin dans quelque tonneau^ le sommelier 
i ch montre tin dans leqnd on avait ^ard^ seulement 



HISTOIKE DE L^EGUSfi DE RHEIftS. 35 

assez de via pour conserver le tonneau. Saint Remi 
ordonne alors an sommelier de fermer la porte et de 
06 bouger de sa place ^ puis, passant lui^m^me a Tau* 
tre bout du (onneau , qui n'^toit pas de petite conte* 
nance , il fait dessus le signe de la croix , et , se pro* 
sternant contre la muraiUe, il adresse au Seigneur une 
fervente pri^re. Gependant, 6 miracle! le vin monte 
par le bondon et coule k grands flots dans le cellier. 
A cette vuele sommelier, frapp^ d'^tonnement, s'^crie^ 
le saint lui impose silence et lui defend de rien dire. 
Mais un miracle si dclatant ne put rester cach^ , et sa « 
oousine , d^s qu'elle en fut instraite , donna k perp^ 
tuit^ k saint Remi et k F^glise de Rheims sa terre de 
Gernay, dont elle passa donation devant le magistrate 
On raconte encore de lui un autre miracle k peu 
pr^ semblable k celui que nous venons de reciter. Un 
malade d^une famille illustre , qui n'avait point encore 
ei^ baptist, fit prier saint Remi de yenir le visiter et 
de lui administrer le saint sacrement du bapt^me^ 
parce qu'il sentait sa fin approcher. Le bienheureux 
^v^ue demanda au cur^ du lieu Tbuile et le saint 
cbr^me; mais il se trouva qu'il n'y ayait plu9 rien 
dans les vases sacr^ : Remi prend les vases vides , les 
place sur Tautel et se prosterne en oraison ; sa pri&re 
faite, il trouve les vases pleins. Oignant done le ma^ 
lade avec cette huile donnde par un miracle, et ce 
saint chrome venu dii ciel, il lui conf^ra le bapt^me, 
selon la coutume de FEglise, et lui rendit la sant^ de 
Tame en m^me temps que celle du corps. 

Enfin Tennemi du genre humain , qui ne cesse ja^ 
mais de faire Plater sa haine et sa malice , mit un jour 
le feu k la yille de Rbeiiiis ct j excita un horrible in*- 

3. 



36 ' FRODOARD^ 

cendie. D^jk un tiers de la ville avail 6\j& r^duil en 
cendres, et la flamme vietorieuse allait d^vorer Ic 
reste. Aussit&t que saint Remi en est instruit, il a 
recours a la prifere , son ordinaire appui*, et , se pro- 
sternant dans Teglise du bienheureux martyr saint 
Nicaise, il implore le secours de notre Seigneur 
Jclsus- Christy puis tout-a-coup se relevant, et je- 
tant les yeux vers le ciel , <i Mon Dieu , mon Dieu , 
ft s'ecrie-t-il avec g^missement, pr^tez I'oreille k ma 
ft prifere. » Alors d'un pas pr^cipit^ il descend les de^ 
gr^s de Feglise , et en courant ses pieds s'empreignent 
sur la pierre comme sur une terre moUe, et leurs tra- 
eessaintes attestent encore aujourd'hui la v^rit^ dii mi- 
racle. II court, s'oppose aux flammes, ^tend la main 
eoatre le feu , fait le signe de la croix en invoquant 
le nom de J^sus*Ghrist; aussitdt rincendie s'arrdte, 
sa fureur retombe sur elle-m^me , et la flamme semble 
fuir devant I'homme de Dieu. Saint Remi la poursuit ^ 
et, se placant entre le feu et ce qui est rest^ intact, 
opposant toujours le signe myst^rieux, il pousse de- 
vaint lui cet immense tourbillon de flammes , et v soii- 
tenu de la protection de Dieu , le jette hors de la ville 
par une porte qui se trouve ouverte , ferme la porte 
avec injonction de ne jamais Fouvrir, et appelant ma- 
lediction et vengeance sur quiconque violerait cette 
defense. Quelques annees apr^s , un habitant nomme 
Fercinct, qui demeurait prfes de cette porte, fit une ou- 
verture k la maconnerie dont elle avait ^t^ bouchee, 
pour Jeter par la les immondices de sa maison*, mais 
son audace fut bientot cruellement punie, et la main 
de Dieu le frappa d'une mani^re si terrible que tout 
perit danssa maison, lui, sa famille et jusqu'aux betes. 



HISTOIRE D£ l']66]L|$E D£ RHEIMS. i'J 

line jeune fiUe d'illustre origine, niek Toulouse, 
etait depuis son enfance posis^^e du malin esprit. Ses 
parens , qui Taimaient tendrement , la conduisirent 
ayec grande devotion au sdpulcre de Tapdtre saint 
Pierre. Or, dans le mSme pays dltalie , florissait alors 
le venerable Benoit , en grande reputation et ^clat de 
vertu. Les parens de la jeune fille, Atendant parler 
de ce saint personnage , avis^rent de la lui mener : 
mais apr^s bien des jeunes et des pri&res, travaiUant 
en vain k la purification de cette pauvre en&nt , Be- 
noit ne put parvenir a la gudrir du venin du cruel 
serpent , et tout ce qu'il put arracher de Tantique en- 
nemi de rhomme, en Tadjurant au nom de Dieu, 
fut cette r^ponse, que personne autre que le bien- 
heureux (iv^que Remi ne pourrait le chasser du corps 
oil il faisait son s^jour. Alors les parens , appuy^s de 
]a protection du bienheureux saint Benoit ]ui*mdine , 
et d'Alaric roi des Goths, et munis de ]ettres de 
leur part pour saint Rerai, viennent trouver le saint 
^Ycque avec la jeune possediie, le suppliant de faire 
voir, dans la d^livrance de leur enfant, cette vertu 
que Faveu du larron lui-m^me leur avait annonc^e. 
Rami r^siste long -temps, disant qu'il n'en est pas 
digue , et se defend avec son ordinaire humility. 
A la fin , il cfede aux priferes du peuple qui lui de- 
mande en gr&ce de prior pour cette jeune fiUe, et de 
compatir aux larmes de ses parens. Alors done, arm^ 
des m^rites d^ sa saintetd, il commande k Tesprit 
inique de sortir par ou il est entre, et de laisser en 
paix ia servante de Jdsus-Christ , et aussit6t le demon 
sort par la bouche , comme il dtait entrd , avec grand 
vomissement et exhalaison fetide. Mais pen de temps 



38 FRODOARD : 

apr^, lorsque le saint ^^que se fut retir^ , la jeune 
fille, ^uis^ k la peine, tomba priv^e de la chaleur 
de la vie , et rendit Fesplit. La fbule se porte de nou- 
treau vers le m^decin, et renouvelle ses pri^res. Saint 
Remi au contraire dit qu'il a empir^ le mal ait lieu 
d*y apporter ram^e , et s'accase d'avoir tu^ au lieu 
d'avoir gu^ri. dependant, vaincu encore uae foispar 
les instances du peuple, il revient k F^glise de saint 
Jean, ou le corps gissait sans vie. L&, il se prosterne 
avec krmes sur le parvis des saints, et exhorte Tas- 
semblde k en faire autant. Ensuite , se relevant apres 
avoir vers^ un torrent de larntes, il ressuscite la 
jeune morte , comme auparavant il Tavait d^livr^ du 
d^mon. Aussitot prenant la main de f^vdquq ^ celle^ 
ci se leva en pleine et enti^re saat^ , et s'en retouma 
heureusement dans son pays. 

Quant k sa doctrine, sa saintet^ et sa sagesse, ses 
CBuvres prouvent assez quel en a dt^ F^clat •: car la 
veritable sagesse se reconnait aux oeuvres, comme 
farbre k ses fruits: la conversion de la nation des 
Francs au christianisme et sa sanctification par les 
eaux du baptdme rendent aussi t^moignage; et en- 
core miile actions ou pr^cations pleines de pru- 
dence *, enfin , divers personnages de son temps , entre 
lesquels surtout nous citerons Sidoine , <^v^que d'Aur 
vergne, homme tr^s-docte, aussi illustre par sa nais- 
sance que par sa pi^t^ et ses predications,. et dont 
nous croyon^ k {H*opos d^ins^rer la lettre suivante 
ftdress^e k notre saint ^v^que. 

« SmOINE, AU SEIGNEUR PAPE ReMI, Salut. 

« Quelqu On de notre pays ayant eu occasion d'aller 



HISTOIRE D£ l'sGUSR DE RHEIIIS. ^9 

a d'Anvergne en Belgique(quoiqae je GQiiiiMsse laper- 
« Sonne, j^ignorepour quel motif, el d'ailleurs cda n*iii»- 
« porte) , et s'^tant arr^t^ k Rheims , a trouv^ moyen , 
« je nesais si cest par argent ou parserrice, aTec cm. 
« sans ta permission, de se procurer, aupr^s de Ion se^ 
« cr^ire on de ton bibliotk^caire , un manoscrit fort 
K volumineux de tes sermons. De retour ici , tout glo^ 
« rieux d'avoir rapport^ tant de volumes , quoique 
« d^abord il se les fut procures dans Fintention de les 
« vendre, en sa qualifl de ciioyen , dont il est bien dih 
« gne, il estyenn nous en faire nn pr^nl. Tousee«it 
« qui ^udient et moi, apr^ les avoir lus avec fruit , 
« DOQs avons pris & t&cbe d'en apprendre la plus grande 
« partie par cneur, etde les copier toua. Tout ie monde 
« a ibi d'accord qu'aujourd^bui il n'y a que bien pen 
«de personnes capables d'^rire ainsi. En effel, on 
« t#ouverait difficilement queiqu'un qui r^unlt tant 
n d'habilet^ dans la di^osifion des motifs ^ le chcix de 
aTexpression etrarrangement des mots. Ajoutex^cela 
a Theureux a propos des exemples, Fautorite des t^ 
« moignages , la propriA^ des epithfetes, TurLanit^ des 
« figures, la force des argumens, le poids des pens^es, 
« la rapide facilite dv^ style, la rigueur foudmyante des 
« conclusions. La phrase est forte et ferme ; tous ses 
u membres bien li^s par des coiyonctions ^l^gantes : 
tttoujours coulante, polie, etbien arrondie ; jamais de 
« cea alliances nalbeureuses qui offensent la langue 
a du kcteur,ni de cesmots rocailleurx qu'elle e^t oblig^ 
4c de balbutier en les roulant avec peine aous la voote 
« dn palais : elle gSsae et court jusqu*k b fin avec une 
fc douce aisance *, c'est comme lorsquele doigl effleure 
A avec Tongle un crtstal ou une cornaline , sans ccft- 



4o FRODOARD^ 

41 contrer hi asp^rit^ , ni fente qui Tarrdte. Que te dirai- 
« j6 enfin? je ne coHnaispointd'orateurvivantque ton 
uhabilet^ ne puisse surpasser sans peine, et laisser 
« bien loin derri^re toi? Aussi je sonpconne presque , 
« seigneur ^v^ue, je t'en demande pardon, que tu 
« es un peu fier de ta riche et inefikble Eloquence* 
uMais, quel que soit Nclat de testalens d'ecrivain y 
« comme de tes vertus, nous te prions de ne pas nous 
« d^daigner, car si nous ne savons pas bien ^rire y 
« nous savons loner ce qui est ftien ^crit. Cesse done 
« aussi desormais d(; diicliner des jugemens dont tu n^as 
« k craindre ni critiques mordaates , ni reproches se- 
« v^res. Autrement , si tu refuses de fi^conder notre st^ 
• c< rilitd par tes dloquens entretiens , nous serons aux 
« aguets de tons les marches de voleui^ , et nous subor- 
« nerons et apposterons d*adroits fripons dont la main 
« subtile ravagera ton porte^feuille. Et alors, te volant 
« d^pouill^, peut-etre sera»-tu sensible au larcin, si tu 
ft ne Tes pas aujourd'hui a nos pri^res et au plaisir 
« d'etre utile. » 



CHAPITRE XIII. 



De la conversion des Francs. 



La sagesse et le saint z^le de notre bienheureux 
p^re et pasteur, sa fid^lit^ et sa prudence dans Tad- 
ministration des tr^sors de son Seigneur, sont assez 
prouv^es , comme nous Favohs d^4 dit , par la con- 
version des Francs , retires du culte des idoles, et 
ramen^s k la connoissance du vrai Dieu. Depuis assez 



HISTOIRE DE l'£gUSE DE RHEIUS. 4^ 

long-temps d^jk ces peuples, ayant passed le Rhjin, rar 
yageaient les Gaales , et s'^taient rendus maitres de 
Cologne et de quelqaes aatres villes. Mais quand leur 
roi Clovis eut d^ait et mis k .mort Syagrius, gouver- 
neur romain qui commandait alors la province , leur 
domination s'^tendit presque sur toute la Gaule. La 
renomin^ de saint Remi , sa reputation de sagesse et 
de saintet^, le bruit de ses ^clatans miracles, ^ient 
parvenus jusqu'a Clovis : aussi ce roi Tavait-il en grande 
y^n^ration , et quoique paien il Taimait. Un jour qu^il 
passait pr^s de Rheims avec son arm^e, des soldats 
enlev^rent quelques vases sacr^s k T^glise de Rheims^ 
parmi ces vases il y en avait un d'argent d'une gran- 
deur remarquable, et d'un prdcieux travail. Saint 
Remi envoya des deputes demander que celui-lk au 
moins lui fut remis ; Clovis alors se rend k Tendroit 
ou deyait avoir lieu le partage du butin, et de- 
mande k ses soldats de lui ceder le vase ; la plupart 
y consentirent , mais Tun d'eux, frappant la ^oupe 
de sa francisque, s'<$cria <^e le roi n'avait droit sur 
aucnne partie du butin qu'aprfes qu'elle. lui serait 
^chue en partie par le sort. Tant de t^drit^ frappe 
Tarm^e d'etonnement. Quant a Clovis , souffr^nt pour 
le moment I'injitre, il prend tranquillement le vase, 
avec Tassentiment du plus graad nombre , et le iftmet 
k Tenvoy^ de T^v^que : mais il couve son ressentiment 
dans son coeur , et en effet un an apr^^ , il ordonne , 
selon.la coutume, k son arm^e de se ranger en ba*- 
taille dans une vaste plaine, pour passer la revue des 
armes^ revue. solennelle* qui, du nom de Mars, s'ap- 
pelait assembl^e du champ de Mars, En passant. dans 
lesrangs, le.roi s'arrdte devant le soldat qui avait 



49 FROOOARD *, 

frappe le vase de Rheims. U trouve ses armes nul en 
ordre, et jette sa francisque k terre ; le soldat se baisse 
pour la relever, k Tinstant Clovis lui frappe la t^e de 
sa framee , comme lui-m^me avait frapp^ le vase , et 
le tue , rappelant avec aigreur et colore sa t^nou^raire 
pr^somptioii. Par cette vengeance , Glovis inspira an 
reste des Francs une grande crainte^ et se concilia 
ainsi leur ob^issance. 

Apr^s avoir subjuguti la province de Thuringe et 
etenda«6a domination, Glovis ^poosa Clotilde, fille 
de Chilp^ric , fr^re de Gondeband , roi des Boargai- 
gnons. Cette princesse ^tait chr^tienne, et faisait bap- 
tiser les enfans qu'elle avait du roi , qooique celoi-ci 
ne le vou^iit pas, et sans cesse elle s'efforcait de le 
convertir a la foi de J^us-Christ; raais une femme 
ne ponvait flcichir le coeur altier du barbare. Gepeii* 
dant une guerre survient aux Francs contre les Alle- 
mands, et ceux-ci en font un epouvantaUe massacre* 
AlorsiAur^lien, conseiller de Glovis, I'exhorte k croire 
en J^us-Ghrist , k le confesser roi des r©is , Dieu du 
ciel et de la terre , qui pent , quand il veut , donner 
ou retirer la victoire. Glovis suit son coQseil, implore 
avec devotion Tassistance de J<isus^Gbrist, et fait voeu 
dcsc faire chr^tien, s'il (iprouve sa puissance en rem* 
portftnt la victoire. A peine le voeu est-il promme^, 
qne les AUemands prennent la fiEiite, et, voyant leur 
rm tu^, se soumettent ^Glovis. Cdui^i kur inqK>se 
un tribat et rentre vainqueur dans son royaume, com- 
bhnt de joie sa femme de ce qu'il avak m^rite de 
rfraporter la victoire en invt)qnaiit le nonf de J^us- 
Christ. La reine aiors fait venir saint.Remi, et le sup* 
plie d'enseigner au roi la route d« salut.Xe saint pre- 



HISTOIRE DE LEGLISE DE RHEIMS. 4^ 

lat rinstmit dans la doctrine de vie, et lui ordonne de 
venir recevoir le sacrement du bapt^me. Le roi r^pond 
qa'il vent anssi exhorter son peuple , et en effet il en* 
gage son arm^ k abandonner des dieux qui ne pen- 
vent les seconrir, et k embrasser le culte de celui qui 
lear a donn^ une si dclatante victoire. Pr^enue par 
]a grdce de Dieu, Tarm^e confesse avec acclamation 
qn'elle renonce k ses dieux mortels, et croit au Christ 
qni fa sauv^. On annonce ces nouvelles k saint Remi; 
transport^ de joie , il se livre avec ardeur k rinstruo* 
tkm du peuple et du roi ^ il leur enseigne comment , 
en renoncant k Satan , & ses oeuvres et k ses pompes, 
lis doivent croire au vrai Dieu : et corame la solennit^ 
de Piques approchait , il leur ordonne le jeune , se- 
lon la contumAles fidMes. 

Le jour de la passion de notre Seigneur, c'est-i-dire 
la veille du jour ou ils devaient ^tre baptises , apr^s 
avoir chants nocturnes, F^v^que alia trouver le roi 
d^ le matin dans sa chambre k coucher , afin que , le 
prenant d^gag^ de lous les soins du siicle, il pAt lui 
communiquer plus librement les mystferes de la parole 
sainte. Les gens de la chambre du roi le recoivent 
avec grand respect, et le roi lui - m^me accourt et 
vient au-devant de lui. Ensuite ils passent ensemble 
dans un bratoire consacrd au bienheureux saint Pierre, 
prince des ap6tres , et'attenant k I'appartement du roi. 
Qnand F^v^que , le roi et Ja reine eurent pris place 
sur les si^es qu'on' leur avait pr^par^ , et qu'on eut 
admis quelqncs clercs, et^lissi quelques amis et do- 
mestiques du roi , le venerable ^v^ue commenca ses 
salutaires instructions. Pendant qu'il pr^chait la pa- 
role de vie,^lc Seigneur, pour fortifier et confirmer 



44 FRODOARD^ 

les saipts enseignemens de son fiddle serviteur^ daigna 
manifester d'une mani^re visible que , selon sa pro- 
messe, quand ses fideles sont rassembl^ en son nom , 
il est toujours avec enx *, la cliapelle fut tout-4-coup 
remplie d'une lumi^re si brillante qu'elle eiFacait 
Teclat du soleil, et du milieu de cette lumi&re sortit 
une voix qui disait : a La paix soit avec vous , c*est 
K moi , n^ craignez point , et demeurez en men 
<c amour. » Apr&s ces paroles la lumiire dispanit, 
mais il resta dans la chapelle une odeur d'une suavite 
ineffable ; afin qu'il put dtre Evident a tons que Tau- 
teur de toute Inmi^re , de toute paix et de toute pi^t^, 
^tait descendu en ce lieu , le visage du saint pr^lat 
avait aussi 6t4 illuming de cette merveilleuse lumi^re. 
Prosterne^s k ses pieds , le i:oi et la reiHe demandaient 
avec grande crainte d*entendre de lui des paroles.de 
consolation , pr^ts k accomplir tout ce que leur saint 
protecteur leur commanderait , et en m^me temps ils 
^taient charmds de ce qu*ils avaient entendu , et ^claires 
• a Pint^rieur, quoique effray^s de.l'iJclat ext^rieur de 
la lumi^re qui leur dtait apparue. Le saint ^vSque , 
inspird de la sagesse divine , les instruisit des ordi* 
naires effets des visions celestes-, comment k leur ap- 
parition elles effraient le coeur des mortels, mais 
bientot le remplissent d'une douce consolation *, com- 
ment aussi les p^res qui en avaient 6x6 visitds avaient 
V toujours k I'abord 6i6 frapp^s de terreur, mais ensuite 
^^^^n^tr^ des douceurs d'une sainte jpie par les mer- 
veilles de la grice. Resplendissant k Text^rieur, comme 
Tancien l^gislateur Moise, par V6cht de son visage, 
mais plus encore k Tinterieur, par Teclat de la lumi^re 
divine , le bienheureux prdlat , transport^ d'un esprit 



ffiSTOIRE DE LtoUSE DE RHEIHS. 4^ 

proph^tique, leur pr^dit ce qui devait arriver k eux 
el a leur pbst^rit^ : il annoiice que leurs descendans 
reculeront les limites du royaume , ^l^veront T^glise 
de J^us^hrist , succ^deront k Tempire romain et k 
sa dominatioii , et triomplieront des nations ^trang^ 
res, ponrvu que, ne d^g^n^rant pas de jla vertu, ils ne 
s'ecartent jamais des voies de salut , ne s-engagent pas 
dans la route du p^chi^ , et ne se laiss^nt pas tomber 
clans les pi^ges de ces vices mortels , qui renversent 
les empires et transportent la domint^tion d'une na- 
tion k Tautre. 

Cependant on prepare le chemin depuis le palais 
da roi jusqu'au baptistj^re; on suspend des voiles, 
des tapis pr^cieux; on tend les maisons de chaque 
cdt^ des rues*, on pare T^glise, on couvre le baptis- 
tire de baume et de toutes sortes de parfums. Combl^ 
des grices du Seigneur, le peuple croit d4jk respirer 
les d^ices du paradis. Le cortege part du palais ; le 
clerg^ ouvre la marche* avec les saints ]£vangiles , les 
croix et les banni^res , chantant des bymnes et des 
cantiquesspirituels; vient ensuite I'^v^que, condui- 
sant le roi par la main , enfin la reine suit avec le 
peuple. Chemin faisant, on dit que le roi demandar k 
r^dque si c'etait Ik le royaume de Dieu qu'il lui 
avaitpromis : « Non, r^pondit le pr^lat, mais c'est Ten- 
« tr^e de la route qui y conduit. » Quand ils furent par- 
venus au baptist^re, le prStre qui portait le saint 
chrome , arr^t^ par la foule , ne put arriver jusqu'aux 
saints fonts; en sorte qu'k la benediction des fpats, le 
chrome manqua par un expr^s dessein du Seigneur. 
Alors le saint pontife Ifeve les yeux vers le ciel ^ et 
prie en silence et a^clarmes. AussitSt une colombe, 



46 FRODOARD ; * 

blanche comme la nei^, descend, portant dans eon 
bee une ampoule pleine de chrome envoy^ du ciel. 
Une odeur delicieuse s'en exhale, qui enivre les as- 
jsistans d'ua plaisir . bien au-dessus de tout ce qu'ils 
avaient senti jusque k. Le saint ^v^que prend Tam^ 
poule, asperge de chrome Peau baptismal e, et incon- 
tinent la colombe disparait. Transport^ de j«ie k la 
vue d'un si grand miracle de la glice , le roi renonce 
k Satan , k ses pompes et k ses oeuvres , et deinande 
avec instance le baptSme. Au moment ou il s'incline 
sur la fontaine de vie : Baisse la tite as^ec humilite, 
Sicambre, s'dcrie Moquent pontife; adore ce que 
tu as brule^ et brule ce que tu as adore\ Aprt^ 
avoir confess^ lesymbole de la foi orthodoxe,le roi est 
plong^ trois fois dans les eaux da bapt^me, etensuite, 
au nom de la sainte et indivisible Trinity, le P^re , le 
Fits , et le Saiut-Esprit , le bienheureux pr^lat le re^ 
90it, et le consacre par Fonction divine. AlboflMeaussi 
et Lant^hilde , soeurs du roi , recoivent le bapt^me , 
et en m^me temps trois mille homines de Farm^e des 
Franps ^ outre grand nombre de femmes et d'enfans. 
Aussi pouvons-nous croire que cette journ^e fut un 
jour de r^jouissanee dans les cteux pour les saints 
anges, comme les hommes d^vdts et fidMes en vecu- 
rent une grande joie sur la terre. 

dependant une grande partie de Farm^ des Francs 
refusa de se convertir k la foi chr^tienne, et demeura 
quelque temps encore dans Finfid^Ht^ , occupant les 
pays au-delk de la riviere de Somme , sous la oon- 
duite d'un prince nommd Ragnachaire, jusqu'k ce 
qu^nfin , par un nouveau coup de la grdce , Clovis 
ayaiit iremport^ de glorieuses vi<4bires , Ragnacfaaire ^ 



HISTOIBE DE l'^GLISE DE RHEIMS. 4? 

impie et adonn^ k tousles vices infiimes, fut Hvr^ tout 
enchain^ par les Francs , et mis k mort. Alors tout le 
peuple franc se convertit au Seigneur par les m^rites 
de saint Remi, et recut le baptSme. 



CHAPITRE XIV. 

Des possessions que le roi Clovis et les Francs donnerent k 

saint Remi. 

Le roi et les puissans de la nation des Francs doa* 
n^rent k saint Remi un grand nombre de possessions 
en di verses provinces, dont il dota F^glise de Rheims , 
et quelques autres ^lises de France* 11 en donna sui^ 
tout une bonne partie k T^glise de Notre-Dame de 
Laon , ville autrefois du diocese de Rheims , ou it 
avait ^t^ ^lev^ : il ordonna aussi pour ev^que de cette 
ville Gennebaud, noble de naissance, et savant dans 
les lettres , tant sacrdes que profanes , qui avait quitt^ 
sa fenune, ni^e, selon la tradition, de saint Remi, 
afin de vivre eji religion; 6t il r^unit a la paroisse de 
Laon toutes celles du comt^ du m^me nom. Genne- 
baud.prenant trop de confiance en lui-m^me, k cause 
de sa vie pass^e et*du haut rang auquel il ^tkit par- 
venu , permit imprudemment a sa femme de le visiter 
trop soffvent , sous pr^texte de recevoir ses instruc* 
lions ; mais , comlne le t^moignent les saintes Ecri^ 
tures, les eaux creusent les pierres, le courant em-r 
porte les terres^ et les rocher^ sont chang^ de place : 
9as$i advint-il que les fr^uentes visites et les doux 
entretiens de sa femme amoUirent son cceur, jus«- 



48 FRODOARD ; 

que 1^ ferme et incorruptible aux plaisirs des sens , 
et le priicipit^renl, pour ainsi dire comme une roche, 
du sommet de la saintetd dans la fange de la luxure. 
Cedant aux insinuations du d^mon , il se laissa d^ 
vorcr aux flammes de la concupiscence •, et reprenant 
commerce avec son ancienne compagne, il en eut un 
fils, qu'il nomma Larron, parce qu'il Tavait engendr^ 
comme par larcin. La faute ^tait demeur^e secrete; 
dans la crainte de faire naitre les soupcons si T^vS- 
que lui d^fendait sa maison , la femme continua ses 
visites comme auparayant. Mais ]a premiere faute si 
heureusement cach^e aux hommes, et d'lin autre c6t^, 
Tardeur secrete de volupt^ nourrie dans le coeur de 
tous deux , firent enfin retomber T^v^que , d'abord 
contrit de son p^h^ , dans une seconde faute : ou- 
bliant ce qui avait fait le sujet de ses larmes , il com- 
mit de nouveau le crime qu'il avait d^plor^. Quand il 
apprit qu'une fiUe lui ^tait n^e de son p^ch^, il 
donna Tordre de lui donner le nom de Yulp^cule, 
comme engendr^e par la fraude d'une m^re artificieuse 
et Fusde. Le Seigneur ayant de nouveau jet^ sur Gen- 
nebaud un regard semblable k celui qu'il avait autre^ 
fois jet^ sur saint Pierre, il se repentit^, et p^n^tr^ de 
componction, il supplia saint Remi de venir k Laon. 
Aprfes I'avoir re^u avec la v^ndration due k ses vertus, 
ils se retirent ensemble dans un appartement secret. 
Lk Gennebaud delate en g^missemens *, proslgrn^ aux 
pieds de son saint protecteur, il s'accuse et veut se 
d^pouiller de son ^tole. Saint Remi. Tinterroge, et 
veut connaitre exactenfent la cause d^une si grande 
douleur ; les larmes , les sanglots lui coupant la yoix , 
le coupable pent k peine parler : cependant il raconte 



HISTOIRE DE L^^GLISE DE RH^^UIS. 49 

sa faate sans rien omettre. L'homme de Dieu, le 
voyant si profond^ment contrit, essaie de le consoler 
avec douceur^ il proteste qu'il est moins ajBiig^ de 
ses fautes que de sa defiance de la bont^ et de la mi-* 
s^ricorde de Diea , auquel rien n'est impossible , qai 
ne rejetU jamais le p^cheur penitent, et qui m^me a 
donn^ son sang pour les pecheurs. Ainsi le sage et 
charitable ^v^que s'efForce de le relever de sa chute , 
lui montrant par divers exemples qu^il pourra £aicile- 
ment trouver grice devant Dieu , pourvu qu'il veuille 
offnr au Seigneur de dignes fruits de rependr. Apr^s 
fayoir ainsi ranim^ par ses saintes exhortations, il* 
lui inflige une penitence , fait construire une petite* 
cellule , eclairee par une petite fen^tre, avec un ora- 
toire, qu^on voit encore pr^s de F^glise de saint Ju- 
lien k Laon , et y renferme F^v^que penitent. Pen- 
dant sept ans il gouverna son diocese , officiant 
alternativement un dimanche k Rheims , et Tautre k 
Laon. Jia mis^ricorde de Dieu montra bient6t com- 
bien en cette r^clusion Gennebaud avait profit^ , k 
queUe rigueur de contrition et de continence il s'^tait 
condamn^ , et combien dignes furent les fruits de sa 
penitence •, car la septifeme ann^e , la veille.de la c^ne 
de Notre-Seigneur J^sus- Christ , il passait la nuit 
dans la penitence et la pri^re , pleurant am^rement 
sur lui-m^nd^ , de ce qu'aprfes avoir 4ii 6\e\i autre- 
fois k Thonneur et autorit^ de rdconcilier les p^heurs 
k Dieu 9 il n'^tait pas m^me digne , k cause de ses 
fantes, de se mSler dans T^glise ^ntre les p^nitensv 
environ sur le minuit un ange du Seigneur vint it 
lui avec une grande lumi^re , dans Foratoire ou il 
^tait pit)stera^ en terre , et lui dit : n Les pri^res que 

4 



56 FRODOARD ) 

u ton ptee saint Renu a faites pour toi sont exaac^s ; 
tt ta penitence a 4x6 agr^able au ^igneuF) et ton p^che 
tt Vest remis. L^ye-toi de ce lieu, va rempCr ton mi- 
tt nist^re episcopal , et r^oncilie au Scogneur ceux 
tt qui font penitence de leurs iniquity. » Gennebaud , 
fra)^^ d^une tropgrande terreur, ne pouvait ];^pondr€. 
Alors range dn Seigneur le rassure , et Texhorte k ne 
pas craiadre, et au contraire k de r^jouir de la mis^- 
ricOrde de Dieu envers lui. Enfin, reconfort^, il r^* 
p6hd qu'il ne pent sortir, parce que son seigneur et 
pjire feaiiit Remi a emportii la clef, et scell^ la porte 
de son Cadiet. Alors Tange : « Pour que tu ne dou- 
« tea paa^ dit-il, que j'ai 4t6 envoys par le Seigneur, 
tt oiNttme le ciel Vest ouvert, qu*ainsi cette porte te 
« soit Ouvette. >» Et aussil6t , sans bris^ ni cachet ni 
cice, la porle ^'ouvrit. Oennebaud alors, se prostemant 
en iiT6i% sur le seruil , s'^cria : k Quoique le Seigneur 
tt J^sus-Ghrist lui-m^me ait daignd venir k mm , p^ 
tt cbeur indigne , je ne sortirai point dici que celui 
tt qui m'y ai enletfm^ en son noia ne vienne m'en 
tt: tir^r. » A cette r^pcnase Tailge se retire. C^endant 
sainC Retoi pas^it cette mSiMe nuit en pri^re daAs le 
cayteu situ^ ^us T^glise de Kotre-Dame de Rbeiiaas, 
e( qui depuis a iti consacrd sous le nom da bien- 
heureux saint R^ai lui-m^me par T^^que H^iv^e. 
Le saint homme, fatigud de veiUer et oomne endormi y 
eel TBifi en extase^ et voit ua aoge k ses eot^ ^qui lui 
laeonte ce qui vient de se passer, et lui ordonne 
d'aUet^ea toute hi^k Laon, de r^tablir Gennebaud sur 
son si^ge , et de lui persuader de remplir son minis- 
tAv^ pastoral. Le bi^nbeureux se l^ve sans h^siter, et 
se rend etA louttf h&t^l Laon. Lk il trouTe Gennebaud 



HISTOIRE DE LEGUSE DE RHEIMS. St 

prost^n^ sur le seuil de sa cellule , et la porte ouverte 
sans que le cachet ni la cire aient souffert. Alors , lui 
ou^rrant ses bras avec des larmes de joie, et louant la 
mis^ricorde du Seigneur, il le relive, le rend k son 
si^e et au minist^re pontifical , et revient h. Rheims 
pkin d'all^gresse. Quant k Gennebaud, soutenu par la 
gr&ce de Dieu , il v^cut ensuite tout le reste de sa vie 
dans la saintet^ , publiant hautemeht ce que le Sei* 
gneiir avait fait pour lui. Aussi mourut-il dans la paix, 
compi^ au nombre des saints du Seigneur, apr^s avoir 
tout le temps occup^ T^iscopat , qu'il transmit k son 
fils Larron , ^v^ue com^e lui , et comme lui mis 
aussi depuis au nombre des saints. 

Cependant Clovis aysdt ^labli sa demeure k Soissons. 
Ce prince trouvait un grand plaisir dans la compagnie 
ef les entretiens de saint Remi ^ mais comme le saint 
bomme n'avait dans le voisinage de la ville d'autre ha^ 
bitation qu^un petit bien qui ayait ^te autrefois donne 
a saint Ni^se , le roi offrit k saint Remi de lui donner 
tout le terrain qu'il potirrait parcourir pendant que Iuf 
mSme ferait sa m^dienne, c^dant en cela k k prifere de 
la reine et k la demande des habitans qui se plaignaien< 
d'etre sarcbarg^ d'exactions et contributions , et qui, 
pour cettc raison , aimaient mieux payer k T^glise de 
Rheims qu'au roi. Le bienheureux saint Remi se mit 
done en chemin , et Ton voit encore aujourd'hiii les 
traces de son passage et les limites qu'il marqua. Che- 
rain faisant , U avint qu'il fut repouss^ par un meu- 
*nier qui ne voulut jpas que son moulin fut renferm^ 
dans J'enceinte de son domaine. u Men ami , lui dit 
» 9ir0Q douceur rhomme de Dieu , ne trouve pas mau^- 
»^i«& fpte nous p(»s^ions ensemMece Avouli'n. ^ 

4. 



5a frodoard; 

Celui-ci Fayant refusd de nouveau, aussitdt la roue 
dii moulin se mit k tonrner k rebours : lors le mennier 
de courir apr^s saint Remi et de s'^crier : « VienS^ ser- 
viteur de Dieu , etposs^dons ensemble ce moulin. — 
Non, r^pondit le saint, il nie sera ni k toi ni k moi. » 
Et en effet la terre se d^roba aussitdt , et un tel abime 
s*ouvrit k Fendroit que jamais depuis il n'a 4ii pos- 
sible d'y dtablir un moulin. 

De m^me encore, passant aupr^s d^un petit bois, 
ceux k qui il appartenait Temp^chant de le compren- 
dre dans son domaine : a Eh bien, dit-il, que jamais 
« feuille ne vole ni branche ne tombe de ce bois dans 
« mon clos. » Ce qui a 4t6 en effet observe, par la vo- 
lont^ de Dieu , tant que le bois a dur^ , quoiqu'il fCit 
tout-i-fait joignant et contigu. 

' De la , continuant son chemin , il arriva k Chavi- 
gnon qu'il voulut aussi enclore-, mais les habitans Ten 
emp^ch^rent. Tant6t repouss^ et tant6t reyenant, mais 
toujours ^al et paisible , il marchait toujours tracant 
les limites teUes quVlIes existent encore k present. A la 
fin, se voyant repouss^ tout-i-fait, on rapporte qu'il 
leur dit : Travaillez toujours^ et demeurez pauvres 
et souffrans : ce qui s'accomplit encore aujourd'hui 
par la vertu et puissance de sa parole. Quand le roi 
Clovis se fut lev^ apris sa m^ridienne , il donna k saint 
Remi, parrescrit de son autorit^ royale, tout le ter- 
rain qu'il avait enclos en marchant-, et , de ces biens, 
les meilleurs sont LuiUy et Cocy, dont f^glise de 
Rheims jouit encore aujourd'hui paisiblement. 

Un homme trfes - puissant , uomm^ Euloge, con- 
vaincu du crime de Ifese-majestd contre le roi Clovis, 
eut un jour reconrs k Tassistance de saint Remi, et par 



HISTOIRE DE l'^IGUSE DE RHEIMS. 53 

son intermission obtint gt&ce de la vie et de ses biens. 
Euloge , en recompense du service qu'il en avait recu, 
offrit k son g^n^reux patron , en toute propri^t^ , son 
village d'lfipernay: ce que le bienheureux ^v^qfie ne 
voulat point accepter, rougissant de recevoir une re- 
tribution temporelle comme en salaire de son inter- 
vention. Mais voyant Euloge convert de confusion 
et decide k se retirer du monde , parce qu'il n'y pou- 
vait pluk rester apr^s avoir, centre Thonneur de sa 
maison, obtenu grdce de la vie , il lui donna un sage 
conseil, lui disant que, s'il voulait ^tre parfait, il 
vendit tous ses biens et en distribu^tTargentaux pau- 
vres, pour suivre jesus-Christ ; ensuite taxant le prix , 
et prenant dans.le tr^sor eccl^siastique cinq miile 
livres d'argent , il les donna k Euloge , et acquit a. Te- 
glise la propriety de ses biens ^ laissant ainsi a tous 
ev^ques et pr^tres ce bon exemple que, quand i]s in- 
terc^dent pour ceux qui viennent se jeter dans le 
sein de TEglise , ou entre les bras des serviteurs de 
Dieu, et qu'ils leur rendent quelque service, jamais 
ils ne le doivent faire en vue d'une recompense tem- 
porelle, ni accepter en salaire des biens passagers^ 
mais bien au contraire , selon le commandement du 
Seigneur, donner pour rien comme ils ont regu pour 
rien, 



54 frodDard^ 



.. A.'.'L 



CHAPITRE XV. 

Des victoires de Clovis obtenues par rintercession de saint 

Remi , et de la inort de ce roi. 

Le roi Clovis ayant rassembl^ son arm^e pour mar- 
cher contre Gondebaud et God^sile son frfere , saint 
Remi lai donna sa benediction et lui pr^dit la vie- 
toire; et entre autrea instructions il lui ordonna de 
combattre les ennemis tant que le vin bdni , dont il 
lui faisait present , sufiirait k son usage quotidien. Les 
Bourguignons, conduits par leurs' deux i^is, rencon- 
tr^rent Clovis et les Francs sur les bords de fOuche , 
pr^s de Dijon. Apr^s un combat opiniitre les Bour- 
guignons furent mis en fuite , et Gondebaud , <^lige 
de se renfermer dans Avignon , n'obtint qu'k grand' 
peine la paix par Tentremise de son conseiller Ar^- 
dius, et ^ force de tr^sors. Clovis rentra dans son 
royaume avec son armde , chargd d^un immense butin \ 
mais k peine avait-il eu le temps de fonder 4 Paris una 
eglise en Thonneur des bienheureux apdtres saint 
Pierre et saint Paul , et de tenir un concile ^ Orleans 
par le conseil de saint Remi , qu'il fut oblig^ de mar- 
cher contre le roi Alaric arien. Avant de partir, il 
recut encore la benediction de saint Remi , et Passu- 
ranee de la victoire. Comme la premiere fois, Fhomme 
du Seigneur donna au roi un flacoil rempli de vin 
beni , et lui recommanda de continuer la guerre , tant 
que son flacon fournirait du vin k lui et k ceux des 
siens Ji qui il jugerait convenable d'en donner. 



HISTOIRE DB h'AGUMK DE RHEIMS. 55 

DuraDt Texp^dition le roi et plusieurs des siens bu- 
vaient, et cependantle vin ne s'^puisait point. Ala fiu 
il engagea le coipl^at avec }es Qoths , ks mil en fuite , 
et demeura vainqueur, par Tassi^nce du 4ienheu- 
reux fiaiat fiemi. Dans ce combat deux Goths le frap- 
p^rent de leurs ^pieux dans le flanc ^ mais les m^rites 
de son saint patron ie prot^geaient, et ils ne purent le 
Uesser. Apr^s avoir sou mis phisieurs villes k sa domi- 
nation, il ponssa ses conqu^es jusqu'k Toulouse, ou 
il s^'empara de tous les triors d'Alaric. Puis feprenant 
sa route par Angoul^me j dont les murs tomb^rent 
miracnleus ement devant lui, et ou il fit massacr^r 
tmts les GoAs qui s'y dtaient enferm^s , il rentra glo- 
rieusement en France •, et le vin ne taril en son flacon 
qu^apr^ son retour dans le royaume^ 

Enfin , tf apr^s le conseil de saint Remi, le roi Clovis 
enyoya en offrande au bienheureux apdtre saint Pierre 
une couronne royJile toute d'or, et enrichie de pierrps 
pr^eieuses. A peu pres dans Te m^me temps il recut 
de Tempereur Anastase un codicille qui lui conf^rait 
le consukt, en vertu duquel il prit la couronne d'or, 
la tunique et le manteau de pourpre , et depuis porta 
le titre de consul, De son cdt^ , Hormisdas, pape de 
Rome , dtablit saint Remi son vicaire au rbyaume de 
Clovis, et lui en expedia les lettres, 

Sur ces entrefaites le roi Clovis mourut en paix k 
Paris , et fat enseveli dans la basiliqae de saint Pierre , 
qu'il avait lui-m^me fait bdtir. Au moment m^me ou 
il tr^passait , saint Remi , qui ^tait alors a Rheims , en 
ent rdvdation par le Saint-Esprit, et aijinonca cette 
nonvelle k ceux qui Tentouraient. 



56 , FRODOARD j 



CHAPITRE XVI. 
» • 

Du cODcile oix saint Remi convertit un h^r^qae. 

Les ^v^quesde Gaule se r^unissant en concile pour 
les affaires de la foi , y appel^rent saint Remi , commef 
dou^ d'une Sequence divine , et tr^s-instruit dans les 
lettres etmati^res eccl^siastiques. Or, en cette assem- 
bl^e se trouvait un ^vSque arien , grand et hardi dis- 
puteur, plein de confiance aux subtilitds et arguties 
de la dialectique , et pour ce , enorgueiUi et hautain. 
Quand saint Remi entra dans le concile , tous ses ft^ves 
se levferent pour lui faire honneur; ForgueiUeux h^ 
r^tique d^daigna seul de se lever. Mais au moment ou 
le saint ^v^que passa devant lui , sa langue fut sou- 
dain enchain^e, et il perdit la veix. Tous s'atten- 
daient qu'aprfes Tallocution de saint Remi , il pren- 
drait la pai^ole pour lui rdpondre : mais il ne put pro- 
f(^rer un seul mot , et allant se jeter humblement an 
pied du saint personnage , il lui demanda grice par 
ugnes. Lors saint Remi : « Au nom de notre Seigneur 
<( J^sus-Christ , vrai fils du Dieu vivant , si tu as ainsi 
« foi en lui, parle, et crois et confesse de lui ce que 
a TEglise catholique croit et confesse. » A sa voix, 
rh^r^tique, auparavant superbe , devenu humble et 
catholique, confessa catholiquement la foi orthodoxe 
sur la sainte et indivisible Trinity et sur Tincamation 
de J^sus-Christ , et promit avec serment de demeurer 
fiddle dans la foi de sa confession. Ainsi , par la vertu 
de la grdce , le venerable pr^lat rendit la sante de 



HISTOIRE DE L^I^GLISE DE RHttMS. 5^ 

Tame et du corps k cdui qui ayait ^erdu soa aole par 
Tinfid^lit^, et qui avait mdrit^ de souffrir en son 
corps et de perdre h parole k cause de son orgueil ; 
instruisant ainsi d'une mani^re ^clatante tous les 
pr^tres qui dtaient pr^sens et ceux qui apprendraient 
ce miracle , et leur^ enseignant , par sa conduite en- 
vers cet hdr^tique mal pensant de J^sus-Ghrist (qui a 
daign^'descendre jusqu'k nous, et se faire notre fr^re 
par Thumanit^), comment ils doivent traiter les p^ 
cheurs rebelles k Dieu et k T^glise , et comment aussi 
les p^beurs convertis et revenus a penitence. 



CHAPITRE XVII. 

De rextinction du feu, de la mort et sepulture de saint 

Remi. 

« 
Cependant saint Remi s'en allait sur le d^clin de 

f ^e. Le Saint-Esprit lui ayant riyiU sur ses vieux 

jours qu'une grande famine devait suivre Tabondance 

qui r^gnait alors , il fit faire, avec le grain des villages 

du diocese , des meules et monceaux de hU , pour 

soulager le peuple quand il soufirirait de la disette. 

Beaucoup de ces meules avaient Aii devees dans le 

village de Cernay •, or les habitans de ce village ^taient 

rebeUes et s^ditieux. Un jour qu'ils (5taient ivrea , 

ils commenc^rent k dire entre eux r^« Que veut done 

« faire de tout ce bl^ ce vieux jubilaire? » (c'est ainsi 

qu'ils appelaient siint Remi , k cause de son grand 

%e) « voudrait-il pas en faire une ville ? » et ils di- 

saient cela parce que les meules dtaient rangdes autour 



58 " FRODOARD^ 

du vilkge comme les tourelles le long des murs d'une 
ville. Enfin pouss^s du d^mon , et s'excitaiit les uns 
les autres , ils y mireat ]e feu \ ce qu'ayant appm , le 
saint ^v^que , qiy se trouvait alors dans uu village 
voisin nomm^ . Bazancourt , monta aussitdt k cheval , 
et accourut en toute Mte k Cernay pour r^primer et 
punir une telle audace. Arriyd Ik et trouvant le bl^ 
qui brulait , il se mit k se chauffer derant le feu , di- 
sant : a Le feu est toujours boh y s'il n'excMe et n*est 
a par trop puissant. Gependaht , que tons ceux qui 
c( Font allum^ eX que la race qui naltra d'eux soient 
ft punis, les bommes frapp^s d'hernies et les.femmes 
« d'enflure a la gorge. » Ge qui a ^t^ accompli en effet 
jusqu'au temps de Charlemagne, qui extermina du 
village de Cernay toute cette race maudite, parce 
qu'ils avaient tu^ le vidame ^e F^glise de Rheims , 
faisant mettre a mort lesauteurs du crime, dispersant 
les autres qui avaient ^td coupables d'assentiment dans 
les diverses provinces , les condamnant a un exil dter- 
nel , et repeuplant Cernay avec des habitans pris dans 
les autres villages du diocese. Ainsi toute cette race, 
hoinn\es et femmes, fut punie, selon la sentence 
port^e par le saint ^v^ue ; et c'est avec raison que 
lliomme de Dieu frappa de sa vengeance non seule- 
ment les coupables , mais encore leur post^rit^ , parce 
qu'il prdvoyait que cette postdrit^ serait rebelle et 
s^itieuse. 

Aprte ces diverses merveilles, et beaucoup d'autres 
encore que le Seigneur daigna op^rer par le minis- 
t^re de son fidele serviteur, il exatlba enfin ses sonpirs 
et ses g^missemens, en lesquels il ne cessait de s'^rier : 
((Quand viendrai-je etparaitrai-jedevatitla facedemon 



HXSTOIRE DH l!±QUSE DE RHEIMS. 5g 

« Diea? je serai rassasi^ quand il me maniiestera 
K sa gloire. i» Le Seigneur done, par une pieuse con- 
•olation, lui r^^k que le jour de ^ mort a^prochait. 
Plein de confiaiice en cette r^T^lation , il dressa son 
testament, se hitaat d'aUer jouir de Th^ritage dont le 
proph^e dit : cc Lorsque le Seigneur aura accords le 
« repes comme un sommeil k ses bien^m^s , ils joni- 
« Tont de Tbdritage du Seigneur ' . » Ainsi le saint 
homme, abandonnant Th^ritage terrestre, recut en 
place rb^ritage cdeste et kernel. 

Aprte qu'il eut fait son testament et r^gl^ toutes 
ses affaires, comme le bon vigneron Amende tout cep 
de bonne yigne qui porte fruit afin de lui en faire 
porter davantage , ainsi Dieu le priva pour un temps 
des yeux du corps afin qu'il. put contempler plus at- 
tentivement des yeux de Fesprit les cboses d'en haut , 
vers lesquelles il aspirait de toute la force de' ses 
desirs. Pendant le temps de son ^reuve il ne cessait 
de rendretgr&ces au Seigpeur, c^l^brant jour et nuit 
ses louanges , cbantant des hymnes , et rappelant fid&- 
lement en sa m^moite que ceux qui recoivent les af- 
flictions avec patience et humilitd sent ensuite ^lev^s 
et admis au repos ^ternel. Aussi le Seigneur se plut-il 
k lui donner un signe avant-coureur de ]a gloire c^ 
leste, et pour garant il lui rendit la vue avant de 
mourir : ce dont il himk le nom du Seigneur, comme 
il ayaitfait auparavant, quand il favait perdue. Pen 
de temps apr^s , sachant que le jour de son tr^pas ^it 
Venn, il voulut dire adieu et donner sa paix k ses en* 
fans, en c^l^brant la messe, et les faisant participer 
avec lui k la sainte communion . Et ainsi , apr^s soixante- 

4 

« Ps. ia6, V. 3. 



6o FRODOARD ; 

quatorze ans religieusement pass^^dans Npiscopat ea. 
fiddle et prudent serviteur de Dieu, le i3 Janvier, 
dans la quatre*vingt*seizi^me annde de sa vie, apr^s 
avoir fourni toute la lice sainte et sans cesse gardd 
la foi , charge de bonnes oeuvres j et son ame riche 
des ames qu'il avait sauv^es , il mourut , et son ame 
remontant dans les cieux, depuis si long-temps objet 
de ses desirs , il laissa son cqrps k la terre. II recut la 
robe blanche, c'est-k dire T^ternelle beatitude de 
Tame , en attendant le jour de la resurrection ou il 
jouira de Fimmortalite bienheureuse de son corps 
ressuscitd a la gloire , et aura part et society avec les 
principaiix membres de J^sus-Christ au royaume ce- 
leste , comme le temoignent la grdce apostolique qui 
lui a ^te confdr^e , la conversion des Francs k la foi 
de J^sus -Christ op^r^e par ses m^rites, la palme du 
martyre, la longanimite de sa patience pendant sa 
longue vie, la, gloire de sa confession en Notre-Sei- 
gneur, ses predications de la foi orthodoxy , enfin la 
manifestation des oeuvrcs miraculeuses qu'il a faites 
tant en sa vie qu'apr^s sa mort. , 

Pendant qu'on portait son corps k la sepulture qui 
lui avait ^t^ preparee dans T^glise des martyrs Timo- 
thde et ApoUinaire , il arriva que toutna-coup, au mi- 
lieu du chemin , la bifere devint si pesante que malgre 
tons les efforts on ne put pai^enir a la soulever. Le 
peuple, frapp^ d'^tonnement, supplie le Seigneur de 
daigner faire Aonnaitre en quel lieu il veut qu'on de- 
pose le corps de son saint : cependant. ils nomment 
Teglise des martyrs , et essaient de nouveau de spu- 
lever la bifere : eUe resiste. On prepose Teglise de saint 
Nicaise, et la bifere demeure : Teglise de saint Sii^te 



HISTOIRE DE l'eGLISE DE RHEIMS. 6 1 

et saintSinice^et la biere est toujours immobile.Enfin, 
ne sachant que resoudre , ils avisent qu*il reste une 
petite eglise consacrcie k saint Ghristophe, martyr, ou 
ne reposent aucunes reliques saintes, du moins ma- 
nifestoes telles , quoique le cimeti^re de Rheims eut 
etO autrefois situi autour du parvis de cette eglise ; 
et ils supplient le Seigneur de declarer s'il veut que 
les saints et prOcieux restes y soient dOposds. Aussitot 
la bi^e est levOe avec facility , et devient si lOgfere 
qu'ilsemble qu'on ne porte rien. Ainsi, par cette dis- 
position de la volonte divine , le corps du saint 4\^ 
que fut enseveli dans cette Eglise , a Tendroit ou est 
anjourd'hui I'autel de sainte Genevieve. Depuis de 
nombreux miracles ont eii opOrc^s a Tendroit ou la 
bi^re s'arrSta et devint pesante. On y voit encore au- 
jourdliui une croix , plantOe en memoire du miracle , 
et portant Tinscription suivante : 

CI Quand le grand ey^que saint Remi passa de 
ce monde k la patrie celeste , tout un peuple fiddle 
transporta dignement son corps jusqu'ici , voulant lui 
donner sepulture dans I'Oglise de saint TimothOe, mar- 
tyr •, mais il s'arreta en ce lieu , et n'en put ^tre enlevO 
que lorsque le Seigneur eut rOv^lO lui-m^rae Fendroit 
ou on devait le deposer. Maintenant, par la grice de 
JOsus- Christ, il fait ici de grands miracles envers 
ceux qui sont devots et fidfeles au Seigneur, rendant 
la vue aux aveugles , redressant les boiteux et guO- 
rissant les malades. Prions done le Seigneur avec 
instance et devotion , afin que, par sa pieuse interces- 
sion, nous mentions d'obtenir le pardon de nos pOchOs 
et les joies du paradis. P bienbeureux saint Remi, 



6a FRODOAED *, 

pr^eieux confesseur de J^sus-Christ , ayez anssi piti^ 
d'Adelhold, voire serviteur '. » 



CHAPITRE XVIII. 

Testament de saint Rend «. 

Au nom du Fere , da Fils et du SaintrEsprit , gloire a Dicu , 

ainfii soit-il. 

«Moi,Remi, ^v^que de la cit^ de Rheims, rev^tu dn 
sacerdoce, j'ai fait mon testament conform^ment au 
droit pr^torien , et j'ai voulu qu'il eut la force de co- 
dicille dans le cas ou il paraitrait y manquer quel- 
que formality. Quand done moi, Remi, dv^que, aurai 
pass^ de ce monde en I'autre, sois mon h^riti^re, sainte 



> Cum transiaset ex hoc mimdo ad coeleetem patriam 

praesul magnus beatus Remigius , 

hue a plebe sancta digne delatus est corpore , 

in ecclesia condendus Timothei martyris. 

Tunc hoc loco moram fuit ; nee moveri potuit, 

donee quo locandus easet reyelavit. Dominua ; 

ubi nunc, favenle ChristOy praepollet viiautibus 

praestans hie Deo devotis apla beneficia , 

caBcis yisum , cUuidis gresaum , et ajgria remedium. 

I'gitur profusia Totb ezoremua Dominum 

veniam ut delictorum piis ejus precibus 

mereamur adipisci, et coelorum gaudia. 

Sancte Remigi , confessor pretiose Doniini , 

Adeloldi cfuoque tui miserere famidi. 

* II est a peu pres ceriain que ce testament n^est pas authenlique 
et appartient k une epoque post^rieUle k saint RemS. 



HISTOIRE DB L E6LISE DE RHEIMS. 63 

et Y^n^rable ^lise de Rheims, et toi, fils de mou fr^re, 
Loup, ^v^ue, que j'ai toiyours aim^ de pr^dilec* 
tion^ et toi aas»i , mon neveu , Agricola , prdtre , qiii 
m^as plu d^s ton enfance par ton ob^issance et par 
tes soins, partagez entre vous trois tous les biena 
que j^anrai acquis avant ma mort, outre ce que j'aurai 
dofuti^ l^u^ y ou ordonn^ de donner a chacuu de vous. 
A toi, ma sainte h^tiire, v^nc^rable ^glise de Rheims, 
je laisse tons les colons que j'at au territoire de Portian, 
taut ceux que j'ai hdrites de mon p^re ou de ma m^re 
que ceux que j'ai ^chai^^ avec mon fr^re^ de bien- 
heareuse m^moire, Principe, ^vSque, ou qui me sont 
venus de donation , sayoir : parmi les hommes, Daga- 
rkle, Profuturus, Prudence, Temnaich, Maurilion , 
fiaudoleiphe, Provinciole^ parmi les femmes, Nayia- 
t^ae, Lante et Suffronie^ de plus, Amorin, serf ^ et que 
tous ceax que je lais|e sans en disposer par le pr^nt 
testament deyiennent aussi ta propri(it^» Ainsi il en sera 
des terres et villages que je poss^de aux territoires de 
¥ot6aja ^ T nin y Bcdatoniutiij Plerinacum, Vaccun 
liacian % et g^n^ralement de tout ce que je possMe 
eoL ce pays , k quelqtie titre que ce soit, champs, pr^s, 
pjytarages, fbr^ts : pareillement, ma tr&s-sainte h^ri*^ 
ti^e, tout ce qui fa iU donnd par mes parens et 
amU, en quelque lieu ou pays que ce soit, et.dont 
j^auvai di^sd en faveur des h^pitaux, courrents, ora- 
fcoires de martyrs , maisons de cbacres, hospices, et g^ 
n^ral^iient de tous ^tablissem^:^ soumis k ta juri- 
diction , sem mai^tenu cotnme j'en aurai dispose ^ et 
mes stiC€esiiseiU*s a T^V^b^ de Rheims respectant en 
moi Tordre de succession, comme je F^ respects dans 

> Lieux doDt on i||;HOfe mijourd^hui le aom^ei la position. 



64 FRODOARD ; 

mes pr^d^esseurs , garderont et observerdnt mes dis- 
positions, sans alteration ni changement aucun. Le 
village de Cernay, que macousine Celse t'a donn^ par 
mes mains, ainsi que Hiddriacum ', present du 
comte Huldric , serviront a Tentretien et i la couver- 
ture du lieu que mes saints fr^res et co^v^ques du 
dioc^e auront choisi pour ma sepulture ^ soit aus^ ce 
lieu la propri A^ particulifere des ^v^ques , et soit af- 
fectd k I'entretien des clercs qui y serviront le Sei- 
gneur , le bourg de * au territoire de Por- 

tian , de mon patrimoine , ainsi que les fermes du do- 
maine de T^v^clie au pays de Rheims. Le domaine de 
Blandibaccius^jqne j'dii achetd de mes cob^ritiers Be- 
noit et Hilaire, et pay^ des deniers du tr^sor de T^glise, 
et celui dL^lbirdacus ^, qui fait partie du domaine 
de r^v^cbe , fourniront en commun k Tentretien des 
clercs de Feglise de Rheims. Bergui ^, du domaine de 
r^v^che , qui etait autrefois la propri^td particuli^re 
de mes prrfd^cesseurs , deux dpmaines qui m'ont ^te 
donnas en t^moignage deflection par le roi Clovis 
que j^i tenu sur les saints fonts de bapt^me , et qui 
s^ppellent en sa langue Bischoffsheim , Cosle ^ et 
Gleni 7, ainsi que les bois, pr^s et piturages que 
j^i fait acbeter par divers agens dans les Yosges ou 
aux environs, en deck ou au-delJi du Rbin, fourniront 
cbaqueann^e aux clercs de Rheims, et k toutes les mai- 
sons r^guli^res ^tablies par moi et mes pred^cesseuxs, 
ou qui seront ^tablis dans la suite par mes succes- 
seurs , la provision de poix n^cessaire pour la prepa- 
ration et entretien des tonneaux k vin. Cruscinia- 

^ Inconnu. — > jLie nom maii<pie dans le) texte. — ^ Inconnu. — 
4 Inconnu — 5 Inconnu. — ^ Inconnu. — 7 Inconnu. 



HISTOIRE DE l'^GLISE DE RQEIMS. 65 

cum ' , La F^re, et tous les villages que le roi trfes- 
chrdtien Clovis donna k la tr^s-sainte yierge de J^us^ 
Christ Genevieve , pour fournir aux frais des voyages 
qu'elle avait coutume de faire pour visiter I'^glise de 
Rbeims , et qu*ensuite elle a l^gu^s aux clercs qui y 
servent le Seigneur, resteront affect^s au m^e era- 
plm, €t je confirme sa donation*, avec cette condition 
que Cruscirdacum fournira aux obs^ques de mon 
premier successeur, et i la reparation de la couverture 
de r^glise principale , et que La F^re demeurera k 
Tev^que mon premier successeur, et sera k perp^ 
tuit^ affect^ i Tentretien de I'^glise ou reposera mon 
corps. Le village d'fipernay, que j'ai achet^ d'Euloge 
cinq miile livres d'argent , est ta propri^t^ , ma tr^s- 
saante h^riti^e , et mes autres h^ritiers n'y ont aucun 
droit, car c'est avec ton argent que j'ai pay^ , et c'est 
aossi en ton nom que j'ai obtenu gr&ce pour Etdoge , 
accus^ de l^se-majest($ et reduit k Timpossibilit^ de 
se disculper, et que j'ai empSch^ qu'il ne fut mis k 
mort et ses biens vendus. En consequence je te l^gue 
fepemay k perp^tuite , en dddoramagement des som- 
mes tiroes de toin tr^sor, et pour le traitement de ton 
^6que. 

tt Je te ^^onfirme aussi a perp^tuit^ la propriety de 
Douzy , ainsi que Fa voulu Chlodoald , ce jeune prince 
Jun si noble caract^re. Enfin, ma sainte h^ritik'e, tous 
les villages qui m'ont ili donnas en propre par le roi 
Clovis, de glorieuse m^moire , quand il ^tait encore 
paien et ignorait le vrai Dieu , avant que je Teusse tenu 
sur les fonts de bapt^me, je les ai donnas depuis long- 
temps aux liettx les plus pauvres , afin que ce prince, 

• ' faconnu. 

5 



6^ FHODOABD ', 

eiioor« inftd^e , ne pilt croire qua j'^tai» avide de» ri- 
diesses de la terre , et que je c)ierchais moins le salttt 
de SOD ame qne \es hiens extdrieurs dont il pouv^U 
me cambler. Cest pourquoi ce prince, admirant ma 
conduite , me permit dHaterc^der aupr^s de lui p<mr 
ious oeux qui ^aient dan^ la n^essit^ , et, soit avanl^ 
soit apr^s sa conversiou , a t4>ujour& ^td bienveiBaut et 
bb^al envers moi. Connaissaat que de tous left ^v^- 
ques dea Gaules j'^tais celui qui travaillait le plus k 
k conversion el ^ rinstruetion des Franca , le Sei- 
gneur m'a combl^ de tant de grices. devaut ee roi , et la 
viain de I>ieu s^est plue k op^rer, par le Saint-Eepnt 
et par men minister e , k moi pauvre p^beur, taut de 
miraclea poar le salut de s^ nation , que ce prince 
Qoo. sjeulement rendit k toutes lea ^lisea du royauaie 
dea Fra;ic8 ee qu'elles avaieut perdu, maift encore 
ett; eiuucbAt un grand nombre de $es propres dojis et 
de> sat pure Ub^talit^ ; et je ne voulus pas c^ukir am 
domaine de* F^glise de Rheims un. pied de temre de 
sou royaume, que je u'eusse auparavani; obtenu 
pleine restitution pour toutes les (igHses. Pal fait de 
in4me aussi apr^s sou bapt^me; et je n'ai c^di^ que 
pour Cocy et Luilly, parce que le saint et jeune 
Cblodoald , mon cher et i^time ami , et les malheu- 
$eux. de qes villages accabl^s de charges: de toute 
esp^ce, me auppjierent. de demander qu'il leur ££it 
permisi de payer desormais k mon ^lise ce qu'ils 
di^viiienli au roi ; et ce prixu^e tr^srpieux accueiUit ma 
ddmaude ayec bonte , et me Tacoorda de grand eceur. 
^uofViaut douQ 1a vt)lont^ du pieuxt donatear^ bul tn^fr* 
saittle. hf^iti^e.y j'al confirm^ par. mon autorite. i^* 
scopale cette cession , et en consacre le produit k tes 



HISTOIRE D£ VeGUS'R ])E RHEIMS. (SfJ 

besoins. De m^me jWeote k TeAtretiea de teslumir 
naire^ et de ceux du lieu ou je serai enterr^ toua 
les biens que le roi Tr^s-Chr^en m'a donn^ en 
Septimame et eu Aquitaiae, tou9 ceux qui m'ont 6vi 
donn^ ea Provence, par un certain Benoit, dont la 
fille me fut envoyde par Alaric, ^ fut, par la gr&ce du 
Saint-Esprit et par rimposition de mes mains, k moi 
pauvre p^heur, non seulement d^livr^e de& liens du 
d^OQ , mais eiux>re rappel^ des enfecs ^ enfin tous left 
domaines situ^ en Aijstrasie et en Thuringe. Je laisae. 
a Yiv4que qui m» succ^era une chasuble blanche 
pour la fdte de P&ques , deux tuniques peintes , ti!oia 
tapis qui servent les jours de £^te k fermer les portes 
de la salle de festin^ dii odlier et de la cuisine : k toi , 
ma sainte h^riti^re , et a T^glise de Laon un vase dW 
gent de trente livi%s et on autre de dix livres que 
vous partagerez pour faire des pat^nes et des calieei^ 
pour le sarvice divin , ainsi que je Tentends. Je te 
r^rve aussi le vase dW de dix livres que j'ai necu de ce 
roi tant de fois nomm^, Clovis, de glorieuse m^oire, 
que /ai tenu sur les saints fonts , ainsi que je rai>d^ 
dit ; je veux qu'il serve k te fiiire un ciboire et un ca^ 
lice cisel^, snr lesqiielsseni.grav^e Tinscriptienque 
j'ai dict^e moi-m^me et fait graver sur un calice dUxf^ 
gent de Laon, ce que je.ferai moi-m^me si Dieu-me 
pr^te vie; et si je viens ^ mourir,. je m'en remets a» 
fils.de monflr^re, Loup , ^que, qui^ fiddle a mes vo* 
loDJb^ , fera iaire oes deux vases sacr^ ainsi que jer 
Tordonne. Je donne a mes confreres dans le sacer- 
doce, et diacres deRheims, vingt-cinq sous d'oril' 
partager ^galement eatve tous ^ plus un plant devigive' 
situ^ au^essas de ma vignedans le fMibomrg, qu'iU 

5. 



68 FRODOARO ; 

poss^eront en eommun, ainsi qu« le vigneron M^Ia- 
nius, que je donne k la place d'AIbovich, serf de 
r^glise , afin que ledit Albolvich jouisse d une pleine 
et entifere liberty ; aux sous-diacres , douzesous d'or^ 
aux lecteurs, gardes des saiates hosties et jeunesser- 
vans , buit sous d'or ^ aux douze pauvres de Fhdpital 
qui demandent Taumdne k la porte de F^glise , deux 
sous d'or, outre les revenus du domaine de Courcelles, 
que je leur ai assign^s depuis long-temps ^ aux trois 
autres pauvres qui doivent laver ebaque jour les 
pieds k nos fr^res , et auxquels j'ai affect^ pour ce mi- 
nist&re le b&timent dit THospice , un sou d'or ^ aux 
quarante veuves qui demandent I'aumdne sous le 
portique de Teglise , et auxquelles il (itait accords une 
retribution prise sur les dimes de Chermizy, Tessy et 
Villeneuve , je donne de surplus k perp^tuit^ sur le 
domaine A.e Huldriacum, ci-dessus d^nomm^, trois 
sous et quatre deniers 5 a I'^glise de Saint- Victor , aupr^s 
de la porte de Soissons , deux sous -, a F^glise de Saint- 
Martin, de la porte GoUatitia , deux sous : k Teglise de 
Saint-Hilaire, k la porte de Mars, deux sous; k F^glise 
de Saint-Cr^pin et Saint-Cr^pinien , k la porte de 
Trfevesydeux sous; aT^glise de Saint-Pierre, en la Cite, 
que Ton nomme la Gour du Seigneur, deux sous ; a 
r^lise que j'ai fait bitir en Thonneur de tons les 
martyrs sur le caveau de Rheims , lorsque, avec le se- 
cours de Dieu , j'arracbai aux flammes du d^mon la 
villed^j^ presque toute reduite en cendres, deux sous ; 
k r^lise que j'ai fait Mtir dans la Git^ , en m^moire 
du m^me miracle , a Thonneur de saint Martin et de 
tous les saints confesseurs, deux sous ; au diaconat de 
la Cite , dit des Apdtres , deux sous ; a la cure de 



HISTOIRB DE L^^GUSE D£ RHEIMS. 69 

Saint-Maurice, rue de C^r, deux sous; a Teglise 
fond^ par Joviu , sous rinvocadou de saint Agricola ^ 
et en Jaquelle reposent le tr^s^hr^tien Jovin , et le saint 
martyr Nicaise avec plusieurs de ses compagnons de 
martyre, et aussi cinq confesseurs , les premiers suc- 
cesseurs de saint Nicaise , ayec sainte Eutrope , vierge 
et martyre , trois sous d'or ; de plus , k la m^me ^lise, 
tout ce qui appartenait a Jovin, territoire de Sois- 
sons, avec F^glise de Saint-Michel; k T^lise des 
saints martyrs Timothee et ApoUinaire , en laquelle , 
avec la grace de Dieu , et s'il plait a mes fr^res et mes 
en&ns les ^v^ues de la province, je desire ^tre en- 
terre, qnatre sous d'or ; k T^glise de Saint-Jean , ou, par 
/a grace de Motre-Seigneur Jesus-Christ, ressuseita, a 
ma pri^re , la fille de Benoit , deux sous ; k T^lise de 
Saint-Sixte, qu oe pieux ^dque repose avec trois de 
ses successeurs, trois sou&; en outre, de mes domain^s 
particuliers, Plebeia sur Marne; k Tciglise de Saint- 
Martin , situ^e sur le territoire de Teglise de Rheims, 
deux sous; k T^glise de Saint-Christophore, deux sous; 
a Teglise de Saint-Germain , que j'ai moi-mSme fait 
Mtir au territoire de Rheims , deux sous ; k Teglise 
des saints martyrs Cosme et Damien situee sur le 
territoire de notre m^re f eglise de Rheims , deux sous ; 
a rhospice de la Sainte-Vierge , dit Xenodochion , ou 
douze pauvres recoivent Taumone, un sou; enfin 
j'entends que cet hopital soit attach^ k perp^tuite au 
lieu ou mes freres et mes. en£atns jugeront a propos de 
d^poser mes restes; et pour qu'on y prie nuit et jaw 
pour la remission de mes peches, j'ajoute de surplus 
^ur mes biens, a ce que mes predecesseurs onl fix^ 
pour Fentretien de ces pauvres , les domaines de Scla^ 



•JO FRODOARD ', 

AtGne et de Saint-^^tienne , et lout ce qni m'eAt ^dhu 
p» Sttccessiofi au domaine d*H^rimond. Tout ce que 
f ai achet^ en ee lieu , je Tai depuis long-temps donn^ 
i r^ise de Saint-Quentin martyr, et je ratifie la do- 
nation. Je donne la liberti^aux serfs auivansdn village 
de F^acculiacum, ci-desstis d^nomm^ : savoir, k Fru- 
minius , Dagaleiphe , DagarMe , Duction , Baudcywic, 
Udulphe et Vinofeiphe; que TemnarMe, qui est ni 
d*une m^re ingenue , jouisse de T^tat de pleine liberty. 
K Quant h toi, le fils de mon Mre, Loup, ^dque,tu 
-auras en partage NifMte et sa m^re Nucia ; la vigne 
que cultive le vigneron £neas : tu donneras la li* 
bert^ k iEneas et k son plus jeune fils Monulphe. Mel- 
lofique le porcher^ et sa fenune Paschasis^ Yerni- 
"Vian et ses fils, excepii Widragaise, auxquels j'ai 
donn^ la liberty , d^pendrout de toi et te serviront. 
Jete donne mon serf de Cernay ; partie des terres 
<|ui ont appartenu a mon fr^re Principe $ ^y^que , avec 
leurs bois, pr^s etp&turages; mon serf Viter 6de , qui 
a Q^partenu k Mellowic. Je te l^gue et transmets 
Teneursole , Capalin , et sa femme Th^doros^ne. Je 
donne la liberty k Thdodonime. Edoneiphe ^ qui s'est 
unie & un de les serfs ^ f appartiendra , ainsi que les 
enfans qui naitront d'elle. Je donne la liberty a 
la ferome d'Ar^gilde et k ses enfans. Je te laisse ma 
part de la prairie que je poss^de conjointement avec 
ootre famille, 4 Laon, au pied descollines, atnsi que 
les petits pr^s Joviens qui m'ont appartenu , et anssi 
Labritmeum % ou j'ai d^os^ les restes de ma m^re. A 
toi , mon neveu Agricola , prdtre , qui as iii ilesi d^s 
ta plus tendre enfance dans ma maison , je l^gue le 

> Tnconnu. 



HISTOIRE D£ L^EGUS£ DE RHBIMS. 7! 

serf Merumrast , sa femtne Merat^tii^, ti ledr fil$ 
Marcovic. Jt donne la liberie i son frfere Medovic, 
mais je te laisse sa fetnme Amantie. Je donne la 
liberie a leur fiUe DasOunde. Je te Ifegue le self 
Alaric , mais je te charge de d^fendte et de prcrteger 
la liberie de sa femme, que j'ai rachet^e et afltan- 
ebie. Bebrimode et sa femme Morta t'appartien- 
dront , mais leur fils Monachaire jouira du bienfait de 
la liberty. Je te donne Mellaric et sa fenirtie Pla- 
cidie , mais j'affranchis leur fds Medarid; k vlgne que 
Mellaric a plant^e i Laon ; mes serfs Britobaude et 
Giberic -, la vigne que Bebrimode cultive , k condition 
que Jes Cites et dimanches il soit cdl^br^ une messe en 
mon nom , et qu'un repas annuel soit donn^ atixpi^&treS 
et aux diacres de Feglise de Rheims, 

« Je laisse k mon neveu Pr^textat , Mod^rat , Tot- 
ticion , Marcovic , et le serf Innocent qui m'est vcnu 
de Profuttirus, moti serf de tiaissance *, quatre ouillferes 
de familie, un vinaigrier, uii manteau qui m'a e}t6 
donn^ par le tribun Friarfede, un baton Episcopal 
d^argcnt k figures; k son jeune fds Parovius, un vi- 
naigrier, trois cuillferes , et une chasuble dont fai 
change lesfranges-,k Remigie, trois cuillferes qui por^ 
lent mon nom, Fessuie-main dont je me sers les jours de 
fAe , eiYhichinaculum * dont j'ai parW k Gondebaud, 
« Je donne k ma fiUe bien-aimfe Hilarie, diaconesse, 
la servante Noca , le plant de vigne qui louche k *a 
vigne et qui est cultiv^ par Catusion , et ma part de 
Talpoticy, en reconnaissance des soins qu elle ne cesse 

de me rendre. 
« Je donne k mon nev^eu Aetius la partie de Cer- 

( he sens de ce mot est inconnu. 



7 2 FKODOARD^ 

nay qui m'est ^chue en partage, avec tons mes droits 
et prerogatives ) ainsi que resc]ave Ambroise^ Je 
donne k liberty au colon Vital , et legue sa famille a 
mon neveu Agathim^re^ aqui je laisse en outre la vi-* 
gne que j'ai plant^e k Wendisch, et ^ley^e k force de 
soins , a condition que les fiStes et dimanches il fera 
dire une messed mon intention, et donnera chaque 
ann^e un repas aux prStres et diacres de ^aon. 

(( Je donne i r^glise de Laondeux des domainesqui 
m'ont iti donnas par le roi Clovis, de sainte m^moire; 
Anisy , et dix-huit sous d'or k partager ^galement entre 
les pretres et diacres ; de plus ma part enti^re du do- 
maine de Secium et celui de Lauscita ' , qui m'a et^ 
donn^ pour pourvoir aux besoins des pauvres de Jesus- 
Christ , par ma tres-ch^re fiUe et soeur sainte Gene 
vi^ve, que je regarde comme une des plus saintes 
vierges du Seigneur. 

<c Je recommande a la fiddlit^ du fils de mon fr^re 
Loup, ^v^que, les serfs ci-dessus denomm^ de diff^ 
reus villages, que ma volontd est dWranchir. Catu- 
sion et sa femme Auliat^ne 5 Nonnion , qui cultive 
ma vigne ; Sonnoveife , que j'ai rachet^e de captivite, 
et qui est n^e de bonne famille ^ son fils Leutiber^de, 
Mellaride , Mellat^ne , Yasante , Cocus , Caesarie , Da- 
garas^ne , Baudoros^ne , petite-fiUe de L^n 5 Marco- 
leif#, fils deTotnon : que tons ces serfs soient libres, 
et c'est a toi , Loup , de prot^ger leur liberty de toute 
ton autorit^ episcopale. 

(c Je donned mon hdritiere^r^glise deRheims, Fla- 
vian et sa femme Sparagilde ^ mais je donne la liberte 
a leur petite fiUe Flavarastee. Je laisse aux pretres 

> Inconnus. 



HISTOIRE DE L'ilGLISE D£ RHEIMS. ^3 

et au:K diacres de Rheims F^damie, femme de M^- 

lanus, et leur petite fille. Je donne la liberty au colon 

Crispiciole, et je le l^ue k mon neveu Aetius^ 

de plus , a mes deux neveux Aetius et Agathim^re , 

mes colons de Passy, A ma petite niice Prsetextate, 

je donne Modoros^ne; k Profuturus, Fesdave Leu- 

dochaire; ^Profutura, Leudon^re. Jeldgue auxsous- 

diacres de Laon , lecteurs , gardes des hosties et jeunes 

servans , quatre sous d'or ; aux pauvres de Thopital , un 

sou pour leur entretien -, k TegHse de Soissons , pour 

qa^elle fasse comm^moratioti de moi , Salvonaire sur 

Meuse et dix sous d'or , car j'ai laiss^ Sablonni^res sur 

Marne k mes h^ritiers*, a f^glise de Chilons , Gellones 

sur Marne, que je tiens de la bienfaisance de mon fils 

bien-aim^ Clovis, et dix sous d^or *, k T^glise de saint 

Memme , Fascinaria ' ^ don du m^me pieux roi , et 

cinq sous -, a Teglise de Youzi , le champ situd aupr^s 

du moulin ^tabli en celieu-, k T^glise de Caturiges ""^ 

quatre sons, et autant a celle de Portian, en comm^- 

moration de mon nom. A r^glise d'Arras , dont j'ai 

consacrd ^v^que mon fr^re Vaast, et k laquelle j'ai d^jk 

donn^ pour Tentretien de ses clercs les deux villages 

SOrcos et de Sabucetum ' , je lui donne en outre , 

pour qu'elle fasse m^moire de moi , vingt sous d'or. 

« Ayant eua me loner beaucoup des soins obsdquieux 

de Tarchidiacre Ours , je lui I^gue la chasuble fine 

que je portilb k la maison ^ une autre plus forte , deux 

saies fines , le tapis dont je me sers sur mon lit , et 

la meilleure tunique que je laisserai en mourant. Mes 

heritiers, Loup, ^v^que, et Agricola , pretre , se parta- 

* Inconiiu. — ^ Lieu qui ue sabsisle plus el qui etoit situe entre 
iUieims el Toul. -— ^ Inconnus. 



^4 FRODOAKD ', 

gerontc^galementmeft pores. Friar^de, que j'ai rachet^ 
de la mort en payant pour lui quatorze sous d'or , en 
gardera deux dent je lui fais remise , et donnera les 
douze autres pour r^tablir la voiite de I'^glise des saints 
martyrs Timoth^e et Apollinaire. Ainsi je donne, ainsi 
je I^gue , ainsi j'ai fait mon testament : que tous ceux 
qui n*y sent point nomm^s n'aient aucun droit k mon 
h^tage. 

a Et pour que le present testament soit d^ main- 
tenant et k Tavenir k Fabri de toute ruse ou maiivaise 
fraude , je d^are que , s'il s'y rencontre quelque ra- 
ture ou mot effac^, cela a ^t^ fait , moi prc^nt , quand 
je l*ai relu et corrig^. Ne pourront deux autres testa- 
mens que j'ai faits , Fun il y a treize ans , Fautre il y a 
sept ans , contrevenir, d^roger k celui-ci , ni pr^valoir 
en rien contre , parce que tout ce qui ^tait contenu 
dans ces deux premiers a ^t^, en presence de mes 
fr^res , ins^r^ dans ce dernier, tout ce qui y manquait 
a 4it6 suppled ; et enfin j'y dispose de tout ce que ie 
Seigneur a daign^ m'accorder depuis. Soit done le 
present testament k jamais gard^ inviolable et intact 
par nos successeurs les ^v^ques de Rheims. Plaise 
aux rois des Francs , nos trfes-<3hers fils, lesquels nous 
avons consacr^s au Seigneur par le baptfirae , avec la 
cooperation de notre sauveur J^sus-Cbrist et la gr^ce 
du Saint-Esprit,maintenir et dtifendre le present envers 
et contre tous, dans toutes ses dispositions, afin qu'il 
obtienne pleine et enti^re execution . Si quelqtf un de 
fordre eccldsiastique, depuis le pr^tre jusqu'au sim- 
ple tonsur^, ose contrevenir et dciroger k mon tes- 
tament, et si, rappeie k son devoir par monsuccesseur, 
il refuse d'obeir, que Ton convoque trois ^v^ues des 



HBmJHiE DE L'iCLM. „E RHEIMS. 7S 

ks plus voisins du dioc^e de Rlieims , et qtf il 
soit d^rad^ de soti rang. 

icSi (ce^ue je smsloin de craindre, et ce qui, je 
I'espfere et souhaite de tout mon cceur, n'arrivera ja- 
mais) quelque dvfique mon snccesseur, se laissant en- 
tratner a tine execrable cupidity > osait, contrairement 
a ce qui a t^d regfe et ordonn^ par moi , avec la grice 
de Notre-Seigneur J&us-Christ, en i'honneur de Dieu 
et pour le soukgement de ses pauvres , distraire , 
changer ou d^tourner quelque cli6se, ou sous quelque 
pr^texte que ce soit , donner k des laics , a litre de 
bienfait , ou enfin favoriser ou l^gitimer de sou con- 
sentement un don fait aux ddpens de Teglise, que 
Ton convoque tous les ^v^ques , prfitres et diacres du 
diocfese de Rheims , et le plus grand nombre possible 
de bons Chretiens parmi mes trfes-chers fils les Francs \ 
qu'en presence de tous le coupable soit puni de sa 
faate par la privation de son ^vSch^ , et que de sa vie 
il ne puisse ^tre r&nt^gr^. 

uQtiiconque parmi les laics sepermettra,au m^ris 
de nos dispositions et pour son profit particulier, de 
d^tourner ou usurper, sous quelque pr^texte que ce 
soit, .les biens et possessions par nous attribuds aux 
pauvres dc T^glise , qu'il soit anatb^me et sdpard de 
TJ^glise catholique, €t soient frappfe tous ensemble 
de la m^me condamnation perp^tuelle , Tali^nateur , 
le demandeur, le donateur, Faccepteur et Fusurpa- 
teur, jusqu^k ce qu'enfin , le Seigneur prenant piti^ 
d'eux, iJs puissent, aprfes une digne et entiere satisfac- 
tion, obtenir indulgence et absolution. Mais si le cou- 
pable pr^ftre, au lieu d'une donation et restitution 
quelconque , perseverer en son mal et ne veut en- 



>j6 FRODOARD ] 

tendre h restituer, que toute esp^rance de restitution 
prdsente et avenir lui soit k jamais enlev^e par Fau- 
torit^ de notre suecesseur I'^v^que de Rheims. Par 
exception n^anmoins , en faveur de la royale famille 
que, pour Thonneur de I'figlise et la defense des 
pauvres, de concert avec mes frferes et co^v^ques de 
Germanic , des Gaules et de Neustrie , j'ai dev^e et 
constitute au rang supreme de k majestci royale, bap- 
tis^e et tenue sur les saints fonts, marquee des 
sept dons du Saint-Esprit , et par Tonction du saint 
chrome sacr^ son chef roi, il nous plait faire cette 
reserve : Que si jamais quelqu'un de cette royale fa- 
mille, tant de fois consacrt^e au Seigneur par mes be- 
nedictions, rendant le mal pour le bien, venait a en- 
vahir, d^truire, piller, opprimer ou vexer les eglises 
de Dieu, que les ^veques de IMglise de Rheims se ras- 
semblent, et que le prince coupable soit admonest^ une 
premiere fois -, s'il persiste , que T^lise de Rheims se 
rassemble de nouveau , en appelant a elle sa soeur, 
r^glise de Treves, et qu'un second aVertissement soit 
donn^ au rebelle-, s'il n'en tient compte, que trois ou 
quatre archev^ques des Gaules seulement se rassem- 
blent, et Tadmonestent une troisi^me fois 5 enfin, s'il 
s'obstine k ne pas satisfaire, que, par longanimity et 
patience d'affection paternelle , on difffere jusqu'au 
septieme avertissement. Mais alors si, insensible a 
toutes les benedictions et indulgences de T^glise , il 
ne depose enfin cet esprit d'obstination incorrigible ^ 
si , ref usant toujours de se soumettre a Dieu , il s'opi- 
niatre a ne point participer aux benedictions de FJE- 
glise , que larret d'excommunication et separation du 
corps de J^sus-Christ soit lance centre lui •, que tousi 



HISTOIRE DE LEOLISE DE RHEIMS. ']'] 

portent contre lui cette sentence terrible que le m^me 
Esprit saint qui anime et inspire T^piscopat dicta 
autrefois au roi proph^te : « Parce qu^il a poursaivi 
« rhomme qui ^it pauvre et dans Findigence , et dont 
« le coeur ^tait perc^ de douleur, ayant aim^ la ma- 
« l^diction , elle tombera sur lui , et qu'ayant rejet^ 
tt la benediction , elle sera doign^e de lui ' . » Que 
dans cbaque ^glise on prononce contre lui toutes les 
maledictions que I'^glise prononce contre la personne 
du traitre Judas et des ^v^ques indignes*, car le Sei- 
gneur a dit : « Tout ce que vous avez fait k Yi^ 
« gard de I'un de ces plus petits de mes frferes, c'est 
K a moi-m^me que vous Tavez fait, et autant de fois 
« que vous avez manqu^ de rendre ces assistances a 
« Tun de ces plus petits, vous avez manque k me les 
tt rendre k moi-mdme ' ; » et il n'y a pas k douter 
que ce qui est dit du chef doit aussi ^tre entendu 
des membres *, enfin qu'un mot seulement soit change 
par interposition k ce passage du Psalmiste : « Que 
« ses jours soient abreges, et qu'un autre recoive son 
a royftume ^. Si nos successeurs les archev^ques de 
Rheims pouvaient jamais negliger d'agir ainsi qu'il 
a ete ordonne par nous , que les maledictions portees 
contre les princes retombent sur eux , « que leurs 
tt jours soient abreges , et qu'un autre recoive leur 
<i episcopat. )> 

« Mais si Notre-Seigneur jesus-Christ daigne 
ecouter la voix de ma pri^re et les voeux que chaque 
jour je ne cesse de former pour cette royale famille 
de France devant.le ti^ne de la majeste divine, que, 

» Psaiun. 1 08 , V. 16, 17. — » Eu. set. Matth. ch. aS , v. 4© , 45- ^ 
3 Psaum. 108 , V. 8. 



8o FRODOARD ^ 

mites quilai ^talent trac^,elle n'osa passer outre, et 
m^me , repouss^e par la yertu du saint protecteur , elle 
ne tarda pas a abandonner les lieux qu'elle avait 
d'abord envahis. fieaucoup d^autres miracles encore 
ont ^clat^ au tombeau de saint Remi, mai^ on a 
n^glig^ de les ecrire. 



CHAPITRE XX. 

De la translation de son corps et de quelques autres 

miracles. 

La petite ^glise dont nous avons parl^, et ou fnt 
d^pos^ le corps du bienheureux saint Remi, ne tarda 
pas i ^tre mise en renom par les nombreux et ^ton- 
nans miracles qu'il y op^rait. Force fut done de I'a- 
grandir, et derrifere Fautel on creusa uu caveau ou 
placer les precieuses reliques. On d^couvre la biere 
pouir I'enlever de terre , et la porter a sa nouvelle 
place : mais c'est en vain , on ne peut la mouvoir. La 
nuit survenant , on allume force cierges k Tentour, et 
on veille en pri^res. Mais sur le milieu de la nuit tous 
tombent dans un profond sommeil ; et quand ensuite 
ils se r^eillent^ ils trouvent que le cercueil a A^ 
transport^ avec son pr^cieux trdsor, et sans aucun 
doute, par la main des anges , dans le cayeau qui Itti 
^tait .pr^par^, ®t ^ m^me temps tons sentent et res- 
pirent un parfum si d^licieux que le langage huinain 
n'en saurait exprimer la suayit^. Tout ce jour, et 
m^nie le lendemain, I'^glise en fut embaum^e. Cette 
translation eut lieu le premier jour d'octobre , et en 



HISTOIRE D£ l'eGUSB DE RHEIMS. 8 1 

chantant les louanges de Dieu , on prit et r^rva quel- 
ques reliques de ses cheveux, de sa chasuble et de 
sa tunique. Mais son corps, qu'on trouva entier quoi- 
que compl^tement dess^ch^, fut enveloppd d'un 
suaire de pourpre. 

Si ce p^re bienheureux en sa vie et aprfes sa 
mort a donn^ sant^ et gu^rison aux malades, il a 
aussi souvent puni les usurpateurs et les pr^omp- 
tueux 5 c'^t ce que I'^v^ue Gr^goire de Tours n'a pas 
manqo^ de raconter, et qu'il me seinble k propos de 
rapporter ici d'apr^s ses propres paroles : 

« Tton loin de T^glise de Saint-Remi , il y avait un 

a champ de bonne terre fertile , que les habitans ap- 

a peJient olca^ et qui avait ^t^ donn^ k T^glise. Or, 

A il avint qu'un des voisins otsa s'en emparer, m^pri- 

<c sant celui qui Tavait donn^. U^veque et Tabb^ du 

f< lieu le somm^rent plusieurs fois inutilement de 

a rendre ce qu'il avait injustement envahi : mais lui , 

« ne faisant cas des remontrances, maintenait et d^- 

tt fendait avec pertinacity son usurpation. Sur ces en- 

a trefaites , un jour qu'il allait k la ville , il lui ar- 

c( riva d'entrer seulement par occasion, nuUement 

« par devotion, dans I'^lise de Saint-Remi. Lors 

(t Fabb^ Knterpelle et I'accuse de nouveau pour le 

u champ qu'il tient usurpd. Mais celui-ci ne donne 

u aucune bonne raison. Quand il eut fini ses affaires 

tt k la ville, il monta a cheval pour s'en retourner. 

11 Mais Vaffront qu'il avait fait au saint pr^tre apporte 

u obstacle a sa volenti ^ car il tombe k terre, frapp^ 

ik d'un coup de sang *, la langue qui avait ddfendu 

« Tusu/pation du champ est li^e , les yeux qui f avaient 

« coijvoit^ sont ferm^s , et les mains qui Fav^ient pris 

6 



82 FHODCMiiaa) *, 

CI parler, i4 dh :m Portez--moi & T^glise k1« saint , elve- 
« 'pandez ik tout irorqni est 'dies mei Levant ^son si- 
« pulcre,; car j'ai pe5ch^ en iisnrfmiil: oc ^^i lui ^p- 
« partient. » Celui qui avait donn^ le dhamp, VDyatft 
a porter le coupable k r^glise avec %oqs ses pr^ns , 
« «e prit k dire :<iO saiiit 'de IMen , iie recevcz pas'ses 
(( pr^60Eis , ^ous qm <n!avee jamaiiB rien acoept^ ^ 
« cnpidit^. 3^ vam ^n "STi^lie , b« ^vanee ^osbI a4i 
« seeoars deoehii^i , pouss^ par T^Vftrice, s^t is- 
(( justement;appropri<^ voftrel)ieQ*, d etie gaint netp^rda 
a pas '^ entendre la voik de son panvre ; car, cfaoique 
(i cat honmieeutdanne tons ses prisons , le tsaii^ de 
u Dien <fit voir qU^il ne les avafk pas poor agr^id^les , 
<( iraisqri^ pekie ^de potonr dans sa maispn jl Tendit 
<( i'eBprit J «t r^^lise reconvrason bien. » 

On t^seoifte qu^au temps de Clulpc^ic , roi ^des 
frands , Mofl^mne , ^^qne de T^lise de ^nnes , 
iiomme 'de ndble maison , 'qni, avec k 'permission dtt 
i^oi, «aBait visiter le tOfnAj^snde^aiiftf^ierre , sWi^ et 
5<^oupna au ^monast^re de Soint-ftenii , 'sitH<( »a fau- 
bowpg de la «ville ^4e Miedms -. recu ^et traite 'honora- 
blement 'par les 'fr^res dn^conveift, il'cfb^iin de Ser- 
nard , itpifeorier et ^acristam , qu€fk{nes parceBes de 
Mole, du cilice ^t-du^uaire'de saint Remi. Vlmnde 
reconnaissance , il se vefotL jeFfeusemetft en rotrte , 
continnarit son -vt^ge k travws fltalie, Une nuit 
qu^ii jfot *oVi^g6 4e ^s'ttrr^ter «t de camper snr 4es 
Appnnins, il snspendit^esTeliqnesaux 'branches 'dVm 
ob^e. iiC 4endenrain msllin se levant et partant an 
point dn jocir, sdit 'par onMi , aoit pltftdt , icomnte vn 
croit, par un effetde la volontti divine , il ne songea 



HISTOIRE DE ViOVm DE RHEtltS. 83 

plus aux f^liqw$ , et e\\e$ re$t^reiit en cet endroti. 
Qoaod il eat fait quelqu/e cheiigin, l^ souvenir lui en 
reviiity et aus^tdt il envoya po^r les reoh^rchw son 
clerc^ nomm^VulfiMie. Mais, d^ r^iQur au lieti aii Ton 
ayait coudi^t cehiH^i ne put venir k hwi de les ton-^ 
flier ^ »r, par un miracle siogulier^ <|^n4 il ^t^t 
pr&s de la^ atteindre, elles s*^levaient totti<i(<rcoap mk 
Tair, Appredant ce miraele, T^V^ue revinl aw ses 
pss, at dfim^L s^ %mtd (kn$ h 9»4me liea« Maia de twte 
cette ftuit il H^ put h^nei plus reprendre les reliques y 
ei k l#9idemai|i «satii» il alia 4;;^brer la messe a« 
mouasii^Q de tercet) ^Imi en pes lie^ix: ^ rtM>aiieur de 
saiat Aboode« «t fil v<^tt ^ laisser ui^e partie des 
reliquea. Aiasi il r^couym ce qui }ui avait iU ravi , 
etapr^ avQir aPCompU re%ie^senle^t soa ve^u^ il 
coojUnna sou voyage. Or, le bruit d^ ee mirade op^r^ 
par h vertu des saiutes retiq^s ^nt venu auT 
oreilles 4^ Jiuitpraud , rgi dltalie^ c^ priaee magns^ 
lume Tint au-d^ut de J|od4razaue,et lui danna, w 
£av0ur deaaiotBe^u, le ]]».Qpasit^re de Bercet, avec 
toutes j5€^ d^peudanx^es et taute Tabhaye^ qui eou- 
teoait, dit-o^y fauit cei^ts arpens, et, ea prince de 
ses &iHe» , il l^i i^ passa jvridiquemeut f ioivesti- 
tur^e par iiue cbarf^ de dpwtiesa* K soa retour de 
Rome^ f^lqi^e revi^t visiter le toiv^eau de saint 
EVemi, et <x>mine le r^ J^iuitpraad Im avait doun^ cette 
tjerre, il la donpa de m^ne tpute euti^re k saint 
Reoai, Susuite reiMr4 ^eureusement xlans sou diocese 
die ReuMS , il se fit ordonuer un successeur^ et? disaut 
adi^ii k ^es eufau&i s'eii retourm au moua^t^re de 
Beroet^tQ^a il v^aut jusqu*^ la ^ de ses jours moderte- 
neut ex liQiwStementi en fid^e seryilteur 4e Dieu; 

6. 



84 FRODOARD ^ 

et fut depuis ce lieu illustrd par plusieurs miracles. 

Plus tard, dans la suite des temps , le roi Pepin, pfere 
de Charlemagne, voulut s'emparer d'Anisy, village du 
dioc^e de Laon , et le r^unir k la couronne, comma 
il avait fait de plusieurs autres; et k ce sujet il vint a 
Anisy. Mais pendant qu'il dormait saint Remi iui ap- 
partit, disant : a Que fais-tu ici? pourquoi ps-tn 
« entr^ dans ce village qui m'a ^t^ donn^ par ub 
« homme plus d^vot que toi , et que j^ai ensuite donn^ 
« k r^glise de Notre-Dame , mfere de Dieu ? » et il le 
fouetta si rudement que les marques en demeur^rent 
long-temps apr^s sur son corps. Quand saint Remi eut 
disparu , Pepin se leva, ^,«aisi d'une forte fi^vre, il 
sortit en toute hdte du village , et assez long-temps 
ensuite il soufTrit de cette fifevre. Depuis ce temps jus- 
qvik nos jours aucun roi n'a os^ prendre sa demeure 
en ce lieu , ainsi qu'^ Luilli et a Coci , si ce n*est 
Louis le Germanique , qui se logea k Luilli quand 
il vint envahir le royaume de son frfere. Mais le len- 
demain , oblig^ de fuir honteusement devant le fr^re 
qu'il ^tait venu attaquer, il s'^happa k grand' peine. 

Le bienheureux Remi avait achet^ k deniers 
comptans une grande partie de bois dans la for^t des 
Vosges , et y avait fait bfttir les deux petits hameaux de 
Cosle et de Glfene. Pour les pe\ipler il tira des habi- 
tans d'un village voisin de son diocese , nomm^ Berne, 
que les Francs Iui avaient donn^ il y avait long-temps ; 
et aprfes les avoir ^tablis en ces lieux , il les obligea 
k fournir de poix chaque annee les diverses mai- 
sons religieuses du diocese de Rheims. II leur assigna 
aussi un salaire , que leurs successeurs recoivent en- 
core aujourd'hui , et avec lequel ils paient leurs im* 



HISTOIRE DE LEGUSE DE RHEIMS. 85 

pots. Lui-mSme ayait trac^ Venceiate de son domaine, 
dont les limites se voient encore aujourd-hui , et pnt 
conserve jusqu'auz noms qu'il leur avail assign^s. 
Gomme il marquait ces limites , on dit qu'il jeta une 
pierre dans le creux d^un arbre. Tous ceux qui veu- 
lent passer, la main daw le tronc , y peuvent &ire 
rouler la pierre, mais on ne peat en aucuixe facon Ten 
retirer : quelques ann^es apr^s , un homme jaloux de 
la gloire du saint pontife s'effor^a de la tirer du creux 
de farbre avec la. main ^ ne pouvant en venir a bout, 
il s'avisa d'agrandir le. trou a coups de hache ^ mais au 
moment ou il levait le bras pour frapper, la main lui 
roidit tout-a-coup dess^ch^e, et il perdit la vue-, et 
ainsi celui qui avait voulu ^toufFer la reputation du 
saint ^v^que servitau contraire .malgr^ lui ^ enaug* 
menter la veaeration et la gloire. 
. Deux fr^res, gardes des for^ts royales sous Fempe^ 
pereur Louis , voulurent un jour s'.emparer de cette 
partie de bois acheteepar notre saint patron.et protec" 
teur,pTetendant qu'elle appartenait au fisc plutdt qu a 
saint Remi. Comme done ils se disputaient k cette oc- 
casion avec leshabitans,sujets de I'^glise de Rheims, 
il avint que Fun des deux frires allant k la recher- 
che de ses pourceaux qa il avait envoy ^s paitre dans 
la forSt, trouva un loup au milieu d'eux. £tant mont^ 
a cbeval , il poursuit le loup k toute bride , et veut le 
f rapper-, mais son cheval, s'emportant defrayeur, lui 
brise la t^te contr# un arbre , . et sa cervelle s'^t^nt 
repandue k terre, i| mourut. Uautre, suivant une 
autre route, et passant aupres d'une borne , dit : « Que 
«c chacun sacheque la. foret de Temperenr s'^tend 
« jnsqu'a cette pierre •, » et a ces mots , de la hache 



86 VAOSOARn; ^ 

qu^il port£iit k h nudn / tl frtfifMi k piem ^ doAt un 
^dal lui wuta aiax ya» et le reudit ftVetBigle. Aitin 
FuQi et Fautre re^rent k jutte r^Mmpeiist de lenr 
t^m^rit^ et d« ktir metiMVtige. Un noble Itomme dn 
NiyernaiB mvait obtentt qtielqties reliqueft de saint 
Rend , et atait fait bitir dans iea prepri^t^s » aens aon 
invocation, nne chapelle, ou le Seignenr daigna faire 
eckter lea mdrilea de son ^tt bien^aim^. En eifet^ 
Fempereur Lonis ^tant mort, cenx d^Aquitaine ae 
tronvant libres de toute domination , et emport^a par 
la fbugne naturelle ^ leur nation , c(»nmenc£rent, cha« 
cun selon ses forces , k s'^lever lea ana au-desans dea 
autres , et & se guerroyer entre enx , faisant des conrsea 
et ravages furieux dans lea villages voisina^ et les 
pauvrea en ce ddsastre s'empressaient de mettre ce 
qu'ils poss^daient k Tabri dans les ^glises. Beancotip^ 
assart par les miracks qui s'opdraieni en cette cha- 
pelle , 7 avaient it Fenvi d^pos^ leura biens« Les ma- 
randeors , . apprenant que k ebapdJe ^it remplie 
des richesses de plusteurs , ferment le dessein de la 
forcer et de k piller. L'un d'entre enx , apr^s avoir 
essay^ de briser k serrnre , donna nn conp de pied 
dans la porte pour Tenfoncer : mais aussitdt son pied 
demeura attach^ k k. porte , et le sacrilege tomba 4 
k renverae : ce que voyant les autres^ ik s'enfnirent. 
Mais le malheureux, vaincu par k souffrance, se 
prend ^ g^ir^ ^ 4 d^plorer son mal avec grande la- 
mentation, et promet, avec krmis tr^s-am^res, que 
ai Dieu, par lesm^rites de sainttilemi, lui donne de 
tetirer son pied du pi^e ou il est pris , de sa vie il 
ne prendra jamais rien ni en c^e chapeHe mi en 
toute autre , et ne souffrira , autant qu'il sera en lui » 



HISTOIRE DE t'liaUSB 0£ RHEIMS. 87' 

q^ jpwHsi pessodoe Gommeite pillage eoi ^im , qt 
eo, mSme temps, il 4oiABe seiv. clusyajka^eic sdbe eU harr 
u^isry el tout ce <^'U pmt^ ajoutei?. Aiasii, apr^&cour 
&ask>«i^ la¥m«& et V/ora,. sMipii^d fiit d^li^fr^^ maid, 
cepesadant iJ eiiidi»m6uvv»itDUjparsvbQitei^vjP^U''^ ^^ 

U moocuL 

Q«aii4 le&tKoifi fr^es Lotbawe,, L01HS eiChanfes se 
psHftag^wiA le Foj)aiiime;de9FEaa0S;, apr^ la m^ott d^ 
le^r pi^ffe,ChaFks di^rilMift k sesi aoldal^ ka.d<Mnaia0s> 
dfiVe^Qdi^ de RhcwB^^occBp^ altM^ pai:'kpQdl«e.Fottfr^ 
(|ia«s ^ et eo^tre autFe^.^ il dmaA k doiwiiie d^ Luitfi a 
BB nomaa^ fiii^uki. Gomme aa fevune. Berthe d^r* 
mail daasi usb appaiAenmit ^ J^uflU , ^aiiMi Rdmi. lui; 
appai;ii,t^i 9(iBge,IwidJ^»a«it : «l Ge U6<i Vi'e^i] paft a^ lei 
« poar y lepoaey..!! fimtd^autcei^ m^inteaet aiitre^^ua- 
« Kte6 poHC poast^i eerdomauict et vepoaer eni cetie 
« chaste : l^e^toi ai». plud i^ite, et s^rs d'ic».». 
Bectha,. exoyaa^i amtn wie yaiiifg vidiea, n'eji tkat 
cQiBip%eu i^r$ le aaiAl dm SeigBew lui apparut une 
seeMide fdi^^disaot ; «<Peiuv<|iiei lii'es^tu pas pactiie, 
c( comma je te Tai ordonn^ ? prendi» garde cpie je ne 
(i ter retve^ijfe eMore viu ?»( Comite la. pjnesaidre ibis , 
BeiFllii^ Q'ea tu»t encore compte ^ et le saiafc ev^e 
appareft uii^tr<»$idme fais, et lAi dil; : « Ket'ai-j^ pas> 
(1 d4j^ ordwQ^ ttoe premise ejb unes secoade fiiis de 
a sortir dlci? Pwsqwe ta »as pas yqhIh t'en ajfeo de 
tt boa pied ^ la egi' aojriiiafi porlee par d-autresu ». En: 
B^me temps il b fcappa d'une vetge: qaii tenait a k 
main^ et aiis»l&telle &»&x par UmA le eerps , raconta 
a aoQ maii et k cfnelques^ autoes ee qu'eUe ayait vu, et 
peu< de jours ensuilse y apres avoir beaucoup soufferti , 



88 ^ROl)OARD ; 

elle mouniti Son msiri fit d^pOser et inhumer son 
corps dans T^glise de Skint«Retni, et persotlne ne 
s'^tonnera que ce saint et bienheilreux pete ait recti le 
corps de Berthe en sa prppre ^glise , si Ton vent bien 
r^fl^chir avec quelle intention les saints frappent les 
p^cheurs; sayoir, afin que, s'ils se repentent^ sonffrant 
ici-bas la peine qu'ils ont m^rit^e , ils ne soietit pas 
en Fautre vie condamn^s an feu ^ternel , comme il 
est dit,au liVre des Rois, dti proph^tequi futd^sob^is- 
sant k la pkrole de Dieu , et mourut sous la griffe du 
lion ; mais apr^s la vengeance accomplie , le lion res- 
pecta son cadavre. Et qtiand saint Remi a pris soin 
d'avertir trois fois la femme p^cheresse, et n'a pas 
voulu la frapper k la premiere ni k la seconde visite 
(quoiquHl sut bien, Aalit uni an Seigneur, qu*elle 
devait ^tre punie), n'est-ce pas une lecon de patience 
qu'il nous a voulu donner ^ nous enseiguatit a n'etre 
pas trop prompts et l^ers k porter jugement sur 
autrui , nous que tant de faiblesses s^parent du Sei- 
gneur, quand nous voyons attendre et tatder avec 
patience celui que nous savons ^tre uni avec Dieu , 
et jugeant avec lui ? 

De nos jours, il n'y a pas long-temps qu'un colon 
d'un vilkge du diocese de Rheims nomin^ Fontaihe-de- 
Plomb , situd prfes de Rosay , village du fisc royal , ne 
pOuvait faire tranquillement ni moisson ni fenaison, 
ni jouir aucunement de ison bien, a cause des incur- 
sions des gens du fisc. Aprfes avoir bien des fois de- 
mand^ justice aux oificiers royaux sans pouvoir fob- 
tenir, il s'avisa enfin d'une resolution salutaire. II fit 
cuire du pain, des viandes, et, prenant ensuite une 
quantite proportionnee de petite bifere, chargeant le 



Hl^TOlRl^ i)E l'^EGLISE BE RHEIMS« 89 

tout dans des vases sur une charrette vulgairement 
nominee banne, il s'achemina ayec son attelage, 
nn cierge k la main, vers T^glise de saint Remi a 
Rheims. Lk il distribne son pain , ses^ viandes et sa 
bi^re aux margnilliers, depose son cierge devant le 
tombeau du saint , et invoqne son secours contre ses 
oppresseurs. Ramassant ensuite de la poussi^re sur le 
pav^ de Nglise et la liant dans un drap , il la depose 
dans sa banne ; puis, jetant dessus un linceul comme 
sur un corps mort, il reprend la route de^sa maison. 
Cbemin faisant, tous ceux qui le rencontraient lui de- 
mandaient ce qu'il menait en son char, et il r^pondait 
qa'iJ emmenait saint Remi ^ et tous s'^merveillaient de 
ses paroles et de ses actions, le prenant pour fou et' 
insens^. Arrive en son pr^, il y trouva les pdtres de 
Rosay , faisant paitre grand nombre de bestiaux de toute 
espece ^ lors, invoquant saint Remi, il le supplie de lui 
porter secours ; et aussitot voil^ s'attaquer et se heurter 
a coups de cornes ou a coups de pied boeufs contre 
boeufs, boucs contre boucs, moutons contre moutons, 
pores contre pores, et aussi p&tres contre p4tres k 
coups de poing et de biton : en ta&me temps un grand 
tourbillon s'^evant , les p&tres en poussant des cris, 
et les animaux en mugissant et faisant un bruit terri- 
ble, tous, chacun k sa facon, s'enfuient en toute h4te 
vers Rosay, comme si par derri^re une multitude les 
poussait k coups de fouet. A cette vue, les paysans du 
fisc, frapp^s de terreur, crurent que leur dernifere 
heure ^tait venue-, et, saisis de repentir, de ce jour 
lis cess^rent de tourmenter le pauvre de saint Remi. 
Mais comme il demeurait en un lieu mar^cageux sur 
le bord de la Sarre, etsouffrait beaucoup des serpens 



gcr FRODO ARD ; 

en sua kflbitation,. il prit la poossafeie (pll awt re* 
cjoeillie dans Yi^ke et appoclite avec: Im,. et la s€w» 
dana son nanour, et depuis jamaia aerpeas B'oaft le^ 
pant. Cest anssi chose cevtaine qa'oii ne Uouve aa- 
cun reptile m ixaileuvre dass lea panria cm dunetii^Fes 
coatig^a a F^ise da bieHbeureux Saisit'-IWBii]:^ et 
qae^ si on ea apporte die quelqacr antee Ueu:,. ik wly 
penYeat du Um% dweir m vtinre« 

Ank temps du sei^eur ^Y^que Bincmar^ an ceclaiai 
Blitgaure aigjbeta da tr^seorier de F^Uae wm nn^taim 
d^endsdftte de: Ve^^h^ , sitaee an tillage de Tenoiit, 
ea efaaasa k coups de feuet las gms de SaddfttrEy^ai>. 
Cbmme ceux-oi suppbaieni; lear saint patreai de venir 
k leur aide, Britgaire leur dit avee aioquerk : « Noiis 
a aUons voir comment saiat R wii voua aidera : voyea 
« done (xwuae il Tieiit ii votre aide. )r Afeiaaus xaiUen 
mlafie de eea paroles, poaaaaat toutra^eoup un grand 
cri de doalear,. il fut frappe d'afte enflure aaraeii- 
lease, et, eoflant sai^ cease de plus eia^ plua, il creva 
par le Ycaitre el mourot miserableiaent C^te pua^ioii 
nous a^eriit de redootey la vengeaiu^ divine, de ne 
jamais tr^itcar avee crnaute les si^els de r£g^se, et 
d^^viter avec gnrnd s(»n tout Uasph^e eonitoe Dieu 
on ses saints. 

De nos jours, Wamer, comte de Worais, s'^laH easir 
par^ des biens de saint Remi dan^s la forei dea Yosgea, 
et les avait distribues a ses gena. Saint Renn ai^rnt 
en vision k H^rigaire, ^veque de ^yence, et lui ear 
joignit d'aller trouver le roi Conrad ^ et de Ifengager a 
donnet Tordre a ses vassauic de quitter lla terre qui lui 
af^artenait* A son rdveil, H^rigaire^ quogqui^ frapp^ de 
sa vision, aegligea de rien dire au rot. Quelques jours. 



HISTOIRE D£ l^iOSJSB 1KB RHEIMS. 91 

apr69) aunt Reavi lui appa? tit de nouveso y lui repro- 
cha de n^avoir pas exdcut^ ses ordres, et lui recosn* 
maada une deuxiiiiie kh de packr an roi. fi^ri^aite, 
ne foiaaat pas plua decad dcfsa liiskm qne la premise 
foia, n^ii^^ea encore de remplir la comnisskm dn 
sainU Lora saint Remi revint pour la troisi^iDe fois, 
maia avee on fbuet j lui reprocha aa n^ligence obati- 
n^y et, le sainasant par le braa, semhla le titer hors 
de son lit y pmis^ le fbstigeant da fonet qn'il tenait k la 
main, il le laissa d^hir^ de conpa et hnmiii^* Alors, 
n'osant plua iti^priser ]es ordres qu'il ayait recus, H^ 
rigaire va trouTer le roi, le tire k part , d^pouille ses 
v^temens, lui montre son corps meurtri et noir de 
conpa, et lui eiqKise fid^lement et par ordre tout ce 
qui lui avait 4ti dit et fait. Or, pendant que ces cboses 
se passaient, le mdme jour ^it arrive Tendoin, en- 
voy^ de notre seigneur ^^ue H^rir^e, avec des prd- 
sena pour le roi , r^lamant les biens de son seigneur, 
et il attendait k la porte du palais Theure k laquelle 
il pourrait dtre pr^aentd au roi. Cependant le roi, 
frapp^ du r^it d'H^rigaire , ayant ordonn^ de cher* 
cher si parmi ses gens il n'y avait personne de T^glise 
de Rheims, il se trouva que pr^cis^ent Jiotre envoys 
attendait ik la porte. On Tannonce au roi, on Famine 
devant lui, et le roi lui-m^me lui raconte ce qui vient 
de se passer. Lors Tendoin , rendant graces k Dieu , 
expose qu'il a i\j& envoye pour reScIamer les posses- 
sions de r£glise, que , de son cdt^ , le roi se hite de 
lui £ure rendre; et en partant il confie k F^veque 
Hdrigaire , sous le bon plaisir du roi , la garde et 
protection de la terre de saint Remi. Depuis, tant 
que notre seigneur ^^que Hiiriv^e a vecu , il a recu 



9^ FRODOARD* 

chaque ann^ sa rente fiddlement et sans contra- 
diction . 

Le seigneur ^v^ue Artaud avait confix ces m^mes 
biens k la protection du dtic Conrad , qui k son tour 
les avait remis aux soins d'un de ses vassaux nomme 
Ragenbauld , lequel tourmentait et oppnmait les co- 
lons de notre ^glise. Les pauvres gens dans lenr af- 
fliction tournaient souvent leur plainte vers saint 
Remi , et venaient k Rheims invoquer la protection de 
leur patron ; et je peux dire que moi - mdme Fann^ 
pass^e j'ai entretenu k ce sujet le roi Othon et le due 
Conrad^ lorsque j'ai"2t^ envoy^ k Aix vers ce roi; 
mais je ne pus obtenir que Ragenbauld cessit son 
usurpation et ses rapines sur les terresde notre ^glise. 
Aussi cette annde m^me , il est arriv^ qu^un samedi , 
comme il rassemblait tons les colons pour travailler, 
et ordonnait au cur^ de ne sonner vSpres qu*^ la nuit, 
afin que son ouvrage put ^tre termini , il se sentit 
tout-a-coup frapp^ par une main invisible : lors de- 
mandant qui Favait frapp^ , et tons lui r^pondant qu ils 
n'avaient vu personne , il entra en fureur et perdit la 
raison , et bientot , apr^s avoir ^t^ cruellement tour- 
ment^, il rendit I'esprit. En apprenant sa punition , le 
due Conrad est venu tout effray^ k Saint-Remi, et lui a 
remis sa terre , que I'^v^que Artaud vient d'assigner 
a Tabbd Hincmar et k ses moines, comme supplement 
d'entretien. 

11 existe au village de Bonfineau, au pays de Laon, 
une ^glise sous Tinvocation de saint Remi. Iiprsque 
le roi Raoul poursuivait le comte H^ribert, qui tenait 
de lui k foi et hommage I'^v^che de Rheims, les ha- 
bitans du village s'empresserent de cacher tout ce 



HISTOIKfi DE L'ilGUSE DE RHEIMS. g3 

quHls possedaient dans leur ^glise par crainte des in- 
cursions de Tennemi. Comme le roi Raoul vint niettre 
le si^ge devant Rheims et eut ^tabli son camp k Gor- 
micy , Farm^e occupa tons les villages voisins. Un de 
ceux qui avaient leur quartier k Bonfineau, s^empara 
du vin que les habitans avaient, par peur d'etre vol^s, 
d^pos^ dans T^lise •, et ouvrant pour ainsi dire ta- 
verne dans le lieu saint , il se mit k le vendre k ses 
compagnons; mais pendant qu'il se livrait k ce trafic, 
il fut tout-a-coup frappd de maladie^ sa bouche toute 
contourn^e lui allait presque jusqu'aux oreilles , et 
il perdit la raison ; enfin, apr^s avoir long-temps train^ 
dans les souffrances , il mourut -, ce qui servit d*exem- 
ple aux autres, et depuis tons eurent en v^n^ration ce 
saint lieu v et se gard^rent avec grand soin de sem- 
blable profanation. 



CHAPITRE XXL 

De la seconde translation du corps de saint Remi, et com- 
ment il fut . rapporte k Rheims. 

* 

LoRSQUE Farchev^que Hincmar eut fait rebitir en 
Tagrandissant I'^glise de Saint -Remi, et lui. eut fait 
preparer un caveau plus beau et plus orn^ , il y f it 
transporter en grande pompe , assist^ de tons les ^v^- 
ques de la m^tropole de Rheims, les v^n^rables re- 
liques de not re bienheureux p^re en J^su^-Chri^. 
Le corps ^ convert dii drapde pourpre dont on 
Favait autrefois envelopp^, fut enferm^ tout entier 
dans une ch&sse d'argent; seulement le suaire qui 



94 FBOJ>OAKD ; 

N<x)ttvniit la t^e du ^aint et une partie da drap fureat 
mis k part dans une cassette d'ivoire , laquelle e$t de- 
puis ce lemps pr^ensemenft cotiserviie it Rheima en 
r^gliae de la bienheorevse Marie^ mifere de Dieu. Pen- 
dant cette translation des reUques, de leur ancieu a^ 
pidcre de pisrre k la nouveUe dUsse, un nomm^ 
fiadon, fions-diaare de f^gliae deSoiasooa, venu k la 
civimome avec son ^^que Rothade, ^t.qai depuis 
une ann^ enti&re sonffrait de ai vives douleura de 
dtats que Ton craignoit poor aa raiaon, appliqna 
aa michoire malade It fendroit ou avaient repos^ les 
saintea rdiques, et aussildt ddivr^ deaOA mal» U oe 
aentit pins jamais aucone doulear« On dit ausai que 
le MnAme jour deux hommes perclos de maladie recou- 
vr^ent la sant^, an bonrg de Bruy^^i^es en Iiaonnais, 
dans une chapelle dddi^e k notre siuot patron. Quant 
k r^glise ou repose son corps , chaque jour il s'y op^re 
miracle sur miracle : des hommes venus malades s'en 
retournent gudria , les parjurea y sont tourment^s du 
d^mon , les poss^d^s sont d^livr^s , les boiteux re- 
dresses, et lea aveugles recouvrent la vuej afin qu'il 
soit constant k tons que celui-lii est vivant en gloire 
avec Notre-Seigneur J^sus - Christ, qui se montre vi- 
nrant sur la teroe par tant de miraclea cbaqoe jour re- 
m^nndis an lieu ou son corps eat gardi^, 

Depuis TauBBd de rincarnation de JNoti^Soigiieur, 
sous le r^gne de Carloman, il arriva qu'en puoition 
de noa p&di^ , et k cause dea incunHOtti d^s paiena, 
\ts pr^ieut restea de notre trfea^taiot p^e et seigneur, 
nireiit, par les soins de rarchevdque fluicuuar, trans* 
Uris an village d'£pernay, paroe que la yilie de 
tUieiaa a'^it (laifit ak)rs m&ntm^e 4^ murSt et par 



HISTOIRE DE ILEGUm D£ RHEIMS. ^5 

la verta dt oe <olier et pr^ieux «h^p6t, tout i« pa^^ 
•d!£pepaa^ fi»t pr^serr^ 4ie TiiivaBioa ft du pillage des 
.bari3ai)e&» .Afir^ la moit dlHiaEicmar., ie ^aint tr^r fdt 
iranspoFfje au. wonasliire d'Orbay; et fiar ia protedioii 
de aolre isaiiit iot btenheareux patron ^ une .merreil*- 
Jeuse d^n^it^ td'aur ht rapandue siwt taut le pays, a^rec 
fiftiie extraordinaire et inaccoutumi^ fertility 

^ieff4 a l-^iscfif^at ayirte 3a moit dVinctaar, Foul* 
quea, d^s k pDemi^re amv^ de son minist^e, Hfsolut 
de (mpp0rldr i Akdsis les frefiqites dm bianheureox 
Hemi. H fait tdcmc , etse vend a^ec tous ie$ <fvdqee6 
de la province et un clerg^ nom\)reux au fieu o«i 
etait d^pos^ le prdcieux tr^sor. Ce jour-li , quoique 
le ciel fut calme et serein, et la seqj|Bresse brulante, 
il pint tout-^-coup^ et en telle abondanee que Ton 
eut dit que toute la surface de la terre allait ^tre 
inondde. Mais le lendemain^ aa momenit ou &e fit la 
levde des saintes reliques , le ciel parut riant et serein, 
taut prit un ak 4b fete 4»os la nature, «t Je cort^e , 
pDeoantsa route ay ec uAiAiiaenfie conoaurs depeuple 
ajccouru de toutas parts., jacriTa lieureosemeat k Cor^ 
micy^ (OU ajeotre saint ip^ et lartron a^oit, pendant 
qu'il .dtait encore dans lesliens de la chair^ Sail i^dafter 
ses m^d^s par 4e ooBtbreuK miracleft. A^pr^s avoir 
depose les reliques dans T^iglise du lieu consacr^ tax 
son Bom^ -chsLCua «e hvre ja soMimeil pour r^rer 
ses fctt'c^s. Le intatiA, aipr^s h i!epc» de la ni^, xpiand 
le ^leil vimt ^(dainer Ja terjte^ jdes oiiUiers de yvkx 
xuont^eat ^n OQueert irers les cieux , b^nissant le 
Seigaeur^t leTamerciant de ee^qu'tl peiidait, ^or corps 
et en f^ecsoo^ne^ i s«i fmjle le sawt pasfcevr patKm 
et peoteoteuc, c|«il esqp^ndt avoir trnjovLtsipetir avocai 



96 FRODOARD ^ 

et intercesseur aupr^s de la bont^ divine, Cependant, 
aprfes avoir celdbr^ le saint sacrifice , IMv^que gravit 
la montagne voisine , chantant les louanges du Sei- 
gneur, et suivi d'une foule immense. Parvenu au 
sommet, il se prosteriie en priferes pour les p^cWs dn 
peuple , et pour fl^chir la colore celeste : ensuite ils 
se remettent en marche •, et pendant qu'ils poursuivent 
leur cbemin , il plut au Seigneur de glorifier encore 
sur la terre celui qu'il avait ^lev^ dans les cieux 
avec ses anges , et de faire Plater aux yeux du peuple 
assemble quels dtaient aupr^s de lui les mdrites de 
son saint. 

CHAPITRE XXII. 

De plusieurs guerisons operees posterieurement. 

En effet, une femme aveugle, nomm^ Dode, ar- 
rive appuy^e sur le bras d'un ami , et k peine s'est-elle 
un'peuapproch^e qu'elle recouvre la vue en presence 
de tons. Apprenant ce miracle, I'^v^ue, plein de joie, 
entonne I'hymne de louange au Seigneur avec tout 
le peuple. Mais ils n'avaient pas encore fini ges chants 
de triompbe, qui reniplissent le ciel d'alldgresse, 
qu'un boiteux , qui depuis long-temps avait perdu 
Tusage des jambes , se mit toutA-coup i marcher, 
pktn de force et joyeux. On continue la route , tou- 
jouirs.ehantant, et apr^squelque chemin, voili qu'une 
autre femme recouvre Tusage de ses mains. Alors la 
foide double , triple les actions de graces 5 ceux qui 
sont les plus proches de la ch&sse miraculeuse , frapp^ 



HISTOIRE DB L^^GLISE DE RHEIMS. 97 

detantde merveiUes, songent a s^doigner avec respect 
d'une si grande et sublime saintet^. Les chants de re- 
connaissance durslielit encore (}uand, par sarcroit , un 
jenne garcon, noiiim^ Grimfjiald, depuis long-temps 
privd de la vue ^ ayant la bouche mis^rablement con- 
tourn^ et le visage hidetlsement . d^figur^ , est pr^ 
sent^ devant la ch4sse par ses parens , et aussitdt il re» 
couvte la Inmi^re, fet est r^tabli en sa forme et figure 
naturelle par le decours du grand saint. Une heure 
apr^s^ ou environ ^ un autre enfant, qui avait depuis 
long-^emps le corps courb^, est heureusement re» 
dresse. Lors la foule devote n'a plus la force de r^- 
p^ter les saintes mdodies du roi David ', ^mi|« d'un« 
grande tendresse de coeur, k^voix lui manque > les lar- 
mes coulent sur les visages ^ et au lieu de cantiques oil 
n'ent^nd que soupirs et voix entrecoup^es.Cependanl 
de moment en moment la foule augmente, et les peu« 
pies se pVessent pour baiser 1ft chisse ou repose le gage 
sacr^ , et ceux qui la portent sont obliges de TarrSter^ 
c^dant k leur violente importunity ; car le bruit des 
miracles qui ^clataient k chaque pas se propageait de 
plus en plus : tous k Tenvi ^ sains ou malades , afflig^s 
de diverse^ infirmity, accouraient pout* ^tre t^moins 
des merveilles que le Seigneur tout-puissant se plai- 
sait it multiplier pour la gloire et Tillustration de son 
saint. Chicun aurait cru beaucoup perdre , et m^iiie 
faire uh p^h^, s'il n'avait, je ne dis'pas suivi la pro^ 
cession, mais si seulement il ^tait arriv^ le dernier^ 
De leur cdt^, les citoyens de Rheims accourent au^ 
devant : aussitdt qu'ils apercoivent le saint cort^e, 
ils se prosternent et baisent la terre 5 puis levant les 
yeux , et contehiplant avec pi^^ la chasse qui port«i 

7 



98 FRODOARD ; 

la pierre pr^ieuse du diadSme divin , ils versent des 
larmes en abondance au milieu de leur joie , et sup- 
plient le Seigneur de ne plus les affliger d^rmais de 
Fabsence de leur p^re bign-aimd, mais delesfaire jouir 
k toujours de sa sainte presence. Et ce tendre p^re, 
voulant fayoriser la devotion de ses enfans, multiplie 
les miracles , et redouble leur joie par de nouvelles 
merveilles-, car pendant que Tdv^que et le clergd 
entonnaient les psaumes , hymnes et cantiques spiri- 
tuels, et que le peuple r^pondait avec des transports 
dejoie, afin que tons proclamassent d'une ame encore 
plus p^n^trde les merveilles de Dieu dans ses saints, 
une multitude de malades recouvr^rent ensemble la 
sant^, et mille maux divers furent gu^ris ; en sorte que 
presque k chaque moment les miracles se pressant 
sur les miracles , le temps et la place manqueraient 
pour les reciter tons. 

C'est d'abord une femme, nomm^e Ozanna , qui , par 
une faveur soudaine , recouvre la vue , au grand ap- 
plaudissement du peuple ; un instant aprfes , c'est un 
boiteux qui se l^ve et marche; une femme sourde, 
nomm^e Deodate , qui reprend Fusage de Fouie ; un 
aveugle , nomm^ Teuton , et encore une autre femme 
k qui le don de la vue est rendu 5 enfin , c'est An- 
soald qui revoit la lumi^re, objet de tons ses desirs, 
parce qu'il a cru d'une foi sincere ; c'est Gejbert qui 
gu^rit d'une paralysie, et encore un autre qui recoit 
le m^me bienfait de la bont^ de notre saint patron. 

Comme tons done se pressaient a Fenvi au-devant 
de r^u du Seigneur, par le zfele d'une pieuse devo- 
tion , et offraient non seulement I'intention d'un coeur 
pur et devou(i , mais encore des biens temporels , cha- 



HISTOIRE DE l'eGUSE DE RHEIMS. 99 

cua selon ses facultds , une pauvre femme sortit de 
la ville, tenant en sa main un cierge qui n'avait 
jamais et^ allume. Mais, 6 miracle ! le cierge fut tout- 
a-coup allum^ par un effet de la volenti divine ; et 
pendant tout le reste du chemin , cette femme, con- 
fessant le miracle, porta le cierge bdni du Seigneur 
sans qu'il perdit sa lumi^re celeste, jusqu'au mo- 
ment ou les saintes reliques du bienheureux Remi 
furent deposees dans leur demeure ,' et ou T^veque 
c^l|fl>ra le mystfere de la messe. Alors la femme remit 
le cierge encore brillant de lumi^re stu sacristain, 
lequel, par respect et par joie du miracle, fit ^teindre 
tons Jes luminaires qui brulaient dans I'^glise , et or- 
donna de les rallumer ensuite avec la lumi^re venue du 
ciel; comme aussi il fit conserver une partie du cierge 
en temoignage du miracle. 

Une femme de Ch^teau-Porcien , nommde Rotgar, 

depuis long-temps priv^e de I'usage de ses jambes , r^- 

couvra tout-k-coup la sant^, tellement que, venue ett 

chariot, elle Ven alia de son pied cbez elle. Une 

autre femme avait apportd avec elle sa petite fiUe, 

dg^e de six ans , nomm^e Wulflide , laquelle, jouant 

un jour avec des enfans de son slge, avait ^t^ frappde 

a la t^te par une femme qui passait. Le coup avait 

renversd la t^te , de manifere que Focciput semblait 

tenir au chainon du cou , et qu'elle ne pouvait pen- 

cher sa t^te de c6td ni d'autre , ni prendre d'autre 

nourriture que des liquides; et il y avait d^ji prfes d'un 

an gu'elle languissait dans cet dtat. Sa mfere, qui Taimait 

d'une tendre affection, recherchant avec inquietude 

tous les moyens de la guerir, s'avisa de I'apporter au- 

devant de saint Remi. Ne pouvant percer la foule 

7- 



t OO FRODOARD 5 

poUir approcher, elle pirvient k prendre les devitis ; 
ct alors , se prostemant avec sa fille au milieu de la 
route ^ar oil devait passer la procession , pleine de 
foi , elle adf esse ses priferes au Seigneur avec une 
profonde devotion* Sa pri^re n'^tait pas adhev^e que 
s^ fille poussfe uri cri. La mfere se live pour consoler 
son ehfant par ses cat6sses maternelles, mais en la re- 
gardant elle s'apercoit que sa t^te est redress^e et 
fevenue k sa position naturelle. AlorS transport^e de 
joie , et !ffire de la gu^ison de sa fille , elle regarde 
la blessure et trouve la place hiimide de sang , el 
lesnerfs, si long-teitlps contractus, m^intenant ddten- 
dus comme tine corde mouill^e : ayant ainsi obtena 
It benediction et faveur de mis^ricorde qu^elle ^tait 
venue chercher, elle s^en retourna dans ha, maison, 
rendant avec all^gresse au Seigneut mille actions de 
gr&ces. Cependant , frapp^e d'adiniration k la yue de 
tant d*eclatans temoignages de saintet^ et de tanl de 
bienfaits y la inultitude poursumit sa rOute avec fer- 
veur, cbantant des hyriines 6t des cantiques. L'^v^qae 
avait pris les devans; mais bientot revenant avec le 
cboeur des pr^tres , il prend sur ^es ^paules le pr^- 
cieux tr^sor, et le porte ainsi jusque dans Nglise, 
propre maison d6 notre bienbeureux p^re. Lk , apr^s 
tons les pr^paratifs n^cessaires , le sacrifice de la vic- 
tims spiritu6lle dtknt A4jk commence , une femme du 
pays de Troyes, attigde d'un tremblement universel , 
vient d^Vafnt Tautel , et se jette sur le pave. Li, apris 
avoir ete long-temps et cruelleraent tourmentee de 
son mal , elle se relive enfki calme dt guerie par la 
misericordieuse intervention du pieux et charitable 
consolateur. Inteitogde sur la cause d*une si ci-uelle af- 



RISTOIRE DE LEGLISE DE RHEIBfS. XOI 

fllction 3^ elle r^pondit qu'eUe avajt fipiin^ |a ©Q^rt ii ^ 
propre m^re. (Infin , qiiand le mnl sacrifice de U 
messe fiit termini, chacan s'cn retpuFpa chez ^, 
mais pour reyenir de bonne heure h Ipndemaift , 
quand on porterait dans la ville ce gage de profectiont 
et de salut. Le matin done, pendant que tQut \^ 
monde s'empressc k Fheure indiqij^e, une feinixie^ 
nomm^e Erlpide , qui ne demeurait pas loii^ de la 
yille , $e prepare au«^i a a3sister a la proce^ip^ afin 
d'obtenir d^^tte guerie ; car depuis cinq an^ , frapp^e 
de paralysie , elje ayait tout le cdt^ droit dn porp& 
comme mort , et ne s*en pauvait servir. Se nujtt^int 
done en route ayec un lept etpenibJe effprjt,^ ^Ue fail 
tout ce qu'elle pent poiEfr apprqcljer, et voir la chft^^e 
sacr^e. Mais k peine paryenne au milieu du chemin , 
elle ne pent plus ay^nper, ^\ toml^e ^puisde d^ fatigue. 
Alors elle songe a s^n retourner, mais c*est en vain, 
elle ne pent bouger : enfin , apr^s ^tre restive ainsi 
quelque temps ^tend^e k terre, h^skant et incer- 
taine^ eUe se decide a tenter nn nouvel (effort, et k 
e$s^jer d'gpprpcher un pen plu& pr^s. Et spudain>. 
par )a grice et la bont^ de Dieu , la fprpe est don- 
ate k ses faibles membres ; toute yigiieur lui reyiekii 
avec la sant^ : marchant en liberty , ^t s^ntant 4^ 
joie , elle court d'un pied agik et l^er a^ Hep on elle- 
avail senlement esp^r^ de se tratner mglade ejt lan*- 
guissai^te. pie s'en va done poursi^ivanjt sa roulis, el 
portant k la n^a^n le bdton tpnlT^-rbeure appni de sa 
faibles^ ^ non qu^elle en ai^ ddsormai^ besoiji , mais 
pour montrer k tpus le t^moigpage 4u miracle qtii 
iui a rendu la santd. Paryenue enfin ou elle avait tanl 
desiri^ d'arriver, elle rend milJe d^vp^^s ^ joyeus,es> 



I02 FRODOARD', 



actions de gr&ces k son intercesseur ; puis d^posant 
son Mton en offrande , vive et l^gfere d^sormais , et 
n'ayant plus besoin de son appui , elle reprend le che- 
min de sa maison , et s'en retourne , remportant avec 
joie et bonheur la divine et efficace consolation qu'elle 
avait cherch^e. 

Gependant I'^v^que arrive accompagn^ d'un nom- 
breux clerg^ et d'une foule de grands : il offre la vic- 
time du salut^ ensuite il se rev^t d'ornemens blancs, 
et conduit en pompe vers la ville les pr^cieuses reli- 
cpies^ avec hymnes et chants de louanges. Pendant 
que le pieux cortege suit heureusement sa route et 
fait ^clater sa reconnaissance , le Seigneur tout-puis- 
sant se plut k ^pancher les sources de sa bontd et de 
sa lib^ralit^ pour la gloire de son saint bien-aime , et 
il est a peine langue d'homme qui put reciter les 
miracles qui s'opdr^rent presqu'k chaque moment 
sur le chemin ^ car en cette journde Dieu: fit telle- 
ment abonder les merveilles, que quatre hommes et 
neuf femmes recouvrferent la vue , et deux hommes 
Tusage des jambes. Ainsi, marchant de joie en joie, 
d'admiration en admiration , on arrive dans la ville a 
r^glise de Notre -Dame, et ce flambeau, luisant et 
brillant dternellement, est pose sur le bord de Tautel. 
Mais quand vint le moment ou I'^v^que s'avanca pour 
la consecration et oblation du mystfere de vie, quel 
homme fut assez dur de coeur et inflexible pour se 
tenir d'^clater en soupirs, de frapper sa poitrine et 
de fondre en larmes, i la vue de tant de Lienfaits et 
de tant de merveilles de la gralce? qui pourrait en effet 
nombrer les miracles que le Seigneur se plut a re- 
pandre en cette journ^e ? qui pourrait dire combien 



HISTOIRE DE l'^GUSE D£ RHEIMS. Io3 

de malades furent gu^ris, combien de boijteux re- 
dresses, combien d'afflig^s de toute esp^ce furent re- 
lev& et consoles? 

la messe dite , chacun sort et halte son retour en 
sa maison : mais voila que tout-a-coup un effrayant 
orage les surprend en route ; des nuages noirs et ter- 

« 

ribles se rassemblent de toutes parts, une nuit afireuse 
couvre le ciel , T^clair brille , le tonnerre groude , la 
gr^le bat par torrens la terre; la plupart, frapp^s de 
terreur, rentrent a I'^glise, invoquant la cldmence 
du Tres-Haut , et suppliant leur saint protecteur de 
les delivrer, par son intercession , du danger qui les 
menace. Aussitot, 6 miracle! le d^sordre qui les ef- 
fraie s'arrete, les nuages s'^claircissent, les Eclairs ces- 
sent, le tonnerre se tait, enfin Forage se calme et 
se dissipe 5 la gr^le se change en une douce pluie , et 
la terre, auparavant bruise par une chaleur d^vorante, 
est rafraichie par une salutaire et f^conde humidity. 
Ainsi dans un moment , graces k notre saint patron , 
rindignation du Seigneur est calm^e et fait place aux 
bienfaits du salut. Cest encore sa puissante protection 
qui a repouss^ loin de notre pays le cruel fl^au de la 
peste*, c'est par lui que nous est donn^ Tair pur et sa- 
Inbre dontnous jouissons, les pluies bienfaisantes qui 
entretiennent la f^condite 5 enfin c'est par ses merites 
que la crainte de I'ennemi, qui ddja avait saisi tout le 
royaume , s'est changde pen k peu dans Tesp^rance de 
la paix et d'une s^curit^ profonde. 

Le m^me jour que le corps saint fut transport^ dans 
la viUe , a I'heure ou le char brulant du soleil allait se 
plonger dans Toc^an , cut lieu un autre miracle. Un 
nommd Nivol, de Villedomauge , village situ^ sur un 



104 FaODOARO) 

des cdt^de la montagnie de RheiiQ$, sourd efsiaet, 
perclus des pieds et des mains depuis iieuf ans, k force 
d'efforts pendant tout le jour, depui$ le lever de Tau- 
core jusqu'a la dixiime heure , parvint k peine 4 se 
trainer, pendant Tespace de cinq milles, jusquau seuil 
de Feglise oil ^tait le 6^pulcr.e de saint Remi. L^, 
trouvant que le corps ny ^it plus et les port^s de 
I'l^glise soigneusement ferm^es, il tombe 1$l face contre 
terre, et, dans line confiante importunity, i} crie en 
secret au fond de son cpeur aux oreill^s du saint , 
et se plaint de ce qu'apr^s tant de iatigues il ne lui 
^tait pas permis seulement de voir la chisse d^osi-* 
taire des reliques sacr^es , a lui qui cepeudanjt n'avait 
jamais dout^ que Taide d'en^haut pouvait seule le sou-* 
lager. Pendant qu'il agite en sUenpe ces pens^es dans 
son esprit, une vigueur de sant^ se glis^ie insensible-* 
ment dans chacun de ses membr^s , et il s'^tonne de 
recouvrer a la fois la force de tons ses sens, Bientot 
le bruit de cette garrison miraculeuse se r^pand et 
vient aux oreilles d'un grand npmbre ; ^ors ils accou- 
rent k Tenvi , et contemplent avec joie les merveilles 
du Seigneur. Us conduisent rhomn^e en (riompbe au 
saint s^pulcre, sonnent les cloches > et ^ntonnent 
avec all(igresse les louanges du Seigneur* Attiri^ de 
plus en plus par les rdcits, la foule se presse k T^glise 
pour voir le miracle \ et voyant , comme on le leur a vait 
annonc^ , le signe ^clatant de Ja gdlce , ils Invent les 
mains au ciel avec reconnaijssance, ils benissent le 
Seigneur; et ce kniracle de la bonte divine sprvit beau- 
coup k la consolation de ceux qui , voyant les rejiques 
transf<^r^es en ville^ se plaignaient d'etre abaQdonn^ 
corporellement de leur saint et puissant protecte^r) 



HISTOIRE D£ LSGUSE DE RHEIMS. loS 

car par sa compassion si efficace aux souffirances de 
J!i{ivol, il moi^tra qu^il ne ies avait pas delaiss^s spiri- 
tuellemeat» 

Dans FegUse de Notre-Dame, ou le corps yenait 
d'etre transport^ , plusieurs malades affligds de diver- 
ses infirmites furent aussi gueris. Un homme, nomme 
Noel, de Bourdenois, et deux femme^, Tune appel^e 
Teutberge, Fautre Gonthilde, recouvrferent la vue. 
Une troisieme femme, qui avait perdu un ceil, en 
recouvra aussi Tusage. Enfin une petite fiUe, nora- 
m^e Flogille , du village de Caucelle , situd sur la 
petite rivifere de Livre, k Tage de quatre ans en- 
viron etait tombe^ en glissant et s'l^tait blessee aux 
deux genoux ; a la suite de cette blessure elle dtait 
devenue si boiteus^ qu'elle ne pouvait ni faire un 
pas ni se tenir sur pieds. Ses parens , paq,vres mais 
pleins de sollicitude pour sa guerison, Tavaient fait 
pbrter a diverses ^lises de saints ^ il y avait ddj^ dou^e 
ans qu'elle ^tait atfligde de cette infirmity sans pou- 
voir y trpuver remfede, Entendant raconter Ies iper- 
veilles qpi s'op^raient par Ies m^rites du corps de 
5aint Remiy elle s'avisa d'aller aussi comme Ies autres; 
mais elle ne voul^t point se faire mettre sur un cha- 
riot , et se traina toute seule comme elle put le long 
de la route. Arrivee k I'^glise ou on lui avait dit qu'^ 
tait d^pos^ le pr^cieux gage du salut , elle se r^pand 
en priferes devant le Seigneur et invoque sa bont^ pour 
sa gn^rison-, et Ton dit qu'elle inonda tout le pav^ de ses 
larmes. Apr^ avoir ainsi pass^ trois jours, elle recom- 
mencait k prier, quand tout-k-conp la grice se fit sentir . 
Pauvant a peine supporter la violence du remade, elle 
^ prit k g^mir et a pousser des cri« aigus : Ies no&uds 



1 o6 PRODO AllD ; 

• 

des nerfs se d^liferent , les jarrgls contractus se d^ten- 
dirent-, ^puis^e de cette crise, elle demeura comme 
morte presque pendant une heure \ mais celui qui 
avait ainsi op^re sa d^livrance lui rendit bientot ses 
forces. En effet, quelques momens apr^s, sortant 
comme d'un profond sommeil et sentant le bienfait 
celeste accompli , elle se Ifeve et va vers la ch4sse du 
saint dont les m^rites venaient , elle n'en doutait pas, 
de procurer sa gu^rison ^ et Ik , se r^pandant en actions 
de graices , et faisant voeu d'y vivre toute la vie en 
pri^res et en t^moignage de reconnaissance, depuis 
ce temps elle veilla prfes des reliques de son saint 
m^decin, renouvelant chaque jour Toffrande d'une 
pieuse et pers^v^rante ddvotion. 

Le corps de saint Remi resta depos^ dans F^glise 
de Notre-Dame pendant tout F^piscopat de Foulques , 
jusqu'a H^riv^e son successeur, qui , voyant la perse- 
cution des Normands dteinte, et la paix r^tablie par la 
seule cl^mence de Dieu , r^splut de le faire reporter 
au lieu de sa premiere sepulture. Pour ex^cuter cette 
resolution il convoqua plusieurs grands du royaume; 
et cette fois Dieu se plut encore i manifester les ra^ 
rites de son serviteur retournant k sa premiere de- 
meure : pendant que la translation se faisait au milieu 
d'un peuple immense, presqu'au sortir de la ville, un 
pauvre boiteux , nomm^ Abraham , afflig^ d'une con- 
traction nerveuse aux jarrets, se trainant par terre sur 
deux petites escabelles, se mit aussi en route vers 
r^glise de Saint-Remi, et soudain , frapp^ de la grSce, 
il sentit ses nerfs se ddtendre , et la sant^ lui revenir. 
Nous I'avons vu pendant plusieurs ann^es parfaite- 
ment r^tabli, marchant droit, et b^nissant la grice 



HISTOIRE DE LEGLISE DE RHEIMS. lOl 

dont il avait ^t^comby.Depuis il a et4 plants, an lieu 
meme oil s accomplit ce miracle , une colonne sur- 
montde d'une croix , qui garde le souvenir de ce glo- 
rieux t^moignage de saintet^. L'^glise oil le tom- 
beau est pkcd est sans cesse honor^e de nouyieaux 
miracles , et en si grand nombre qu'il n'est pas pos- 
sible d'en ecrire le recit. 



CHAPITRE XXIII. 

Des disciples de saint Remi. 

Du temps de notre bien^piireux patron , il existait 
a Rheims plusieurs personnages , soit du clergd , soit 
de I'ordre la'ique , iUustres et chers k Dieu par leurs 
vertus, qui se firenthonneur d'etre les disciples et les 
serviteurs d'un si grand et v^n^rable pasteur. Parrai 
eux brilla surtout Agricola son neveu , pretre respec- 
table , qui lui fut agr^able d^s sa plus tendre enfance 
par I'ob^issance que , selon le t^moignage de son tes- 
tament , il lui rendit dans Tint^rieur de sa famille. 
Cest le m^me qu'il institua, avec T^glise de Rheims et 
le bienheureux saint Loup, ^v^que, fils de son frfere, 
l^gataire universel de ses biens , sauf les dons et legs 
particuliers qu'il avait r^serv^s k chacun. II lui laissa 
aussi en particulier quelques esclaves avec des vignes, 
sous cette clause que tons les dimanches et f^tes la 
messe serait cdl^br^e sur un autel d^di^ en son nom , 
et que chaque ann^e un festin serait donn^'aux pr^- 
tres et aux diacres de I'^glise de Rheims. 

II avait encore un autre neveu, nomm^iEtiuSjauquel 



io8 frodoard; 

il laissa uae partie du domaine de Cemay, qu'il avait 
eu en partage , avec tous les droits et privil%es dont 
il avait joui lui-m^me \ il lui ygiia aussi un ^esclave 
nomm^ Ambroise, avec quelque^ autres domestiques. 
On cite aussi un troisi^me neveu, aoinm^ Agathim^re^ 
qui recut en don quelques families de colony etuae vi- 
gne que le saint ^v^que avait ]ui-m^m^ plant^e pt cul- 
tiv^e a Wendisch , a condition que tons les dimanches et 
fStes on offrit la messe pour lui sur les saints autels , et 
qu'un festin annuel fut donnd auxpr^tres etdiacresde 
Laon. Nous lisons encore dans son testament que^-sa- 
tisfait de Tobdissance filiale de Tarchidiacre Ours, il 
lui donna une petite maison et une autre plusgrande, 
avec deux sayes d'^toffe fine^ le tapis qui couyrait 
son lit, et la meilleur^unique qu'il laisserait en 
moi^rant. 

Quelques autres membres du cl<erg^ de Hbeims^ 
soit pr^tres , soit diacres, m^rit^rent d'lStre 4^^tiagu^& 
par le saint i^v^que, et il leur fit plusieurs dons en 
mourant , entre ^utres ^ne vigne qu'il jieur l&gue pour 
etre poss^^e en comn|un avec son vigneron, et quel- 
ques autres esclaves qu'il ajoute pour le service. 

Parmi $es disciples chi^ris se troi^vait encore une 
diaconesse noimn^e Qilarie ^ qu'il ^ppelle sa fil)e ex^ 
lui donnant sa b^n^ction , k laquelle il dpnne une 
esclavQ pour la servir, et quelquies pied$ de vigae vo^- 
sins d- uue des sienue$ , et sa part du dpmaine de Tal- 
policy, ppurfob^issanc^ et les soii^s qu'elle lui a s^ns 
cesse rendus. 

De plus une femm^ nommde R^^ligie k laquellje il 
donne trois cuilleres ornees de son cbifi^^ f f^infi que 
quelques autres petits presens. 



HISTOIRE DE L^teU^E DE ilHEIMS. lOQ 

Enfin quelques laics d'un grand nom , tels que 
Pappole, Eulode, Eusebe^ Rusticole, Eutrope et 
Dave , furent compt^s au nombre des amis particu- 
Jiers adtnis k sa confiance, et ils ont apposd leui 
seing au has de son testament. • 

En Ce temps la florisJlit aussi Attole , homme tr^s- 
dislingae, qui , comme Fatteste son ^pitaphe , fonda a 
ses d^pens douze hdpitaux , par amour et attachement 
pour saint Remi. II est enseveli avec ison fils et sa 
fiile derrifet^ Fautel , dans F^glise de Saint - Julian 
martyr. 

Je crois que c'«st de cette ^glise que veut parier Gr^- 
goire de Tours lorsqu'il raconte qtfun riche person- 
nage de la seconde Belgique fit b&tir une dglise dans 
un des faubourgs de Rheims , en Fhonneur du bien- 
heureux martyr Julien , et qu'Aant all^ chercher avec 
pi^t^ et devotion les reliques , et revenant en chantant 
des cantiques le long de la route , il arriva qu'au mo- 
ment ou il entrait dans la Champagne rh^moise , un 
poss^d^ fat gudri seulement par Fapplication des sain-- 
tes reliques. 



CHAPITRE XXIV. 

De saitit Thierri , ou Th^odoric. 

Au temps de saint Remi vivait aussi le saint homme 
Thieni , pieux disciple de ce vertueux maitre. Diieu, 
qfui avait r^solu de Tillustrer et de Fanoblir dans la 
g^n^ration des justes, ne voulut pas qu'il fut engendre 
dHin sang noble •, aussi n^quit-'il au pays de Rheims, au 



112 PRODOARD ; 

enfin au service de son createur, sous le voeu bono- 
rable de virginity. 

Alors la femme vierge avec Thomtne vierge , Su- 
zanne avec Thierri , se mettent en qu^te pour trou- 
ver un lieu ou ^tablir leur demeure. Or il y avail 
une petite for^t situ^e sur une montagne , k trois 
milles environ de la viUe de Rheims , et saint Remi , 
toujours brulant de zfele pour les choses divi- 
nes, avait r^solu d'dtablir en cet endroit un monas- 
t^re, ou, sous la piease conduite du guide qu'il 
voyait chaque jour profiter dans la vertu , s'enrole- 
raient au service du Seigneur bon nombre de saints 
frferes. . , . 

Us montent au sommet de la montagne ; 1&, pendant 
qu'ils prominent leurs regards autour d'eux, cher- 
chant la plus heureuse position pour le monast^re, 
Voil& qu'un aigle descend tout-k-coup du haut des 
cieux pour marquer le lieu de son s^jour sur la terre 
au bienlieureux Thierri, appeW k remonter un jour 
dans le ciel. Le myst^rieux oiseau, volant et tournant 
eti cercle, traca Fenceinte du monast^re; ensuite^ 
pour montrer plus clairement la volont^ du Seigneur, 
il plana lentement plus d'une henre sur I'endroit ou 
r^glise devait ^tre b&tie ; et pour erap^cher les incr^ 
dules de rien attribuer au hasard, pendant quatre an- 
uses cons^cutives , le m^me aigle a 4t^ vu , le jour 
de N06I , faisant le tour du monast^re, non sans une 
grande admiration de plusieurs*^Aucune langue hu- 
maine ne pourrait reciter en detail toutes les mer- 
veilleuses oeuvres de grdce et tous les miracles qui 
out ^t^ op^r^s en ce lieu par le pieux soldat de J^sus- 
Christ, lefidfele Thierri. 



HISTOlllE DE L*^6LISE DE RHEIMS. Il3 

Qtrand, avec le temps, il eut ^t^ ^lev^ k rhonneur 
de la pr^trise, voulant remplir les devoirs de son 
minist^re, il se mit k pr^cher a tous les commande-^ 
mens de Dieu. D'abord, en fils pieux et tendre, le 
saJut de son p^re toucha surtout son coeur. Bientdt la 
sagesse du fils eut le bonheur d'^clairer le p^re , et 
d'engendrer an ciel celui qui Tavait engeudrd k la 
terre : d'un debauch^ il fit un moine, d'un voleur un 
bienfaiteur liberal , et d'un esclave du ddmon un li- 
bre serviteur de J^sus-Christ. De jour en jour sa re- 
putation de saintet^ grandissait et se r^pandait parmi 
les penples; Afin qu'il ne restit pas cach^ comme la 
lumi^re sous le boisseau, mais qu'au contraire il bril- 
Mt aux yeux de tons dans la maison du Seigneur, Dieu 
se plut a le signaler par des miracles aussi ^clatans 
qu il ^taSt Aevi en m^'ites. Or done le bruit de ses 
vertus parvint jusqu'au palais du roi des Francs^ 
Th^odoric, fils de CloviSj lequel avait ^t^ frapp^ k 
Toeil d'un mal subit ef si terrible qu'aucun m^decin 
rfavait pu le gudrir ni le sdulager. Tous les rerafedes 
^taient ^puis^s, et la deplorable maladie d'uii seul 
ceil tirait des larmes d'un grand nombre d'yeux parmi 
le peupte. De son cdt^ I'esprit du roi (5tait trouble de 
grandes inquietudes^ il traignait de perdre I'oeil, et 
s effrayait de la difformite qui en serait la suite •, car 
il savait que ce serait aux yeux du peuple un grand 
d^shonneur q\ie d'avoir un roiborgne-, et alors, ouil 
aurait a supporter sur le tr6ne I'opprobre de sa diffor- 
mite , ou il risquait de perdre le tr6ne m^me en per- 
dant I'ceil. Dans cette eltr^mite il ne restait plus 
qu'une ressource au roi, celle de recourir k Tassis- 
tance divine , puisque les remfedes humains ^taient 

8 



I 1 4 FRODOARD ^ 

impuissans. II fait done mander le venerable Thieiri 
et , quand il est venu, il lui declare la maladie dont 
son oeil est af&ig^ ^ il lui confesse toute la peine qu'il 
ressent, et cherche k prdvenir, a force de pri^res, les 
dangers qu'il redoute. L'homme saint, sachant bien 
que toute grice est Foeuvre de Dieu, et non pas de 
la fragility humaine, prosterne son corps en terre, 
^l^ve son esprit au ciel, etse confond en oraison. 
Quand sa prifere est finie , il se Ifeve , tourne ses re- 
gards vers le ciel, invoque le nom de la tr^s-sainte 
Trinit^', puis, versant un peu d'huile b^nite sur Tex- 
tr^mit^ de son pouce, il imprime le signe du salut sur 
Toeil malade, et au moment m^me il le gu^rit et lui 
rend la lumi^re. Transport^ de joie , le roi cbante les 
louanges du Roi des rois^ le peuple fait ^clater aussi 
ses transports ; toute la cour est dans TaU^gresse ^ tous 
b^nissent Thierri, tous glorifient le Seigneur, qui 
se montre admirable en ses saints. Les grands du 
royaume sont convoqu^s par te roi, et dans cette as- 
sembl^e publique viennetit le f^liciter de la grandeur 
du miracle , de ce qu'il a si tot senti la vertu du re- 
made spirituel , Qt de ce qu'aucune trace de cicatrice , 
pas le plus l^er nuage , pas la moindre tache ou taie 
ne reste sur I'oeil si mecveiUeusement gu^ri. A quels 
honneurs le roi n'dlfeverait-il pas le serviteur de J&us- 
Christ, s'il le voulait! de quels pr^sens, de quelles 
dignit^s ne le comblerait-il pas , s'il ne se faisai^ un 
devoir de les m^priser ! car qu'y a-t-il de plus pr^ 
cieux que la vue? Mais, fuyant les louanges humai- 
nes et les recompenses mortelles, Thierri aima mieux 
donner pour rien comme il avail recu pour rien; et, 
dans isa profonde humility, lie vouhnt plus d^sormais 



HISTOIRE DE l'j^GLISE DE RHEIMS. 1i5 

porter le m^me nom que le roi, il pria qu'on Tappeldt 
Th^odorion au lieu de Th^odoric '. Alors le roi adrai-' 
rant une si pure et si simple humility, et baisant les 
mains v^nerables du saint pr^tre, implore sa b^n^ 
diction, et le fait reconduire avec pompe et honneur 
jusqu^ son monast^re. Combien alors vous auriez vu 
de malades accourir sur son passage et s'en retourner 
subitement gu^ris ! 

Une fille du m^me roi fut aussi, dit ]a tradition, * 
ressuscitde par ce saint et glorieux pr^dicateur de 
Jesas4]lhrist. La voyant depuis long-temps languir, le 
roi s'^tait adress^ a saint Remi , et I'avait pri^ de . 
venir, afin d'assister sa fille de ses pri^res, et de lui 
imposer les mains. Le saint ^v^que , se trouvant rete- 
nu par une indisposition , se fit remplacer par saint 
Thierri, qu'il avait dlev^ dans la piet^ et la chas* 
tet^, instruit aux doctrines spiritifelles , et qu'il 
voyait doud comme lui du don de guerir, et lui remit, 
comme un p^re a son fils , le soin de cette commis- 
sion. Empress^ d'ex^cufcer les ordres de son maitre , 
Thierri se met en route 5 mais tandis qu'il poursuit 
son chemin en toute h&te^ers le palais du rm , esp^ 
rant qu'en cette entreprise il serait assist^ de la bontd 
divine , on vient lui annoncer que la jeune fille est 
morte 5 on Tengage k ne pas se fatiguer inutilement , 
et a s'en retourner k son monast^re^ mais lui, toujours 
fid^e aux ordres de son maitre, ne se ddcourage 
point , et arrive au palais. II trouve les parens acca- 
bl^s de douleur, et toute la co# en deuil. Touch^ de 
leurs Jarmes, le saint du Seigneur pleure avec eux; 
puis , faisant sortir la plupart des assistans , il reste 

» Tkierri est la corruption de Th^odoric. 

8. 



I 1 6 FRODOARD ^ 

seul avec un petit nombre, et s'assied pris du lit de 
mort. Lors, levant le coeur, les yeux et les mains vers 
le ciel, le visage baign^ de larmes , il r^pand devanl 
Dieu, dans le secret de son coeur, de ferventes et pro- 
fondes priferes 5 et quand par une inspiration du Saint- 
Esprit il se sent exauc^, il s'approche du corps de 
la d^funte , oint d'huile sainte avec le pouce les orga- 
nes qui sont le canal des sens , et soudain k cette one- 
tion ces raembres frapp^s de mort sont miraculeuse- 
ment ranimfe. Les yeux reyoient la lumifere, le coeur 
recommence k battre , la voix revient , et la jeune fille 
proclame qu'elle est rendue k la vie par les priferes 
de saint Thierri. Les parens accourent, admirant 
avec grande joie le miracle; toute la cour, toute la 
maison tressaillent d'all^gresse. Le saint recoit les 
faommages du roi et des grands; tous les gens du palais 
le glorifient. La foule du peuple Fdlfeve jusqii'au del. 
Le roi, voulant donner une preuve de sa munifi- 
cence, non seulement au saint disciple , mais encore 
au saint maitre , donna en pur don k saint Remi le 
domaine de Vendier, sur la riviere de Marne, eli 
saint Thierri celui de (?augeac , au territoire de 
Rheims. Dans la suite , sous le r^gne de Charles, fils 
' de I'empereur Louis, un des grands de la cour, 
nommd Enguerrand, ignorant cette donation, de- 
mands le viUage de Vendier au roi , qui le lui accorda. 
Hincmar, qui occupait alors le si($ge de Rheims , 
apprenant cette usurpation , fit chercher dans les ar- 
chives de r^glise la cfltirte de donation pass^e par or- 
donnance royale, et Tenvoya au roi Charles en le 
priant de ne pas usurper les biens de Flfiglise contre 
la loi canonique. Cette charte porte, en termes expris, 



HISTOIRE D£ L EGLISE DE RHEIMS. II7 

conunent, en reconnaissance de ce que sa fille avail 
^t^ ressuscit^e par les pri^res de saint Thierri, le 
roi avail, voolu honorer de sa munificence le servi- 
teur de Dieu en lui donnant le domaine de Gaugeac^ 
et comment, voulant aussi reconnaitre les merites du 
grand saint Remi , auquel le Seigneur avait fait la 
grace d'avoir un tel disciple , qui , dou^ comme son 
maitre des dons de r£$prit saint, ressuscitait comme 
lai lei morts, il avait donnd a saint Remi le domaine 
de Vendier. Ce que voyant le roi Charles , d'apr^s le 
temoignage de la charte, il s'abstint d'usurper ]e do- 
maine, etlaissa^r^glise la libre jouissanqe de apn bien. 
On riuconte que ce fut. k l^ solUcitation de ce saint 
per^onnage que 8aint Remi ddtruisit la compagnie 
de prostitutes qui j usque alors avaient tenu leur 
iufim^ commerce aux portes de la ville,'et en forma 
une congr^ation de quarante veuves , assignant les 
fonds niicessaires a leur entretien , et voulant que le 
nombre de quarante demeur&t a perpcituit^ , comme 
nous le voyons en effet de nos jours : or voici com- 
ment advint la destruction de ce lieu de d^bauche. 
Saint Remi allant visiter un jour le monast^re de saint 
Thieud , e^ passant aupr^s de la maison des prosti*- 
tuees avec son disciple chin, tons deux chantant 
des psaumes , la voix manque tout-k-pcoup a Thierri. ' 
En revenant , la m^me chose arriva encore au meme 
endroit et sur le m^me verset. Le saint <^vSque, 
^ionne, voulut savoir pourquoi son disciple, si zele 
et si^xerce aux louanges du Seigneur, hesitait centre 
sa coutume. Lors celui-ci lui rdvela sa profonde dou- 
leur de voir ainsi des ames se perdre , et le diable 
faire, si pres du saint p^re , un tel trafic et profit de 



Il8 FRODOARD-, 

d^bauche et de turpitude; ainsi le pieux ^^que 
fut persuade, k la suggestion de son chaste disci- 
ple , de d^truire cette caverne du diable , et de ra- 
mener les ames d^cues et decevantes a la charity de 
J^sus-Ghrist. 

fieaucoup dautres miracles ont iti encore operes 
par ce fidMe serviteur de Dieu •, car il rendait la vue 
aux aveugles, aux boiteux Tusage de leurs jambes*, 
ranimait les mains des paralyses, d^liyrait les pos- 
s^dSs , et enfin d^truisait par I'antidote de la m^ecine 
celeste les mille et un artifices dont Satan se pr^- 
vaut pour nuire. Heureux pasteur du troupeau de 
J^sus - Christ , auquel il fut donn^ de conf^rer fa 
sant^ du corps aussi bien que de Tame ! il pers^vera 
jusqu'^ la fin dans le service de Dieu , et ce qu'il pre- 
cha de bouche , il le pr^cha aussi d'exemple. Enfin , 
apr^s beaucoup d'ceuvres vertueuses et de miracles, 
ayant saintement combattu iusqu'k emporter la vic- 
toire, et heureusement parcouru la carrifere, il passa 
de ce monde k la gloire de J^sus-Christ, le premier 
jour de juillet ; et Jes saints esprits du ciel vinrent 
au-devant de lui , et les anges le recurent avec joie. 
Averti de sa mort , le roi Th^odoric se init ^r-le- 
champ en route pour le monastfere, avec une suite 
njmbreuse, et, se souvenant du bienfait qu'il en avait 
recu , comme aussi n'oubliant pas les services et hom- 
mages qu'il lui devait, il voulat porter lui-m^me sm 
ses ^paules le corps du bienheureux abb^ jusqu'en sa 
sepulture ; et il ne faut pas s'^tonner que le rc^ des 
hommes ait pris plaisir i d^poser lui-meme dans le 
tombeau le corps de celui dont le Roi des anges rece-^ 
yait Fame dans les cieux avec grande joie. Encore 



HISTOIRE D£ LEGUS£ D£ RUEIMS. 1 19 

aujonrdliui la gr4ce de Dieu se plait a operer chaque 
jour divers miracles au tombeau v^n^rable de son 
serviteur. Soit paresse ou rarete des ^crivains, beau- 
coup ont et^ ensevelis dans le^ silence ^ mais il en est 
iin qui a eu lieu il n'y a pas long-temps, et que nous 
CFoyoos devoir raconter. Un jour de samedi, environ 
a I'heure des premieres v^pres du dimanche, une 
pauvre femme, nommee Gilloide, serve de Saint-De- 
nis et'du village de HautviUiers, touraait une meule : 
tout-k-coup sa main s'attacfaa au manche de I4 meule , 
au point que pa:sonne ne put Ten separer. Enfin elle 
fut forcee de couper le manche des deux cotes de la 
main, ne voulant pas porter avec elle la preuve de 
son travail coupable. Inqui^te de recouvrer Tusage de 
sa main , comme en ce temps les reliques de saint 
Denis ^taient en d^pot k Rheims a cause des courses 
des Normands , elle avisa d'aller invoquei* Tassistance 
du saint martyr son seigneur. Lk, se prosternant centre 
terre avec crainte et respect, elle demanda avec in- 
stance d'etre delivr^e de la souffrance et de la honte 
d'une si grande confusion. Elle continua de prier tout 
le jour et toute la nuit , ne ddsesp^rant point d'ob- 
lenir remMe a ses maux. Mais voila que pendant son 
sommeil il lui apparait un homme sous le costume 
ecclesiastique , v^tu d'une robe blanche, Tair riant, 
les cheveux trfes-blancs , et le visage un pen mai- 
gre , qui lui dit : « L6ve-toi d'ici , et va trouver saint 
« Thierri , parce que le second dimanche apres celui 
« de demain est le jour de sa fete : aie soin de ne 
u pas te presenter les mains vides en sa maisop ; mais 
a prends un cierge, selon que tes moyens te le permet- 
« tront, vas aiijsi k son eglise, et par son intercession 



1 20 FRODOARD ; 

ci tu obtiendras ce que tu demandes. » Aussitot elle 
$'ev6ille, et , ^tonn^e de sa vision^ elle priele Seigneur 
de la lui confirmer, et part pleine de joie pour accoin- 
plir ce qui lui a it4 ordonne; et en effet elle se rendit 
a Nglise du saint le jour de la cd^bration de safigte, 
pr^cisdment trois semaines apr^s que son malheur 
lui etait arriv^. Lk , prostern^e ayec larmes deyant le 
saint s^ulcre , elle se r^pand en priferes pour sa gu^ 
rison , demandant pardon de son offense avec humi- 
litc^ et oonfiance. Pendant qu'elle est ainsi ^tendue 
deyant la tombe du bienheureux confesseur de J^sus- 
Christ, par un ordre de la gr&ce de Dieu, et par Tin- 
tercession du saint , la main de la pauyre femme se 
detache peu a peu du bois , et , sWyrant par degr^s 
sans douleur aucune , enfin la main s'<itend tout en- 
tiere , et le bois tombe sur le paye plus yite que la pa- 
role, comm« s'il n'ayait jamais tenu k la main. Beau- 
coup qui daient presens , yoyant ce miracle ^clatant 
de la inis^ricorde cdeste, glorifidrent le Seigneur, 
admirable en ses saints. 



CHAPITRE XXV. 

De saint Theodulphe. 

Saint Theodulphe fut le troisifeme abbe de ce mo- 
nast^re apres saint Thierri. Lie par le sang aux pre^ 
miers seigneurs de la cour, brillant de toute la dignity 
des y^n^rables moines et dignes pr^tres, il compta 
pour rien F^clat de la noblesse, et choisit de seryir 
Dieu en saintet^^ abandonnant les smtiers douteux 



HISTOIRE DEiL^iQUSE DE RHEIMS. 121 

pour suivre la droite voie , et ^chappant aux flots ora- 
geux du monde pour aborder au port du salut. £taht 
done entr^ dans le monast^re de Saint-Thierri, il 
mit en oubli la gloire du si^cle , abaissa en humility 
Toigueil de sa naissance , et se soumit aux plus vil» 
services, creusant la terre avec la b^che, ou menant 
la cbarrue , accomplissant ainsi les paroles du psal- 
miste : a Yous mangerez le fruit des travaux de vos 
« mains , et en cela vous ^tes heureux , et vous le 
« serez encored Tavenir '. » Pendant vingt-deux aiis 
il se livra k ce travail quotidien , labourant avec deux 
boeufs , et endurant d'un coeur in^branlable les durs 
et divers changemens du temps. Mais ce qu'il y a 
d'extraordinaire, c'est que ni Fige ni la fatigue n'epui- 
s^rent ses boeufs, et qu'il faisait avec eux deux seuls 
ce que les autres laboureurs ne pouvaient faire qu'avec 
quatre , six ou huit. Quand il quittait la charrue il pre* 
nail la b^che^ et ce que Ton ne saurait trop admirer, 
c^est que, malgre de si durs et si ^pres services, ses 
forces ne lui aient jamais manque ^ et m^me on raconte 
qu'en revenant des champs il passait souvent une nuit 
et quelquefois deux de suite k veiller, et a chanter 
des hymnes et des psaumes. 

Un jour que, sa journ^e finie, il revenaiudes 'champs, 
il eut besoin de s'arr^ter en route poii^remettre quel- 
que chose en etat k sa charrue, et ficha en terre son 
aiguillon; quand il eut fini, soit qu'il n'y<pens4t pas, 
soit que la volont^ de Dieu en eut ainsi d^cid^, il 
oublia son aiguillon k Tendroit, el rentra au monas- 
tire. Chose merveilleuse! Taiguillon prit racine pen- 
dant la nuit, et le lendemain matin, quand, retournant 

• Psaum. 137, V. 2. 



1 2!1 FRODOAR]} ^ 

a son travail accoutum^ , il voulut le reprendre , il le 
trouva charg^ de feuilles; si bien qu'avec le temps, 
croissant en force et en vigueur, il deyint un grand 
arbre, et beaucoup I'ont vii; jusqu'k ce qu'enfin un 
passant, bien dtgne d'etre puni, s'avisa de le couper; 
mais en le coupant il perdit la vue , et fut pour tou- 
jours plough dans les ten^bres. 

Sa charrue avait et^ suspendue par les fiddles dans 
r^glise du village, et y fut conserve jusqu'au temps 
ou cette ^glise devint la proie des flammes dans une 
incursion des ennemis. Quiconque souffrait da mal 
de dents n'avait qu'a arracher un petit eclat de la 
charrue, et ensuite s'en servir pour tirer un pen de 
sang de la gencive malade , et aussitot il obtenait 
guc^rison par les merites de saint Th^odulphe. Ces mi> 
racles n'ont pas seulement ^te transmis par la tradi- 
tion , mais ont ^t^ vus par un grand nombre de te- 
moins, et les gu^risons sont attest^es par des preuves 
certaines. 

Quand Fabb^ qui avait succed^ a saint Thierri 
fut mort, saint Th^dulphe fut ordonn^ troisieme 
abb^ de la communaute , du consentement die T^ve- 
que et i la requite de tons les moines. Du moment 
ou il prit ei^main le gouvernement de I'abbaye, il ne 
se permit aucua repos, pas plus qu'un novice inhabile 
qui aurait embrass^ tout r^cemraent Fexercicej et, 
comme il avait et^ infatigable au-travail des mains, 
il ne s'epargna pas davantage au travail des choses 
divines, et s'employa doublement, car il fit elever 
une eglise cr Thonneur de saint Hilaire pour dou- 
bier ses travaux. En effet; la cloche sonnant, il se 
trouvait a laudes avec les freres-, mais, afin de me- 



HISTOIRE DE l'eGUSE DE RHEIMS. 1^3 

riter line double couronne , il recommencait en cette 
eglise tous les versets, comme s'il n'avait nen dit; et, 
quoiqu'il s'eiForcit de cacher sa pi^te , le Seigneur ne 
soafTrit pas que les oeuvres de son serviteur demeu^ 
rassent inconnnes. 

En eJSet, un jour un pore, allant et venant autour 
d'un puits ou les habitans du voisinage puisaient leur 
eau , tomba dedans. Les moines accoururent de tous 
cot^, mais personne ne pouvait retirer la pauvre bete 
prSte k p^rir^ le puits ayant, disait-on, cent pieds de 
profondeur. Gependant Thomme de Dieu survint; et, 
craigiiaiit que Teau ne se corrompit si Tanimal y res- 
tait, il commenca k etre inquiet^ et, levant les yeux 
vers le ciel, reposant son coeur dans le Seigneur avec 
d'ardentes pri^res, il invoqua Taide de Jesus-Christ; 
et k peine a-t^ commence k prier que soudain Teau, 
se soulevant et montant jusqu'^ I'ouverture du puits, 
depose Tanimal sain et sauf k ses pieds. A cette vue, 
tous, frapp^s d'etonnement , rendirent graces au Sei- 
gneur, qui avait daign^ confdrer une grice si ecla* 
tante a son fiddle serviteur. 

Un autre jour, qu'il stUait de son monast^re quelque 
part, il rencontra un laboureur qui labourait le che- 
min pubbc par ou il avait coutume de passer, et il lui 
dit : ci homme , il n^est pas bien de labourer le che-^ 
« min par ou doivent passer les voyageurs sans blesser 
(c leurs pieds. » A son retour Thomme de Dieu , pas-* 
sant par le m^me chemin, retrouva le laboureur qui 
poursuivait comme il avait commence, et lui dit : a Ne 
(( tai-je pas dit que tu ne dois pas kbourer ce che- 
(i min? » Et en ra^me temps, s'approcnant du paysan, 
11 lui toucha la tete avec la main, disant : c( Par cette 



\ 



I a4 FRODOARD ; 

li t^te que je louche, 6 homme, je te somme que 
ic tu n'aies d^sormais k labourer ce chemin. » £t au 
moment ou il retira sa main, toute la par tie qu'il avait 
touch^e parut blanche comme laine. Or il n'est pas 
douteux que Thomme de Dieu ne voulut pas faire 
tomber les cheveux , mais bien laisser un signe a la 
generation suivante qui avertit de ne jamais avoir Tau- 
dace de faire ce que saint Th^dulphe aurait d^fendu; 
car tant que la post^rit^ de ce laboureur a dure, elle 
a port^ pareille marque k celle que la main du saint 
homme avait imprim^e au p^re. 

Un homme qui avait ^te frapp^ a Toeil cKun coup 
de baguette , qui depuis ce temps en avait perdu Fu* 
sage, et k qui la douleur ne laissait pas un moment 
de repos , d^sesp^rant presque de jamais recouvrer Ja 
vue , vint trouver le saint abbe. Theodulphe le con- 
duisit k Tautel , lui ordonpant de le baiser ; et, pendant 
que celui-ci baisaift la nappe sainte , lui-meme se pros- 
terna en prifere. Bientot apres le saint se releva , et 
au moment m^me le jeune homme ne sentit plus le 
moindre mal. Remerciant son bienfaiteur comme il 
le devait, ils'en retourna chez lui joyeux d'avoir ob- 
tenu la gu^rison qu'il etait venu chercher. 

OfFon, ambassadeur des Austrasiens (qui sont les 
Francs superieurs) , venant du cote de I'orient porter 
des paroles au roi qui regnait alors sur notre pays , 
entra en passant dans le monastere de saint Th^dui- 
phe pour y faire sa priere. Par hasard saint Theodul- 
phe, accable de fatigues et de veilles, prenait en ce 
moment quelque repos sur son lit. Bless^ au fond du 
coeur de ce que Tabbe n'^tait pas venu le recevoir, 
Fambassadeur, dans le trouble de la colere, se permit 



HISTOIRE DE l'eGUSE DE RHEIMS. ia5 

des propos ind^cens. Gomme il s'en dlait plein de di- 

pit, pour mettre le comble k son courroux , voici venit 

un de ses dsclaves qui lui annonce que son cheval le 

plus beau et le plus fort vient de tomber mort. A 

cette nouyelle, frdmis^nt de fureur en lui-mSme, 

et, ajoutant colfere k colore, il ressent en son coeur 

le double tourment et du courroux et de la perte 

f u*il ^prouve. A son r^veil Fhomme de Dieu , appre- 

nant cette nouvelle , s'empresse d'aller le consoler, et 

avec sa douceur accoutum^e il essaie de calmer ses es- 

prits agit^s , I'invite i la priire , et I'engage k placer 

son esp^rance en Dieu , et k ne pas se troubler de I'ac- 

cident qui lui arrive. Marchant ainsi tons deux vers 

r^glise de Saint-Hilaire martyr, a Fendroit ou Ton 

adore \e signe de la croix, saint Th^odulphe, apr^s 

avoir fait sa pri^re ordinaire sur le chemin , se tour- 

nant vers Tambassadeur avec un visage riant , lui dit : ' 

« Ne craignez rien ; vous trouverez k la porte du mo- 

K nast^re votre cheval sain et bien portant. Si vous ^tiez 

« parti en colfere, comme vous aviez commence, vous 

« nous auriezlaiss^lecadavrede votre cheval.)) L'am- 

bassadeur avait peine k aj^ter foi k ces paroles , sur- 

tout ayant vu lui-m^me son cheval mort et eo^^.par 

tout le corps. Mais Tesclave accourut, affirmant que 

les choses se passaient comme le saint pr^tre de J^sus- 

Christ ve^^t de le lui ann^ncer. Alors Tambassadeur, 

reconnaissant la v^rit^ du miracle qu'il ne croyait pas, 

et d^osant tout sentiment de colfere, rendit grices 

au Seigneur, confessant qu'il avait vu lui-m^me de 

ses yeux , et ^prouv^ par sa proj^e experience ce qu'il 

avait depuis long-temps entendu dire k plusieurs des 

merites du'serviteur de Dieu. Mais Th^odulphe lui 



1 a6 FRODOARD ^ 

dit : ft N'attribue pas cecla mesm^rites, car je ne suis 
a qu'un hommep^cheur^ mais rends grices a Dieu, et 
u ne cesse pas de v^n^rer les vertus des saints , qui 
ft ea toutes choses peuvent Vaider de leur assistance. >» 
Apris ces conseils et instructions il lui donna sa b^ 
n^diction et le laissa partir. Et de ce fait il apparait 
clairement qu outre le don des miracles , il fut aussi 
dou^ de Fesprit de prophetic, puisqu'il pr^dit le retouf 
a la vie d'un animal qu'il avait laiss^ mort en partant. 
Enfin il nous serait impossible de nombrer tons ses 
miracles ^ et celui-la seul qui a bien voulu les per- 
mettre sait combien de malades ajQOiig^s de diverses 
maladies ont et^ gueris par son intercession. Mais , 
entre autres graces que J^sus-Christ a faites k son ser- 
viteur, il en est upe surtout remarquable et frappante, 
c'est qu'il v^cut jusqu'k Tage de quatre-vingt-dix ans, 
jouissant de la plus belle vieillesse, distingud par 
sa belle chevelure blanche , aimable et riant en son 
air^ temp^r^ dans ses moeurs , plein de charity , liberal 
en aumdnes , magnanime contempteur du monde , et 
que jamais ni douleur de fi^vre , ni fatigue de corps, 
ni accident , ni peine de ftime , ne Temp^ch^rent de 
vaq^r a la priere et aux oeuvres du Seigneur, tant 
que son ame bienheureuse anima spn corps. Quand 
enfin Dieu, dans sa bont^, crut que le temps ^tait yenii 
de faire jouir des rafraicbissemens du repos et du 
prix de ses m^rites son vieux et fiddle serviteur 
blanchi dans 1^ travail , il permit qu'il fut saisi d'une 
l^g^re et courte fi^vrc Un jour done, ^tant entr^ i 
Teglise au moment qfi. on cbantait matines , il se prit 
a prier Dieu longuement, et a lui recommander son 
ame, prevoyant qu'elle serait bientot d^livr^e de sa 



.^ 

/ 



HISTOIRE DE l'eGUSE DE RHEIMS. I27 

prison coTporelle ; ensuite , la nuit finie , au lever de 
Taurore , il s'en retourna en sa cellule , accompagn^ 
de quelques-uns de ses moines , tout joyeux de la vi- 
site qu'il avait recue des saints, et de la r^v^lation qui 
venait de lui mafquer Theure de sa mort-, et quand 
il sentit que I'heure ^tait venue ,, faisant sa paix avec 
ses freres, il leva les yeux et les mains au ciel, et 
rendit avec joie a son cr^ateur son ame bienheureuse, 
echapp^e au naufrage^ du monde , laquelle fut recue 
par Jesu^hrist avec grande allegresse de toute la 
cour celeste. 

Le monastere de ces bons p^res est maintenant oc* 
cup^ par des chanoines au lieu de moines. II n'y a 
pas long-temps, avant que la France fut liyree en 
proie au glaive des Hongrois , Tun de ces chanoines , 
nomm^ Otbert , etant a I'extremit^ , et souffrant mille 
violences des demons qui se disputaient son ame et 
voulaient Tentrainer en perdition, se vit enfin de- 
livr^ par les mdrites de son bienheureux patron saint 
Thierri •, et il vit aussi les demons, i la seule invocation 
du nom de J^sus-Christ et de ses saints , se retirer de 
lui avec grand bruit et fureur-, de plus encore, il vit un 
frfere, nomm^Bertry, mort quelque temps auparavant, 
J^quel le vint souvent visiter , et qui en le consolant 
Vengageaita ne pas souh^iter de rester plus long-temps 
en ce monde , mais au contraire a se r<5jouir d'aller le 
rejoindre au plus tot pour voir des choses telles que 
jamais sa pensee n avait pu les imaginer ^ car, s'il res- 
tait plus long-temps sur cette terre , il y verrait bientot 
des malheurs plus grands que tout ce qu'il avait vu : 
et en effet la suite a prouve la verity de ces paroles ^ 
car Otbert , se sentant mal dispose , s'en alia a Teglise^ 



I !2^ FRODOARD ', 

recommanda k Dieu son prochain d^c^s ^ puis appe- 
lant aupr^s de ]ui les chanoines ses fr^res, leur fit 
recommencer la messe, quails ayaient dite avec trop de 
precipitation ^ leur raconta ce qu il avait vu, et les pria 
de prendre par chariti^ leur repas en sa presence. Enfin, 
apr^s leur avoir recommanda defaire le service de Dieu 
avec z^le , et de chanter les psaumes avec devotion , 
il passa tranquillement et avec joie. Apr^s sa mort les 
Hongrois se sont jet^s sur la France, et ont port^ par- 
tout le pillage , Tincendie et le meurtre : le iponast^re 
lui-mdme a ^t^ livr^ aux flammes,les villages min^, 
et le pays voisin convert de cendres et de debris ^ et 
nous voyons maintenant clairement combien etait 
vraie la pr^iction qui lui avait ^t^ faite par r^v^- 
lation. 



CHAPITRE XXVI. 

De la fontaine qui a paru naguere au monastere de saint 

Thierri et saint Theodulphe. 

Il n'y a pas long4emps que, dans la petite for^t qui 
touche au monastere , une fontaine sortit tout-k-CQup 
de terre. Arrivant par hasard en ce lieu, un pauVre 
fievreux vit un vieillard rev^tu d'un v^tement cle- 
rical , et tenant k la main un biton d'or penchi^ sur 
la fontaine. Au bruit de ses pas, le vieillard ^mu 
scmbla se lever ^ ce qui frappa le pauvre fievreux 
d'une si grande crainte qu*il tomba par terre tout 
ebloui et incapable de rien voir. Cependant peu de 
temps apr^s , revenant a lui , il se leva*, et vit une 



flISTOIRE D£ L^l&GLISE DE RHEIMS. I29 

grande lumi&re vers le monast^re, du c6t^ ou le 
vieillard avait disparu 5 et ainsi g«^ri de sa fifevre , il 
s'en aUa tout joyeux. En ce m^me temps, beaucoup 
d'aveugles farent reddus k la lumi^re par la vertu de 
cette fontaine, beaucoup de boiteux redresses*, des 
muets recouvrferent la parole, et des sourds Touie. 

Derniferement encore , quelque temps aprfes Tordi- 

nation de Hugues k Tarchev^ch^ de Rheims, une 

pauvre femme paralytique, nomm^e Magdnilde, qui 

etait toujburs gissante k la porte de f^glise de Notre- 

Dame en la Cit^ , fut avertie en songe de se faire 

porter ^ cette fontaine ; et k peine en efJet eut-elle 

et^ lav^e de I'eau miraculeuse, qtfelle fut gu^rie. Une 

autre femme , nomm^e Adelwide , qui avait les bras 

perclus, en retrouva Fusage aussitdt qu'elle les eut 

plongi^s dans la fontaine. Un aveugle venant de Mou- 

8on recouvra la vue au moment ou il entrait dans 

r^glise de Saint-Thierri. Une pauvre femme du 

lieu mSme , en se frottant avec cette eau , recouvra 

incontinent I'usage d'un ceil qu'elle avait perdu depuis 

seize ans. Fulbert , qui avait un bras sec et inutile , y 

retrouva aussi vigueur et vie. Amauri, aveugle, y 

recouvra la vue : enfin , les miracles s'y <iontinuent 

de jour en jour, et un grand nombre d'infirmes y out 

Ai gu^ris. 



y 



1 3o FRODOARD ; 



LIVRE SECOND. 



CHAPITRE I". 
Des suooesseur$ de saint Renii. 

RoMiiK fat successeur de saint Remi : a R<Mnaiii 
wcc6i2, Flave , et 9pr^ eux vint HAapin , k qui la 
puissance royale conc^ quelqnes t^rres pour &re 
ensuite poss^^es par T^glise de Rheims. Nous troii- 
voQs anssi que du temps du m^me Mapin , la reine 
Savegotte l^gua par testament k F^glise de Rheims 
fin tiers du viAage de Yier^i , et que T^^e en laissa 
f usufruit ^ Teudechilde , fille de Savegotte, pendant 
sa vie , sauf tous les droits de Nglise , et seulement 
sous cette condition qu'^ sa mort la propria retour- 
nerait k I'^ise sana aucun prejudice des amnion- 
lions que la reine y aun^t faites. Plus tard > sous le 
pontificat d*iEgidius, Teudechilde en mourant laissa 
par test^mient quelques terres k F^lise de Rheims. 



HKTOIRE DE VtOLUE DE KHEIMS. l3i 



' ■ I ■ J, 



CHAPITRE n. 

De Teveque iEgidius i. 

Mapi]$ eut pour successeur j^gidius, qui enrichif 
et agrandit beaucoizp V4;r&eh6 paF d«s achats de terres 
et de serfe ; nous avons encore aujoui'df hui les con- 
trats de ces diverses acquisitions : par exemple, 
celui qu'il passa avec um noinm^ Obol^ne, pour 
deux chanips sitii^t sur la riviere de Retourne, et 
"dont Toa , selon Facte , contenait mille boisseaux de 
sentence, Fautre, quatre cents; d'un autre, nonim^Beiw 
tolfe^ il acheta une m^tairie, avec un champ d^ 
cent boitseaux; et de Charibod, une partie de for^ 
II obtint aussi de la maje^ royale pour 36n ^g^e 
des letlres d'immunit^ et d'exemption de toute char^ 
on rMuction fiscales , et en m^me temps assurance 
et garantie pout* tons les dons qu'elle rece^it. he 
roi Ghildd^ert Im-^m^e lui donna une m^tairie (&» 
tn^e dans les Vosges , sur la riviere de la Sarre , pour 
^tre poss^dde tant par lui que par son ^glise, comme 
on le Yoit par Facte de donation qui subsiste encore 
au]ourd*hui. L'italien Fortunat, qui ^tait alors c^Ii&bre 
dans les Gaules par $es po^es, 1 c^l^br^ dans ses 
vers la vie et les predications de cet ^v^que \ 

' La traduclion fran^aise .de ce nom est GiUes , maU nous avons 
«ra deroir conserver le nom latin , comme nous Fayons fait pour en 
in£me inhfie dans Yffistoire des Francs de Gregoire de Toon. 

* Voyez Fortunati Carmina, lib. 3, earili. 8. 



l3a FftODOARI^ ; 

Gr^oire de Tours raconte qu'il fut recu avec bont^ 
et bien traits par T^v^qne .£gidiu5 , au temps ou Sig^ 
g[on , seor^taire du roi Chilp^ric , recouvra roui^ dans 
le sanctuaire de F^lise de Rheims, par la vertu de 
saint Martin ^ dont Gr^goire avait alors avec lui les 
reliques. 

Le m^me Gr^goire raconte encore dans son his- 
toire de la nation des Francs , qa*.£gidia» fut aavoy^ 
avec quelques autres ambassadeurs de la part du roi 
Childebert , fils de Sigebert , vers Chilp^ric j oncle do 
mdme Childebert. Dans cette ambassade il fut arr^ 
entre les deux rois qu'ils enl^veraient son royaume 
k Gontran , fr^re de Chilp^ric , et feraient ensemble 
paix et alliance. Le traits conclu , les ambassadeurs' 
retoumirent vers Childebert, avec de grands pi^^ens. 
De mdme quand un fils fut n^ k Chilp^c, et qu'il se 
fut empar^ de Paris , Childebert lui ayant eavy^ une 
ambassade, ce fut encore notre prdat ^gidios qui en 
fiit le chef ^ et , d'apr^s ses conseils, les ambassadeurs 
demandferent au roi Chilp^ric de maintenir la paix 
quHl avs^t faite avec leur maitre, Childebert; en 
m^e temps ik d^clar^rent que Childebert ne pouvait 
rester en paix avec Gontran, parce que 2q>r^s la mort 
de son p^re il lui avait enlev^ une partie de Mar- 
seille, et refusait maintenant de lui renvc^r ses 
transfuges. Alknt plus loin qu'eux , Chilpi^ric recon- 
nut que son fr^re Gontran dtait eoupable en beau- 
coup de choses , et ajouta qu*il avait ^t^ com}dice de 
fassassinat du p^re de Childebert. Sur cet aveu, les 
ambassadeurs, pleins de courroux, requirent qu*on 
tir4t le plus promptement possible vengeance du eou- 
pable : Fengagement en fut pris et ratifi^ par serment. 



HISTOIRE BE L*£GUSG DE BHEIMS. l3S 

^tlesambassadeurs ne s'en retourn^rent quapr^s avoir 
donnd et recu des otages. 

A cause de ces diverses ambass^de^ , le roi Gon- 
tran devint rennemi mortel de rarchev^que. Aussi, 
quand. il eut fait sa paix avec Ghilp^ric, il pria ce 
roi de ne jamais ajouter foi a ses conseijs et de ne 
point le garder aupr^s de sa personne , raccusant de 
parjure. 

Enfin, dans la suite, un criminel qui avail ete en- 
voy^ par la reine Fr^d^gonde pour assassiner le roi 
Childebert , confessa d?ins les tortures que T^v^que 
jEgidius avait a3sist^ k une a3sembl^e de gens qui 
avaient conspir^ centre les jours du roi. Sur-le-champ 
Tev^que fut arr^t^ et conduit ^ Metz , quoique trfes- 
faible encore et k peine releve d'une longue maladie. 
Pendant qu'on le tenait ainsi sous bonne garde , le roi 
itianda aux ^v^ques de s'assembler pour examiner sa 
conduite, et leur ordonna d'etre r^unis k Verdun pour 
les premiers jours d'aout-, mais quelques ev^ques ayanl 
fait des remontrances au roi, sur ce qu'un archeveque 
avait ^te ainsi arrachd de son si^ge et train^ en prison 
sans avoir ^t^ entendu, Childebert lui permit de retour- 
ner en sa ville , et adressa des lettres k tous les ^v^ques 
de son royaume, afin qu'ils eussent k se rassembler i 
la mi-septembre dans la m^me ville de Verdun pour 
juger I'accus^. Quand ils furent reunis, on les fit aller 
jusqu'kMetz, ou Farchev^que jEgidius comparut ^ga- 
lement. Alors le roi , aprfes Tavoir d(^nonce comme son 
ennemi et traitre au pays, commit le due Ennode 
pour soutenir ^accusation. Sa premifere question fut 
celle-ci : « Dis-moi , 6 -^v^que , quels motifs font in- 
(( spir^ d'abandonner un roi dans une des villes du- 



\ 



2 34 FRODOARD) 

K quel tu jouissais des honneurs de T^piscopat, pour 
a rechercher la royale amiti^ de Chilp^ric , qui a tou- 
c< jours ^t^ rennemi declare du roi notre seigneur, 
« qui a fait assassiner son pfere , condamnd sa mfere a 
tt Texil et envahisonroyaume? et comment^ dans les 
« villes m^mes qu^il a soumises k sa domination par 
« une invasion inique , as*tu pu accepter en present 
« des possessions du fisc? » U^vSque r^pondit: « Que 
« j'aie ^t^ r^mi du roi Chilp^ric, je ne saurais le nier^ 
« mais cette amiti^ u'a jamais rien produit contre les 
« int^r^ts du roi Childebert. Quant aux terres dont 
« tu paries 9 je les tiens par charte de Childebert lui- 
« mSme. » Et mSme il voulut produire les actes de 
donation* Lors le roi nia lui avoir rien donn^« On fit 
appeler Othon^ ^ui, dans ce temps^ avait ^t^ gardien 
tlu sceau du roi, et dont la signature se trouvait au has 
des lettres; celui-ci, interrog^, nia les avoir signees. 
Sur ce premier chef, T^v^que fut d'abord declare 
trompeut et faussaire. Ensuite on produi^it des let" 
tres ^crites k Chilp^ric, dans lesquelles il se permettait 
beaucoup de censures sur les d^sordres de Brunehault« 
En m^me temps on exhiba aussi une r^ponse de Chil' 
p^ric k r^v^que, ou on lisait, entre autres choses, 
quC) si on ne coupe la racine, la tige qui en est sortie 
ne se desseche pointy ce qui indiquait assez claire- 
ment quHl fallait frapper Brunehault pour faire p^rir 
son fils. On intenta encore k T^v^que beaucoup d'au- 
tres griefs , soit sur les trait^s conclus entre les deux 
roisy soit sur les troubles causes dans le pays; il nia 
les uns et ne put nier les autres. Comme les debats 
trainaient en longueur, Epiphane, abbd du monast^re 
de saint Remi , vint declarer que leveque avait recu 



HJ8T0IRE DE L^GUSE DE RHEIMS^ l35 

deux mille ecus d'or et beftocoup d*effets pr^ieaii 

pour demeurer ami de Chilpdric -, le mSme abb^, ainsi 

que les ambassadeurs qui ayaient ^t^ envoy ^s vers Ghil-* 

peric ayec T^v^que , exposa comment avait ^t^ arr^t^e 

de concert k ruine de Gontran et de son royaume , et 

raconta de point en point comme les choses s^^taient 

passdes. Les ^v^ques, enteadant toutes ces choses, et 

voyant le pr^tre du Seigneur en une telle extr^mit^, de- 

mand^rent trois jours pour d^ib^rer, sans doute afin 

que raccus^ put trouver quelque moyen de se di^ 

culper des charges qui pesoient sur lui. he troisiJ»Miie 

jour, Us se rassembl^rent dans Ti^lise, et dii^enfl k 

r^veque de proposer les excuses qu'il pouvait avoir; 

niais lui, oonfus, leur dit : a Me diSivet pas de porter- 

(1 voire jugenient sur nn cot^bie : je sais qtie j'ai 

u m^rit^ la mort pour crime de l^se-majest^ ; je re-> 

c( connais que j'ai ton jours agi centre les int^r^ d«( 

« roi et de sa ni^re, et que par mon eonseil beancoup^ 

a de guerres ont ^t^ entreprises, qui on! causd la 

n ruine de pluaieurs pays des Gaules. » Les ev^ues^ 

entendant cet ayeu , d^lot^rent f opprobre de leut 

fr^re, lui laiss^rent la vie sauve, mais le d^posferent 

da saint minisC^re, apr^s lui avoir donn^ leeture des 

constitoliona canosiques, Anssitdt apr^s le jugemenH, 

il fxA conduit, et rel^gu^ en exil en k viUe d^Argen- 

toratum, ai4>ourd'hui appel^e Strasbourg^ Romuife, 

fils du due Iioup, d^jk ^lev^ k k pr^trise, fut ordonn^ 

^v^ue k sa jdace , £pipfaane ^ qui gouvernait le mo- 

nast^e de Saint-^Remi, ayant ^t^ destitu^ de*son ab- 

baye. Or, on trouva dans f ^pargne de F^^e grands 

qoantitd d'or et d'argent : tout ce qui ^tait le prix de 

ses iniquiti^ fut reporte m tr^sor royal , iBtais c^ qui 






1 36 FRODOARD^ 

provenait des revenus ou des renles de F^glise y fui 
iaiss^ sauf et entier. 



CHAPITRE III. 



De saint Basle. 



Sous le pontificat d'^gidius, an saint dn Seignear, j 
nomm^ Basle , de noble race , n^ sur le territoire de l 
Limoges, au pays des Armoriqnea, vinl des conir^es de j 
FAquitaine en la ville de Rheims , recherchant avec ! 
grand desir le patronage du bienheureux Remi. On dit 
qu*an ange du Seigneur lui fut envoy^ pour com- 
pagnon de route, et marcha sans cesse devant lai , 
jusqu'^ ce qu'il entrit dans Rheims. L'dv^ue ^gidius 
le recut houorablement ; quand il connut le desir du 
p^lerin , et quand celui*ci lui eut demand^ une re- 
traite dans quelque sainte solitude, il lui conc^da de 
la meilleure gr&ce tel endroit qu'il pourrait trouver 
dans son ^v^h^. Avec la gdlce de Dieu , Basle trouva 
enfin un lieu k son gr^ d^ns le bourg de Vierzi, au 
pied de la montagne de Rheims , k Tendroit ou com- 
mence la for^t. Or, en ce lieu il y avait alors un cou- 
vent de douze moines ; Basle fut accueilli avec bonte 
par les frferes, et Tabbe le remit k Tun d'eux pour Fin- 
struire :. bientdt il profita si bien et fit de tels pro- 
gr^s en peu de temps , qu'il surpassait en science et eH 
sagesse tous ses condisciples du m^me &ge. II n'avait 
d'autre soin que de lire et de parler de Dieu , ou de 
s'entretenir avec Dieu par la prifcre. M^prisant les 
biens.passagers , et s'attachant aux permanens et eter- 



HISTOIRE D£ l^iGUa^ DE RHEIBIS. l37 

neb , il donnait aux pauvres presqoe toute sa por- 
tion de nourriture , ne se r^servant que le peu qui 
lui ^tait absolnment ndcessaire pour se soutenir. 

Croissant ainsi en yertu , et poss^d^ du desif de la 
vie solitaire, pour habiter un lieu plus retir^, il choisit 
lesonimet de la montagne vpisine, et y construisit une 
cellule avec un oratoire, ou il put se livrer en liberty 
a la contemplation. 11 a v^cu, dit-on, quarante ans 
dans cett€f retraite servant le Seigneur, luttant avec 
courage contre les tentations de Tantique serpent, va- 
quant sans cesse k jeunes, aumdnes, veilles, pri^res 
et saintes lectures, et ciclairant du flambeau de la vraie 
foi ceux qui venaient k lui. 

Pendant qu'il militait ainsi en ce pieux service, il 
pint k la bont^ divine de manifester la vertu de son 
soldat par des signes ^videns. Un jour done qu'il 
priait, le Seigneur fit sortir en sa faveur de Teau d*un 
caillou au sommet de la montagne , et Ton dit que 
cette eau a sa source sous le tombeau du saint, et de 
Ik se repand comme d'un vase k travers les fonde- 
mens de F^glise. EUe est douce et bonne k boire^ les 
malades qui en boivent ou s'y baignent, ou s'en 
lavent la t6t« , recouvrent la sant^. 

Un esclave, nomm^ Annegisile, aveugle dis sa plus 
tendre enfance , veillant k la porte de ce saint per- 
sonnage, fut tout-k-coup , la douzi^me annde de sa 
ciAxiy par une grice venue d'en-haut , a la prifere de 
fhonune de Dieu, rendu k la lumi^re. Les moines, 
apprenant ce miracle , glorififerent le Seigneur avec 
grandes actions de graces de ce t^moignage rendu en 
fiivenr de son serviteur. 

Un chasseur, nomm^ Attila , chassait un jour dans 



1 38 FRODOARD; 

la for^t voisine de sa cellule , et poursuivait vivement 
un tanglier; la bdte ^puk^e se r^figia aupr^s da 
saint , et comme si elle eut eu le sentiment qu'il pou- 
vait la sauver, elle se jeta k ses pieda ^ d^posant toute 
saf^rocit^. En effet , les chiens, oubliant leur sagacity 
naturelle, cess^rentdelapoursuivre. Depuis ce temps, 
c'est une chose que Ton observe encore aujourd'hui » 
ou plutdt c'est encore TeSet de la grice de Notre-Sei- 
gneur J^us-Christ en faveur de son seryiteur bien- 
aimd y que toute bSte fauve lanc^e ou poursuiyie par 
les veneurs, qui pent gagner la lev^e de cette forSt, 
est sauv^e, et qu'aussitot les chiens perdent Tardeur 
de la poursuivre, et les chasseurs la hardiesse. 

On raconte encore un autre miracle non moins 
digne de remarque , accorde par le Seigneur aux nit- 
rites de son bienheureux confesseur. Un nomm^ Ra- 
genulfe venait d'etre pendu par ses ennemis : en ce 
peril extreme de mort , il lui arriva de lever les yeux 
au ciel, et d'invoquer avec gemissement saint Basle; 
aussitdt la corde se rompit, et il ob.tiat d'^re pr^ 
serv^ d'une mort cruelle. 

Eiifin, apres avoir op^r^ de nombreuses et ecla- 
tantes oeuvres de pi^t^ en sa vie , Basle , averti que 
le temps de sa vocation cdeste approchait , envoya un 
messager k son neveu Bals^me, au pays de Limoges^ 
le priant de le venir trouver , et lui annongant qu'apris 
sa mort il devait comme lui venir vivre en son eih 
mitage , selon ce qui lui avait ^t^ rev^^ par le Sei-. 
gneur. Bals^me, ob^issant comme un bpn fils k ses 
salutaires consails , et desirant participar k Th^ritage 
eternel, demeura dans cet oratoke jusqu'i la fin de 
ses jours : or, k saint pere Ba$le miourut , et fut recu 



y 



HISTOIRE D£ l'eGLISE DE RHEIMS. 1^9 

au uombre des bienheureux , le vingt-sixiferae jour de 
uovembre* Depuis sa mort , de nombreux miracles ont 
^te operes a sou sepulcre : mais , soil negligence , soil 
leur grand noinbre^ ils n'ont point ^t^ mis par ^crit, 

Dans la suite des temps, apr^s sa mort, il arriva 
qu'un homme^ noble de naissance, mais presomp- 
tueux de coeur, vint visiter son sepulcre, Apris avojr 
fait sa prijure , il prit le bdton du saint homme , et le 
posant sur son pied , il dit en se raillant , comme il 
etait grand de taille : «Voilk un bdton qui prouve que 
tt Basle n'etait pas tres-grand# » Aussitot le pied sur 
lequel le bdton du saint avait etd posd se fldtrit et se 
pourrit \ et bientdt la vengeance divine le frappant 
tout entier de la meme corruption , il mourut dans de 
graudes douleurs. On voulut porter son corps pour 
rinhumer au monastere de Saint- Basle, mais on ne 
put mouvoir la bi^re. On songeait alors k le transporter 
au cimetiere de Saint-Remi , et la bifere encore ne put 
etre lev^e. Enfin , on se vit force de le deposer au 
ierritoire de Chalons ^ ou Dieu permit qu'il eut se- 
pulture. 

11 ny a pas bien long-temps, presquede nos jours, 
sous le pontificat de I'archev^que Ebbon , un homme 
fort religieux , nomme Benoit , avait et^ ordonne abbe 
de cette abbaye : gouvernant avec modestie la fa- 
mille de saint Basle, et servant le Seigneur avec 
simplicite , il orna I'^lise de plusieurs dons , et apres 
une longue vie, appel^ par la volonte divine, il passim 
au Seigneur. Sonfrfere selon la chair, nomijie Sperne, 
fut appele k lui succeder ^ mais c'etait un homme de 
moeurs bien differentes , et ddvord du feu de la cu- 
pidity. Un jour qu'il ^tait ivre , il se prit a dire que 



1 4o FRODOARD ; 

son fr^re n'avait su tirer aucun profit de son abbaye, 
et il ordonna aux procureurs des villages de lui 
amener le lendemain les paysans de sa d^pendance , 
afin de les appliquer k la torture, pour extorquer et 
ravir leurs biens. Les habitans des villages., appre- 
nant k quels supplicesils ^taient destin^, invoqu^rent 
avec g^missement la protection de saint Basle, le 
suppliant de ne pas souffVir qu'ils fussent Ifvr^ k ce 
cruel boucher : converts dTiabits de deuil , ils pas- 
s^rent toute la nuit dans les larmes , ne cessant d'im- 
plorer le secours de leiff saint patron. Or, ceh^i-ci ne 
refusa pas d'^couter les plaintes de son peuple ^ car le 
lendemain matin Sperne fut trouv^ mort , et quand 
les siens voulurent tirer le corps du lit, il creva par 
le milieu , et une telle puanteur se r^pandit dans Tap- 
partement que personne ne put y rester. Ainsi la 
famille de saint Basle fut arrachde aux supplices 
dont elle dtait menac^e.^ 

Un oncle de ma mfere , nommd Fla^rd , avait deux 
fils an service du Seigneur dans le convent de Saint- 
Basle. J'ai vu le plus jeune des deux , nommd Tet- 
bert, qui ^tait anim^ d'un zMe au-dessus de ses 
forces, et qui est mort pr^tre chez nous, il y a long- 
temps; il nous racontait souvent de son p^re le trait 
que nous allons redire , et dont il existait encore il 
y a pen de temps un tdmoin, le troisifeme des frferes, 
Rathold, aussi pr^tce. Flavard avait couturae de 
faire un voyage par an i Vabbaye, afin de fournir aux 
besoins des deux fr^res; un jour done qu'il faisait 
route vers le convent, des voleurs le surprirenten 
chemin, etlui enlevferent le cbeval qu'il montait, tout 
ce qui leur convint, et jusqu'k Targent destin^ aux 



HISTOIBE DE L^^GLISE DE RHEIMS. i4i. 

serviteurs de Dieu, et aux byoux de sa femme. 
Qoand les voleurs, tout joyeux de leur butin^ se 
fnreiit an peu ^loign^s, sa femme, qui Taccompa- 
gnait^ se mit k g^mir et k se plaindre k saint Basle du 
dofflmage qu'ils venaient d'^prouver, disant qu'ils ne 
^endraient plus au monast^re pour rendre se#ice k 
Ini et aux siens , s'il les abandonnait ainsi sans de- 
fense. A ces plaintes et g^missemens )' les cheyaux 
des voleiirs, qui s'enfuyaient k toute bite avec le butin, 
sarr^tent tout-k-coup , comme ficbds en terre , sans 
(ja'il y eut moyen de les faire avancer. Les voleurs 
eux-m^mes se trouvent aussi tout-^-^oup dans une 
obscurity si profonde qu'ils ne savent de quel c6t^ 
aller. Lors , rentrant en eux^m^mes , et conf^rant en- 
semble, ils ayisent que le tort qu'ils viennent de faire 
a des personnes innocentes est la cause de tout : 
aussilot ils reviennent sur leurs pas vers ceux qu'ils 
ont injustement d^pouillds, leur rendent tout ce 
qtf ils ont pris , et les prient de demander grAce pour 
611X. Flavard et sa femme, ainsi secourus par Fassis- 
tance de saint Basle, et d^livr^fs des voleurs, conti- 
nuirent leur voyage avec plus de devotion encore 
qu'ik ne Tavaient commence. Arrives au monast^re, 
ils s'empress^rent de rendre graces k Dieu et k son 
bienheureux confesseur du bienfait dont ils avaient 
^ combl^s, distribuirent leur argent aux servi- 
teurs de Dieu , et dans la suite n'en eurent que plus 
de zile k visiter cbaque ann^e le saint monast^re, 
selon leur pieuse coutume. 

Dernik'ement , quand notre pays de France fut 
livr^ , en punition de nos pech^s, au glaive des Hon- 
gn>is, quelques-uns de ces barbares entr^rent dans le 



14^ FRODOARD^ 

monast^re de Saint*Ba5le ; et comme les fr^res s*^taient 
r^fugi^s dans la ville avec la chftsse de leur saint 
patron , trouvant la maison presque vide et d^serte, 
les barbares y dtablirent leur quartier, et elle Jeur 
servait de rendez-vous apr^s leurs courses de pillage 
dans^ns les environs. 

L'un d'eux , voyant relnire de Tor dans la tonr des 
cloches, emportd par I'avarice, monta sur le toit de 
r^glise , et s^efforca de ddmolir la tour ; mais 11 fut 
tout-Ji-coup pr^cipit^ a terre^, se brisa les membres et 
mourut. Un autre, en s'efforcant de monter sur Fautel 
de la m^me ^glise consacr^ k saint Martin de Tours , 
appuya la main sur Fun des coins de Fautel; mais 
aussitdt sa main s'attacfaaf au marbre , et il ne fut pas 
possible de Fen oter. Comme ses compagnons ne vou- 
lurentpas Fabandonner ainsi, ils bris^rent k coups de 
maillet la partie de la pierre k laquelle tenait la main ; 
et ils Femmenferent, emportant k son grand regret ce 
morceau de pierre toujours joint et attach^ k sa main. 
Et les captifs qui sont revenus depuis out rapport^ 
quHl s'en alia ainsi j usque dans son pays , que le bras 
lui avait s^ch^ , et qu'il confessait que ce malheur lui 
rftait arriv^ par la vertu et puissance de saint Basle. 



CHAPITRE IV. 

De r^v^que Romulfe. 

Ap&es ^gidius, le si^ge de Rheims fut occup^ par 
Romulfe, homme de noble race, et frfere germain de 
Jean, qui en ce tenips*lk ^tait due* Loiip^ leur p^re, 



HISTOIRE DE L EGUSE DE RHEIMS. t43 

leur avait laissd de grands biens k partager ^galement 
eatre eux deux , et ils obtinrent une ordonnance da 
roi.pour autoriser ce partage ^gal. Romulfe possd- 
dait de nombreux domaines, surtout outre Loire 
et en Poitou. II en donna par testament la plus grande 
partie au diocese de Rbeims, quelques-uns k ses 
frferes ou neveux , d^autres k Thopital de Saint-Martial , 
d'autres k Teglise de Saint-Remi. 11 Ic^gua a un mo- 
naster e de filles, ^lev^ k Rbeims sous Tinvocation de 
saint Pierre, le domaine de Latiniacum % qu'il avait * 
achete , d'apr^s ce qu'il dit lui-m^me. 

n fit encore quelques autres dons a diyerses ^glises 
des dioceses de Rheims, de Soissons, de Tours et 
autres. II rendit la liberty a la plus grande partie des 
serfs de sa maison. Son testament est encore aujour- 
d*liai conserve dans les arcbives de T^glise de Rbeims, 
avec la confirmation du roi Cbildebert. L'^veque avait 
fait demandSr disapprobation du roi par le diacre 
Sonnat, bomme v^ndrable, et le roi y acc^da yolon- 
tiers, sans doute, afin que si quelqu^un de ses sue- 
cesseurs prenait sur lui d'usurper injustement les 
terres , vignes , ou serfs que Romulfe avait l^gu^ , 
soit k r^gUse de Rbeims , soit k d'autres saints dtablis- 
semens, les pr^tres eussent toujours pouvoir et liberty 
de les reprendre. U ^cbangea aussi avec le roi Cbilde- 
bert quelques domaines du pays de Metz, entre autres 
Orcival, qull avait acbet^ d*un nomm^ Vincent, 
centre les villages de Margilly et d*Ardeuil , au pays 
de Rbeims. Pendant son pontifical on trouve qu'il 
acheta beaucoup de terres et de serfs pour Faugmen- 
tation des domaines de F^glise. II fit bitir un oratoire 

Inconna. 



1 44 FRODOARD ^ 

SOUS rinvocation de saint Germain, ddns la cour de 
saint Remi. Enfin, par Tentremise de son archidiacre 
Sonnat , il obtint du roi ]a restitution de quelques 
biens qui avaient ii4 usurpds injustement, comme 
on pent le voir par les actes de restitution de Tauto- 
ritd royale, qui subsistent encore aujourd'hui. 



CHAPITRE V. 

De Tev^que Sonnatius. 

RoMULFE eut pour successeur k T^iscopat Sonnat, 
qui a assist^ a un concile ayec quarante ^v^ques 
des Gaules ou plus. On y comptait Arnoul , ^^que 
de Metz, Thierri de Lyon, Sindulfe de Vienne, 
Sulpice de Bourges, M^d^gis^l^ de Tours, Senocli 
d'Eause , L^once de Saintonge , Modoald de Treves, 
Chunibert de Cologne, Richer de Sfcift, Donat de 
Besancon, Auspice d'Autun, Modoald de Langres, 
Ragnebert de Bayeux , Childoald d'Avranches , Ber- 
tegis^le de Chartres, Pallade d'Auxerre, Gondoald 
de Meaux, Leudebert de Paris, Cfaainoald dcLaon, 
Godon de Verdun, Anseric de Soissons, Claude 
de Rieux , Berthoald de Cambrai , Agomar de Sen- 
lis, C^r de Clermont, Verus de Rhodes, Agricola 
de Mende, Lupoald de Mayence, Willegis^le de 
Toulouse , Constance d'Alby , Nammat d'AngonlSme, 
Rustique d'Embrun, Auderic d'Auch, Emmon d'Aire, 
Felix de Chaloj^, Hadoin du Mans, Magnebod 
d'Angers^ Jean de Poitiers et L^obard de Pfantes. 
En ce concile beaucoup de canons utiles furent 
institu^s. 



HISTOIRE DE l'i^GLISE DE RHEIMS. 1 45 

1. On y r^gla la mani^re de traiter les affaires 
de r£glise; ensuite , pour les biens qui sont conc6- 
d^ k temps , par voie de precairey on pourvut k ce 
que ceux qui les obtenaient sous cette condition ne 
pussent en usurper la propri^t^ par longueur de teinps, 
et en priver les ^glises* 

2. On arrSta que tous dercs assez audacieux pour 
se liguer par serment ou par ^crit contre leur ^^que, 
et pour lui tendre des embuches par ruses et fausses 
al]^;ations , seraient d^pos^s de leur grade ^ si apr^s 
avertissement ils refusaient de s'amender. 

3. Que les canons passes au concile g^nt^ral assem'" 
bM en T^glise de Saiht-^Pierre a Paris, k la diligence 
du roi Lothaire, conserveraient toute force et autorit^. 

4- Que y si en France quelques-uns ^taient suspects 
dli^^sie , les evSques et pasteurs des ^glises eussent 
a les rechercher et ramener k la foi catholique^ 
quand ils seraient trouvds r^ellement h^r^tiques. 

5. Que nul ne fut leg^rement et tdmdrairement 
frapp^ d'excommunication : que quiconque se croi^ 
rait injustement excpmmunit^ aurait le droit d'en ap^ 
peler au procbain concile^ que si la condamnation 
^itinjuste, il serait relevd et absous; sinon, il sub- 
irait le temps de pfinitence impost. 

6. Tout juge, de quelque ordre que ce -soit, qui 
prendra sur lui d'intenter une action publique a un 
clerc ) de le mettre k la question , k Tinsu et sans la 
permission de Tdv^que , ou de Faffliger de peine ou 
injure, ser^ priy^ de la communion -, toutefbis Fev^que 
est requis de feire diligence pour corriger et punir 
les fautes des clercs sur les griefs all^gues. 

7. Toute personne cbargde de cens ou de redl- 

10 



1 46 FRODOARD \ 

Yaiiees enrers le tr^r public ne pourra entfer en 
religion sans f autorisatioa da prince ou du jugo. 

8. Soit priy^ de la communion tout komme qui 
sous un pr^texte quelconque aura retir^ de T^lise 
celui qui y aurait cherch^ asile, sans faire auparayant 
serment que le fugitif ne souffrira en sa persoane , 
ni peine capitale, ni torture, ou mulllatioii quel- 
conque. 

9. Soit ^galement priv^ de la communion qui^ 
conque aura yiol^ son serment. Tout criminel qui par 
la prote(ition de Nglise aura obtenu gr&ce de la vie 
pr^tera, avant d'^re mis en liberty , serment de {aire 
penitence pour son crime , et d'accomplir ce qui lui 
s^fa impost canoniquement. 

io« Quant aux manages incestneux, si qoelqu'un 
contracte siariage k un degr^ prohib^ avec des per- 
sonnes dont Talliance lui est interdite par les ordoDr 
nances diyines- et canoniques , qu'il soit priv^ de la 
eommunion , k moins qu'il ne prouve son repentir ; 
et que de plus il ne lui soit loisiMe ni de porter les 
armes , ni de plaider des causes. Quand un manage 
lacestueux aura eu lieu , les ^v^que ou cur^ dans le 
diocese ou la paroisse desquels le crime aura ihi com- 
mis, le ddnonceront an roi et aux juges, afin qu'ils 
a'imterdiaent toute communicaticm ou cohabitation 
avec les coupables , que leurs biens soient transmis i 
kscura parena, et qa'ils n'j pnissent rentrer ni par dolt 
mi par complaisance des parens, ni par acbat^ ni par 
mandement royal , k moins qu'auparayant ils n'aoent 
publiquement abjur^ leur crime par ta p^itenee. 

1 1 . Quiconqiie aura ccnunis un homicide Tolon- 
take, non point en se dtfendant, nuns iusant vio- 



HISTOIRE Dt L^J^OLISE DE RHEIMS. t^*] 

lence et attaquant le premier, que perMitme ne oom-*- 
munique avec lui ; cependant sHl a fait pdnitence ^ 
qu'on ne lui refuse point le viatique k Fartidle de 1ft 
mort. 

13. Tous clercs ou s^culiers qui tetiendraient les 
oblations faites par leurs parens, soit par donation ou 
testament, ou qui enl^veraient aux ^glised ou tnonas- 
l^res ce qu'ils auraieut donn^ eux-m^mes, qu'ils soienty 
conformdment au saint coucile de Paris, bannis el 
exclus de T^glise comme meurtriers des pauvres , jufr« 
qu'a ce quHls aient fait restitution* 

1 3. Que les Chretiens ne soient vendus ni aux Jnifs 
ni aui Gentils. Que si quelque Chretien est forc^ par 
besoin de vendre ses serfs chrdtiens , il ne les vende 
qo'k des Chretiens *, s'il les vend k des Juifs oii k deft 
paiens, qu'il soit priv^ de la communion , et que le mar^ 
che soit nul. Si des Juifs tentent de convertir des serfs 
Chretiens au judaisme, ou leur infligent quelque trai- 
tement trop dur, que les serfe soient acquis au fisc f 
que les Juifs ne soient admis k aucune action publi- 
que, et que toute injure des Juifs envers les Chretiens 
soit s^ferement r^prim^e. 

14. Que tout clerc qui passe d*ttiie ville ou pro- 
vince dans une autre obtienne des lettres de sou 
evSque-, que s'il se pr^ente sans lettres , il ne soit 
recu nulle part. 

1 5 . Que I'^v^que ne s'arroge point de vendre ou d'a- 
li^ner apt^ sa mort ^ par quelque contrat que ce soit , 
les serfs ou biens de Tdglise assign^ k la nourritttre 
des pauvres. 

16. Que ceux qui suivent les augures et autres c^ 
remonies pa'iennes , ou font des repas sup^stitieux 

10. 



I 48 FRODOARD^ 

avec des pa'iens , soient d'abord doucement admones-^ 
lis et avertis de quitter leurs anciennes erreurs^ 
que s'ils negligent de le faire et se m^lent aux 
idol&tres et k tous ceux qui sacrifient aux idoles ^ i]s 
soient soumis k une penitence proportionn^e k leur 
faute. 

17. Qu'aucune personne de condition servile^ne 
soit admise a porter accusation $ et que quiconque se 
sera fait accusateur, et n'aura pu prouver le crime , 
ne soit plus dans la suite admis k accuser. 

18. Si quelqu'un, de quelque dignity, titre ou 
pouvoir qu il soit revdtu , ose a la mort de T^v^que 
occuperetenvahir des biens qudconques de T^Iise^ 
soit terres, soit maisons, avant Touverture ou lecture 
du testament, ou ose forcer les portes de Teglise, 
toucher ou fouiller les meubles appartenans k f^Iise, 
qu'il soit rejet^ de la communion des Chr^ens. 

19. Quiconque aura r^duit ou voulu r^duire en 
servitude une personne nie libre ou afiranchie, et 
qui, averti par r^v^que,aura refusd de se corriger ou 
de r^parer sa faute , qu^il soit excommuni^ comme 
coupable de calomnie. 

20. Qu'-aucuns clerc», de quelque rang que cesoit, 
ne se prdsentent en justice, soit pour leurs propres af- 
faires , soit pour celles de f^glise , ni ne plaident 
jamais aucune cause , si ce nVst ayec la permission 
de r^v^ue. 

21. Que dans les paroisses aucun laique ne soit con* 
stitu^ archiprStre , mais que le pluis anci€n des clercs 
de la paroisse soit ordonn^ en cette qualitd. 

2!2. Que les ^^ues » aiixquels^ en leur quality de 
premiers diguitaires de Y6gltse^ il aura ^t^ abandonn^ 






HiSTOlRE DE LEGUSE DE RHEIMS. 1 49 

ou^egu^ quelque biefi , soit pour eux seulement , soit 
conjointement pour Tieglise et pour eux , ne le regar- 
dent pas comme leur propri^t^ particuli^re, mais au 
contraire comme la propri^t^ de F^glise, parce que ce- 
lui qui donne donne pour le rachat et salut de son 
ame , non pour le profit de Te^vSque ; et parce qull est 
raisonnable que comme T^^que jouit de ce qui a ^t^ 
donn^ k T^lise , F^glise aussi jouisse de ce qui a ^t^ 
laiss^ k r^yeque : bien entendu n^anmoins que f^glise 
ne pourra retenir ou compter au nombre de ses biens 
tout d^pdt laiss^ en fiddi-commis k la garde de T^v^que 
ou deT^glise , pour etre ensuite rendu k qui de droit. 

23. Si quelque ^v^que^par dpi ou supercherie de 
cvpidite , usurpe les biens dhine autre ^glise , ou s'il 
les envabit sans pr^texte et autorisation aucune pour 
les attribuer k lui ou k son ^glise, puisqu^il ne peut 
etre priv^ de la communion , qu'il soit , comme meur- 
trier des pauvres, d^pos^ de son office. 

a4- Si un ^v^que, en quelque occasion que ce soit 
( except^ le cas de ndcessit^ extreme pour le rachat- 
des captifs),fait briser les vases sacr^s afFect(5$ au saint 
minist^re, qu^il perde son office. 

25 . Que nul, soit par autorit^ du roi , soit par toute 
autre puissance , soit de sa propre tdm^rit^ , n'ose ra- 
yir les veuves qui out demand^ d'etre consacr^es k 
Dieu, ni les fiUes qui se sont vou^es en virginit^^ 
s'il y a consentement mutuel , que tous deux soient 
excommnni^s. 

a6. Soient exdommuni^s les juges qui mi^priseraient 
les statut$ et ordonnances canoniques , ou qui viole- 
raient et enfreindraient T^dit du concile tenu k Paris. 

27. Qu'a la mort de Fdveque, nul ne lui soit sub- 



l5p FRODOABD^ 

fitita^y s'il n'est natif du diocese, et s'ii n'est dlujpar 
le vcpu unanime du peuple et le con^entement des 
i^Y^ues de la m^me province -, que celui qui ferait 
autrement soit expuls^ du si^ge, comme Tayant pin- 
tdt usurp^ et envahi que recu et accept^ ; que les ^ye- 
ques qui Tauraieut ordonn^ soient priv^s pendant 
trois ans de Fadministration de leur si^ge. 

Viy^que Sonnat administra avec ordre et economic 
les biens de f^glise , et augmenta m^me r^v^ch^ par 
des achats de terres et de serfs, dont il reste encore 
aujourd'hui quelques contrats. II r^clama aussi an- 
pr^s du roi quelques biens usurpes par certains me- 
chai^Sy et en obtint la restitution , soit par lai-m^me, 
soit par &es agens, surtout par le moyen du pretre 
Marc , son envoy^, qu'il chargea de plaider ses causes. 
Il r^gla et fixa les servitudes de plusieurs domaines de 
r^v^chd ; ]1 obtint des lettres et ordonnances du roi 
pour rimmunit^ des biens de T^glise et pour la con- 
firmatioii de plusieurs donations; enfin il fit avec la 
reine Brunehault quelques ^changes k Tavantage des 
deux parties. 

Dans son testament il fit plusieurs legs k diiTerentes 
^glises; mais il institua pour sa principale heridere 
V^glise de Saint-Remi , ou il choisit le lieu de sa se- 
pulture : il lui fit present d'un vase d'argent dor^, de 
douze cuill^res, d'une salifere d'argent, et d'une portion 
de m(5tairie , avec serfs , vignes , pr^s et autres ddpen- 
dances qu'il dit avoir achet^s de ses deniers. A Teglise 
de Saint-Timoth^e et Apollinaire il l^gua quelques 
maisons attenantes k Nglise, etd'autressitudesdansla 
cit^ *, k r^glise de Saint-Martin, qu'il reconnaissaitpour 



UISTOIRE PE l'eGLISE D£ RHEIMS. i5i 

son patron particulier, ledomsiine deMutation^ qu*il 
avait achet^, et qu'il laissa en toute int^grit^ comme 
il en avait* joui : il ajouta en outre de For pour faire 
un calice; k I'^glise de Saint- Julien, cinq sous d'or 
pour la recouvrir; k T^lise de Saint-Nicaise , ^^e- 
raent cinq sous d'or; k T^glise de Saint-Sixte, trois; a 
r^lise de Saint-Maurice, trois-, k Fi^lise de Saint- 
M^ard, trois*, au mooastfere des Filles, una vigne si- 
tu^ k Germiny, avec qnelques vases pour le service 
de r^lise; k F^glise qu'on appelle des Ap6tres^ trots 
sous d'or, avec quelques autres petits preens pour 
faire un calice^ k f^glise de Saint-^Pierre, dans k citi^, 
trois sous d'or ; k I'dglise de Saint-T^ierri , una por-> 
lion da domaine de Germiny, avec serfs, vignes et au- 
tres d^pendances *, de I'argent pour construiire et omci^ 
le s^pulcre de saint Th^odulphe ; It Teglise de Saint*^ 
Vite, un vase d'argent pour eh faire un calice, et 
quinze sous d'or; k Teglise des saints martyrs Rilfii^ 
et Yal^re , quinee sous ; k I'^glise des saints mlirtyi:ft 
Cr^in et Cr^pinien , quinze ^ et a Fhdpital de la sainte 
eglise de Rheitns, divers pr^sens. 

U fit ausai quelques legs a divera hopitauK et cdd^ 
gr^tiona, ejt il laissa k quelquesHins de sea h^itiers 
certaiiles terrea, avec la condition qu'aprte leur morl 
elles retourneraient aux ^glises des saints d^gnrfsdans 
son testliment. II donna la liberty k plusieurs da ses 
serfs et les dota d'un dertain p^cule. Le ti^tament da 
cet homme de Dieu stib^ste encore, et on y trbuve ia 
confirmation donnee par le roi^ 

' Inconnu^ 



lOa TfiODOilK]); 



CHAPITRE VI. 

De Leudegisele , eveque ; d'Anglebert et de Landon. 

1 

A Sonnat succdda Leuddgisfele/frfere de T^vAjue 
Attila, sous le regne du roi Dagobert. Pendant qu'il 
gouverna T^v^ch^ il Taugmenta par plusieurs achats 
de bois , terres et prds^ il fit aussi quelques ^changes 
avec Abbon, ^v^que de Troyes, a Favantage des deux 
parties. Enfin il ^tablit des colonic dans quelques pro^ 
prietes de T^gli^, 

Apres lui vint Anglebert, lequel augmenta pareille- 
ment r^v^ch^ par ses achats. 11 eut pour successeur 
Landon, personnage tr^s - illustre et possess^ur de 
grands biens, dont il donna une parties Nglise et 
distribua I'autre k ses proches. Cest lui qui revendi- 
qua devant le roi , et obtint de faire rentrer F^glise 
de Rheims dans les biens qu'elle avait possdd^s outre 
Loire, et que Fdix, abb^ de Saint- Julien martyr, 
retenait injustement. Avant lui, d^j^ Anglebert avait 
plaids devant le roi pour le m^me sujet contre Gal, 
^^que d*Auvergne. Ce m^me ^v^ue Landon d^elara 
par son testament T^glise de Rheims h^riti^re de tous 
ses biens, et lui laissa en outre , k elle ou k T^v^ue 
qui occuperait le si^ge apr^s lui, la dispensation et 
distribution des legs qu'il avait faits a toutes autres 
personnes ou ^glises*,car il laissa divers dons ^diverses 
(iglises de saints , comme par exemple k T^glise Saint- 
Remi, ou il voulut etre enter r^, des domaines et autres 
pr^ens^ a F^glise de Saint-Gaugeric et de Saint-<Quen^ 



HISTOIRE D£ L*£GL1S£ DE RHEIMS. 1 53 

tin^plusieurs dons en argent; de mdme aux ^Hses et 
hdpitaux de Rheims , k savoir, de Saint-TimQth^e et 
ApoIIinaire, de Saint-Martin, de SaintrNicaise , de 
Sainte- Genevieve 5 au monast^re de Saint *Thierri 
et Saint-Th^dulphe , k T^glise et a fhdpital de Saint- 
Germain, & celles de Saint-* Julien, de Saint-Cosme et 
de Saint-Damien , de Saint-Pierre aapr^s de la Gour , 
de Saint-Pierre aupr^s du monast&re des Filles; a Vi-^ 
glise de Saint-Symphorien, quW appelle des Apo- 
tres; de Saint-M^dard, de Saints-Gr^pin etCr^pinien, 
de Saint- Victor, de Saint-Manrice et de Saint-^BasIe. 
II donna k T^lise de Laon sa part d'un domaine , et a 
r^lise de Sainte^Geneviive de la m^me ville , Je do- 
maine d'Appia ayec toutes ses d^pendances. Enfin il fit 
d^poser sur Tautel de Feglise de Rheims un ciboire 
d'or qu'il avait fait faire en accomplissement d'un 
voeu , ayec trois pat^nes et un bracelet d'or. Landon 
vivait da temps du roi Sigebert. 



CHAPITRE VII. 



De saint Nivard. 



Aphes les ^v^ues dont nous venous de -parler, le 
si^ge de Rheims fut occup^ par saint Nivon ou Ni- 
vard, car on lui donnait ^galement Fun et Tautre nom. 
Appartenant k une grande famille, il v^cut d'abord a 
la cour. Quand il fut elev^ a F^piscopat, il mit tous ses 
soins k enrichir et agrandir le domaine de F^glise par 
divers achats en difTi^rens lieux , soit en terres, soit en 
maisonsou serfs; il fit construire plusieurs m^tairies 



I 54 FRODOARD ; 

oil il etablit des colons : il fit aussi avec Attila, dv^que 
de Laon, plusieurs ^changes k la convenance des deni 
parties. Par un autre ^change avec les deux frires 
Bavon et Th^oderamne , il acquit sur la riviere de 
Marne un lieu ou il fit Mtir le monastfere de Haut'-Vil- 
liers, k la pri^re de Tabb^ B^r^aire , qui lui avait de- 
mands un asile ou il put vivre avec ses moines sous 
la ;r^gle de saint Benoit et de saint Golomban ; ce que 
Nvdque s'empressa de faire, comme il sera racont^ 
plus bas. 11 fit encore avec quelques autres personnes 
des ^changes qu'il jugea convenables. II donna , par 
privilege special , au monastere de Saint-Basle T^glise 
de Vietzy, bitie en Thonneur de la vierge Marie, avec 
toutes ses d^pendances, et un autre petit lieu nomm^ 
Vassy^ il assura pleine et enti^re immunity aux moines 
de ce monastere, servant Dieu sous le gouvernement 
de Tabbed Patron , afin qu'auciin juge eccl^siastique 
ne put les inqui^ter ni troubler en rien , et qu'ils pus- 
sent en paix vivre et servir le Seigneur sous leur sainte 
discipline. II obtint du roi Childebert des lettres d'im- 
munite des phages et autres droits en faveur de Te- 
. glise de Rheims, et recut aussi du roi Louis, au nom 
de son ^glise , quelques biens situ^s k Mailly , sur la 
riviere de Veesle, que le roi avait confisques sur des 
vassaux infid^les. Ce fut aussi sous son pontificat que 
Grimoald , bomme d'une grande naissance , donna a 
Saint-Remi les village de Chaumussy et de Vitry , pour 
le salut de son ame. 

Saint Nivard , du consentement unanime des ^ve- 
ques des Gaules, rassembl^ en concile general a 
Nantes par Tordre du pontife de Rome, et avec Tau- 
torisation du roi, avait fait rebdtir Feglise d'un moQa»- 



HISTO'IRE D£ LEGLISE D£ RHEIMS. 1 55 

t^re depuis long-temps fonde a YiUiers sur la Mame, 
et ddtroit par les barbares ; mais il arriva que cett6 
eglise tomba entiiferement. II la fit de nouveau rebitir 
en un autre endroit, et elle tomba encore comme de- 
vant. Un jour done qu'il revenait d'fipernay, accom- 
pagn^ de I'abbe B^r^caire , il lui prit envie de se re- 
poser un peu apr^s avoir passe la riviere. Lors, tons 
deux s'etant assis, il posa sa t^te sur les genoux de B^. 
r&aire et s'endormit. Aussitot lui vint une vision^ il 
lui sembla qu'une colombe faisait en volant le tour 
du'bois, et qu'ayant fait son tour elle ^tait allde 
se poser sur un hetre^ puis, apres avoir fait trois fois 
la m^e chose, ,elle s'envola dans les cieux. Or la 
m^me vision qu'il avait ainsi en songe apparaissait en 
meme temps k B^r^caire ^veille , et celui-ci en f ut tel- 
lement emu qu'il fondit en larmes. A son r^veil Te- 
v^que trouvant son visage tout mouill^ des pleurs de 
I'abb^ , lui demanda la cause de sa tristesse , et celui- 
cilui rdpondit qu'il pleurait la mine de son ouvrage. 
Lots tons deux s'^tant racontd leur vision , on dit que 
Tev^ue en fit part k un serviteur de Dieu , nomme 
Bavon , a qui appartenait le terrain , et qui vivait en 
ce lieu dans un petit oratoire consacrcJ en honneur de 
la sainte croix. Bavon , apprenant la vision de I'ev^- 
que et en m^me temps ses desirs , lui ofFrit et sa part 
du Ueu et celle d'un de ses fr^res nomme Baudouin, 
et lui raconta comment son autre fr^re Theoderam^ie 
^tait eu querelle avec le comte Rieul (lequel fut de- 
puis ^v^que de Rheims), parce qu'il avait tu^ les fils 
du Amte, pour venger la mort des siens, que celui-ci 
avait fait pendre i cause de leurs brigandages^ ce qui 
fit que saint Nivard r^concilia Thdoderamne avec 



56 FRODOARD \ 

Rieul^ qui avait ^ousd une de ses nieces, fille de 
Child^ric ^ et Theoderamne , en reconnaissance , lai 
c^da, moyennant ^change, sa part, comme avaientfait 
ses fr^res. Bient6t I'^vSque fit abattre la for^t , con- 
struisit k la place une ^glise en Fhonneur de saint 
Pierre et de tons les apotres, et placa Tautel a Tendroit 
ou il avait vu la colombe se poser ^ puis, rassemblant 
les serviteurs de Dieu , il rouvrit le monast&re , ou 
Theoderamne se fit moine. Le comte Rieul demanda 
aussi que son fils G^^n, petit neveu de saint Ni- 
vard, se fit moine en ce convent, et donna une partie 
de ses biens au monast^re. Saint Mi vard abandonna 
dans la suite k cette abbaye tous les biens qu'il avait 
avant d'etre ilev^ k T^piscopat , et fit tant par ses con- 
seils et exhortations , que Rieul prit aussi fhabit de 
religion. Enfin, k la pri^re de Tabb^ B^recaire, il 
accorda au convent ce singulier et pr^cieux privilege 
qu'il conserverait tant qu'il vivrait le monast^re sons 
sa jnridiction , et qu^apr^s sa mort il serait gouverne 
par r^veque de Rheims , qui en prot^gerait les moines 
contre tous leurs ennemis *, et qu'enfin les moines au- 
raient la liberte d'elire canoniquement leur abb^, ainsi 
que portent les lettres du privilege. Aprte une si sainte 
vie, Nivard mourut, dit-on, dans une chapelle dediee 
k la vierge Marie, qu'il avait fait construire en ce mo- 
nast^re , et fut ensuite transport^ k T^glise de Saint-* 
Remi a Rheims, ou il est enterr^. 



HISTOIRR DE l'^GUSE DE RHEIMS. iSn 



CHAPITRE VIII. 

De la translation du corps de sainte Hclene au monastere 

de Haut-Villiers. 

Il est notoire que le corps de la bienheureuse iiii- 
peratrice sainte fi^l^ne a ^t^ transpdrt^ de Rome en ce 
monastire de saint Nivard , et void comment : un 
pr^tre du diocese de Rheims, ^tant all^ k Rome , resta 
pendant la nuit, sans etre apercu, dans Feglise, 
d^roba adroitement le corps de la sainte etTemporta. 
Le sarlendemain ayant itait sa seconde balte dans une 
for^tvoisine de la ville de Sutri, Un des gens de sa 
suite voulut placer les saintes reliques sur un Sme-j mais 
il ne put soulever la cbasse, et courut tout ^tonnd 
en faire part k son maitre. Celui-ci se hata d^accourir , 
et, tout tremblant,prit le tr^sor et le cbargea sur Tine, 
sans y trouver aucune pesanteur , quoiqu'il fut bien 
plus faible de corps que I'homme qui n'avait pu en 
veniribout. Mais ce valet confessa qu'il avait eu cette 
nuit-lk m^me une pollution en songe. Arrives sur les 
bords de la rivifere du Taro, ils n'osaient y entrer, la 
voyant rapide et imp^tueuse 5 mais Tanimal qui por- 
tait les reliques, rassur^ par son saint fardeau , y des- 
cendit de lui-m^me.L'autre ine,que montait le pr^tre, 
le suivit*, m^s il eut grande peine k passer, et semblait 
presquaenseveli sous les eaux , tandis que le porteur 
du pr^ieux tr^sor en avait i peine jusqu'aux flancs. 
Pendant qu'ils francbissaient le sommet des Alpes , 
une jeune fiUe de la suite se laissa tomber en bas : 



l58 FRODOAKD-, 

d^jk elle roulait mis^rablement de precipice en pre- 
cipice , quand tous s'^cri^rent , implorant Tassistance 
de la bienheureuse imp^ratrice. Aussitot la pauvre 
jeune fille s'arr^ta au milieu du precipice, et avec 
une corde qu'on lui jeta elle fut retiree saine et 
sauve, et sans qu'on apercut la plus l^gfere trace de 
lesion. La connaissance de ces miracles fit que plu- 
sieurs se pretaient avec plus d'empressenlent au trans- 
port des saintes reliques. Un entre autres descendit 
de son cheval pour Ten charger , et k une descente 
^troite et rapide il les prit meme sur ses ^paules; 
mais le pied lui glissa^ et il tomba, sans toutefoisM- 
cher prise. Incontinent la foule qui suivait invoquant 
et r^petant avec prifere le nom de sainte H^l&ne, le 
cheval qui avait port^ les reliques s'avanca sans crainte 
d'^^tre entraind lui-m^me dans Tabime , et, embrassant 
avec ses jambes de devant I'homme qui roulait , il le 
retint et larreta avec Taide de Dieu qui le soutenait 
lui-meme , jusqu'a ce que les habitans du pied de la 
montagne vinssent briser la glace avec despieux, etre- 
missent Fhomme et le cheval dans le sentier. Quand 
ils furent arrives k Osisme, village du diocese de Lan- 
gres, ils deposferent les saintes reliques dans T^glise 
de Saint-Winebauld ; la, une femme qui ^tait affligde 
d'une contraction aux genoux vint en rampant visiter 
la chasse miraculeuse ; et a peine y eut-elle touche, 
que ses nerfs reprirent leur elasticity , et elle fut par- 
faitement gu^rie. A un jour de marche plus loin, un 
homme qui ^tait paralyse de tous ses membrd? depuis 
six ans envoya en present k k sainte imp^ratrice un 
voile et une ^p^e ; mais avant que sa femme , qui 
avait porte roffrande, fut de retour en sa maison, le 



HISTOIRE DE LEGLISE DE RHEIMS. iSg 

inalade recouvra Tusage de tous ses membres : le bruit 
de ce miracle se propageant^on amena une petite fiUe 
qui etait aveugle de naissance , et d^s qu'elle eut touch^ 
la cliasse de la sainte reine^ ses yeux furent rendus 
k la lumifere. A Fentr^e du village d'Avergue une 
muette , qui etait aussi privee de Tusage de ses mains , 
vint au-devant du cortege , et aussit6t recouvra Tusa- 
ge de ses membres , avec la parole qu'elle ^tait venue 
chercher. 

Ce saint et precieux tr^r ayant ^t^ ensuite depos^ 
dansTeglise du village de Fal^se, un lunatique qui ve- 
nait d'avoir tout rc^cemment une attaque , entra dans 
Ti^Iise, et a la pri^re du peuple, qui implora pour lui 
la bienbeureuse reine , il s'en retourna toat-k*fait d^ 
liyre et pleinement gueri. Au meme lieu un pauvre 
malade ^tait sur son grabat depuis quinze ans, et ses 
chairs ^taient tellement en corruption que vingt-trois 
OS lui ^taient tomb^s du corps : il se fit porter aupr^s 
de k sainte mc^diatrice , et par la vertu de la grace il 
fut remis sur pied et rendu sain au grand etonne- 
raent du peuple. Une jeune fille, nomm^e Bava, qui 
d^s le sein de sa m^re avait les genoux contractus et 
les jambes nouses, s'en alia droite et de son pied, 
et depuis vdcut k Rheims fiddle au saint voeu de vir- 
ginity qu'elle avait fait pour sa guerison. Jl vint aussi 
une femme qui, frappde de paralysie, avait perdu 
tout-a-fait Tusage de la langue , et ne pouvait s'aider 
de son bras droit, demeur^comme mort.A peine eut- 
elle touche la sainte chasse avec un petit voile qu'elle 
avait apport^ en ofirande , qu'elle fut subitement gu^ 
rie. Un sourd de naissance amena avec lui un mon- 
^n pour Toffrir, et etant entr^ k IMglise, il resta a 



I 60 FRODOARD ; 

entendre la mcsse : quand on commen^a la lecture 
de r^vangile^ ses oreilles s'ouvrirent toul-k-coup k 
la parole de vie ^ et quand on ent fini , il se trouya 
gu^ri^ et eonfe89a que c'citait la premiere fois de sa 
vie qu'il entendait le saint £vangile. Vint aussi le 
pire d'un enfant k la mamelle qui allait mourir 
d'un mal de joiir en joiir plus Violent. Apr^s avoir 
port^ son voeu pour la vie de son fils , ce pauvre p^re 
s'en retouma, et trouva que son enfant, qui depuis 
plus de quin2e jourt n'aVait jlsts Votdu prendre le 
sein, ^tait gu^ri et tettait. On apporta du pays de 
Treves un paralytique qui avait recoiivr^ sept fois 
Tusage de ses membres ^ et sept fois ^tait retomb^ par 
sa lubricity et facility k tider aut desirs de la chair. 
Le malheureux confess son p^ch^ , que dii teste il 
n'avait pas commis depuis vingt ans, et obtint la 
sant^ d^^sormais pour toujours. On apporta aussi une 
femme qui avait tout le cot^ droit perdus par la vio- 
lence de la peste, et elle recouvra la sant^. De m^me 
une femme aveugle se trouva tout-k-coup voyant 
des dettx yeux, k la troisi^me heure. 

Enfin quand la chisse miraculeuse fut^^posee au 
monast^re de Haut - Villiers , comme quelques*uns 
doutaient si c'^tait bien le corps de la bienheureuse 
Hd^ne, m^e de Fempereur Constantiir, et qui avait 
d^couvert le bois de vie, le Seigneur se pliit a le t^moi- 
gner, en en voyant de la pluie apr^s un jeiine et des 
pri^res de trois jours. De plus trois fr^res du monas- 
tfcre furent envoy^ i Rome pour s'enqu^rir de la cer- 
titude de la translation de la bienheureuse impera- 
trice, et ils rapport^rent pleineet eiiti^re confirmation > 
et par surplus une seconde joie, k sav oir, le corps de 



HISTOIRE DE l'eGUSE DE RHEIMS. l6l 

saint Polycarpe , pr^tre , et compagnon de saint S^- 
bastien. 

Enfin une nuit , k Tapproche de la fSte de sainte 
Hd^ne , les prehears de Tabbaye pdchaient en la ri- 
yiire de Marne : di^sesp^r^s de s'^tre donn^ bien ds 
la peine pendant toute la nuit, et de n'avbir rien pri^, 
ils se mirent k se plaindre et appeler sainte H^I^ne k 
leuT secours. Lors jetant le filet au nom de Dieu et 
de la sainte, ils prirent deux gros poissons, et furent 
bien joyeux. Mais Tun dfs deux resauta dans Feau, 
ce qui troubia la r^jouissance^ et les pdcheurs re* 
commenc&rent k se plaindre et a invoquer sainte Hd- 
line. Mais voil^ que, pendant qu'ils se lamentaient, 
le poisson qui s'^tait ^chapp^ sauta miraculeusement 
hors de Teau, et mordant avec force la corde d'en haut 
da filet y s'y tint ^bstin^ment suspendu jusqu^k ce 
({a*un des pSeheurs ylnt Ten detacher et le prendre , 
plein de joie et de reconnaissance. 



CHAPITRE IX. 

De la translation de saint Sindulfe au m^me monast^re. 

Les reliques de saint Sindulfe furent aussi transf^ 
r^es au monast^re de Haut-Yilliers , de leur priemiire 
sepulture au village d'AuIsonce , oil ce pieux person- 
nageavait exerc^ le saint minist^re, et oil il avait fait 
beauconp de miracles apr^s sa mort. Sur la route , au 
village de Spide, une femme aveugle recouvra la vue. 
Presque aux portes de Rheims, comme une grande 



II 



i6i frodoard; 

fott]^ de penple sortait au^devant, 11 vint une jeune 
fille muette qui ne pouvait s'aider d*uii de ses bru; 
k peine se fut-elle prostera^e en terre qu'elle fut 
goi^rie de aa double infirmity. On apporta aussi Une 
ftfmme perolute dea maina et des gtooax , laqnelle , k 
peine ddpos^ k terre , st trouva gndrie, et fit ddater 
sa joie. Mais, dans un elc^ de vanity, ii lui arrira 
de se vanter que son mari, c(ui Favait renvoy^e k eauae 
d6 sdn infirmity , serait bien oblige de la reprendre 
bM gr^ mklgti^ et anssitot^Ue retiunba dans son an- 
cietine mifi^r^. Quand le corps du bienheurenic fut d^ 
pos^ datls VigMsie , devlnt I'kutel de ]a sainte Vietge, 
une jeune fUle, afflig^e d'une contraction aux ge- 
libtlx, s'y trtiina en rampant, et tont-^-conp, redressde 
pit la gMce de Dieu , elle se tronva saine et gu^rie 
p^r le^ m^rit^s de saint Sindulfe^ Une autre, aveugle 
depUis sept ans , fut rendu^ k la lumifere d^ qu'elle 
eut touchy les portes du tetoiple. Apr^s la c^dbration 
du saint sacrifice de la messe , on transporta le corps 
dans r^glise de Saint-Remi , et le lendemain au mo- 
nast^re d'Avenay. Les religieuses vinrent au-devant 
en procession. Avfec elles vint un homme qui ^tait 
boiteux depuis deux ans^ il se prosterna en terre, et 
biehtdtse relevant, il cbmmenca k marcher comme au- 
paravant. Une femme, paralytique et priv^e de Pusage 
de toixs sitt membi^s^ f«l rentlue k la sant^. Enfin 
le ^nfcieiLX tr^sor arriva au oidnaU^ die Haut-Yit- 
liers^ k, une petite. fiUe^ ai^ebgie depnts la pre- 
miere amnfefde tsa nalteanoe , commelioa k voir aussi* 
t6t qufelie ^uft pass^ le seitil tin monast^re. Deux 
fr^ies , dp^ii Vreux^ «t cfoi avaiebt perdu ia Ytae dans 
une m^me an«^:^ entrtredt ebsemUe k i*^gUse; k 



HISTOIRE DE I.EGUSE PE RHEIMS. l63 

peine s^ ftirent-ils mi3 en pri^res , que le sang com- 
menfa k leur couler des yeux au lieu de larmes , et , 
recouvrant la vue , ils se r^jouirent de contempler le 
topibeau de leur saint m^decin. line vierge , consa- 
crde ^u Seigneur, ayait f$tit yoeu d'aller en voyage 
avec ses coppagne^ visiter les reliques du saint con- 
fesa^ur. Au milieu de la route , laissant les autres ac- 
CQmptir leur voyage, el}e retourna en ss^ cellule *, mais 
a peine y fut-elle entree qu'elle fut frappde de pa- 
nily^i^ 4UX bras et aux jambes. Depuis elle se fit 
^nduire eji chariot k Haut-Villiers , et apr&s iive res- 
t^ qnelque temps encore afflig^e de son infirmity, 
^lle en fut enfin d^livr^e k sa grande satisfaction', et 
rendue k son preiuier 4tat. 



CHAPITRE X. 



De saint Bieul, ev^que. 



Apkes saint Niv^rd, le si^ge fut occup^ par le sei- 
gneur Rieul , qui enrichit Fdv^b^ tant des biens de 
son patrimftine que d'autres qu'il acheta. Nous avons 
vu qu*il avait ^t^nvoy^ par saint Nivard pour d^- 
fendre, devant le roi, les biens de f^glise et les iu- 
t^rdtB des colons, et» qu'il gagna sa cause. Quand U 
(at lui-migme devenu ^v^ue , il eut k soutenir UB 
grand proofs cpntre Gondebert , un des grands de la 
cour du roi , et frire de saint Nivard. Gondebert pr4- 
tendait qi^e tons les biens d'h(5ritage , tant paternel 
que maternd , que F^v^que son fr^re avait laissids eh 
mourant lui revenaient de droit. Rieul, au contraire, 



II. 



t64 FRODOARD', 

et ses agens maintenaient que Nivardavait donn^, par 
acte authentique, tous ses biens, pour le salut de son 
aine , k divers lieux saints ; par exemple aux ^glises 
de Notre^Dame et de Saint-Remi, aux monastferes de 
Haut-Villiers et de Vierzy , sepulture de saint Basle, le&^ 
quels Nivard lui-m^me aviaiit fait construire ou r^pa- 
rer *, au monast^re de filles k Rheims , ou Bobe ^tait 
abbesses enfin k I'dglise de Saint -Rufin et Saiht-Va- 
lire , et autres lieux sacrds. Les deux parties d^bat- 
taient leur querelle avec chaleur ; mais des persohnes 

• • • « 

pacifiques ayant interpose leur mediation , un accord 
fut fait aux conditions suivantes : k savoir, que' Gon- 
deHert recouvrerait et poss^derait tous les biens 
qu'Emma, leur m^re , avait eus outre Loire, sans que 
r^v^que Rieul ou ses agens eussent rien k r^clamer; 
mais que tous les autres biens que, par acte de sa 
volont^, saint Nivard, de bienbeureuse m^moire, 
avait donnas aux dglises leur appartiendraient et de- 
meureraient k toujours , avec Taide de Dieu^ sans que 
Gondebert et ses h^ritiers pussent jamais Clever au- 
eune pretention. Et fut cet accord pass^ et r^dig^ par 
^crit-, et il est encore aujourd'hui conserve dans nos 
archives, sign^ des deux parties. • 

Pendant son pontificat , Rieul adj^ta partie du do- 
maine de Dizy ; un arpent de terre erquelques champs 
au village de Berchigny ; k Rheims, de diffdrente^ per- 
sonnes ,' quatre arpens ou plus et divers lieux ^ partie 
dudomainedeMonsallbn; i^emy partie des domaines de 
Rosay et Popecy, avec quelques autres possessions, 
tant terres que serfs. Ce fut de son temps que Warat, 
homme de noble race , donna aiux ^glises de Notre- 
Dame et de Saint-Remi, Moftt-Cruiiy, Gourviile, et 



HISTOIRE D£ l'^GLISE DE RHEIMS. 1 65 

Arcigny en Tardenois. Enfin le bienheureux ev^que 
Rieul a fait aussi divers ^changes , a Tavantage mutuel 
des coQtractans. 

Avant sa cl^ricature, il avait eu de legitime ma* 
riage une fille, nominee Odile, laquelle se reudit re- 
ligieuse au monast^re qu'fibroin avail fait bitir k Sois- 
sons , et y v^cut sous la sainte discipline. L'^v^ue lut 
laissa quelques domaines aux pays de Rheims et de 
Beauvais , et aussi outre Loire ; k condition qu'apr^s 
son d^c^s , la donation profiterait et demeurerait k 
toajours au monast^re. 

Ge v^n^rable ^v^ue fit bitir, avec la permission 

du roi Thtodoric , et du cpnsentement du maire du 

palais £broin , le monast&re d'Orbay , en un lieu qu'il 

tenait de la munificence du roi. 11 obtint de Tabbaye 

de Resb^ six moines pour vivre sousleur r^le k Or- 

bay , et I'enseigner k d'autres ; Tun d'entre eux , nom- 

m^ Landemar, fut par lui constitud abb^, et gou- 

verna le monast^re toute sa vie : car , bien qu'il eiit 

iti chass^ par un seigneur Eudes, il fut r^tabli par le 

roi Childebert. Apr^sla mort decetabb^, I'archev^ 

que Rigobert reprit le gouvernement du monast^re , 

et le r^it. II n'y a pas long-temps, les Hongrois s'em- 

parferent d'un des nu)ines de ce convent , nomm^ 

Hucbold , et voulurent le mettre k mort. Mais le fer 

ne put Tentamer ; car , comme lui-m^me le raconta , 

ainsi que plusieurs captifs auJQurd*hui de retour, 

qoand les barbares , apr^s Favoir expos^ nu k leurs 

coups, tir^rent contre lui de toutes parts,ieurs filches 

venaient se briser contre son corps comme contre un 

diamant, et en rejaillissaient au loin, sans qu'il en 

demfeunit aucune trace : enfin, frappd de toute force k 



l66 FRODOARD ^ 

coups d^idp^e, il n*en demeura pas moins intact et sans 
l>lessures. Lore les barbares, le prenant pout un dien, 
remmen^rent avec eux^ et le gardferent avec grand 
respect, jusqu'ji ce qn'tin ^v^ue paydt sa rancon, et 
ainsi le renvoy&t k son monast^re. 



£r= 



CHAPITRE XL 



De saint Rigobert. 



Saint Bieul eut pour successeur saint Rigobert , 
son parent selon la chair , et n4 d'une illustre famille 
an pays de Ribemont. Son pfere, nomm<i Constantin, 
^tait du m^me pays *, mais sa m^re ^tait originaire du 
Portian. Ce Rigobert fut honime de saintes moeurs, et 
orn^ de grandes vertus. A son entree k YivMx4 , il 
trouVa beaucoup de choses k rearer , et le fit avec 
succ^. n T^forma la r^gle des chanoines , leur assigna 
un entretien suffisant , leur donna quelques terres , 
et leur forma un tr^sor commun pour leurs n^cessit^. 
Pour le composer , il assigna les domaines de Gerni- 
€ourt, Muscy, Rosay, Wuffinerive, Courcelles, I'^glise 
^ Saint-Hilaire avec le faubourg lui appartenant ; et 
r^gla que chaque ann^e , le jour anniversaire de sa 
mort , ils prendraieiit d'abord sur ces rentes tout ce 
qui serait n^essaire k leure besoins , et que le sur- 
f>lus serait partag^ ^galement entre euic. II affecta des 
serfs an service des chanoines , constitua les pauvres 
de J^us-Christ h^ritiers de ses biens , qui pouvaient 
monter k quarante arpehs on plus. II ^tablit des colons 



HISTOIRE DE L£GU«£ DE RHEIMS. 167 

cbios divers villages du dioc^ , et reg[la leurs cfaai^«» 
et senriees. 

U acheta dif£ireiis biens dont il enridiit T^v^cbe : 
ainsi de Gx>mnol4, le domaine de Charti^yeeiB Tarde- 
nok, qm'il paya einq cents sous d*or^ de diSer«ate$ 
personnes , deux arpens an village de Toarbe, it^mj 
de flosome, partie 4u domaiae de ChampigDy » mr )a< 
mikte de V^esle, pour k sonune de quarajaie soa$ 
d'of ; dWe de ses eousiaes , nomBctee Gilsinde , parUf 
da domaiae de Sriqaenay, sur la iriviire de ftetoui^e , 
aTec sei& , maisons let autres ddpendanoes ; et ide h 
m&me Gilsinde, partie du domaine deJBoul-fiui^uippe, 
avec les maisoiis , serfs , pc^s , <:hamps , et Uys^s Ai- 
pendances y atteoaat , ppur la somme de ceuit ^wa 
d'or. II acheta aussi, pour une assez forte soinme^ 
qaelques biens^outre Loire , et fit plusieurs ^chaDiges 
aiec divecses persounes , k Favaatage des deux parr 
tiesn Enfia il obtint du roi Dagobert des lettres d'im- 
Jttunil^ pour son i^lise , lui remontrant que sous 
tons les rois Francs ses pr^di^ceaseurs , depuis le 
temps desaiatAomi et du roi Glovis , par iui baptist , 
elle ayait toujoiiiirs ^ libre et exempte de toute ser- 
vitude et charge publique. Le roi done, voulant rati- 
fier oa renouyeler ce privilege , de I'avis 4es sei- 
gneurs de son <tonseil , et dans la m^e fcn^me que 
4es rtns ses pctfd^cesseurs^ ordonna que tou$ biens , 
villages et homines appartenant a la sainte ^glise de 
AJ^iw ou a celle de Saint4lemi , situi^s on demeu- 
rant taM «n Champagne , dans la ville ou lesifau- 
bofQigs de Rbeims , qu^en Austi^sie , Neustrie , Bour- 
gogne , pays de Marseille , en Auvergne , Touraikie , 
lV>il5u , Lunoges, et parlout aiUeurs (kn& fies|)a$is.et 



l68 FRODOARD ; 

royaumes , seraient k perp^tuit^ ^empts de toute 
charge ; qu'aucun juge public n'osdt entrer sur les 
terres de ces deux saintes ^glises de Dieu , pour y 
faire s^jour , ni y rendre aucun jugement , ou lever 
aucune taxe; enfin, qu*eUe$ conserveraient k tou- 
jours les immunity et privileges k elles conc^d^s 
par les rois ses pr^^cesseurs. Rigobert obtint encore 
confinbation de ces letires, soit du fils mSme de Dago- 
bert, soit des autres rois qui r^gn^rent pendant son 
^iscopat; et du roi Tb^odoric, une ordonnance 
sp^ciale pour ratifier la donation que Grimoald, per- 
sonnage illustre , avait faite k T^glise de Rbeims de 
son village de Ghaumussy. Ces actes de Fautorit^ 
royale existent encore aujourdliui aux archives de 
la sainte ^lise de Rbeims. 

Ge v^n^rable c^v^ue fut en fort grande amiti^ avec 
Pepin , maire du palais , auquel il avait coutume 
d*envoyer fr^quemment des eulogies, en signe de 
benediction. Etant alie un jour visiter ce prince, 
Pepin lui demanda ce qu'il pourrait faire qui lui fut 
agr^able. Or, en ce moment, Pepin sejournait au 
village de Gernicourt; et ayant appris de Tevdqae 
que cette demeure lui plaisait , il la lui offrit , ajou- 
tant qu'il lui donnerait en outre tout le terrain qu'il 
pourrait enceindre en en faisant le tour tandis qu'il 
prendrait son repos a Fbeure de midi. Rigobert, sui- 
vant done Fexemple de saint Remi , se mit en route, 
et fit poser de distance en distance les limites qt^se 
voiint encore aujourd'hui , et traca ainsi Tenceinte 
pour obvier k toute Contestation. A son lever, Pepin 
le trouvant de retour , lui confirma la donation de 
tout le terrain qu'il venait d'enclore , et pour indice 



> HISTOIRE D£ l'^GUSE D£ RHEIMS. 1 69 

memorable da chemin qu'il a suiyi , on y voit en tonte 
saison llierbe plus riche et plus verte qu*en aucun 
autre lieu d'alentour. II est encore un autre miracle 
noo moins digne d'attention que le Seigneur se platt 
a opdrer sur ces terres , sans doute en vhe des m^rites 
de son serviteur , c'est que depuis la concession faite 
au saint ^veque jamais temp^te ni gr^le ne font dom- 
mage en son domaine \ et , tandis que tons les lieux 
d^alentour sont battus et ravages , Forage s'arr^te aux 
limites de Nglise , et n'ose les franchir. 

Enfin, aucune yue de cupidity mondaine n'en- 
tra dans Tacquisition de ces biens, ni de tons autres 
qai purent lui ^tre donnas. En tout il ne songea qu*k 
rinterSt de son ^lise , qu'il institua son fa^riti^re \ 
et il a meme fait partager ses richesses k plusieurs 
^lises, comme nous Tattestent les chartes et titres 
encore aujourd'hui existans. Sous ^n ^piscopat, un 
abb^ Adon donna k T^glise de Notre-Dame de Rheims 
tout ce qu'il poss^dait au pays de Laon , consistant en 
maisons, serfs, champs , vignes, pr&, for^ts, pisci- 
nes, eaux, cours d'eai\et autres d^pendances. II donna 
aussi k llidpital de Saint-Remi quelques biens situ^s 
eaTardenois. Diffi^rentes autres personnes, en diff(^- 
rens lieux , donn^rent leurs biens Ji I'^lise de Rheims, 
pour le salut de leurs ames , sous le pontificat de ce 
saint ^v^ue, tels que Beroalde et Sairebert, qui don- 
n^rent des maisons, des champs , de& serfs, des vignes 
et desbois, k Mont-Belin et Tessender-Loo 5 Gairefrfede 
et Austrebert , plusieurs arpens avec vignes et serfs 
y attenant , dans le pays de Laon *, Abbon , dans le 
district de Portian 5 Laudemar, au pays de Rheims \ 
Rodemar , sur la Haute-Meuse-, et Austrebert, au meme 



I'JO FIIODOARD^ 

lieu ; oomme il aj^rt par Its actes et monuoieiia qnt 
noQs reate&t au!K ardtWes. 

■ ' -^ ---^ .,- , ■■ ■^■,... g ^-^_. » 1 - TT. - r . , ■ ■ - 

* 

CHAPITRE XIL 

De ^expulsion ile Rigol>ert bors de la ville -ie Klieins. 

La guerre ajant ^dat^ entre le rei Chilp^c, 
Charles-Martel , fils de Pepin , et le maire du palais 
Rainfroi, Charles, en passant pr^de Rheims, somma^ 
dit^on , saint Rigobert , qnii demeurait sur Tone des 
portes de la ville, de lui faire onvrir cette porte , afin 
qa'il pAt aller faire sa pri^ en F^lise de Notre- 
Came. A ses pressantes sdllicitations, rhommede Died 
T^ondit qu'il ne Ini ouyrirait les portes que lorsqu'il 
aurait vu Tissue de la querelle , dans la craint« de 
tivrer au pillage la ville confix a ses soins, comme 
d^ji il ^tait arriv^ k Charles en d'autres villes. 

Furieux de cette r^ponse , Charles fit serment que, 
s'il revenait victorieux et en paix , Thomme de Dteu 
ne serait pas en surete dans sa ville. La tradition rap- 
porte que ce saint, b6ni du Seigneur, avait sa de- 
meure sur la porte appel^e Basilicaire , soit parce 
qu'elle est entouree de basiliques, soit parce qu'eHe 
^ertde passage pouf all«r aux basiliques du faubourg de 
Saint-Remi. Des fen^tres de son appartement H pou- 
vait contempler les ^ises de Saint4lemi , et adresser 
a son gr^ ses priferes. 

U avait fait oonstruire sur la mhne porte un era- 
toire en Phonneurde saint Michdarchange, d'ou il 



HISTOIRE DE t)BC%JmE D£ RHEIBfS. 171 

descendait p6lkr uiiet pti&t en T^^ise d^ Saiht-Pierr^, 
cohtiguSik cettepc^e. Get oratoilre€ub^s^d^loiigtt€s 
ann^es, jusquVu tetap^ dii I'emperetir Louis donba 
ce mcmast^e de Saint-Pierre k sa fille AlpaSide. Ulais 
Beggon J mari de <;ette prince^se , le fit d^n^ir parce 
^e, coinitee il ^tait grand , marchait toujours la tdlie 
^lev^e, et ne se baissait jamass^our entree, il don^fta 
an jour de la tSte centre lelinteau de la porte, qui<^tftit 
basse, eft se blessa gri^ement. Pour ^cher son motif, 
il pr (^tendit que Toratoire ^it trop ^lev^ et offusquait 
k fen^tre de T^glise. Mais k peine eut^on comffiteno^ 
i d^olir, que Beggon , qui ^tait au pays de Laon , 
fot aussitdt pOss^^ da d^mon : des tourbillons de 
poossifere et de vent se prdcipit^rent par le passage 
de h porte , et couvrirent la ville de t^febres pro- 
fondes : personne ne pouvait tenir en chemin. Get 
oratoire a ^ii r^tabli il n'y a pas long-temps , et rdev^ 
cotnme auparavant, sous rinvocation de saint Michel. 
Quand -Charles eut retnport^ la victoireet d^faitses 
enoemis , il chassa de son sidge le pieux Rigobert son 
parrain , qui Tavait tenu sur les saints fonts de bap- 
t^e, et dotina F^^che de Rheims k un nomm^ Mi- 
Ion, simple tonsur^, qui I'avaitsuivi k la guerre. Ge 
Charies-Martel , n^ du concubitiftge d'une esclave, 
comifte On lit dans les Annales des rois Francs, 
plus andacieux que tons les rois ses pr^^cesseurs , 
donna non seuleraentr^^ch^ de Rheims, mais encore 
beaueoup d'autres du royaume de France, k des lafques 
et k des comtes ; en sorte qu'il ota tout pouvoir aux ^^ 
ques sar les biens et les affaires de Tfiglise, Mais par 
nn juste jugetnent, le Seigneur fit retgmber sur sa t^tc 
tous les maux qu'il ayait faits a ce saint personnage 



17 A FRODOARD; 

et aux autres ^lises de J^sii»<]hrist; car on lit dans 
les ^rits des P^res , que saint Euchire , jadis ^^qoe 
d*Orl^n$ , dont le corps est d^pos^ au monast^re de 
Saint-Trudon , s'^tant mis un jour en pri^res, et ab- 
sorbd dans la m^itation des choses cdestes , f ut ravi 
dans Tautre vie , et Ik , par r^v^lation du Seigneur , vit 
Charles tourmentd au plus has des enfers. Qonime il 
en demandait la cause a Fange qui le conduisait , ce- 
lui-ci r^pondit que, par la sentence des saints qui au 
futur jugement tiendront la balance avec le Seigneur, 
il ^tait condamn^ aux peines ^temelles , pour ayoir 
envahi leurs biens. De retour en ce monde, saint Eu- 
ch^re s'empressa de raconter ce qu'il avait vu, k saint 
Boniface, que le saint si^e avait d^l^gu^ en France 
pour y r^tablir la discipline canonique , et k Fulrad, 
abb^ de Saint-Denis et grand aumduier du roi Pepin ; 
lent donnant pour preuve de la vdrit^ de ce qu^il rap- 
portait sur GharlesrMartel , que, s'ils allaient k son torn- 
beau , ils n'y trouveraient point son corps. En effet, 
ceux-ci ^tant all^s au lieu de la sepulture de Charles, et 
ayant ouvert son tombeau , il en sortit un serpent ^ et 
letombeaufuttrouv^tout-k-faitvide, et noircicomme 
si le feu y avait pris. Quant a Tusurpateur Milon, Za- 
charie, pape de Rome, ^crivit k son sujet au nonce 
saint Boniface : a Quant k Milon et k ses pareils , qui 
(( causent tant de mal aux ^glises de Dieu , prScbe les 
« k propoS' et hors de propos, selon la parole de Fa- 
tt pdtre , afin qu'ils cessent leurs criminelles pr^vari- 
<( cations. S'ils ob^issent a tes remontrances , ils sau- 
ce verontleur ame^ sinon, ils mourront dansleur pe- 
<( ch^; mais toi^qui pr^ches la justice, tu ne perdra$ 
u, point ton salaire . » 



HISTOIRE DE LEGLISE DE RHEIM5. 1^3 

(Atemp^rant aux commandemens de Dieu , qui or- 
donne de fuir de ville en villa au temps de pers^oa- 
tion, saint Rigobert seretira en Gascogne. lit, comme 
anim^ d*une sainte ferveur , il employait ses loisirs de 
]*exil k visiter les monamens et reliques des saints. 
Un jour qu'il ^tait entr^ dans une ^glise et y faisait.sa 
pri^re , on essaya de sonner les cloches selon Fusage ; 
mais deux d'entre elles, malgr^ tons les efforts, ne ren- 
dirent aucun son. Les pr^tres et les assistans, saisis 
d'inqai^tude , interrompent alors le saint personnag^, 
etlui demandent qui il est, et d'ou il vient. II d^cUre 
qu*il est clerc , et vient de France. Ceux-ci insistent , 
lequestionnent sur T^v^nement qui les ^tonne^ et s'en- 
quiferentpourquoi leurs cloches nesonnent pas comme 
iFordinaire. Rigobert leur rdpond que deux cloches ont 
et^ enlev^es furtivement d'une de ses ^lises , et qu'il 
soupconne que ce sont celles-lkj on les lui montre, il 
les reconnait : on le prie de les sonner pour faire Tex- 
p^rience. A peine les a-t-il touch^es , qu'elles rendent 
un son ^clatant 5 et ainsi est prouv^e la v^rit^ de sa pa- 
role. Les assistans s'^tonnent et admirent : on lui rend 
ses cloches, et tousle tiennent digne d'honneur et de 
r^Y^rence. Depuis, ces deux clochesfurent rapporti^es 
en France et rendues a I'^glise de Gernicourt. 

On raconte que Milon , k qui Charles-Martel avait 
donn^ r^v^ch^ de Rheims, ^tant en ambassade en Gas- 
cogne, rencoritra Rigobert, et lui conseiUa de rentrer, 
avee promesse de lui rendre son ^v^chi^. Mais quand 
celui-ci fut rentr^ , Milon exigea qu'il lui donn4t en 
propria^ les biens qu'il avait d^jJi donnas k T^lise. 
Rigobert ayant rejet^ cette proposition , Milon r^vo- 
qua sa promesse et garda Tev^che. Alors rhomme de 



1 76 FRODOARD ; 

tiqaes^ d'autres ^v^h^s ont'^t^ distraits de diff^rentes 
mani^res de la m^tropole de Rheims ; la plupart des 
sieges sont demeur^s sans ^vSques , ou bien les dve- 
ques et les clercs ont 4i4 contraints de s'adresser a 
dVatres m^tropolitains pour recevoir Tordination ; 
des recours illdgitimes ont ^t^ ^tablis ^ les clercs , les 
pr^tres , les moines , les religieuses , se sont soustraits 
an jugement et k la censure de leurs ^v^ques, et ont 
v^u sans discipline , au gr^ de leur caprice , etc. « 



CHAPITRE XIV. • 

« 

]>e la mort et de la sepulture de saint Rigobert. 

Enfin le saint ^v^que Rigobert , distingu^ par tant 
d^actes ^clatans et par de si grandes vertus , v^cut de 
longujes ann^es dans ce pieux exercice , et apr^s avoir 
vaillamment termini le combat de la vie pr^nte , 
il mourut le 4* jour de Janvier. U fut enterr^ avec 
tous les honneurs pap le clergd et les ^v^ques du 
village de Gernicourt, json habituelle demeure , dans 
r^glise de Saint-Pierre , au midi de TauteL Apr^s sa 
d^osition en ce lieu , de nombreux et ^clatans mi* 
rades ont fait assez connaitre quels ^taient ses m^rites 
aupr^ du Seigneur : mais , soit n^ligence ou disette 
d'^rivains , tr^peu nous ont 4i6 transmis. 

hes babitans racontent que trois boiteux ont ^t^ 
gu^ris par ses m^rites : long-temps , en t^moignage 
de leur gu^rison , leurs batons et bdquilles ont ^ 
conserves dans T^lise, jusqu*^ la translation aes 
reliques du saint ^v^que. Une femme aveugle ^ du 



HlSTOlllE DE LEGLISE DE RHEIMS. ij'j 

pays meme , nominee Ansilde , recouvra la vue par 
fintercession du bienheureux patron. Un petit gar- 
con , qui allait k Yicole chez le cur^ du lieu , s'amu^ 
sait un jour a sauter sur la tombe du saint , outra-« 
geant ainsi Dieu et son serviteur enferm^ dans cette 
tombe •, afin que les m^rites de Rigobert fussent con- 
Qus, et qu'une pareille audace ue se renouveMt 
plus k Favenir , le pied de Tenfant fut aussitdt frapp^ 
de mal; et devenu boiteux , il perdit Fusage d'un de 
ses pieds. C'est pourquoi le cur^ fit placer une bar- 
riere autour de la tombe , dans la crainte que quel<- 
qaun n'encoiirut par ignorance la m^me punition. 
Depuis sa sepulture , on a souvent entendu dans r^>- 
glise des voix si douces et si harmbnieuses qu'elles 
ne peuvent ^tre que celles des anges. On y a vu aussi , 
au milieu des nuits , des clart^s si brillantes qu'elles 
anraient &iit p&lir le soleil, et qu'une fofis T^clat s'en 
r^fl^chit jusque dans la maison du curd , voisine de 
r^glise. A cette vue , le pr^tre fut frapp^ de terreur, 
et depuis il a redouble de respect et d'hommages 
pour ce lieu miraculeux. Ajoutez que de nombreilx 
malades trouvent chaque jour leur gu^rison siir le 
tombeaude cet homme de Dieu. Geux quisont af^ 
flig^s de la fifevre viennent avec foi, ofFrent un 
cierge en voeu , rftclent la poussifere du sdpulcre , en 
prennent dans de Feau, et sont gu^ris. Geux qui 
souffrent du mal de dents n*ont qu*k embrasser 1q 
tombeau avec devotion , et leur douleur cesse. 



12 

\ 



^8 frodoabd; 



t • 



CHAPIlRfi XV. 



Pe ]||t (lanslaticin du jcorps.dejM^t B^gt^rt. 



I 'It II 



ii Ti^nis 4|ue le$ mantes d$ ceigloripw confeis^Qar 

4e 3a.^^i4tiu^, JVrtjhCTAqpae Hioomar lei£t.traiisft' 
4«fi^u .ii|ioiiEi$t^Fe idecSaint-Xhimri, et d^pqsQr ^th 
.dtt.tj(uii]t»ea« de qq giiandjsaiat. jpurkQi..lj^$ que^qt^as 

iCles ipar /soit mlei?veatiQii»jB9idacottp) de.nnbiites.^ 1^ 
ams/de la fi^e , il^ m^t^ du iQalsda dent^^vqni ^^ 
imploii^ j^yeo t(»' sOa ,assistaiU5ie,.tOfi» A4 hw^ijse' 

diiigne^ du Va^Qstg^ dQ Catirme, y<)wn di)-iiv>naat^e, 
djqmibi Jong-tamps i^puis^^ ei^ixiiM^ pan ki^fi^i^r^t 
fit ebe0 ^relle, 4)Qur k. r^blissevieatid^ sa i^nt^, 
M^^&xyn wivAiite. Xlk.i^t ^b)£Hi$ cifei^9$:(ahsolug»^t 
de hrjindi!]^ ;dim<sn»o«ii; llua r^ppiiff ?saiiit TiuMecrit 
fimtne pour, eaint . Xh^odulpbe , 4^ troisd^oke <|>our 
ioint) Rigqbeit;: puifi^^« les jaUudtia , tou» trob mr 
semble^^pQuri T^ir. kquel durerait le pliis long- 
temps. Cehii qtii avait ^t^ vou^ k«aint Rigobert resta 
le dernier ; elle jugea que Dieu appmuvaiit aa dic- 
tion , et r^solut d'adresser son voeu k ce saint. Pre- 
nant done un autre cierge seulement pour lui , elle 
se rendit a T^lise , et offrit son petit pr&ent. Aprfes 
avoir fait sa prifere devant les reliques qtfelle ^tait 



HISTOIRE DE LBGUSE DE RHEIMS. ijg 

venue visiter, elle s^eadormit, et , k son i^veily die 
trouva que la sant^ lui ^tait revenue. 

Neiif ans apr^s, les restes du bienheureux ^v^que 
furent transport's dans la ville de Rheims, et d^posds 
dans Teglise de Saint-Denis , qui 'tait alors la s'pul- 
tare des chanoines de Rheims. Or il y avait ence 
temps-Ja an village d'Aumnencourt une femme aveu- 
gle, laquelle entendit en songe une voix qui lui di- 
saitMcQue'feis-tuioi?que-ne te l^ves-tu?demain 1'^ 
'« vdqae:Hincmar et les chanoines de Rheims transf%*- 
tt rent en cette ville le corps de saint Rigobert. Va k lui, 
et il t'assistera. » Et celle-ci se leva k la pointe du jour, 
et se mit en chemii;i en grande hslte, avec un.cierge 
pour Toffrir. A peine fut-elle arriv'e au lieu ou repo- 
saient les reliques saintes qu'elle recouvra la vue. 
De m^e un sourd , venu aussi le jour de la transla- 
tion, fat gu'ri de sa surditd aussit6t qu'il eut touchj^ 
le cercueil du saint ; et il raconta qu'il avait 't' en^ 
gag^ k faire ce voyage de la m^me mani^e que la 
femme aveugle. II dormait la unit dans une hdtelle;- 
rie, quand une personne inconnue le toucha Idg^rcr 
ment au cot^, le r^vcilla et Tappela. II sentit bien 
qu'on le touchait , mais , ^tant sourd , il ne s'entendil 
point appeler. Mais ceux qui ^taient avec lui dans la 
maison, quoiquils ne vissent personne, entendirent 
fort bien une voix qui I'engageait k aller en toute 
hite vers saint Rigobert. C^est pourquoi il se mit en 
route surJe-champ, et recouvra ainsi la santd qu'il 
avait si long-temps desir^e. 

Quand les paiens infest^cent la France, il fallut 
abattre I'^glise ou reposaient les reliques du bienheu- 
reux ^dque, pour enceindre la ville de murailles. 

12. 



1 8o FRODOARD ', 

Lors Farchev^que Foulques les transfi^ra dans la cite, 
et les fit placer au milieu de Feglise de Notre-Dame, 
derri^re Fautel de la Sainte-Croix. Et la, beaucoup 
qui sont venus avec foi ont obtenu guerison. A pen 
pr^s en ce temps , un moine de Tabbaye de Saint- 
Remi, nommd Sigloard, ^tait tourment^ d'une fi^vre 
si violente qu'il perdait presque la raison. Un soir 
qu'il (^tait d]li se coucher sans souper, et ne pouvait 
prendre aucun repos, se sentant agit^ et tourmente 
de quelque cot^ qu'il se tournit, il invoqua saint 
Rigobert k son aide, et aussitot il se trouva gu^ri. 

Quelque temps aprfes les saintes reliques fureht en- 
core transferees en Vermandois , au viUage de Ne- 
minque , que le comte Odalric avait donn^ k Teglise 
de Rheims, et que Fev^ue Foulques avait assign^ a 
Fentretien des chanoines. Non loin de la habitait un 
prStre, nomm(i Signin, lequel souffrait d'un grand 
mal de dents. Apprenant que le corps de saint Rigo- 
bert yenait d^^tre apporte en ce lieu , comme il ne 
pouvait y aller lui-m^me k cause de la violence du mal, 
il y fit porter un cierge en son nom. N&inmoins, quoi- 
que absent de corps , il ne laissa pas de prier le saint 
du Seigneur de lui procurer guerison par son inter- 
cession. Aussi, a peine son oflTrande eut-elle ^t^ d^- 
pos^e devant la chisse , qu'il sentit la main du m^de- 
cin celeste, et la sant^ lui revint incontinent. Aussi- 
t6t il partit pour aller bffrir son hommage k Fauteur 
de sa guerison ; prostern^ devant la cbisse miracu- 
leuse, et se r^pandant en larmes et en actions de 
grices , il publia hautement la grice que le Seigneur 
venait de luLaccorder par Fintervention de son servi- 
teur . Enfin , peu de temps apr^s , les pr^cieuses reli- 



HISTOIRE DE LE6LISE DE RHEIMS. l8t 

ques furent rapport^es k Rheims, Nglise de Saint- 
Denis fat reMtie hors des murs de la ville par les 
soins et aux frais des chanoines , et depuis le corps de 
saint Rigobert y est expos^ k la v^ndration des fiddles 
avec celtti de saint Th^dulphe. 



CHAPITRE XVI. 

D'Abel successeur de saint Rigobert. ' 

Abel vient apr^s siiint Rigobert dans la suite des ev^ 

qa& de Rheims , quoique quelques-uns pretendent 

quHl ne fut que chor^v^que. Mais nous avons plu- 

sieurs prenves du contraire, principalement dans les 

lettres du pape Zacharie k saint Boniface. Dans Tune 

entre autres, le souverain pontife ecrit k Boniface qu'il 

3 recu Tavis par lequel il lui annonce quHl a ordonn^ 

tirois ^v^ques dans trois villes m^tropolitaines, savoir : 

Grimon k Rouen , Abel k Rheims , et H(5ribert k Sens : 

1 1 Lequel, ajoute le pontife en parlant d'H(5ribert , est 

vt venu aupr^s de nous , et nous a remis tes lettres et 

« celles de Garloman et de Pepin , par lesquelles tu 

« nous requiers d'envoyer le pallium a ces trois m^ 

K tropolitains, ce que nous avons libt^ralement accorde 

« en vue de Funion et de la reformation des ^glises 

« de Dieu. » 

Nous lisons encore dans une autre lettre au m^me : 
« Quant aux dv^ques m^tropolitains Grimon , lequel 
« nous connaissons par nous-m^me , Abel et Heribert, 
« que tu as etablis dans chacune des villes mekropoli- 



&t^ FRODOARD ^ 

taines des provinces , nous les confirmons a ta re« 
commandation , etnoosleur enyoyans le palluun , 
, tant pour leur ferme etablissement que pour Fac- 
croissement de F^glise de Dieu , afin qu'ainsi elle 
puisse profiler ^n meilleur ^tat. Car nous leuravons 
mand^ quel est Fusage du pallium^ comment ceui 
qui en sont honores doiyent declarer et maintenir 
leur foi, etguider leurspeuples dans la voiedusalut. 
Que la discipline ecclesiastique soil inviolablement 
gard^e et demeure inebranlable dans leurs eglises^ 
que jamais le sacerdoce ne soit souill^ en eux, comme 
il Fa^t^ trop long-temps en tantd'autresj mais qu'ils 
le maintiennent pur etagr^ablekDieu, autant quil 
est possible a la condition humaine*, enfin, qu'aucun 
d'eux ne s'^carte jamais des sacr^s canons ; qa'ib 
puissent toujoursolTrir le sacrifice pur etsanstache, 
afin que le Seigneur se kisse apaiserpar leurs obla- 
tions \ et que les peuples , Fame purg^e de toute 
souillure , remplissent en bons et fidMes chr^ens 
les devoirs de notre sainte religion. » 
Enfin, ontrouve quelques chartes etactes qui por- 
tent , avec le nom d'Abel , le titre d*^v^que. 

En outre, le pape Adrien , dans la lettre i Farche- 
v^que Tilpin d^ja cit^e , apr^s ce que nous avons rap 
port^ plus haut , ajoute : « Boniface de bienheureuse 
« memoire , archeveque et l^t de la sainte ifiglise 
(I romaine^ et le tr^s^aimable et bien-^im^ Fulrad, 
(( archipretre de France, out beaucoup travailK du 
(( temps de nos prdd^cesseurs Zacharie et £tienne , afin 
« que Zacharie, de sainte memoire ^ notre pr^^es- 
« seur , envoyaty a la priere diidit Boniface, le pal- 
<i Hum a Abel , archeveque de Rheims , lequel avait 



HISTOIRE DE l'eIGLISE DE RHEIMS. i83 

(( et^ instttu^ et ordonn^ par Boniface. Mais il ne 
« lui fat pas pennis d^ demecirer en son diocese; 
(( il en Alt chass4 au m^pris' du Seigneur , et f^glise 
(( de Rheims resta durant de longues^ ana^ sansr 
« rfv^que; en sorte que les^biens de cet ev^ehifkit^ 
« ^6 envahis ^ distribu^s enire la'iqnesv eomme iL 
u est arriv^ h. d*aatres dv^cfa^s, mais surtout^ ala o^ 
« m^tropolitaine de Rbeims. » ' . * 



■'tjjji . 



GHAPITRE XVII. 

De Teveque Tilpiti ». 

ApKfes les eveques dbnt nous venous de parler , suit 
Tilpin, moinede Saint-Denis, pour qui Charlemagne 
obtiiif !e pallfum du ^ape Adrieh ,' comttie on le volt^ 
danslalettre suivahte, ecrite par ce pape k Tilptn 'M- 

m^mef. ''" ' - ' * • •^*' 

JdneUj evSque, servfittur des serviteurs de Dieu, 
anotr^ tres^-rA^erend et ires-saint confrere Til- 
pin, archei^Squede Eheims* 

tt ILnous sQUvient trfesrbienqu'a la requete de notre 
fils spirHuel et glorieux roi de France, Charles, et 
aussi sur le temoignage rendu de ta saintet^ et doc-, 
trine, par le tres-aimable et bien-aime Fulrad, ar- 
chipretrede France, nous t'avons envoy^ \e pallium ^ 
seJon la coutume et avec le privilege que I'^glise ra^- 

» Oa Turpin. ' 



I 84 FRODOARb; 

tropolitaine de Rheims soit maintenue et conserv^e en 
son int^grit^-, » et apr^s les quelques lignes que nous 
ayons dejk rapporteesau sujet de saint Rigobert et d'A- 
bel ^ et dans lesquelles le pape parle des biens etileves 
k r^glise de Rheims , il continue : « Ta fraternite nous 
annonce que tu as dejk en grande partie obtenu de 
notre ills Charles, et auparavant de son fr^re Carloman, 
la restitution des biens de ton^glise, et remis quel- 
que ordre et discipline , soit pour ce qui regarde les 
ev^ques , soit en autres choses , suivant Fautorite des 
canons et celledu saint Si^ge de Rome. Et k ces causes, 
tu nous as prie qu'il nous plut , de Tautorit^ de saint 
Pierre, prince des apotres , et de Tautorit^ du saint 
Siege de Rome et de la n6tre , t'accorder privilege a toi 
et k ton eglise , afin que ce que tu as fait et accompli 
jusqu'ici demeure stable, et afin que tu puisses par 
notre autorite , avec I'aide de Dieu et du bienheureux 
apotre saint Pierre , conduire k perfection cequi reste 
encore k faire. Cest pourquoi de grand coeur, et avec 
Faide de Dieu et de Fautorite apostolique, non seule* 
ment nous confirmons tes anciens droits , selon les* 
sacn^s canons et les d(^crets apostoliques de ce saint 
Si(5ge, mais en faveur de ton zMeet de ta bonne affec- 
tion , nous Hen accordons de nouveaux. Nous done , de 
J'autorite de saint Pierre , prince des apotres, k qui a 
ete donne par notre Dieu et notre sauveur Jesus-Christ 
le pouvoir de lier et de dc^lier les peches des 
homraesau cielet en la terre, confirmons de nouveau 
et arr^tons que F^glise de Rheims sera et demeurera 
metropolitaine comme anciennement elle Fa ete ; 
qu'*elle sera le premier si^ge de la province, et que toi, 
qui par la cooperation de Dieu as ^te ordonn^ en ce 



HISTOIRE D£ LEGLISE DE RHEIMS. 1 85 

to^me sidge , tu seras , et tes successeurs apr^s toi , 
a peq)^tuit^ primat de cette province, pour toutes les 
cit^s qui d'ancie^inet^ out et^ soumises a T^glise m^ 
tropolitaine de Rheims. Et suivant la tradition des 
saints canons, nous defendons qu'apr^s ton rappel 
de ce monde en I'autre, nul ose instituer ou trans- \ 
fdrer un ^veque d'un autre ^v^che en ce siege 5 que 
nul ose soustraire tes paroisses, ^glises ou citds, ni 
en aucun temps diviser la province de« Rheims ^ mais 
qu'elle demeure en son int^grit^, comme elle I'a ^lA " 
d^anciennete, etainsi que les saints canons, Tautorit^ 
dehospr^^^cesseurs et la notre I'ont confirmee et con- 
firment. Voulons de plus que nul n'attente ni n'ait 
pouvoir de te deposer de ton si^ge, ni toi, ni quicon- 
que apr^s toi sera ^v^que de Rheims et prin^at de la 
province, sans jugement canonique, et meme en cas 
de jugement, sans le consentement du pontife romain, 
si I'accus^ en appelle k ce saint Si^ge de Rome , qui 
est reconnu comnpie le chef de Tunivers. Ainsi done, 
soumis seulement au pontife romain , avec Faide du 
Seigneur et Tappui de notre autorit^ et de celle du 
sidge de saint Pierre, continue de gouverner ton dio- 
cese et la paroisse de Rheims selon les saints canons 
et les constitutions de ce saint Siege , de mani^re 
qu'un jour avec les elus de Notre -Seigneur J(5sus- 
Christ , tu puisses entendre cette parole desirable : 
Viens, bon et fidele serviteur , parce que tu as etd fi- 
ddle sur peu de choses, je t'etablirai sur beaucoup; 
entre dans la joie de ton Seigneur. Comme aussi tuas 
fait parvenir i notre connaissance que plusieurs du 
dioc^e de Rheims recevaient I'ordination d'(5v^ques 
etrangers, et se creaient des recours illdgitimes, nous 



1 86 FHODOARDV 

le d^fendons express^ment ; et comme rauiorit^ sacree 
Tenseigne , entendons et voulons qiie pour la convo- 
cation et la teniie des synodes provintiaux , pour f or- 
dination et les jugemens , F^glise de Rheims et son 
archeveque aient telle aUtorit<i et tel pouvoir que le 
prescrivent les ^cr^s canons et les constitutions de 
cetce sainte £glise. 

c( Qu'en qudque temps que ce soit, nuln'ose, comme 
il a ^t^ trop souvei^t fait, diviser ni usurper rien 
' de ce qui appavtient k toi ou k ton ^glise-, que si , ce 
que nous nepouvons croire , quelqu'un osait contre- 
venir k nos commandemens par quelque t^m^raire 
entreprise , qu'il sache que par le jugement dfe Dieu 
il est li^ du lien ^temel de I'anath^me, si sur-le»cl»amp, 
et an premier avertissement , il ne secorrige : qui- 
conque, au contraire, observera les pr^cfeptes apos- 
toliques , et suivta la rfegle de la foi droitie et ortho- 
doxe , obtiendra les gr&ces de la b^ni^dicfion . A toute 
ces causes / mandons que tout ce quenou^ avons re- 
gl^ par les pr^sentes soit et demetire observe 4 per- 
p^tuit^ en ton ^glise , pOur son ^tablissement et pro* 
gr^s. En outre , comme il nous est parvenu nouvelle 
de la promotion d'un ^v^ue , nomm^ Lulle , k Nv^ 
che de Mayence , enjoignons k ta fraternity que tu 
aies k prendre avec toi les ^v^ques Viomage et Pos- 
sessor , ainsi que les messagers de notre fils spirituel 
et glorieux roi de France, Charles, pour informer avee 
diligence sur son ordination, rechercber 'sa foi,sa 
doctrine , sa (50tiversation , sa vie et inceurs : que s'il 
^st trotiv^ capable et digiie de gouvei»ner sa cbaire 
Episcopate , il m'envoie par ses messagers sa profession 
de foi ortbodoxe et catbolique exposee par ^crit , si- 



iilSTOniE DE h'&GlISE D£ RHEIMS. 1 87 

gn^ de sa imin , avec des lettres et une attestatioii 
de t(H oa des ^v^aes que nous t'adjoignons par les 
pr&entes, afin que nous puissions lui envoyer ie 
pallium^ selon la coutume,confirmer son ordination, 
et le constituer archev^que de I'dglise de Mayence. 
Adieu. D 

L'dvdque Tilpin , soil par lui-m^me aupr^s de Tau- 

toritd royale , soit par les agens de T^glise par devant 

divers juges, revendiqua les biens qui avaient ^6 

enlev^ a F^glise en diffi^rens lieux , et en obtint la 

restitution au domaine eccl^siastique. II s'aida surtout 

(kns ce pienx travail d'un certain Achabe , qui mit 

le {)lus grand zMe pour assurer le recouVrement des 

biens situ^^tant en France qu'outre la riviere de Loire, 

et fit rendre k I'^gKse grand nombre de terres et de 

serfs. Tilpin augment^ aussi les revenus du diocfese 

par Fachat de diverses possessions etde serfs : il ^ta- 

blitdes colons dans plusieurs doraaines , et r^gla leurs 

charges. Ilenrichit cette ^glise des manuscrits des sain- 

tes £critures , dont quelques^uns nous servent encore* 

aujourd'hui. II ^tablit des moines dans I'abbaye de 

Saint -Remi, et les soumit au regime motiastique , 

tandis qu'il Vkj avait eu que des chanoines depuis le 

temps de Fabb^ Gebhard , qui avait fonde? cette sainte 

congr^tion, par amour de Dieu et de saint R'emi< 

Enfin il obtint de Garloiiian , fils de Pepin , la pre- 

miire ann^e de son rfegne , des lettres d'immuhit^ , 

sur lef mod^lle de totites celles qui avaiient i\A ax^cord^es 

i Wglise de Rheims par les pr^decesseurs de ce roi, et 

qu'il eut soin deluifaire repr^senter: Par ces lettres, 

il Aait d^fendu k aucun juge public d'entrer sur les 

terres de T^glise, pour s'y faire donner stljour, y rendre 



t88 FRODOAtlD; 

aucun jugement 9 et lever aucane taxe ; et elles main- 
tenaient k perp^tuit^ toutes les concessions faites par 
les rois pr^c^dens. Depuis, il obtiiit encore da 
m^me roi exemption de toute taille , p^age ou 
impot -, et diverses ordonnances, une sur le pont de 
Bisonce, une autre au sujet des chartes brulees, 
auxquelJes on laissa prendre le feu par negligence ; 
tout ce que poss^dait Fc^glise au moment de Hn- 
cendie lui fut confirmed sans diminution pour Tave- 
nir, par acte de la volonte royale -, une troisi^me , aa 
sujet des soldats qui r^sidaient sur les terres de 
Notre-Dame de Saint-Remi , et par laquelle fut oc- 
troy^e remise de toute charge militaire; une autre 
sur les soldats qui r^sidaient k Courbevoie , et dans 
tout le Tardenois, sur les terres de Feglise de 
Rheims. Enfin, par une charte autlientique , le roi 
Carloman donna k T^glise, au monastfere de Saint* 
Remi , pour sa sepulture et le salut de son ame , 
le village de Neuilly sur Marne, avec toutes ses 
attenances et d^pendances : et en effet , son corps a 
^t^ enterr^ dans la basilique deSaint-*Remi. Son fr^re 
Fempereur Charlemagne , obtint pour Tilpin le pal- 
Hum du pape Adrien,comme nous I'avons vu par les 
lettres de ce pape adress^es soit a Fempereur , soit a 
Tilpin lui-m^me. Ce grand prince accorda aussi , a 
la sollicitation de Farchev^que , une nouvelle or- 
donnance d^mmunit^s conforme a celles des rois ses 
pre^d^cesseurs , et confirmation des exemptions mili- 
taires accordees par Carloman au Tardenois , de For- 
donnance sur les chartes brulees , enfin de la dona- 
tipn 4es villages de Neuilly et Bebriliacum ', poyrh 

* Inconnu. 



HISTOIRE DE L EGLISE DE RHEIM5. 189 

sepulture de son fr^re. Sous Npiscbpat de Tilpin , 
beaucoup donnferent leurs biens soit k Teglise de 
Rheims, soit k celle de Notre-Darae et de Saint-Remi. 
Enfin , il mourut dans la 47®- ann^e de son 4ge, et 
fat enterr^ aux pieds de saint Remi. 



2C^553B 



CHAPITRE XVIII. 



De Teveque Wulfar. 



Apres Tilpin vint Wulfar, qui, avant son dpiscopat, 
fut un des missi dominici de Tempereur Charlemar 
gae, etfut, par ce prince, ^tabli sur toute la Cham- 
pagne pour y rendre la justice et redresser les juge- 
mens. II r^unissaif sous sa jurisdiction les districts 
du Dormois, de Vouzy, de Chiteau-Thierry, de Ste- 
nay, de Ghdlons, de THiesmois, du Laonnais , du Ya- 
lois, du Portian, du Tardenois et du Soissonnais. 
Dans le m^ijae temps , d'autres abb^s , pleins de sagesse 
et craignant Dieu , parcouraient la France et la Ger- 
manic au nom de Tempereur, s'informant avec exac- 
titude comment les ^v^ques , les abb^s , les comtes et 
les abbesses se conduisaient chacun dans les pays de 
sa domination , et s'ils entretenaient entre eux. Con- 
corde et amitie. Ces envoy^s devaient pourvoir a ce 
qiie partout fussent etablis des vice-gouverneurs et 
des juges honn^tes et habiles, procurer par tons les 
moyensjustice au roi , aux eglises de Dieu , aux veuves 
et aux orphelins, en un mot k tons les sujets de Tem- 
pire 5 corriger, autant que possible , ce qui ^tait k cois 



xgo FRODOARD ^ 

riger, et renvoyer k Fempereur ce qa!ils ii^e pQtti^ieot 
reformer par , eux*in^ines 9 enfin , rendre de toutes 
choses un compte fiddle au tr^puissant Charles. 

Wulfar s'appliqua done a reraplir les devoirs qui 
lui ^taient imposes , a reformer la justice , et a reme- 
dier aux maux publics avec le concours de quelques 
comtes ; quand il n'^tait encore qu'ev^que ddsign^ , 
avant son ordination , il fit revendiquer par les agens 
de r^glise de Rheims, des terres, des serfs, des co- 
lons qui en avaient A4 s^par^s, et en obtint la resti- 
tution devant les tribunaux. Quand il fut ordonn^ 
dv^ue , il acquit k son ^glise beaucoup de biens , de 
colons et de serfs, en plaidant tantdt aupr^s dnroi, 
tantot aupr^s des juges publics , non seulement par 
-les agens et avocats de T^glise , mais en se pr^sentant 
et soUicitaiit souvent en persontie,.car Charlemagne 
•avait en iui la plus grande confiance ^ et la preuye , 
c^est qu'dl remit k sa foi et k sa garde les quifize grands 
de Saxe qu*il avait recus et emmen^s en otage. 

L'an 8^1 4 de Tincarnation de N.rS. Ja-^., soosle 
^•^nede Louis, fils de Charlemagne , Walfar tint un 
Bynode dans Teglise de Noyon. Lk comparurent ses 
co-^veques Hildoard , Ermenon , Jessd , Ragumbert , 
^rimbold, Rothard, Wendilmar,'Ostroald; les chor- 
^v^ques Walther, Spervon ; les abb^s Adalhard, Nan^^ 
-taire, Fulrad, Eric, Hilderic, Remi, Ebbon, Sigbald, 
avec le reste du clerg^ , pr^tres et diacres. II y appefe 
'dussi les comtes Gunthard , Rotfried, Gislebert et Ot- 
«er. Quand Fassembl^e fut r^unie , on agita le diff<^ 
rent qui s'^tait ^lev^ entre les ^v^ques Wendilmar et 
Rothard au suj«t des limites de leurs diocfeses, et il 
Alt r^gl^ et arr^t^ que tous les lieux situi^ au<-delii d^ 



HISTOIRE DE L EGUSE DE RHEIMS. 191 

la riviire de FQi$e , au pays de Noyon., eo^ime Va- 
jennes, T^gjUise de Samt-L^er let tous les villages 
qui s'assemblent en ces dglises, seraient du dioc^ de 
Noyoa; et que tout ce qui serai t situ^ en de^k.de 
rOise, dans le miSme pays de Noyon, appartiendrait a 
I'^^chddeSoissons. Cettecirconscription delimite^fut 
approuv^e par tous les ^y^ues ci-dessus d^nomm^ , 
les chor^veques , abb^s , pr^tres et diacres du synode ; 
d'un c6t^ par ceux du diocese de Ifoyon , clercs et lai- 
ques , delVutre par ceux du diocese de Soissons, aussi 
clercs et la'iques -, en sorte que la resolution fut arr^tde 
m^s contjra<||ption et d'uja consentement unanime. , 

Nousiisons encore que non $eulement les ^vSques 
da la.proyince de Rheims , mais encore Amalaire, ar- 
chev^que de Treves, ayec. Adalmar, son co-^v^que, 
etH^rilaud^ ob^irent ^ Wulfjir, quand, par I'ordjre de 
Charlemagne et en 3a quality de m^tropolitain., il les 
conyoqua pour assister 4 Tordination de Fn;othaire, 
pr^tre ifi T^gli^e de Treves. Enfin , ce fut eneore 
sous I'aiUprite de Wulfar que Gbarlemague assembla 
a Kheiims unxooK^ile de.plusieurs pi&res de Teglise de 
France, dans }equel furent arr^t^s q.uarante*trois oa- 
pitulaires , ou il est traits des points de foi , de fhon- 
neur de T^glise de Dieu , de la disposition de ses rec- 
teurs et ministres , de la fiddit^ due au roi , enfin de 
lous les int^r^ts communs du royaume. 

Wulfar etablit plusieurs colonies nouvelles dans 
diff^rens villages de T^glise de Rheims , et r^gla leurs 
limites et leurs charges •, il fit plusieurs ^changes de 
terres et de serfs dgalement utiles et k T^glise et aux 
personnes avec lesquelles il traita. II tira aussi , avec 
1 approbation et le consentement de plusieurs hommes 



/ 



iga FRODOARD^ 

notables tant du clerge que la'iques, diff^reus joyaux 
des tr^sors de Notre-Darae et de Saint-Remi , et ^n fit 
faire des ornemens et des vases pour le service eccl^ 
siastique, selon qu'il jugea convenable. Dans unede 
ses lettres, il parle d'une permission obtenue de rem- 
pereur , pour aller faire un voyage k Saint-Pierre de 
Rome*, mais il est incertain s'il en usa ou non. 11 af- 
fecta k Taumone , probablement pour le salut de son 
ame , les revenus de plusieurs domaines de Tev^che, 
comme on peut le voir dans quelques.actes qui nous 
restent de ce temps , et ou sont r^glees^les charges : 
ainsi , les domaines de Termidum^ Gr^§d-Pre, Vin- 
dicunij Furvilla^ Gramadwn^ Le Py, Cade^el- 
lum % et Magnancourt sont compris dans la distribu- 
tion de Taumone pour 1975 mesures de bl^, el 168 
t^tes de moyen b^tail-, de m^me quelques autres> 
domaiues pour io52 mesures de bl^, 64 mesures 
de vin , 5 mesures de sel , di verses pieces de betail 
et autres denrees. 11 assura k Toeuvre des freres de 
I'abbaye d'Orbay tout ce qui etaitnc^cessairepourleur 
entretien •, d'ou Ton peut conclure que les mpnastkes 
plus considi^rables recurent aussi davantage dans la 
repartition. Enfin il obtint de Fempereur Louis, pour 
r^glise de Rheims et le monast^re de Saint-Remi, 
une ordonnance d'immunit^ conforme en tout k celk 
de son pfere, Tempereur Charles. 

> IncoAikus. 



HISTOIRE DE l'eGUSE DE RHEIMS. igS 



CHAPITRE XIX. 



De Teveque Ebbon, 



WuLFAR eut pour successeurEbbon, homme habile 
et kistruit dans les sciences lib^rales^ Germain de 
nation , et , dit-on , frfere de lait et condisciple de 
fempereur Louis. U s'attacha k procurer k son ^glise 
mille avantages , et surtout la pourvut d'ouvriers qu'il 
rassembla de tous cot^s , auxquels il donna des habi-* 
tations^ en les comblant de bienfaits. Soit par sa 
propre diligence, soit par les soins de Raoul , vi- 
dame et avou^ de I'^glise de Rheims, il r^clama de- 
vant les juges des colons et des serfs d^serteurs qui 
s'^taient soustraits k Fobdissance de T^glise , et en ob- 
tint la restitution au domaine eccl^siastique. II fit di-' 
vers ^changes de terres et de serfs avec diffi^rentes 
personnes , k la convenance des deux parties , et o}h 
tint pour les confirmer des lettres de Tempereur. A sa 
requite, Tempereur Louis donna ordre au comte 
Robert de d^fendre les biens de F^glise , que quel-* 
ques-uns se permettaient d'envahir et d'usurper. Avec 
I'aide de quelques hommes actifs et habiles il fonda 
plusieurs colonies nouvelles , et en r^gla les charges 
et les services. II fit construire pour les archives de 
r^glise un Edifice solide et sur , ainsi qu'une chapelle 
^Idgante et d'un beau travail , d^dide k saint Pierre et 
a tous les apotres , martyrs , confesseurs et vierges , 
en laquelle nous c^l^brons le service Vgn , et ou 



194 FllOtX>AAD; 

sont conserv^es les reliques de. plusieurs apdtres et 
saints. Phisieurs visions ont signal^ ce lieu saint. J'ai 
vu un serviteur de mon nourricier Gundacre , qui 
demeurait yi&4i-vis de T^lise , auquel il arriva cTaller 
licher de Teau pr^ de la fen^tre de cette chapelle , et 
qui fut puni de sa tdmdrit^ par la {errible vision d'un 
horome arm^ venant k lui. Le malheureux en fut si 
finppd qn'il faillit perdre la t^ison. Un diacre dn lieu, 
iioiAm^ Robing, fut ausfti arr^t^ par un^ vision taute 
^inbhd)Ie, au mdment ou il allait cOmmettre la m^e 
Ikttte. Cest pourquoi defenses ont ^t^ faites de se 
permettre jatnfetis pareille chose pris de T^glise on de 
la bhkpelle. 

A la soUicit^tion d'Ebbon , Etalitgaire , ^vSque de 
Cambmi , ^crivit six livres sur les remMes contre 
fe» p^ch^s, Tordre et les jugemens de la ^^nitetice. 
Vdici k tettrc d'£bbon , et la rdponse d'Halitgaire : 

j^mtr^ tf^-f^i^mdfr^re etfiU m Jesus^Ckrin, 
MaUtgairei, ^que^Ehbon, Ss^gque indigne^saluL 

« Je ne doute pas que ta charity ne cbnnaisse de 
MQibien de travatit nous sommes aceabl^ p^r les 
mins de la discipline eccl^iastique , les n^cessit^s de 
fiospeuples, et roppi*ession des mondains, dont noas 
t'^otis chaque jour k souffrir. Cest pourquoi je n'ai pu, 
eomftie j^en Avais confi^r^ avec toi , recueillir, dans les 
Merits des Pferes et les sentences des canons , un p^- 
nitencier 4 Tusage de nos confreres dans le sacerdoce, 
IMirce que , quand Fesprit est p&rtag^ entre beaacoap 
de choses, il n'a de forces pour aucune. Ce qui snr- 
iout me §||ncite k cette entreprise , c'est que dans les 



HISTOIRE DE l'^GLISE DE RHEIMS. igS 

petits ouvrages de nos pr^tres sur la penitence , les 
jugemens sont si confas , si divers , si opposes entre 
eux, et en outre si dt^pourvus d*autorit^s et de cita- 
tions, qu'il est bien difficile d'y rien discerner, k cause 
des contradictions. De Ik vient que , tknt k cause -de 
la confttsion des livres que par lenteur d*esprit et 
faate*de penetration , nos pr^tres ne peuvent subve- 
nir aux besoins de ceux qui recourent au remade de 
la p&itence. Cest pourquoi , notre tr&s-cher frfere , 
nous avons esp^r^ que tu ne nous refuserais pas 
ton secours , toi qui , dans «n si parfait loisir , f es 
toujours livr^ avec un zfele si ardent k Wtude des 
science celestes , et k une attentive meditation des 
saintes ficritures. Soumets-toi, je t'en conjure, et sans 
aucune excuse , k ce lourd fardeau que nous t'irapo- 
sons, mais que le Seigneur , dont le joug est l^ger, 
saura te rendre moins pesant. Ne t'effraie pas et ne 
recule pas devant la grandeur de Touvrage ; mais , au 
coutraire , mets la main k foeuvre avec confiance , 
carceluiqui a dit: « Onvrez la bouche, et je la rem- 
« plirai, » sera avec toi. Tu sais bien d*ailleurs quepeii 
siifRt k ceux qui out besoin de pen , et que la foule 
des pauvres ne peut*8tre admise k la table des grands. 
Garde-toi done de nous d^rober ta science et les fruits 
de ta devotion •, garde-toi de cacher sous le boisseau 
la lumifere qui a ete allumee en toi 5 mais place-la 
sur le cliandelier , afin qu*elle brille aux yeux de tons 
tes fr^res qui sont dans la maison de Dieu ; et , savant 
interprfele, redis-nous ce que tu as appris du Sei- 
gneur. Tu seras soutenu dans ta route par la grftce die 
celui qui vint s'adjoindre pour compagnon aux deux 
disciples voyageups , et ouvrir leur esprit a llntelli- 

i3. 



iq6 frodoard^ 

gence des saintes £critures. Que le divin Paraclet 
Claire ton coeur de toute doctrine de verity et de la 
science parfaite de la charity ! Trfes-cher frfere, adieu. » 

A noire seigneur et ^venerable pere en Jesus-Christj 
Ebbonj archevSque^ Halitgcdre^ le dernier des 
sen^iteurs de Dieu , salut. 

■ 

tt Quand j'ai recu , venerable pfere , la lettre de Vo- 
ire Beatitude 9 en laquelle vous avez daign^ m'exhor- 
ter k ne point laisser mon esprit s'endormir dans les 
langueurs de Toisivet^ , et a m'appliquer chaque jour 
avec vigilance k la lecture et a la meditation de la 
sainte Ecriture, et aussi4i recueillir les sentences des 
Pferes et des canons , pour en former un p^nitencier 
en un seul volume , je I'avoue , cet ordre m'a paru 
dur et difficile k rempli# : j'ai tremble k Tid^e de me 
charger d'un fardeau qui a effray^ tons les prudens. 
J'ai lutte long -temps conlre votre volenti , non par 
r^istance et obstination , mais par le sentiment de 
ma faiblesse. Trouble de cette inquie'tude , j'ai cru 
n^cessaire de remettre k quelque temps ma t^m^rit^a 
ecrire 5 mais , en m^me temps qjie je pesais toute la 
difficult^ de Touvrage qui m'dtait impost, je n'ai pu, 
ni voulu , ni du resister pour toujours k Tautorit^ de 
celui qui me Tirapose, certain que ma faiblesse trou- 
verait dans Votre Dignity un appui bien au - dessus 
des difficultes de mon ignorance. Adieu. » 

Ebbon recut Ji Rheims le pape £tienne et Fempereur 
Louis, ^prfes que Louis eut vaincu les Esclavonsorien- 
taux , et Jorsque le pape Etienne , qui avait sucedde a 



HISTOIRE DE LE6LISE D£ RHEIMS. 1 97 

Leon, envoya des ambassadeiirs k ce prince , pour lui 
manifester le desir de le voir, en laissant k son choix 
le lieu de Tentrevue. Transport^ de jbie k cette nou- 
yelk, Tempereur envoya k-son tour des ambassadeurs 
au souverain pontife , et leur ordonna de tout prepa- 
rer pour sa reception. Lui-m^me fes suivit bientot en 
personne. Le pontife et le roi se rencontrferent dans la 
grande plaine de Rheims, et tons deux mirent pied a 
terre. L'empereur se prosterna trois fois aux pieds du 
pontife; puis ils se saluferent avec pompe et majiest^, 
se donn^rent le haiser de paix , et se rendirent em- 
semble k T^glise, ou, aprfes qu'ils eurent fait leur 
prifere , le pape se leva , et avec son choe ur prononca 
a haute voix les louanges et acclamations royales. En- 
suite il combla ce prince de riches pr^sens, ainsi que 
la reine Hermengarde, les grands de la cour et les mi- 
nistres. Le dimanche suivant , avant la c^lc^bration de 
]a messe , en presence du clerg^ et de tout le peuple , 
il Toignit et le sacra empereur , et lui rait sur la t^te 
une couronne d'or d'une merveilleuse beauts, orn^e 
de pierres pr^ieuses, qu'il avait apportde avec lui. II 
proclama la reine Auguste , et la couronna aussi d'une 
couronne d'or. Et tant que le pape apostolique s^- 
journa en notre France, le roi et lui ne s'entretinrent 
que des int^r^ts de la sainte l^glise de Dieu. Quand il 
youlut partir , Fempereur le combla k son tour de ma- 
gnifiques presens, beaucoup plus riches encore que 
ceux quHl en avait recus, et le fit escorter jusqu'k 
Rome par ses ambassadeurs , auxquels il recommanda 
de lui faire rendre sur toute la route les hommages et 
services convenables. 

En ce temps, Peglise de Notre -Dame tombait de 



igS FRODOARD; 

v^tust^, Desirant r^parer cette sainte basiliqtie , ou 
le roi Pepin el Tempereur Charlemagne avaient re^u 
Tonction apostolique ^ le premier^ du pape £tienne ii 5 
le second, de L^on m^ comme on le voit dans yne 
lettre de Tempereur Lotbaire , adress^e a L^on it pour 
lui recommandep.rarcheT^qne Hincmar^ Ebbon sup- 
plia Fempereur Louis de lui accorder les iburs de la 
cit^ de Rheims pour ^tre employes k la reparation et 
k Tagrandissement de cette ^glise. £t comme alors ce 
prince jouissait d^une paix profonde^ et, fort de latoute^ 
puissance de son empire ^ ne craignait aucuiie* incur*- 
sion des barbares ^ il ne refusa point le saint pr^lat, 
et lui accorda, au contraire, avec bont^ sa demande, 
pour Tamour de Dieu et de sa sainte M^re, et vouknt 
qu'acte restslt de sa volonte, il rendit Tordonnance 
dont la teneur suit : 

« Au noni du Seigneur Dieu et de notre Sauveur Je- 
sus Christ, LouiS) par la grdce de ]a providence divine, 
Empereur Auguste ; eh remettant, ppr une religieuse 
lib^ralit^^ aux lieux saints, et leur rendant pour sub- 
Venir k leurs besoins et n^cessit^ ce que les rois et 
empereurs nos pr^d^cesseurs avaient cru devoir en 
exiger pour le service de TJ^tat; en pr^tant une oreiUe 
&vorable auxsaintes et salutaires requites etsupplica-^ 
tious des fiddles de Dieu k ce sujet ^ nous pourvoyons 
tout k la fois au salut de notre ame et au profit du 
roi et du royaume ^ car ce n'est point diminuer le bien 
public que d'y prendre pour subvenir kdes actes pieux, 
k Fentretien des lieux saints^ auK besoins des ^glise$ 
de Dieu et aux commodit^s de ses serviteurs. Cest 
pourquoi nous votilons qu'a tons les fidMes de Dieu ) 



HISTOIRB BE L^EGLISE BE RHEIMS. 1 99 

pr^sens et k venir, et en particulier k nos succeiseiir^ 
a la souveraine puissanoe , lesqnela aeront plaeib #iir 
le trdne par la grice du Seigneur dea aeigneura, 
comme nooa y avona ^t^ plac^ noii6«*mlme, U soil 
c^nnu et appria qu^Ebfaoii , v^n^rable arohevlque d« 
r^liae de Rkeims, et du tr^s-r^v^rendianme ai^ge df 
saint Remi , tr^a-glorieux pr^lat et aotre patron parti*- 
culier, a fait connaitre k notre cMinenee»que notrt 
sainte mire Nglise m^tropolitaine , d^di^e en Tbon- 
neur de la bienheureuse Marie toujours vierge , torn- 
bait de y^tuatd. Comme en cetteaainte basilique , par la 
grftce de Dieu et la cooperation de aaint Remi , notna 
nation dea Francs et son roi du m^me nom, que noua 
fureiit lav^a dans lea eaux du bapt^me , et m^ritjarent 
d'^tre^^lair^a de la lumiire et des sept dons du Saints 
Esprit 9 comme ce grand roi fut trouve par la d^menot 
de Dieu digne d'y recevoir Tonction sainte^ conuDt 
enfin noua-^m^me y ayona recu de la munificence 
divine , par le^ mains d'£tienne , souverain pontife de 
Rome , la couronne imp^riale aveo le titre et la puia* 
aance d'empereur, il noua aplu, en reconnaiasance dea 
grands bienfaita dont le Seigneur nous a combM en 
celieu, r^blir cette baailique. Considdrant d'ailleura 
la difficult^ dea lieuK et lea obstacles de Tentrepriae , 
nous accordons , pour cette construction et pour ^•* 
fier tout ce qui sera n^essaire aux besoins des ser* 
viteurs de Dieu y demeurant , tous les murs de la 
cit^ avec leurs portes, toutes les redevances et charges 
que les biens de F^glise et de Y^yichA de Rheima 
payaient k notre palaia royal d'Aii. Donnona le tout 
en aumdnes a notre intention, et pour le salut de 
Tame de notre seigneur et p^re, et autres rois nos pr^ 



aOO FRODOARD ; 

d^cesseurs , lesquels , au prejudice de leur saint , out 
quelque temps retenu entre leurs mains ledit ^v^chd, 
et en ont d^toum^ k leur usage les biens et revenus, 
au m^pris de la r^gle eccl^siastique , et ainsi ont em^ 
p^ch^ les divers lieux saintscsifu^s en ce diocese de 
profiter comme ils Tauraient du. Vonlons de plus que 
tons nos vassaux et fiddles qui possMent quelques 
biens provenus de cet ^v^ch^ concourent a cette 
sainte entreprise ; et , comme il a ^t^ arr^t^ par notre 
seigneur et p^re, de bienheureuse m^moire , et aussi 
par notre seigneur et aieul Pepin, de pieux souvenir, 
quails paient k T^glise de Rheims les dimes et nones 
des biens qu'ils tiennent d^elle. Entendons que toutes 
routes ou voies publiques qui avoisinent cette ^glise, 
et pourraient g^ner la construction des cloitres et ha- 
bitations des serviteurs de Dieu, soient d^tourn^es et 
chang^es, si besoin est; et si notre fisc y a quelques 
droits , en faisons concession a perp^tuitd par la pre- 
sente ordonnance , et d^fendons que jamais aucuns 
juges, comtes ou commissaires osent inqui^ter T^glise 
de Rheims et lui susciter quelque trouble ou emp^che- 
ment. Conjurons nos successenrs de songer k leur sa- 
lut present et ^ternel , de se souvenir des bienfaits qui 
ont ^t^ en ce saint lieu accord^s a notre nation ^ k nos 
pr^d^cesseurs et k noiis, par les m^rites de la bien- 
heureuse Marie mfere de Dieu , et par Tintercession de 
saint Remi ^ les requdrons que , comme ils desireraient 
que le bien qu'ils auraient fait fiit maintenu par leurs 
successenrs, ainsi il leur plaise conserver et maintenir 
inviolablement et k toujours ce que, nous octroyons a 
ce saint lieu taut de fois d^nomm^, pour Tamour de 
Dieu , de sa sainte M^re , el de notre l»€nheureux 



fitSTOIRE D£ l'eGLISE DE RHEIMS. aoi 

protecteur, saint Remi, Et afin que cette conq^ssion 
de notre plein pouvoir obtignne dans Tavenir^ au nom 
de Dieu , une plus fenne et enti^re autorit^ , avons 
ordonn^ et ordonnons qu'elle soit scell^e du cachet 
de notre anneau royal. » 

A tant de bienfaits Tempereur ajouta encore , k la 
prifere d'Ebbon , la cession de son architecte Rumald , 
qu'il donna k Nglise de Rheims , pour la servir tout le 
reste de sa vie , et lui consacrer le talent qu'il avait 
re§u du Seigneur. Cette donation fut aussi scell^e du 
cachet et de Tanneau royal. II donna de plus une 
nouvelle autorisation pour le changement de quel- 
ques voies publiques ou Ton avait besoin de coh- 
struire quelques clotures assez prfes de la ville , et il 
y apposa aussi son sceau. Enfia il donna, de concert 
avec son fils Lothaire, une ordonnance pour la resti- 
tution des biens qui avaient autrefois ^te enlev^ au 
si^ge de Rheims. Elle est Jiinsi concue : 

« Au nom du Seigneur Dieu et dq notre Sauveur 
J^sus-Christ , Louis et Lothaire , par la gralce de la 
providence divine , Empereurs Augustes 5 si de no- 
tre lib^ralit^ nous accordons quelques bienfaits aux 
lieux consacr^s k Dieu , et si nous venous au secours 
des besoins de I'eglise , c'est parce que nous croyons 
fermement que cela nous profitera pour passer heu- 
reusement notre vie temporelle, et obtenir la vie ^ter- 
nelle. Cest pourquoi nous voulons qu'a tons nos fid^ 
les sujets , pr^sens et futurs , il soit connu et appris 
qu'il nous a plu , par r^v^rence pour la foi chr^ienne, 
et pour le salut de notre ame , reb^tir de fond en 



loa FRODOARD ; 

coml^fB la sainte ^glise de Rheims , ou le» rois At 
France, nos pr^d^cesseurs^ ont recu le bieofait de h 
foi et la gr^ce du saint bapt^me ^ ou nous-m^es 
avons pris les marques de la dignity impdidale , apr^ 
Timposition des mains du seigneur pape £tienne; 
avons r^solu de la consacrer en ITionnetir de Notre- 
Seigneur J^su^-Christ, le sauveur dumonde, et de 
la bienheureuse Marie toujours vierge , sa m^re. A ce$ 
causes , c^dant it I'inspiration de la gr&ce , et cmbra- 
s^s de Tamour de la patrie celeste , nous avons or- 
donn^ que les biens qui avaient ^t^ distraits de ce 
saint si^ge lui seraient d^votement rendus, k savoir : 
dans les faubourgs de T^glise m^me , les litres et cures 
de Saint-Sixte et de Saint-Martin avec leurs d^pen- 
dances; hors de la ville, dans le m^me diocese, le 
litre baptismal de Vouzy , le titre baptismal de Saint- 
Jean avec ses d^pendances *, Bretigny, fipemay et 
ses d^pendances *, divers biens situds aux villages de 
Lude et de Prouilly , pays de Rheims; les viUages de 
Co^era et de Vema^ aux territoires du Dormois et 
de Vertus. Et si par hasard il reste encore de notre 
temps quelque chose k ordonner touchant les biens 
de ladite ^glise de Rheims, ordonnons par les pr^ 
sentes que les recteurs et ministres de cette sainte 
^lise puissent ordonner et disposer, comme ilsFen- 
tendront , de tons les biens d^jk restitu^s et k resti- 
tuer, les possfedent Ji perpetuity , en fassent tel usage 
^u'il leur plaira 5 en un mot , sans aucune contradic- 
tion, ordonnent, disposent et fassent tout ce qu'ils croi- 
ront convenable et utile aux int^r^ts de ladite dgJise. 
Et afin que cet acte de notre volont^ obtienne dans 
les temps presens et k venir une plus enti^re et pleine 



:bISTOlRE DE l'eCtUSE DE RHEIMS^ 2o3 

eii^QtioQ y nous Tavons soussigne de nos propres 
mains , et avons voulu qVil fut scell^ de notre an*^ 
neau royal » >j 

Le m^me ^v^que Ebbon obtint encore du m^ipe 
empereur Louis une ordonnance d'immunit^s pour 
Teglise de Rheims, dans la forme et teneur des an- 
ciennes ordonnances des pi;emiers rois ^ une exemp- 
tion du p^age du pont de Bisonce , et d'autres im- 
pots et charges publiques ; et une confirmation de 
Tordonnance donn^e par Charlemagne an sujet des 
chartes bruises. II obtint de Pepin, roi d'Aquitaine , 
des lettres dHmmunit^s pour les biens de T^glise de 
Rheims situ^s en Auvergne ; et une exemption par- 
ticuli^re pour le village d'£pernay , d'abord de Tem- 
pereur Louis ^ et ensuite de son fils Lothaire. Enfin , 
da conseil de fempereur Louis , et avec Fautorisation 
du pontife de Rome Paschal , Ebbon alia jusque cl;iez 
lesDanois , pour les pr^cher; et en effet, il en conver- 
tit grand nombre k la foi , et leur donna le bapteme. 

La guerre ^tant survenue entre le pfere et le fils , 
Fempereur Louis et Lothaire, Ebbon suivit le parti du 
fils,et, avec tons les autres ^v^ques, censura Fem- 
pereur Louis pour quelques fautes qui lua furent re* 
proch^es , quand ses fils Feurcnt fait prisonnier , et 
que Lothaire Feut emmen^ au palais de Compi^gne, 
ou il Paccabla d'humiliations , de concert avec les 
^v^ques et quelques autres grands du royaume , qui 
ordonn^rent qu'il fut confin^ dans un monast^re 
ponr y passer le reste de ses jours. L'empereur r^ista 
et s'opposa k leurs volont^s; alors tons les <$vdques 
qui ^taient pr^ns accabl^rent le malheureux prince , 



^o4 FRODOARD ^ 

lui reproch^rent ses fautes avec. amertume, lui ote- 
rent son ep^e, et le v^tireril d'un cilice. 

Comma pendant tons ces d^bats Ebbon fr^quentait 
la cour , et y restait k plupart du temps , la vision 
sujvante apparut k son sujet au monast^re de Saint- 
Remi. II y avait en ce temps-la au monast^re nn 
moine, nomm^ Raduin, Lombard de nation, lequel 
avait ^t^ abbd d'un monast^re en Italic , c^lfebre par 
la m^moire de saint Remi, et fonde par le zele 
de Moddramne , ^v^que de Rennes. Aprfes avoir long- 
temps rempli avec fid^lit^ les devoirs de la vie mo- 
nastique , Raduin , entrain^ par sa devotion aux nit- 
rites de saint Remi , ^tait vena visiter le tombeau 
de ce grand . dveque 5 et Ik, vivant dans toutes les 
rigueurs de la vie religieuse avec les frferes , il s'ef- 
forcait de se rendre digne d'etre admis dans la mi- 
lice celeste. Un jour , c'etait la fSte de I'assomption 
de la sainte mfere de Dieu, aprfes Toffice de ma- 
tines, tons les autres freres dtant all^s reposer, et 
les gardiens de Teglise dtant all^s aussi dormir, Raduin 
resta seul au choeur pour prier. Aprfes avoir long- 
temps psahnodie , la fatigue le prit , et il ne put re- 
sister au sommeil. Pendant qu'il dofmait, il vitsortir 
du s^pulcrt de saint Remi la bienheureuse m^re ie 
Dieu toute brillante de lumifere , et ayant a ses cotes 
saint Jean T^vang^liste et saint Remi : il lui sembla 
qu'ils venaient vers lui a pas lents et solennels. la 
glorieuse Vierge lui mit doucement la main sur la 
t^te et lui dit : « Que fais-tu ici,frfere Raduin ? » A ces 
mots^ le moine se jeta k ses pieds pour les baiser,et la 
Vierge continua : « Ou est Tarchev^que Ebbon?— D est 
» a la cour, r^pondit le moine, ou il suit les affaires, 



HiSTOiRE DE l'eglise de rheims. ao5 

« selon Fordre du roi. — • Pourquoi frdquente-t-il tant 
« le palais ? ajouta la Vierge ^ en v^ritd ce n'est pas Ik 
(( qu^il acquerra de plus grands merites de saintetd. Un 
ft temps yiendra , et il n'est pas loin , ou toutes ses 
« menses lui prosp^reront peu. » Raduin n^osant rien 
r^pondre , la Vierge Finterrogea en ces termes: a Quel 
K difKrend vos rois ont-ils done entre eux ? — • Votre 
« incorruptible Saintetd le sait mieux que moi , sainte 
« mfere du Sauveur du monde, repartit le moine. — 
u Pourquoi done , continua-t-elle , se laissent*ils ainsi 
a squire au mal de la^upidit^, et emporter a une vaine 
(1 audace? » ( Or c'^tait pr^cisdment le temps ou Fem- 
pereur Louis dtait si outrageusement tourment^ par 
ses propres enfans^. Puis prenant la main de saint Re- 
mi : ft Voici , dit-elle, voici celui k qui toute autorite a 
ft i\j& donn^e k toujours par J^sus-Ghrist sur Fempire 
ft des Francs. Gomme il a recu la grice de retirer par 
c( sa doctrine cette nation de Finfid^lit^, c'est lui seul 
ft aussi qui a le don inviolable de lui constituer un 
tt roi ou un empereur. » La bienheureuse mfere de 
Dieu finissait k peine que Raduin s'^veilla tout-k- 
coup. 



CHAPITRE XX. 



De la deposition d'Ebbon. 



QuAND Louis eut ete r^tabli sur son trone et dans 
sa dignity par celui de ses fils qui portait son nom , 
Ebbon fut d^pos^ de son si^ge , comme coupable d'in- 
fid^ljte envers Fempereur-, ainsi que Fempereuravait, 



9lo6 FRODOARD \ 

pour le m^me fait, d^pos^ long-temps auparavant 
Jess^ , ^v6que (f Amiens, depuis re5tabli. 

Le pape Nicolas ayant pris des informations sur la 
deposition d'Ebbon auprfes des evdques de France , et 
surtout de ceux de la province belgique , voici la 
r^ponse qui , entre autres , lui fut faile. On accusait 
Ebbon d'avoir recu de Lothaire Tabbaye de Saint-Waast 
pour trahir son p^re., et d'avoir ^t^ finsligateur des 
fausses accusations dont on avait accabl^ Tempereur; 
enfin de Tavoir, avec ses complices, rejet^ du sein de 
rifeglise, condamn^ k une penitence publique , et tenu 
prisonnier, jusqu'k ce qu'enfin, Tan de Tincarnation * 
de Notre-Seigneur 834 ? Lothaire , efFray^ de la Hgue 
de ses fr^res et d'un grand nombr^ de fid&les de son 
pfere et empereur , s'enfuit , laissant son pfere libre, 
mais encore interdit et sequestrd de I'Eglise. Plu» 
sieurs ^v^ques , qui s'etaient attaches i Lothaire 
pendant I'adversitd de son pere , s'enfuirent avec lui, 
abandonnant leurs sieges, au m^pris des regies sain-^ 
tes; on cite Jessd, d'Amiens; Herbold, d*Auxerre; 
Agobard , de Lyon •, Barthdlemy , de Nar^onne. Quand 
Lothaire fut parti , ceux des ^v^ques qui restaient 
r^conciliferent Tempereur i r£glise dans la basilique 
de Saint-Denis, et le rdtablirent dans la communion 
eccl^siastique. A cette nouvelle, Ebbon confia la plu- 
part de ses gens et serviteurs a quelques amis, et leur 
donna des instructions pour determiner ou et quand 
ils devraient venir le rejoindre. On ajoute que , pre- 
nant tout ce qu'il lui fut possible Jemporter d'or et 
d'argent du tresor de F^glise , il s'enfuit de Rheims 
pendant la nuit , sans que personne cherchit a Far- 
r^ter ou le poursuivre , avec un petit nombre de do* 



' ■» 



HISTQIRE DC L^MlOLISE DE RHEIMS. 207 

mestiques , et quelques Normatids qui connaissaieut 
les ports de mer et le cours des fleuyes qui se jettent 
dans la mer. Ainsi , il abairdonna non senlement son 
diocese , maifl meme la province belgique , et prit sa 
route vers les Normaia[fls , auxquels il avait ^te destin^ 
pour pr^dicateur de la foi par les papes Paschal et 
Eugene, comme il 4:dsulte des lettres qu'ils lui adres- 
sferent k ce sujet, Mais Tempereur fut averti de sa re- 
traite par ceux mdmes qui ^taient entr^s dans son 
projet 5 il le fit rappeler par Rothade , ^v^que de Sois- 
80118 , et Erchenrade , dv^ue de Paris , et lui ordonna 
de se retirer, en attendant le prochain synode^ au 
monastfere de Saint-Boniface , ou il lui fit fournir tout 
ce qui ^tait n^essaire k ses besoins et k ceux des 
clercs et laiques de sa suite. Hildemann, ^v^que de 
Beauvais , accus^ d'avoir , ainsi que les dv^ques cit^s 
plus haut, form^ le projet de se retirer auprfes de 
Lothaire, fut detenu aussi au monastire de Saint- 
Waast jusqu'au synode, lequel fut tenu Tan 835 de 
Pincamation de Notre-Seigneur. Tous les ^v^ques 
qui y assist^rent donnferent chacun leur opinion par 
^rit sign^e de leur main, et, d'un consentement una- 
nime, se d^clar^rent pour le rdtablissement de Tem- 
pereur. Ebbon donna son opinion par ^crit , comme 
les autre* •, comme il n'^tait point encore d^chu de sa 
dignity, il signa avec le litre d'archev^que. Dans cette 
declaration il pro testa que . tout ce qui avait ^t^ at- 
tenti centre Thonneur de I'empereur avait 4t6 fait 
eontre droit et raison. Peu de temps apr^s , quand 
chaque ^v^que eut ainsi donn^ sa declaration , ils se 
rendirent tous k Metz avec Tempereur et grand nombre 
de ses fiddles et de grands duroyaumej etla, dans la 



1 



ao8 FRODOARD*, 

basilique de Saint-£tienne, Tevfique Drogon fit une 
lecture publique de tout ce qui avait et^ ^rr^t^ k Fu- 
nanimit^ touchant le r^tablissement de Tempereur. 
Apr^s cette lecture , Tev^que de Rheims, Ebbon , qui 
avait ete,pour ainsidiFe,le port^tendartdela r^volte, 
monta dans la chaire que Drogon venait de quitter, 
et, en presence de tons , protesta que Tempereur avait 
^t^ depose injustement ; que tout ce qui avait ^t^ fait 
contre lui dtait une oeuvre d'lniquit^s et de machina- 
tions sans autorit^ , et qu*enfin rien nMtait plus juste 
et plus legitime que sa reintegration et son r^tablisse- 
ment sur le trdne. Ensuite , apr^s avoir chants tons 
ensemble les louanges du Seigneur , et termini tout 
ce.qu'ils avaient a feire en ce lieu, ils s'en retourae- 
rent au palais de Thionville , ou s'assembla le synode. 
hk Hildemann se pr^senta , se disculpa , dans toutes 
les fo^^es canoniques, de Faccusation qui lui ^tait in- 
tenj:ee , et satisfit le synode , et par ce moyen I'empe- 
reur lui-m^me. Ebbon aussi se pr^senta, etfut accuse 
par Tempereur en personne de lui avoir intent^ de 
fausses accusations; de Tavoir pr^cipit^ du trdne ainsi 
charge de crimes imaginaires -, de lui avoir dte ses 
armes •, enfin de Tavoir s^par^ de I'figlise et banni de 
la societe des Chretiens, sans .qu'il eut auparavant 
fait aveu ni ete convaincu, ainsi que lui-meme Ta- 
vait confesse d'abord dans la declaration sigriee de 
sa main , ensuite dans sa protestation hautement 
et publiqueraent prononcee k Metz en pr.esence de 
tons. Outre cette premiere et principale accusation, 
il y avait encore plusieurs autres crimes dont il ne 
pouvait manquer d'etre accuse. Deja m^me il avait 
k ce sujet ete accuse devant Tempereur long-temps 



HISTOIRE DE L E6LISE DE RHEIMS. aog 

auparavant , et n'ayant pu se purger canoniquement , 
ainsi qull r^sulte d'une lettre des dv^ued au pape 
Serge , il avait 4t4 pour quelqiies-uns de ces crimes 
chass^ du conseil de Tempereur. Sentant done Km- 
possibility de nier alors que la v^rit^ etait connue de 
tous , Ebbon demanda la permission de se retirer , et 
de plaider sa cause deyant les dv^ques, dans une 
stance ou n'assisterait point Tempereur. Sa demande 
lui ayant iti accordde , il fit appeler en particulier 
qnelques ^v^ques , et. li , de son propre mouvement, 
sans que personne I'y contraignit , se conformant k la 
rigle de ceux qui suivent le concile d'Afrique , afin 
de s'^pargner la honte a lui-m^me, et de sauver k 
Ffiglise Vignominie et les insolentes insultes du si^cle , 
dans la crainte aussi que la dignity du sacerdoce ne fiit 
souilWe sll faisait aveu , ou s'il ^tait convaincu pu- 
bliquement des crimes dont il ^tait accus^ , et de c.eux 
dont il pourrait T^tre , il dicta sa declaration , la fit 
&rire sous ses yeux, la signa de sa main, conform^* 
ment k la discipline eccl^siastique 5 puis la pr^sen- 
tant de lui-m^rae au synode , et I'appuyant par une 
confession nouvelle et de vive voix , sans que per- 
sonne Ten requit ou I'y contraignit , il demanda qu'il 
lui fut permis d'abdiquer 5 et , comme tous ceux qui 
^taient pr^sens purent le voir, il'se d^mit lui-m^me 
du sacerdoce , cherchant le remMe de la penitence , 
ainsi quHl est ^fit dans sa declaration et confession 
sign^e, dont la teneur suit : 

« Moi Ebbon, ^v^que indigne, reconnaissant ma 
« fragility et la gravity de mes p^ches , prends k t^- 
^ moins mes confesseurs, Aiulfe archevfique, Bada- 
^ rade ^v^que , et Modoin aussi ev^que , lesquels j'ai 

'4 



2IO FRODOARD^ 

a constitu^s juges de mes fautes, et auxquels j'ai 
« fait confession sincere, que cherchant le remMe de 
« la penitence et le salut de mon ame, je me d^mets 
ft de Foflice et minist^re pontifical, dont je reconnais 
ft m'^tre rendu incapable, indigne, par les fautes dont 
ft je leur ai fait Taveu en secret. Qu*ainsi done ils 
ft soient garans qu'un autre peut ^tre ordonn^ et con- 
ft sacr^ k ma place, qui gouverne dignement et £isse 
ft prosp^rer T^Iise que jusqu'ici j'ai indignement gou- 
ft vern^e. Et afin que je ne puisse k Tavenir invo- 
ft quer Fautorit^ canonique ni r^voquer et r^tracter 
tt ce que dessus , j'ai ratifi^ et signe de ma main la pre- 
» sente declaration. Ainsi signe,I^bon,jadi$ev^que.» 
Et afin que, selon les lois qui gouvement T^glise, 
il accompllt l^galement toutes choses au synode, afin 
aussi de se conformer k la parole de f Apdtre qui defend 
de recevoir aucune accusation contre un prStre sans 
la deposition de deux ou trois t^moins , outre les M- 
quesqu*il avait choisis pour ses juges selon les canons 
du concile d'Afrique , il demanda trois autres dv^qaes 
pour constater Faccusation qu'il faisait de lui-m^me et 
sa demission du sacerdoce. Les trois nouveaux appel^ 
en t^moignage furent Thierri ^v^que, Achard, un 
des eyeques de la province de Rheims, et Nothon, ar- 
chev^que. Et ainsi lui-m^me protestant, et les six dve- 
que$ attestant sa protestation , il pr^senta sa declara- 
tion au synode, comme nous Tavons dit plus haut ] et 
chacun des evSques pr^sens lui dit en particulier et a 
son tour : Suis^ant ta declaration et ta protestation 
signee, sois dernis du ministere. Ensuite , en pr^ 
sence de tons, Fev^que Jonas prononca , au nom de 
tous, la declaration des ev^ques, et la dicta au no- 



HISTOIRE D£ L'eGLISE DE RHEIMS. 2|1 

laire filie , afin qu'elle fut conserv^e aux Ages futurs. 
Ce notaire ^tait le meme qui avait ^crit la confession 
d^bon , ensuite sign^e par Ebbon lui-mSme selon 
les articles 5get 74 du concile d'Afrique. Le notaire 
£lie dressa done acte, ainsi qu'il suit : « A ^t^ faite la 
(( confession d'Ebbon, sign^e de sa propre main, dans 
« f assembl^e du synode gdn^ral tenu k Thionville, Tan 
« de Tincarnation de Notre-Seigneur 835 , et du r^gne 
« glorieui, de Tempereur Louis le vingt-uni^me. » 

Qnelque temps apr^s, le synode remit k Foulques, 
saccesseur d'Ebbon au si^ge de Rheims, la declaration 
faite par Ebbon apr^s sa condamnation, avec Tacte sy- 
nodal •, laquelle est encore conserv^e aux archives de 
F^glise de Rheims, et dont une copie fut envoy^e 
alors au pape L^on, de bienheureuse m^moire. 

Apr^s sa deposition, Ebbon se retira, dit-on, dans les 
regions cisalpines , et y demeura jusqu'^ ]a mort de 
Fempereur Louis, laquelle arriva Tan de Tincarna- 
tion de Notre-Seigneur 84o. Son pfere ^tant ddc^dd, 
Lothaire vint dltalie en France, et aussitdt Ebbon 
alia le joindre k Worms. Li, quelques jours apr^s, il 
Jul rendit par edit imperial les siege et diocese de 
Rheims. Get edit est ainsi concu : 

c( Au nom de notre Seigneur jesus-Christ , Dieu 
<i eternel, Lothaire, par la grAce de la providence di- 
<i vine, empereur Auguste. Gomme la confession des 
« fautes n'est pas pas moins necessaire dans Fadversite 
u que dans la prosperite, que Dieu ne rejette point 
cc le coBur contrit qui sTiumilie. et que c'est au con- 
(( traire une grande rejouissance pour les anges dans 
« les cieux , quand un seul pecheur se repent 5 nous 
ft bibles mortels sur la terre, ne pouvons rejeter ceux 

1.4. 



j,0 FBODOABD 

« constitu^s juges de mes ' 
« fait confession sincere, or - 
« la penitence et le salut 
« de I'office et n>»i'^Ef ^ \ 
o m'^re rendu i^^^^ v "fi 
« je leur ai faij 
a soient ganma w , - 
« sacr^ i ma plac'i V 
•.prosp^rerl'^lif^lL'* 
« vern^e. Et a i" ?^,% 
H qaer I'autO' \ % 
« cequede* 




» sented^'l 
Etafiji' 
il acco'?^ 
aussi' 
de r 
la/ 



,^t^^,^miien, 



« requite des^v^^i^ 

.nslepottvoirquetaasnerda 

..otra cause, et te r^tablissqiw en 

.ese de Rheims, afm que jouissant de 

ethonueurs dqpaZ/(«m ancienuemeni 

la lib^ralit^ apoetolique, tu exerces avec 



'^ -n accord et bonne union ton saint et pie«x mi- 

^te, ayant hurablement satisfait et obteno grace 
par aj;te*(4pinjel de notre Hh^ralite. Ont sign^ et ap- 
<i pronv^ : DrogoB ^v^qoe, Otgaire archey^que, Hetti 
« archev^que, Amalwin arcUev^que , Audax archey^- 
M que,JosepH^^que,Adalulfe ^vlquo, I)avid ^v&iQe 
u Bodinjve ^v^que , Giselbert livlqne , Flothaire ^v5- 
^ que,Badarade^v^ue, Ha^non ^v^que, Hartgaire 
« dv^ue, Adon4v4que, Samuel ^Teque,iiambert ^^ 
t q«e, Haiwin ^v^que, Ratold pr^tre , liv^que d^sign^, 
u Apialric ^veque d»5aigii*i, en prt;sence de plusieurs 
B autoes pr^tres et diacres r^unis e« assemU^e publi- 
• qMe.Fait as palai* public d'Ingelheim, te vingt-qiw- 
« infeme jeiur 4« j«in, regnant et gQuvefuajit rempe- 



\ 



V 



♦. 




I 

•\^J^ , ^ ^ DE RHEIMS. ai5 

^^^e, de son de Tabbaye de Saint- 

^ p^re Van ^ -ee Fautorisation du 

^nt nouf 

\ X)us Tabbe 

e. i. 1 de son 

aonna cou. * pass^ 

out ^tat et conditio^. , "^^tre 

dnt dans Feglise de Rheims^ c. e- 

o Lothaire vainqneur chassa Charles ^ 
. et le contraignit de se retirer derrifere \j^ 
.<;, Ebbon reraonta sur le siege de Rheims, six an?. 
upr6s sa d^positiiMi, et exercade nouveau tousles pou- 
voirs et fonctions du minist^re Episcopal, faisant de& 
ordinations. II resta maitrede Tev^ch^ environ tin an, 
jusqu'ice qu'enfin Charles, ayant rassemble ses for- 
ces, rentra en Belgique. Aussitot Ebbon abandonna 
le si^ge de Rheims, et s'enfuit vers Lothaire, aupr^s 
duquel il vecut dans I'intimite et Tobeissauce domes- 
tique, jusqu'k ce qu'ilalla k Rome avecDrogon 4v^qu^ 
de Metz^ alors il demanda au pape Serge de le re- 
concilier , et de lui rendre le pallium; mais le pape. 
lui refusa le pallium , et Tadmit seulement a ]a com- 
munion. A son retour de Rome, il obtint de la lib^- 
ralit^ de Tempereur Lothaire I'abbaye de Saint-Colom- 
ban en Italic \ mais ayant refuse une ambassade dont 
Tempereur voulut le charger en Gr^ce, il perdit son 
abbaye avec tous les bienfaits dont il avait et^ combl^, 
et se retira auprfes de Louis, roi de Germanic, qui le 
nomma a un dv^ch^ en Saxe, ou il a yecu depuis exer- 
cant le saint minist^re. 



a I 2 FROPOARP ^ 

f( dwt la conversion , aioai que le t^moignage dim 
K npu9 Tapprend, r^jouit les anges dans les cieux. D'ail- 
a leur^ ]a cBmenae divine nous present, uon de eon- 
ft darner, mais de relever et console ceux qui s'ac- 
ft cusont ei|x-'m^mes et dc^testent leurs fautes, puis- 
ft que, i^on seulement notre seigneur J^us^hrist a re- 
^ t|iis k la femme aduH^re la peine port^e par la loi^ 
ft Hiais encore n'a point qondamn^ le publicain humi- 
ft U6 et s'accufant Jui-Qi^e , et au contraire Ta e^aJt^ 
ft en le ju$ti6ant ; aussi le Seigneur n*a point .dit : 
ft Quicmqw s'humUe sera condrnnw, mais bien , 
ft sern exalte* Ce«t pourquoi Ebbon > ^ la pri^re des 
ft enfant de tou ^lise, et ^ la requite des dv^ues ici 
ft pr^ns, noa3 te rcAdon^ le ppuvoir que tu as perdu 
ft par toQ, iMe pour nptra cause, et te r^tablisaons en 
ft ton 9i^gQ et dioctee de Rbeims, afin que joui^^ant de 
ft tonsl^esdroit^ethonueurs du/'a/Z/um ancienuement 
ft obt^iji de la lib^rajit^ apoatolique, tu exerces avec 
ft nous en accord et bonne union ton saint et pieux mi- 
« uirt^re^ ayant humhlement satisfait et obten^i grilce 
<( par acteK^lenu^l de notre Kb^ralite. Ont sign^ et ap- 
« prouv^ : Drogon ^v^que , Otgaire archev^que , Hetti 
ft archev^que , Amalwin arcHeviSque , Audax archeye- 
« que, Josepll ^v^que, Adalulfe ^v^qu©, I)avid dv^que, 
tt Rodingue. ^v^que , Giselbert dv^que , Flothaire ^v^- 
H que J Badarade ^v^que , Haganon ^v^que , Hartgaire 
(^ ^v^que, Adon^v^que, Sajpuel dy^que,Hambert ^v^ 
% q\»e, Haipain ^v^quej, Ratpld pr^tre , tSv^que dc5sign^, 
ft Amftkic ^v^que d^4gu4 , m presence de plusieurs 
^ aiitres pr^tres et diacres r4uni& em assembl^e publi- 
ft q^e. Fait au palai^ public d'lngeHeim, le viugt-qua- 
« iri^me jigmic de juin, r^gwnt et gauvernant Tempe- 



HISTOIRE DE l'iIOLISE 0E RHEIMS. ^i3 

« reur Lothaire, de son retour en France et de sa suc- 
« cessionison pfere Tan premier, indictiOntroisifeme. « 
Le synode dont nous avons parl^ plus haut se ras- 
sembla k Soissons, et mit opposition k cet acte de res- 
titution, declarant que, condamn^ par lui-m^me et par 
quarante-trois ev^ques , Ebbon ne ponvait ^tre rcitabli 
par un nombre moindre. Ebbon n en porta pas moins 
k Rheims Tc^dit, en donna connaissance aux ev^ques^ 
et k plusieurs de tout dtat et condition, et enfin le fit 
lire publiquement dans Feglise de Rheims ^ et comme 
ea ce temps Lothaire vainqneur chassa Charles du 
royaume et le contraigait de se retirer derrifere la 
Seine, Ebbon reraonta sur le siege de Rheims, six ans. 
apr^s sa d^positiiMi, et exerca de nouveau tousles pou- 
voirs et fonctions du minist^re Episcopal, faisant des 
ordinations. II resta maitrede Tev^che environ unao, 
jusqu'i ce qu'enfin Charles, ayant rassemble ses for- 
ces, rentra en Belgique. Aussitot Ebbon abandonna 
le si^ge de Rheims , et s'enfuit vers Lothaire, aupr^s 
duquel il v^cut dans Tintimite et Tob^issance domes- 
tique, jusqu'k ce qu'il alia k Rome avecDrogon ^v^qu6 
de Metz^ alors il demanda au pape Serge de le re- 
concilier , et de lui rendre le pallium; mais le pape. 
lui refusa le pallium , et Tadrait seulement k la com- 
munion. A son retour de Rome, il obtint de la lib^- 
ralit^ de Tempereur Lothaire I'abbaye de Saint-Colom- 
ban en Italic •, mais ayant refuse une ambassade dont 
Fempereur voulut le charger en Gr^ce, il perdit son 
abbaye avec tous les bienfaits dont il avait et^ comby , 
et se retira auprfes de Louis, roi de Germanic, qui le 
nomma k un dv^ch^ en Saxe, oil il a yecu depuis exer- 
cant le saint minist^re. 



ai4 FRODOARD; 



LIVRE TROISIfiME 



CHAPITRE I«'. 

De Telection et de Tordination d'Hincmar. 

L\v de rincarnation de Notre-Seigneur huit cent 
quarante-cinq , Charles (le Chauve) convoqua le sy- 
node des ^vSqnes de son royaume It Beauvais, ville 
de la province de Rheims. L& , entre autres affaires de 
I'fglise et du royaume , leroi entretint les ^veques de 
la d(3solation de T^glise de Rheims , long-temps admi- 
nistr^e par Foulques, pr^tre , et apr^s lui par Nothon, 
mais cependant toujonrs demeur^e sans pasteur de- 
puis la deposition d'Ebbon. Or, ceux-ci racontantThis- 
toire de cette deposition comme ils I'avaient vue ou 
entendu raconter, et rappelant les sentimens et Tau- 
toritd des saints P^ressur des affaires du m^me genre, 
par ndcessite et en m^me temps avec tout pouvoir et 
autorite, arretferent d'un consentement unanime qu'a- 
pr^s dix ans depuis la deposition d'Ebbon il ^tait 
temjps enfin de donner un ^v^que au si^ge de Rheims. 
En consequence , Hincmar fut eiu par le clerg^ et le 
peuple de la m^tropole , par les ^v^ques de la pro- 
vince y. du consentement de W^nilon , archeveque de 
Sens , et d'Ercamrade , ^v^que de Paris , avec Fappro- 



HISTOIRE DE L^^GLISE DE RHEIMS. 2l5 

bation de son abb^ et des frferes de Tabbaye de Saint- 
Denis, ou il etait moine, enfin avee Tantorisation du 
roi Charles. 

Ites sa plus tendre enfance Hincmar avail ete ^lev^ 
sous la discipline monastique, et instruit aux bel 
les-lettres au monast^re de Saint- Denis, sous fabbe 
Hilduin : de Ik , tant k cause de la noblesse de son 
arigine que de T^l^vation de son esprit , il avait pass^ 
a la cour de Tempereur Louis , et avait m^rit^ d'i^tre 
admis dans sa familiarite. La , de concert avec Fempe- 
reur et son abbe , et sous Tautorite des ^v^ques, il ne 
cessa de travailler a la reforme de son monast^re, qu'un 
parti de voluptueux avait depuis long-temps jet(5 dans 
le relaQhement-, et pourconfirmer par sa conduite ce 
c}u'il prechait dans ses discours , il se sojimit le pre- 
mier a toutes les rigueurs de la vie religieuse, morti- 
fiant son corps et se condamnant a une servitude spi- 
rituelle. Dans la suite, lorsque Fabbd Hilduin, grand 
aumonier de Tempereur Louis, encourut avec d'autres 
grands du royaume la disgrafcce de ce prince au point 
d'iStre depouilldde ses abbayes et exil^ en Saxe, Hinc- 
mar, avec la permission de son ^v^que et la benediction 
de ses freres religieux, le ^uivit en exil ; et bientot par 
les liaisons et Fintimite que le Seigneur lui avait fait 
la grice de se menager auprfes de Fempereur et des 
grands, il parvint k force de soins a faire rappeler son 
maitre, et k lui faire rendre deux de ses abbayes. 
Plus tard, quand le pape Grdgoire vint en France, el 
que le royaume se detacha de Fob^issance de Fem- 
pereur, son abbe fit tout ce qu'il put pour Fentrainer 
avec lai dans la revoke : mais ce fut en vain , Hincmar 
resla fidele ^ el quand Louis ful reiabli, il ne cessa de 



2l6 FRODOARD^ 

faire tout son possible pouf i^tre utile k son dhhi. Enfin , 
^tabli sans contradiction gardien des reliques et des 
corps des saints martyrs de ]'^glise , il v^cut paisible- 
ment en son monast^re jusqu'au temps ou le roi Tap- 
pela k son service , et ou il prit le gouvernement du 
monast^re de Notre-Dame et de Saint-Germain, du 
commandement du roi , de son ^^que , et du- diacre 
Louis , son abbe. II recut aussi alors de la lib^ralit^ du 
roi quelques propri^t^s, soil en terres , soit en serfs , 
lesquelles , quand il fut ^v^que , il laissa par testa- 
ment au monast^re de Saint-Denis , ou il avait milite 
sous J^sus-Ghrist. 



=3: 



CHAPITRE II. 

De la revision du jugement d'Ebbon. 

Un an s'^tait ecoul^ depuis Tordination d'Hincmar, 
lorsque Tempereur Lothaire , qui ne cessait de dispu- 
ter le royaume k son fr^re Charles , auquel cet ev^que 
restait inviolablement fiddle, irrit^ contre lui, solli- 
cita du pape Serge des letlres de revision sur le pro- 
ces d'Ebbon. En consequence, le pape ^criyit au roi 
Charles, etlui manda d'envoyer Gondebaud, ^veque 
de Rouen , avec quelques autres evSques du royaujne 
choisis par Gondebaud lui-m^me, pour venir a Treves 
discuter cette querelle avec les l^gats qu'il enverrait 
lui-m^me ; il enjoignait au roi de donner Tordre a 
Hincmar de se rendre k ce synode. II ^crivit aussi 
particuli^rement k Gondebaud pour le pr^venir que , 



HJSTOIRE DE LEGLISE DE RHEIMS. ^17 

comme'il envoyait ses I^ats readre hommage k Tclka- 
pereur apr^s le jour de la Resurrection de Notre-Sei- 
gneur, il eut a se trouver a Treves k cette ^poque, 
avec Jes ^v^ques , afin de prononcer ddfinitivement 
sur cette cause. Enfin il (icrivit a Hincmar lui-m^e 
de ne pas manquer dassister a la conference. Mais 
les legats du pape ne vinrent point, comme il Tavait 
promis. Alors Gondebaud , avec le consentement du 
roi Charles , et de concert avec les autres ^v^ques , 
convoqua un synode auquel il cita Ebbon par lettres 
et par envoy ^s, et le somma d'y comparaitre au nom 
da pape. Mais celui-ci ne comparut ni en personne , 
m par procureur, et n'adressa m^me . aucunes lettres 
canoniques. N^anmoins Gondebaud et les autres ^vS- 
ques qui s'^taient r^unis k Paris, entre autres W^ni- 
lon, mdtropolitain de Feglise de Sens, avec ses dv^- 
ques dioc^sains, Lanfranc archev^que de Tours , avec 
ses suffragans , -et particuliferement Hincmar , avec 
tous ses co^v^ques de la province de Rheims , ^cri- 
virenla Ebbon, lui interdirent le diocese de Rheims, 
lui d^fendirent d'y soUiciter desormais personne ni 
par^crit, ni par parole, ni par messager, avantqu'il 
se fut present^ devant eux , selon le mandement du 
pap^ Serge, pour entendre en pleine assembl^e sa 
sentence definitive , conforme^ment aux constitutions 
canoniques et apostoliques. Mais depuis Ebbon n'^- 
leva jamais , soit devant un synode , soit aupres du 
Saint-Siige , ni reiclamation, ni pretention sur le sidge 
de Rheims et sur son ancienne dignity. Enfin, sur 
un rapport de Taffaire adress^ au pape LcJon , et sur 
des lettres du roi , Tordination d'Hincmar fut ratifi^e 
et approuvee apr^s qu il eut envoye a Rome sa pro- 



'jl8 FRODOARD^ 

feslion de foi , et il recut le pallium. Ebbon surv^- 
cut environ cinq ans, jusqu'en Tan de rincarnatioR 
de Motre-Seigneur huit eent cinquante-un. 



CHAPITRE III. 



« I 



De la yisioD de Bemold. 

QuELQUE temps apr^s , un homme du diocese de 
Rheims , nomm^ Bernold , eut au sujet d'Ebbon la 
vision suivante. Get homme tomba malade, et fat si 
pr^s de mourir que pendant qnatre jours il ne put 
ni manger, ni boire , ni parler. Le quatri^me jour, 
sur les neuf heures, il demeura comme mort : on ne 
pouvait s'apercevoir qu'il respirait encore, si ce B*est 
par intervalles*, et k peine en passant la main sur sa 
bouche , ou Tappuyant sur son coeur, y sentait-on un 
l^er mouvement. Gependant il avait une grande 
rongeur au visage. II resta dans cet ^tat jusqu'^ mi- 
nuit. Alors ouvrant les yeux avec force, et adressant 
la parole a sa femme et aux assistans , il leur com- 
manda d'aller promptement lui chercher un pretre. 
Un instant avant que le pr^tre entrit, il ordonna de 
lui preparer un si^ge , parce qu'il allait arriver ; et en 
effet , le pr^tre entra au moment meme. Quand il eut 
fini ses prieres pour le malade, celui-ci lui dit de 
s'asseoir aupr^s de son lit, et d'^couter attentivement 
ce qu'il allait lui dire , afin que s'il ne vivait pas assez 
pour publier ce qu'il avait vu , le pr^tre put au moins 
le faire a sa place. Alors il se mit a pleurer a chaudes 



HISTOIRE DE l'^GLISE D£ RHEIHS. 219 

larmes, et dit en sanglottant : « J*ai et^ enlev^ de ce 
monde en Fautre ,* et j'ai ^t^ transport^ dans un lieu 
ou j'ai trouvd quarante-un ^v^ques , parmi lesquels 
j'ai reconnu Ebbon, Pardule et i£neas. Us ^taicnt 
tous converts de haillons sales et noircis, comme s'ils 
avaient ^t^ bruits; parfois ils tremblaient horrible- 
ment d'un froid glacial en pleurant et grincant des 
dents-, parfois ils brukient d'une chaleur d^vorante. 
Ebbon m'appela par mon nom j et me dit : a Comme 
ft il te sera permis de retourner dans ton corps, nous te 
c prions 9 mes confreres et moi, de vouloir bien nous 
« soolager. »- Et comment puis-je vous soulager ? lui 
K T^pondis-je. -— Va , reprit-il , trouver ceux de nos 
« hommes clercs et la'iques k qui nous avons fait du 
(( bien ; dis-leur qu'ils fassent pour nous des aumones 
ft et des priferes , et offrent des messes a notre inten- 
« tion. » Et comme je lui disais que je ne savais pas ou 
^talent leurs hommes , il me dit : a Nous te donne- 
rons mi conducteur quit te m^nera vers eux. m Et en 
efifetils me donn^rent un conducteur qui marcha de- 
vantmoi, et me mena dans un grand palais, ou ^tait 
une grande onultitude dhommes appartenant k ces 
ev^ues, qui m^me s'entretenaient entre eux de leurs 
^v&[aes. Je leur racontai ce que j'avais k leur dire de 
la part des ^v^ques, et ensuite je m'en retournai avec 
mon conducteur, et je revins au lieu ou je les avais 
laiss^. Comme si d^ja ce qu'ils avaient demand^ eut 
^t^ fait, je les trouvai le visage riant et frais , comme 
s'ils venaient de faire leur barbe et de sortir du bain , 
v^tus de blanc, par^ de belles Stoles, et chauss^s en 
sandales. Et I'^v^que Ebbon me dit : « Vois combien 
tt ton message nous a soulages*, jusqulci nous ^tions 



aao FRODOARD ; 

c< soumis a un gardien trop rigoureux et a une garde 
N trop 6^v^e ] maintenant nous avons saint Ambroise 
II pour gardien , et notre garde est dopce. » Le malade 
vit encore et entendit beaucoup d'autres choses^ les- 
quelles, d'apr^s son r^cit, ont ^t^ ^crites par T^v^que 
Hincmar. 



CHAPITRE IV. 

D« la restitution des biens ecclesiastiques faite par le roi 

Charles. 

QuAND enfin Hincmar eut ^t^ ordonne archev^ue 
de Rheimsy comme nous Tavons racont^ ci-dessus, le 
roi Charles restitua k cette sainte ^glise tons les biens 
de Tdv^chd , qu'il ayait concddds ou laiss^ usurper 
aux seigneurs de sa cour; et,4>our cette restitution, il 
rendit Tordonnance suivante : 

a Au nom de la sainte et indivisible Trinity , Char- 
les, par la grdce de Dieu, roi. Si nous confirmons par 
nos ^dits ce qui , par nos pr^d^cesseurs ou par la d^^ 
votion des fiddles, a iii bien et sagement dispose, 
ordonn^ et confirm^; si' pareillement nous corrigeons 
par notre autoritd royale, et changeons en mieux ce 
qui a ^t^ corrompu par une ndcessit^ quelconque , ce 
faisant , nous pouryoyons k notre salut , et nous exer- 
cons le minist^re royal que nous tenons du Seigneur. 
Sachent done tons fiddles seryiteurs de Dieu et ndtres 
que les biens de Nv^ch^ de Rheims , que dans une 
extreme necessity , et malgrd nous, nous avions pen- 



HISTOIRE DE L BGUSE DE RREIMS. %%X 

dant la yacance de. ce saint si^ge donn^& pour uu 
temps en coiymande k nos fiddles sujets, afin qu*ils 
trouvassent quelques douceurs temporelles en notre 
service , nous les rendons et restituons , maintenant 
qae par la grice du Saint-^Esprit , et par la volontd de 
Dieu et la n6tre, Hincmar a iti ^tabli arcbeveque de 
ce saint si^e \ et par la pr^sente ordonnance resti- 
tuons en intdgrit^ tout ce dont avions gratifie nos fi- 
ddles , k savoir : £pernay et Juliers*, tout ce que Ri- 
chuin tenait de cet ^v^ch^, tout ce qua possed^ le 
comte Odon ; le village de Ghermisy et celui de Cha- 
pelle , concdd^s a Raban , pr^tre *, enfin tout ce qui 
^tait occup^ par Pardule, Fabbesse Adalgarde, Rot- 
bert , Amalbert clerc , Altmar Jean , le m^decin , 
Raban et le petit nain , Ratbold et Goderamne , He- 
renbold , Donat et Gilbuin ^ enfin tout ce qui a iti 
enlre les mains de clercs ou de laiques qui pendant 
quelque temps ont ^t^ soumis k notre domination , et 
que nous remettons sous I'autoritd dudit arcbeveque 
Hincmar. Et pour tout dire en un mot, aprfes nous 
etre fait representer le testament de saint Remi en 
assembl^e g^nidrale, et en presence de tons nos fid^qs^ 
tant de Fordre eccl^siastique que de Fordre laique , 
nous rendons et restituons en toute int^gritd k Fdglise 
de Notre-Dame et de Saint-Remi , et a Farcbev^que 
Hincmar , F^v^ch^ tel que nous Favons recu de Foul- 
ques , pr^tre ; abrogeons toute concession faite k nos 
fidMes , et voulons que sans opposition aucune , et 
nonobstant toute disposition contraire , ledit arcbeve- 
que en reprenne la propridt^, pour en disposer, lui 
et ses success^urs , corame on doit toujours disposer 
des biens de Ffiglise , c'est-i-dire pour Futility de 



2 '22 FRODOARD^ 

r£glise de Dieu. Promettons que d^ormais nous ne 
nous permettrons rien de semblable cofttre la maisoa 
de Dieu 5 et , au nom du Seigneur tout-puissant , fik 
de la sainte Yierge, conjurons nos successeurs de ne 
jamais rien entreprendre contre cette sainte ^glise. Et 
afin que cet acte de notre autorit^ soil plus certain et 
stable dans Tavenir, et que son authenticity pr^ale 
contre les ennemis de cette sainte ^glise , nous rayons 
sign^ de notre main , et y avons fait apposer le sceau 
de notre anneau. Donn^ le premier octobre Tan 
sixi^me du r^gne du tr^s-glorieux Charles , indiction 
huiti^me. Fait en Anjou , a Avegy. » 

Quant aux autres biens qui ne furent pas rendus , 
le roi rendit ensuite une ordonnance ainsi concue : 

at 
• 9 

tt Au nom de la sainte et indivisible Trinity, par 
la gr&ce de Dieu , Charles, roi , a tons comtes , abb&, 
abbesses , commissaires, vassaux, et k tons fiddles de 
rfiglise de Dieu et aux notres, pr^sens et a venir, sa- 
voir faisons que Hincmar, religieux pontife de la sainte 
^glise de Rheims , lequel nous est tout k la fois cher 
et vdn^rable , s'est jetd aux pieds de Notre Majesty , et 
a fait connaitre k notre mansudtude que Ton ne paie 
point , comme il est du , les nones et dimes des biens 
de Notre-Dame et du saint et pieux confesseur Rami , 
dont r^glise de Rheims a iii ddpossddde , soit par do- 
nation des rois nos prdddcesseurs, soit par impru- 
dence ou concession des dv^ques , soit enfin par ma- 
chinations ou pratiques des malveillans. Cest pourquoi 
ledit dv^que a supplid notre magnificence pour qu'il 
nous plut donner une ordonnance k ce sujet, pour 
Tamour de Dieu, de sa sainte M^re, Qjt de saint Remi, 



HISTOIRE DE l'i^GLISE DE RHEIMS. 22.) 

notre pr^cieux patron.- Acquiescant done, et cedant 
libremeot et ayec plaisir a ses gracieuses et instantes 
prikes, nous lui ayons octroy^ le present mande- 
ment de notre grande autorite. Ordonnons done ex- 
pressement k tons fiddles du Dieu tout-«puissant et 
notres, qui se trouvent possdder quelque partie des 
biens de la bienheureuse vierge Marie, mfere de Dieu, 
ou du saint confesseur de Jesus-Christ, Remi, ou de 
notre tris-religieux et bien-aimd v^n^rable arehev^- 
que Hinemar, soit par octroi de notre libdralitci , soit 
par brigue ou men^e queleonque, soit par prifere et 
concession, enfin k quelque titre que ce soit, qu'ils 
aient k verser nones et dimes en presence de nos com- 
missaires, entre les mains de TolBicier de la sainte vier- 
ge Marie, de saint Remi de Rheims, oudu vdndrable 
archey^que Hinemar, et a payer ainsi ehaque annde 
a F^glise de Rheims en toute diligence et sans eon- 
testation-, et quiconque osera eontrevenir k notre prd- 
sente ordonnanee , saehe qu'il sera sevi eontre lui 
selonles eapitulaires de notre aieul et de notre pfere, 
de pieuse mdmoire, et qu'il perdra lesdits biens, sans 
esp^rance de pouvoir jamais les reeouvrer. Et afiu 
que cet acte de noire autoritd obtienne plus ferme et 
plus pleine vigueur, et que tons sujets de la sainte 
figiise de Dieu et ndtres , pr^sens et k venir , y ajou- 
tent plus de foi , nous Tayons fait seeller de notre an- 
neau. Donn^ le deuxifeme jour de septembre, du rfe- 
gne du Irfes-glorieux Charles, Fan huitifeme; indiction 
dixiime. Fait au monastfere de Saint-Quentin. » 

Charles aecorda en outre k Teglise de Jlheims des 
lettres d'immunitd eoiiformes k eelles qui avaient ^le 
donates par les rois ses prdddeesseurs ; il confirma la 



224 FRODOARD ', 

remise que son p^re Louis avail faite a ce si^ge destri- 
buts dus au fisc , ainsi que les ordonnances sur les ou- 
vriers et architectes , et la concession des murs de la 
yille pour la restauration de cette sainte ^lise. L'or- 
doniiance ^tait ainsi concue : 

« Au nom de la sainte et indivisible Trinity, Char- 
les, par la graLce de Dieu, roi. Si nous accueillons avec 
bienveillance les requetes de nos fiddes, et parti- 
culiferement des pr^tres du Seigneur , surtout en ce 
qui peut eontribuer a la prosperity de I'figlise, ce 
faisant, nous croyons avancer notre salut eternel : a 
tons fiddles du Seigneur et notres, pr^sens et k venir, 
savoir faisons que le venerable Hincmar, archev^que 
de Rheims, a remis sous les yeux de Notre Serenity 
une ordonnance rendue par notre pfere et seigaeur 
Louis, de pieuse m^moire, en augmentation de ses 
aumones, et en faveur de I'dglise de Notre-Dame et 
de saint Remi, touchant les ouvriers et architectes, 
et. la remise des tributs que , d'apres les decrets de 
notre seigneur, cette sainte maison de Dieu payait 
poi^r notre palais d'Aix : 

« Laquelle ordonnance consacrant les dites rede- 
vances k la construction et restauration de T^glise 
de Dieu dans I'avenir et jusqua la fin des si^cles, 
et k I'accroissement de ses aumones, defend que do 
renavant les redevances soient exigdes ni pour le 
palais d'Aix, ni.pour tout autre lieu, mais au con- 
traire demeurent et profitent a la sainte eglise: 
nous done , jugeant bons et equitables les actes de 
notre seigneur et p^re, donnons la presente pour 
les confirmer, et voulons que tout ee qu'il a regie et 
arr^t^ sur les architectes employes a la construction 



HISTOIRE DE l'^IGLISE DE RHEIMS. !i%5 

de kdite ^g^e, et touchaht les murs de h cit^, les 
rues tf TOiea publ^ques servant k rutilit^ 4yi clqitre 
des dianoines, soit de nouveau conc^d^, octroy^ et 
maintenu i perp^tuit^ par notre pr^sente. Et pour 
que cet s^cte de oonfirmation et de concession ob- 
tienne uiie plus certaine authenticity, et soit *rendu 
plus inviolable dans les temps k venir , nous Tavons 
sigad de notre main, et avons ordonnd qu'il soit scelld 
du sceau de notre anneau. Donn^ le vingt-septi^me 
jour de niai, Tan da r^ne du tr^-glorieux Charles 
le dixi^me , indiction tr eiziifcme. Fait au palais royal 
de Vermerie, au nom de Dieu et heur^usement. 
Ainsi ftolt-ill 



533355 



CHAPITRE V. 

De la reparation de Teglise de Rheims par Hincmar. 

XfHisi avoir ol)ten^ ces div^rsi tdq^oig^^s de )a 
libdralit^ royals, se voyant opnfirm^ sur le si^ge ^pi9- 
copal , jouiss^nt d'm^ p^ix prafQn46 et 4^ la £^veur 
du roi 9 Hincmar songea k poursuivre la restauration 
du temple de Notre-Dame , pommencde par Ebbon , 
et termina par de grands et Inagnifiques travau:^ cet 
edifice dont son pr^dcesseur avait jetd les fonde- 
mens. 11 couvrit d'or FauLel de la Sainte-Vierge, Fen- 
richit depierres prdcieuses, ety fit graver rinscription 
suivante : 

tt Get autel consacrd en Thonneur de la m^re du 

i5 



i^!i6 fbodoarD; 

a Seigneur , T^v^que Hincmar , son constant adora- 
« teur, qui a ^t^ pr^tre dans ce si^ge et s'est acquitt^ 
(( des offices sacr^s , I'a fait Clever , huit cents ans deji 
« ^coul^, et la quarante^cinquifeme ann^e prfes de s'y 
« ajouter, pendant que le jeune Charles portait le 
fc diad^me du royaume , et les fiddles de la ville ayant 
« demand^ Hincmar pour pasteur '. » 

Aupr^s de Timage de la sainte Vierge placde sur 
Tautel , furent inscrits les deux vers suivans : 

(( La Vierge Marie porte dans ses flancs rhomme) 
ft le roi , le Dieu , n^ du Saint^Esprit * . » 

II fit couvrir de plomb le toit de F^glise , orna la 
voute de peintures, ^claira le temple par des fen^tres 
vitr^es, et le fit paver en marbre. II couvrit la grande 
croix de pierreries et d'or , et garnit toutes les autres 
d'or et d'argent. II fit faire un grand calice d'or , avec 
une patene et une cuill^re en m^me mdtal, enricUesde 
pierres pr^cieuses. Le calice a iti donn^ dans la suite 
aux Normands pour la rancon et le salut de la patrie : 
la patfene existe encore aujourd'hui. U fit ^crirele li- 
vre sur la nativity de la sainte Vierge , avec le sermon 
de saint Jerome sur Tassomption de cette reine cdeste, 
et le couvrit de tablettes d'ivoire rev^tues d'or. Cest 
lui encore qui fit construire, et garnird'argent dor^ et 

' Hanc aram Domini genitricis honore dicatam 
Cubior ubique suus decoraxfit episcopus Hincmar^ 
Munerihus sacris functus hac sede sacerdos. 
Jam bene comphtis centenis octies annis , 
Quadragintasimul quinto volvente sub ipsis , 
Cum juuenis Carolus regeret diademata regni 
Hune sibi pastorem poscentibus urbis abunnis. 

* Virgo Mctriatenithominem^regemque, Deumque, 
Visceribus propriis y natum deflamanesancto. 



HISTOIRE OE L^EGLISE DE RHEIMS. 227 

cisel^ la grande ch4sse que deux clercs portent or- 
dinairement dans les c^rdmonies , et dans laquelle il 
d^posa les reliques de plusieurs saints pour placer la 
ville sous leur protection. II fit dcrire Ffivangile en 
lettres d'or et d'argent , le fit couvrir de tablettes d'or 
parsem^es de pierreries , avec cette inscription : 

« Sainte mfere de Dieu et toujours vierge Marie, 
ft moiHincmar,^v^que, jeteprdsentecesdons -, quelles 
^ out A^tespieusesvertus, chaste Vierge, c'est ce que 
ft nous a enseigad J^sus-Crist, n^ de ton sein M 9 

n orha d*or et d'argent le livre des sacremens et 
le livre des pri^res qu'il fit ^crire, fit garnir les can- 
delabres en argent, para le temple de lampes , de voi- 
les, de rideaux, de tapis de toutes espfeces, et fit faire 
des ornemens d'autel pour les ministres^ enfin, en 
presence de plusieurs ^v^ques convoqu& exprfes, 
et da roi Charles venu aussi k Rheims, il d^dia solen- 
nellement I'^glise en I'honneur de Tincomparable 
Marie toujours vierge et mfere de Dieu, comme au- 
trefois I'avait ^t^ Fancienne ^glise, et assist^ de 
ses co^v^ques, il la consacra sous I'invocation de la 
toute-puissante Trinity. 

* Sancta Dei genitrix et semper virgp Maria , 

Hincmarus prcesul defero dona tibi. 
Heec pia quas gessit, docuit noa Chriatus Jesus , 
Editus ex utero; casta puella , iuo. 



i5. 



228 FROOOABD \ 



sx 



GHAPITRE VI. 

Des miracles qui ont ete <^res depuis dans cette egUse. 

Un grand nombre de minuses ont 6t& en. divers 
temps op^r^s dans cetle igliMe par k grice de Dieu, 
et k Fhonnenr de ineffable M^re de Notre -Seigneur 
J^sQ&^rist ^ la phipart , ayant eu iieu avant nous, nous 
sont inconnus; mais nous croyons cpi'il ne nous est pas 
permis de passer sons silence ceuxque oous ayonsYus 
nous-mimes, ou que nous avons entendu racont^ aui 
personnesqui les avaient vus, c|uoique cependantnous 
les ayons d^i r^dig^s et mis en vers. 

Une femme de )a cit^ , nomm^e Altrude , avait une 
fiUe unique toute petite, qu'elle nourrissait et qui de- 
yint aveugle pendant qu'elte i^tait encore le seio de 
sa m^re. Apr^ avoir vainement essay^ de tons les re- 
m^des , et n'en obtenant aueun bien , la pauvre ns^re 
s'avisa enfin d'avoir recours au souverain m^decin, et 
pour s'adre«ser k lui elle ne crut pas pouvoir trouver 
parmi les saints de meilleur intercesseur que la sainte 
et unique M^re , dont elle dtait eUe-mlme la servante 
fiddle. Elle fit done preparer des cierges pour elle et 
pour sa fille , et s'en alia k T^Iise pour invoquer la 
bont^ de la Reine des anges. La , placant d'abord ses 
cierges sur les candelabres , puis se prosternant contre 
terre , elle r^pandit son coeur en oraison ; et ne presu- 
mant pas que ses pri^res seules suffiraient, elle sup- 
plia instamment les ministres de Tautel de Faider de 



HISTOIRE DE LEGUSE DE RHEIMS. %1kQ 

leurs pri^res. Goknme elle pria avec d^TOtaon et con- 
fiance , elle obtint que ses ycsux fitsseni exauc^ , et 
la vue fttt rendne k son en&nt ; et deptnis iloiis rayoos 
vue, avec les saints miaistres qui Tavaieiit aid^e en 
pri^i^es, rendant giioes k Dieu et & sa tn^-«ainte 
M&re , et nous montrant sa fille par&itement gui^rie 
et jouissant de k vue. ^ 

Un derc de notre cangr^[atimi^ fionua^ Hogues, 
ndble de naisaance^ ^taat depuis quelque bHnps tour- 
inent^ d*uii si violenl: mal de dents qu'il ne pouTait 
oi donnif ni rien prendre. Ua bon vieilkni , auquel 
il racontait sa donl^ir , lui donna le conseil d'aller se 
prosterner devant Ikutel de la sainte MJbte de Dieu , 
et d'ifnplorer du fond dn coenr son assistaixce ^ puis ^ 
quand sa pri^re serait finse, d'embnoser Tautd , et 
de posa: a ntt sur le marbre la joae maliMi^; enfin, de 
s'en retonrner pleitai de confianoe en sa guidrison , de 
se nettre au lit en -se faisant bien ecu vrir , et d'essayer 
de dormir^ Hugoes^ ayant acconpli de poiivt en point 
ce qm Im avail i!!ti ordonn^ , s^endormit. Or c'etait le 
jour de la Nalivit^ de S<fotre-Sei^eur9 et apr&s tes 
vepres dites, ks fck^es i^taient au refectoire^ on ils 
etaient , sdonleui' coutume , rassembyspour se chauf- 
fer. Fr^re Bugiaes se ^k, en dormant, debout aupied 
de r«scalier du rtfectoire , et an bant de Fesealier , a 
la ponte A^enisAdj la bienkeureuse m^re de Dieu. 
D^autpe part k gancbe, sur lediemier degrd, il Tit Tes- 
prit »alin sous la Agave d'ttsm cbirurgien. Ne doutaxit 
point q«e celle «qull voyak ne fat la neine des cienx, 
sans oittifitdareie perfide ennemi, il nooita jusf^u^ eftle, et 
se jeta a ses pieds. Lots la Viecge le relevant , et lui 
passant la main sous le menton , toucha la joue qui le 



^3o FRODOARD^ 

faisait souffrir , et le consola avec bont^ , lui disant 
qu'il ne Tavait point trouv^e k T^lise parce qu'elle 
^tait obligde de rester en ce lieu pour veiller a la garde 
des frferes. « Ce malin, ajouta-t-elle, que tu vois aubas 
« des degr^s, veut mooter ici et venir troubler nosfre- 
« res. » Apris ces paroles, elle lui commanda de s'en 
retourner, et d'avoir confiance, qu'il serait gudri. Mais 
comme il allait de nouveau se prosterner k ses pieds, 
elle le releva encore , et il ne put embrasser que la 
robe de pourpre dont elle ^tait v^tue •, et k ce mo- 
ment il s'^veilla, et demanda k manger. Les domes- 
tiques etonn^s , et croyaiit qu'il avait le d^lire , en le 
voyant si vivement demander a manger, commenci- 
rent k s'inqui^ter^ mais lui leur assura qu'il venait 
d'etre gu^ri par la bienheureuse M^re de Dieu, et 
qu'il n'^tait ni malade ni fou. Subitement ainsi rendu 
sant^, on Fa souvent entendu affinlier hardiment qa'il 
ne serait jamais attaque du mal de dents, puis- 
qu'il avait ^t^ gudri par line si puissante reine •, et en 
effet, jamais depuis, quoiqu'il ait v^cu longues an- 
n^es apr^s, il n'a senti la moindre atteinte. 

Everard, clerc et diacre du m^meHugues, dtait agite 
d'iine fifevre violente. Un jour ^puisd de fatigue etde 
soufFrance, il se reposait dans la chapelle de Saint- 
Remi, qui est sous I'^glise de Notre-Dame, pendant 
qu'on y c^^brait le mystire de la messe. AprfesFaccfes, 
le sommeille prit, comme il arrive k tons ceux qui ont 
la fifevre 5 et voilk que tout-k-coup il apercoit aupr^s 
de lui la bienheureuse Mire de Dieu , la voit passer 
en lui mettant la main sur la tete, et se retirer der- 
rifere Tautel. Aussitot il ouvre les yeux, se live , et 
comme la messe finissait , il se trouve gudri , et rtJpond 



HISTOIRE BE L*£GUS£ DE RHEIHS. ^I 

ameny puis s'acquitte avec diligence de son mimst^re. 
Au moment ou k vierge miraculeuse le toucha , il 
sentit sa t^te doucement baign^e , comme si on yenait 
d'y r^pandre quelque parfum ; ce que nous avons aussi 
admir^ nous-m^me, qui le vimes ce jour-lk m^me 
gai et bien portant, et prenant sa refection avec nous* 
Nous avons vu k difll^rentes ^poques trois boiteux 
frappds de paralysie aux genoux , et qui ne pouvaient 
faire un pas, recevoir leur gudrison dans cette mSme 
eglise •, fun sous Tdpiscopat de notre seigneur H^ri- 
vee, qui avait etd apportd k bras, et s'en retourna 
de son pied •, le second , sous T^piscopat de Sdulphe , 
nomm^ Magan^re et Breton de naissance , boiteux des 
deux genoux , et ne marchant qu'a Taide de b^quilles, 
qui vivait parmi nous des aumdnes des fiddles, depuis 
pr^s d'un an. Le jour de la f^e de tou&les saints nous 
chantions matines , il ^tait k terre au milieu du peui- 
ple ^ tout-a-coup les nerfs de ses genoux se d^tendirent 
si vivement quelescourroies qui lui tenaientles jambes 
attacbees aux cuisses se rompirent, et la peau s'($tant 
dechir^e, le sangjaillit en abondance^ aussitot se le- 
vant , il se mit k marcher au milieu du peuple dtonne, 
et depuis il a toujours continue. Le troisl^me, sous 
r^piscopat d'Artaud , fut gudri pendant que ee pr^lat 
c^lebrait la sainte messe a la solennil^ du jour ou 
Tarchange Gabriel descendit du ciel pour annoncer 
a la sainte Vierge son. enfantement: miraculeux. Ce 
pauvre et miserable boiteux se tenait avec peine sur 
le marbre du pav^ , quand tout-k-coup il sentit ses 
nerfs se d^tendre; apr^s avoir mesur^ la terre de 
son corps, il sereleva, se prit k marcher, et par sa 
guerison, augmenta I'all^gresse du peuple : il existe 



aSa FRODOARD J 

enodre parmi nous, et vit des aumdnes de f^ve* 

que. 

Enfin , un paysau nomm^ Geilay , serf de Notre- 
Dame, Tenant un jour en viUe, entra dans cette 
^glise pour faire sa prifere. Pendant qu'ii priait, il 
fut tout -^ -coup frapp^ de langueur, et paralyse de 
presque tous ses membres. Dans ce triste etat, il pro- 
mit de rester en cette sainte ^glise, et d'y servirUnt 
qu'il vivrait , s'il recouvrait Fusage de ses membres. 
En effet, un mois api*6s, il se trouva libre et dispos, 
et Alt admis au norabre des serviteurs de T^glise : pen- 
dant cinq ans, il servit plein de force et de sant^, soit 
k Notre-Dame , sent k T^lise de Saint-Denis hors de la 
citd ; mais apr^ ce temps , pr^cisdment le m^e jonr 
que celui de son accident, le jour de la Purification , 
^nt entr^ k Notre-Dame , et s'^tant mis k prier, ses 
membres se roidireut de nouveau, et il demeura 
i^tendu sur le pav^ du temple sans pouyoir ouvrir la 
bouche, ni faire le moindre mouvement. Lesassistans 
le relev^rent, mais ilayait perdu Fusage des bras et des 
jambes. Quinze jours apr^s il fut de nouveau gu^ri et 
rendu libre, et mourut quelque temps apr^s. Mais qui 
pourrait dire combien de malades sont journellefflent 
gu^ris en ce saint lieu ? combien de fi^vreux , com- 
bien de poss^^s , combien d'afflig^ de toute esp^e 
de maladies? Qu^il nous sufiBise, entre tant de miracles^ 
du petit nombre que nous venons de raconter. 



HISTOIRE DE l'eGLISE DE RHEIMS. 233 



CHAPITRE VII. 

De la vision du pretre Gethard. 

UNprfitore du district de Portian, nomm^ Gerhard , 
etait depuis si tong^)e]n|)s malade qti'o«i 1« croyait 
empossonn^. Pendant sa maladie il fui console et ho^ 
nor^ de la visite de queiques saimts. Deux fois Tapd- 
tre saint Pierre lui apparat >et lui recommanda de faire 
reparer T^lise qui porte son nom «t dont G^hard 
etait pasteut , «t lui reprocha d'avoir si sou vent re- 
coars aux m^decins pour le r^tablissemeilt de sa sante. 
Une autre fois il vit saint Remi qui se pr^sentait k 
bi, et lui promettait ^u^rison. Etant done all^ k 
Rheiffls, 2^>r^s avoir visitd les basiliques de Notre- 
Dame «* de Saintfiemi , il s'arrdta pow passer la nuit 
au bourg de Saint-Remi, Advint qu'en dormaat, il 
se ^t transport^ dans un teimple wiagnifique ou la 
bienheureiwe vierge Marie se .raKdaiiacoompagn^e,de 
saint Remi et de saint Martin. Dans Pdglise une mul- 
titude de pr^tres et de Invites atteeniatent la Reine des 
anges, ks diacres rev^us de dalmatiques, les uns te- 
nant <des palmes en main, lesautres sans palmes. On 
y voyait aussi une lon^e file de saints de tons les 
rangs. Gerhard ne reconnut aucim d^ax, except^ 
sftiat Pierre , qui lui itait d^k apparu auparavant. 
Q'lMid la saiiarte Mtoe de Diem «ntra dans F'^lise, ou 
Gerhard I'atteudait , die demanda qua il dtait , et ce 
qu'il vinilait. cc C'est un de mes serviteurs qui vous 



234 FRODOARD y 

tt demande gu^rison, reine toute-puissante, » dit saint 
Remi. Selon ce que raconte Gerhard, il ne put en- 
tendre ce qu'elle r^pondit. Mais il y avait un grand 
voile tendu derrifere lequel la vietge se retira 5 et a 
peine se fut-elle plac^e derrifere qu'il se r(5pandit k 
I'entour une lumi^re plus ^clatante que le soleil , et 
dont l'(5clat dblouissant ne permettait pas aux yeux de 
de se fixer surcet endroit. Quelques jours aprfes saint 
Martin lui apparut , et lui dit qu'il venait de la part 
de saint Remi lui annoncer qu'il conserverait la vie, 
et quesa gudrison lui (^tait accord^e. Cependantillui 
restait quelque doute si c'^tait bien la vierge Marie 
qu'il avait vue , parce qu'il n'avait point entendu pro- 
noncer son nom. II priait done continuellement le 
Seigneur qu'il daignit lui reveler si celle qu'il avait 
vue etait bien la M^re de Dieu. Six mois apr^s, une 
nuit , pendant qu'il dormait , il fut saisi d'une atta- 
que si violente qu'il d^sesp^ra de sa vie. Dans ces 
angoisses, il lui prit id^e de poser sur lui quelques 
reliques de la Vierge , et de prononcer cette prifere. 
« bienheureuse M^re de Dieu, dont je porte en ce 
a moment les reliques, si, comme je le crois, cesreli- 
(( ques sont vraimentles v6tres^ si la vision quej'ai eue 
tt nagu^re vient de vous ^ si vous ^tes la dame qui 
(( allait k ce temple magnilSque, accompagn^e de saint 
» Martin et de saint Remi , et quej'ai vu reeevoir avec 
(i tant d'aiygresse par ce choeur brillant de saints qui 
ft vous attendaient, pr^tez secours a votre serviteur 
ft indigne, rendez-moi vie et sant^ , afin que je puisse 
ft cd^brer la messe, et reeevoir les fruits de vie en re- 
ft cevant le corps de Notre- Seigneur Jesus-Christ; et 
ft vous, saints pontifes de J^sus-Christ, que j'ai vu 



HISTOIRE DE L^^GLISE DE BHEIMS. 235 

« accompagner sa sainteMere,soyez mesintercesseurs 
» aupr^s d'elle, vous qui avez daign^ me visiter et me 
« consoler. » Gependant unl^ger sommeiU'assoupit au 
milieu de ses pri^res et de ses souffrances, et tout-A-coup 
la bienheureuse Reine lui apparut sous les m^mes traits 
el avec le m^me vetement qu'il avait vus la premifere 
fois, environn^e du meme cortege , et toute brillante 
de lumi^re. ifebloui et effray^ de tant d'^clat, il n'o- 
sait parler , et les yeux baiss^s vers la terre , il sem- 
blait frapp^ de stupeur. Lors saint Remi lui adres- 
sant la parole : « Ne vois-tu pas que la vierge Mfere 
({ de Dieu, Notre-Dame, est disposde k te secourir? 
« pourquoi hdsites-tu k t'approcher d'elle ? » Ces pa- 
roles dissipferent ses craintes : levant les yeux, et 
prenant courage, il se pr^cipita aux pieds dela bien- 
heureuse Mfere de Dieu, laquelle le relevant avec 
bontd, et imprimant sur son front le signe de la croix, 
ajouta ces paroles : a Sois sans crainte, ne desespfere 
« pas, confie-toi au Seigneur, car de lui turecevras 
« sant^. Fais sonner la messe, afin que tu c^l^bres le 
tt saint sacrifice , et que tu rendes graces k Dieu , qui 
« tegu^rit apr^s t'avoir chsiti^. » A ces mots, elle dispa- 
nit avec sa suite •, etaussit6t le pr^tre^e trouva gu^ri et 
se leva plein de joie pour accomplir ce qui lui avait 
et^ ordonn^ •, et depuis il a joui de la santd la plus par- 
faite dont un homme puisse jouir. Nous tenons de 
Gerhard lui-m6me ce r^cit , et nous avons cru k pro- 
pos de F^crire tel qu'il nous la racont^. 



36 FRODOARD ; 



CHAPITRE VIII. 



De quelques autres miracles. 



Si cette glorieuse reine du del aime a secourir 
ceux qui la prient avec humility de coeur , elle se 
plait aussi quelquefois k tirer veageance des pre- 
sotnptueux €t des arrqgans ; ce qne nous croyoas en* 
core un acte de sa bont^ ^, car si ies conpaUes souf- 
frent en ce monde des peines proportionnees a leors 
&utes , c'est pour leur en ^viter de plus terribles en 
Fautre. Je n'ai pas vu moi-m^me ce que je yais 
ffaconter, mais je Tai souyent ^ntendu dire k plu- 
sieurs de nos ancieas. Un clerc de notre congre- 
gation , nommd Bernard , ^tait gardien de T^lise de 
ffotre-Dame ^ des gens de peu de sens ( comme il h 
imi-in^e ^rit) le pri^rent de leur donner quel- 
ques reliques de saints. Un jour done qu'il ^tait seul 
dans le temple avec un enfant , il prit nne boite ou 
il y avait des reliques, et porta k idm^rit^ jusqua 
Toavrir. Mais k peine fut-elle ouverte qu'une obscu- 
rity profonde «e r ^pandit dans T^glise ^ Thorreur le 
saisit, et il fut si frappd de terreur qu'il <;rut qu'il 
aliait mourir. £t en efFet, kii etP^nfant qui ^tait avec 
lui perdirent la parole, et ne parent jamais raconter 
ce qu'ils avaient vu. Un autre gardien de la meme 
^glise nous a racont^ k nous-mSme qu*un jour apr^s 
matines , voulant se reposer dans F^glise , il osa pren- 
dre Ies tapis du temple, s'en fit une esp^ce de lit, 



HISTOIRE DE LEGLISE DE RHEIMS. 287 

s y coucha et s'endormit. Pendant son somraeil , une 
dame lui apparat , ayant Tair d^ja vieille , et portant 
des herbes en sa main. D'abord elle lui parla ayec 
douceur et bont4; mais quand elle apercut les tapis 
sous lui, changeant tout-^-coup de visage, elle lui 
adressa ces paroles sev^res : <c Comment ! tu as os^ 
« fouler superbement aux pieds et souiller les sacr^s 
« ornemens de la sainte Mfere de Dieu , et tu n'as pas 
« craint cette reine puissante ! Pour cette fois je te par- 
« donne; mais garde-toi de recommencer jamais. » Et 
elle lui cita I'exemple d'un autre qui avait Thabitude de 
se faire ainsi un lit ayec les tapis sacr^s , et que nous 
avonsvu depuis , r^duit a la plus extreme pauvret^, 
mourir sur un miserable grabat. Le pr^tre se r^veilla 
tout effray^ , et confessant sa faute , alia remettre les 
tapis sur les bancs , et remercia Dieu et sa sainte Mire 
dela r^primande. II ne reconnut point la dame qui 
lui avait apparu ; mais nous croyons qu'elte lui fut 
envoy^e par la sainte Vierge. Nous ayons connu des 
enfans que leurs parens ayaient you^s au Seigneur , 
et consacr^s Ji son seryice en cette ^glise , et quand 
les parens out youlu cbanger leur yoeu , les en&ns 
sont tomb^s en telle langueur qu'ils ont ^t^ forc^ 
de tenir leur prom esse. 

II fut un temps ou les paysans des environs de b 
ville venaient chaque ann^e , aprfes PAques , implorer 
la protection de Notre-Dame , et apporter leurs voeux 
etoffrai^des. Une ann^e, quelques villages n^gligfe- 
rent de remplir ce devoir. Aussi , presque au moment 
de les recueilHr , leurs moissons furent battues de la 
gr^le et de Forage , et pdrirent presque en entier ; 
leurs vignes furent bruises, et perdirent leurs fruits-. 



238 • frodoard; 

Au contraire , la gr^le respecta et n'osa franchir les 
limites de ceux qui s'^taient assur^ la protection de 
la sainte et cldmente Reine. Et depuis ce temps, ceux- 
ci , aussi bien que leurs voisins , se sont montr^s plus 
divots et plus prompts a venir chaque annee visiter 
la cit^ de Rheims, et implorer Tassistance de la sainte 
Yierge , de saint Remi et des autres saints. 



CHAPITRE IX. 

De la seconde translation du corps de saint Remi. 

L']i:vi£QUE Hincmar fit aussi construire aux pieds de 
saint Remi une chapelle d'un riche et beau travail j 
et, levant de son premier sepulcre le corps de ce grand 
saint avec sa chsisse, il le transf^ra dans ce nou- 
vel asile, assist^ de tons les ^v^ques de la province, 
expr^s convoquds, ainsi que nous Tavons d^jk ra- 
conte. II fit faire aussi , pour orner le devant de la 
chapelle, un ouvrage d'or exquis et enrichi de pierre- 
ries, fit ouvrir une fen^tre par laquelle on put voir la 
chisse du saint , et i Tentour fit graver les vers sui- 
vans : 

a Grand Remi, T^v^que Hincmar, plein d'amour 
<c pour toi , fa fait dever ce tombeau, afin que le 
a Seigneur, 6 mon v^n^rable maitre, m'accorde le re- 
ft dos en Tbonneur de tes m^rites et de tes pri^res '.» 

' Hoc Ubi, RendgL J fabrieauit , magne, sepulcrum 
Hincmarus praesul , ductus amore tuo, 
Ut reqmem Dominus tribuat mihi , sancte , prteatu 
£tdignu mentis J mivenerandey tuts. 



HISTOIRE DE LEGLISE DE RHEIMS. 289 

11 fit present a Tt^glise d'un fivangile ^crit en let- 
tresd'or, parsem^ de pierreries, et ornd d'une in- 
scription en vers aussi ^crite en or 5 d'une grande 
croix garnie d'or et de pierres precieuses ; d'un livre 
dessacremens i couvertared'ivoirerevetue en argent; 
d un lectionnaire pour la messe embelli et pare de la 
m^me mani^re ; enfin de plusieurs autres livres et 
ornemens. Mais il n'osa rien prendre des reliques de 
saint Remi , comme lui-meme le t^moigne dans une 
lettre adress^e au roi Louis d'outre-Rhin , qui en de- 
mandait quelques portions. Le pr^lat assure qu'il 
croirait se rendre coupable de la plus grande t^me- 
rit^ s'il osait detacher quelque partie du corps que 
le Seigneur s'^tait plu a conseryer entier et intact. 



CHAPITRE X. 

Hincmar revolt de Teveque de Rome rautorisation de se servir 
ordinairement du pallium, — Concessions faites k Teglise 
sous son episcopal. 

En recompense de sa saintet^ et de sa sagesse , et 
par Tinteryention de Fempereur Lothaire , le vdndra- 
ble ev^que Hincmar regut du pape L^on iv, un nou- 
y^M pallium, avec autorisation d'en user ordinaire- 
ment, comme auparavant le m^me pontife lui en 
avait envoy^ un dont il ne pouvait user qu'i des 
jours de f^te prescrits et determines. Dans la lettre 
qu'il lui adresse k ce sujet , le pontife affirme qu'il n'a 



24o FRODOARD ; 

accord^ k aucun archevdque avant lui Tusage ordi- 
naire et quotidien du pallium , et qu'il ne Taccor 
dera k aueun ddsormais. Hincmar a ^crit six ou sqit 
fois au pape Lton , ainsi qu'il le dit dans nae de ses 
lettres au m^me pontife. Dans cette lettre , il d&once 
au souyerain pontife la t^m^ril^ des chor^v^ques 
qui se permettent de faire des ordinations , et se flat- 
tent de transmettre le Saint-Esprit ; il se plaint des 
torts que la puissance terrestre fait ainsi souffirira 
r£glise , parce que lorsqu'un ^^que vient k mourir , 
on fait remplir par les chor^^ues le minist^re qui 
n'est permis qu*aux seuls*^v^ques , et Ton d^taurne 
les biens et les richesses de Tllglise k Tusage des inon- 
dains , eomme cela ^tait d^j^ arriy^ k notre ^lise. 11 
parle aussi de ceux qu'Ebbon avait ordonn^ apr^ sa 
deposition. Dans une autre lettre, il se plaint d*an 
certain Fulcric , vassal de Tempereur Lothaire , qu'il 
avait dijk signal^ au pape commQ troublant et pers^- 
cutant plusieurs ^glises du royaume-, et qui , apr^ 
avoir 4ii excommuni^ pour avoir renvoy^ son dpouse, 
avait os^ en prendre une seconde. D parle des privi- 
leges dont a joui F^glise de Rheims dfes les premiers 
temps ou les ^glises ont commence k en obtenir -, il 
rappelle que Tev^que de Rbeims a toujours 4ti au 
premier rang entre les primats , et Fun des premiers 
primats des Gaules ; qu^il n*a jamais reconnu <FautTe 
sup^rieur que Tev^que de Rome ; en consequence , il 
supplie le pontife de maintenir et augmenter les pri- 
vileges qui de temps immemorial ont ete octroy^s et 
conserves au siege de Rheims par les papes ses pr^de- 
cesse\irs. Hincmar obtint aussi de Tempereur Lothaire 
une ordonnance au sujet de quelques biens situes aux 



UISTOIRE DE l'^GLISE DE RHEIMS. TL^I . 

lieuxde Mirvaulx, de Termedo^ AeRoseroles % qui 
au temps de Fempereiir Charles avaient it4 , je ne 
sais k quelJe occasion, enlev^s k T^glise de Rheims, 
et donnas au fisc, et que par cette ordonnance Fem- 
pereur Lothaire restitua au domaine de Notre-Dame 
et de Saint-Remi. Le m^me empereur recommanda 
plusieurs fois honorablement au pape Ldon I'dv^que 
Hincmar, soit par lettres, soit par messagers •, et quand 
ce pr^lat se disposa i aller k Rome , I'empereur Tan- 
nonca par une lettre au souverain pontife , le priant 
de le recevoir honorablement et avec bienveillance , 
et de lui accorder lib^ralement tout ce qu'il deman- 
derait. Dans une autre lettre au sujet des decisions 
synodales, Lothaire demande au pape confirmation 
de ceux qui ont iti ordonn^s par Ebbon apr^s sa d^ 
position , et concession de quelques privileges k Hinc- 
mar et au si^ge de Rheims-, il dit que son frfere 
Charles , roi de France, et lui , n'ont pas voulu laisser 
partir Hincmar pour Rome , parce qu'il leur Aait trop 
n^cessaire pour ^touffer les troubles qui s'^taient die*- 
v^8 en ce temps. Dans cette lettre Tempereur dit que 
c'est dans cette dglise de Rheims , qui eut pour pre- 
mier dv^que saint Sixte , que deux papes , ses pr($dd- 
cesseurs et disciples des apotres, Etienne et Ldon, 
ont conf^rd I'onction apostolique k Pepin et k Charle- 
inagiie, qu'un autre £tienne a proclamd le roi Louis, 
Auguste , et a placd sur sa t^te le diadfime imperial. 
Outre ces recommandations , afin d'obtenir ce qu'il 
demandait pour Hincmar, I'empereur avait envoyd k 
Rome Pierre , dv^que de Spolette , chargd de ses in- 
structions , et avait ecrit k un autre Pierre , dv^que 

> Inconnus. 

16 



^4^ FRODOARD ^ 

d'Arezaso , ain$i qu'ii queiques antres dgalement atta- 
ch^ au pape L^on et k lui , pour leur recommander 
le succ^ de cette affair^. Hincmar ecrivit aussi troU 
lettres k Tempereur Lothaire au sujet de ce Fulcric 
qu'il avait excommuni^ ^ dans la premiere, il expose 
par quels moyens il doit faire p^itence ; dans la se- 
conde, il raconte les fautes de Fulcric, et prouve qu'il 
a eu raisoQ de rexcommunier , puisqu'il a refus^ de 
faire penitence ; dans la troisi^me , il le fi^licite de son 
kumilit^, le loue bqaucoup d'avoir ^ut^ ses conseils, 
et ob^ k ses instructions omtre ce vassal excammuni^, 
ei lui accorde Tabsolution qn il ai;ait humbl^oient d&- 
mand^e p(Mir les conununications qu'il avait eues ayec 
le coupable. Hincmar ^rivit k Tempereur Lothaire 
sur sa convalesceaice au sortir d*une maladie y et dans 
cette lettre il lui parle de son salut avec Tautorit^ dun 
ev^ue, qucoqu'en pen de mots et avec r^rve. En- 
fin il lui a ^rit encore en diff^rentes occasions. 

Hincmar obtint du roi C^ifcs la restitution k f e- 
gUse de Rbeims d'uae ckapelle d^di^e k saint Martin, 
au bourg de Vouzy , avectoutes ses d^pendances, et 
la fit oonfirmer par une ordonnance royale. A sa soi- 
licitation , Charles donna queiques biens k Tabbaye de 
Saint-Remi at aux moines qui y senraient le Seigneur, 
savoir : au pays de Portian, au village de Baudrioourt, 
deux manses ; k Mont^Dodelin , deux manses ^ k Vau- 
doilcourt , deux manses avec leors serfs et toutes leurs 
d^ndances. II obtint encode du m^me roi une or- 
donnance loudiant la voie publique , qui empSchait 
de faire les agrandisseoiens ndcessaires au clottre des 
chanoines de Saint-'Renoi , dont il avait augments le 
ttombre. II fit rendre k F^v^ch^ des biens qui depuis 



HISTOIRE D£ l'j^LISE DK RHEIMS. ^43 

long^tmps lui avaieat ^t^ enlev^ , entre autresle vil- 
lage de Neuilly , que Gtrloman ayait donn^ ^ F^glise de 
Saint-Remi pour le salut de son ame, et dont divers per- 
sonnages s^dtaientpartag^, avec Tautorisation du roi, les 
habitations et les serfs ; quelques biens situ^s k Gher- 
misy et Baisiu ; d'autres sur la rivi^e de Retourne et 
autres lieux voisins. Le roi Louis d'outre-Rhin lui ac- 
corda pareillement restitution de quelques propri^t^s 
qui avaient 4t6 autrefois donndes k Saint-Remi, savoir: 
au pays de Worms , Stadtenheim et ses d^pendanees ; 
Cosle et Gleni , dans la for^t des Vosges ; en Thu- 
ringe et en Aiistrasie , le lieu nomm^ Schonerunstadt, 
et celui d'Eisleben avec toutes ses d^pendances. fl 
se fit aussi rendre par justice des biens , des droits 
etdes serfs dant T^v^ch^ avait 4t4 d^pouill^ ; il fit avec 
^verses personnes des ^changes utiles aux deux par^ 
ties , et eut soin de les faire confirmer par des lettres 
du roi. II fit bitir pour les chanoines de P^glise de 
Rheims un hopital pour recevoir les Strangers et les 
pauvres, et assura tout ce qui ^tait n^cessaire k son 
entretien , avec le consentement des ^vdques de la 
province , et leur declaration sign^e , k condition que 
jamais nul ^vfique ou autre personne ne pourrait 
donner k qui que ce fut les biens de ITidpital k titre 
de Wn^fice , ou les d^toumer k un autre usage ; qu*il 
ne fut pr^lev^ sur ces biens aucune charge ou rede- 
vance«, et que tout ce qui en pourrait justement 
revenir fut consacr^ aux besoins des chanoines et des 
pauvres^ selon le mode present dans le privilege ac- 
cords et confirm^ par lui et les autres ^v^ques. II eut 
soin de faire confirmer cette fondation par le roi 
Charles. Enfiii il soumit k une nouvelle circonscrip- 

i6. 



^44 FRODOARD "^ 

tion presque tons les biens et villages de T^v^cli^, et 
en distribua les colons d*une manifere raisonnable. 



CHAPITRE XL 

« Du synode comprovincial tenu k Soissons. 

L'an septi^me de son ^piscopat, Fhonorable ^v^ue 
Hincmar tint un synode comprovincial k Soissons , au 
monast^re de Saint-M^dard , dans F^lise de la Tri- 
nity •, Ik se trouvferent , parmi les ^v^ques , W^nilon , 
archev^que de Sens^ Amaury, archevSqae de Tours ; 
Thierri , ^v^que de Cambrai ^ Rothade , de Sois- 
sons -, Loup , de . Chsilons ; Immon , de Noyon ; £r- 
puin, de.Senlis; Hennanfried , de Beauvais; Pardule , 
de Laon ; Hilmerade , d'Amiens ; Hubert, de Meaux ; 
Agius, d'Orl&ns-, Prudence, deTroyes^ Hermann, 
de Nevers ; Jonas, d'Aiitun^ Godelsade, de Cbilons- 
sur-Sadne^ Dodon ,, d' Angers •, Guntbert, d'fivreux-, 
Hildebrand, de S^ez; et Rigbold, cbor^vSque de 
Rheims -, parmi les abb& et les pr^tres, Dodon,abb^ 
de Saint-^abin; Loup, abb^ de Ferri^res^ Bernard, 
abb^ de Fleury , de la r^gle de saint Benoit ; Odon, 
abb^ de Corbie*, H^riae, abb^ de Corbion; Bavon, 
abb^ d'Orbay, et enfin grand nombre de prStres,abb^, 
diacres et clercs de tout rang. Le glorieux roi Charles 
y assista aussi en personne. U fut traits dans cette as- 
sembl^e de plusieurs. affaires importantes de r£glise 
de Dieu. Quelques chanoines et moines de Rheims , 



HISTOIRE DE l'i^GLISE DE RHEIMS. ^45 

savoir: Radold, Gislold, VulfadeetFriedbert, chanoi- 
ues de f^glise m^tropolitaine; Sigismond,du couvent 
de Saint - Thierri ; Nortwin , Heinrade , Mauting , 
Anth^e , Tetland , Hairohald , Radulfe et Wicpert , 
moines de Tabbaye de Saint-Remi , port^rent plainte 
contre Hincmar devant le concile, et I'accuserent de 
les avoir suspendus de Texercicedes fohctioiis eccM- 
siastiques auxquelles ils avaient ^t^ protnus et ordon- 
nes par Ebbon. Sur c^tte plainte, Hincmar choisit 
pour ses juges les archev^ques W^nilon et Amaury, 
ci-dessus ddnomm^s, et Pardule , ev^que de Laon, 
pour le reinplaeer et tenir son fang de m^tropolitaito, 
Les r^clamai3s eux-m^mes accept^ent les m^mes 
juges, et leur adjoignirent Prudence, ^v^ue de 
Troyes. Or voici quelle fut leur decision : ils jugi-r 
rent que , si l€s r^clamans avaient ^t^ ordonn^s cano* 
niquement par Ebbon lorsqu'il ^tait encore rev^tu 
de toute spn autorit^ , ils. dev^ient exercer leur mii 
nistt^re; que si Ebbon ayait ^t^ injustement d^pos^ , 
Qu canoniquement r^tabli, et les. avait ordonn^s aprte 
sa reintegration canonique • leur droit ne faisait pas 
question non plus , et qu*ils d^vaient exercer. Eii 
consequence , ceux qui avaient ordonn^ Hincmar 
furent interpelies de declarer ce qu'ils savaient de la 
deposition d'Ebben et de Tordination d'Hincmar. 
Alois Thierri , ey^que de Cambr^i , se leya , et mit 
sous les yeux du prince et du synode Facte de depo- 
sition, Ensuite on examina dans quelles formed un 
eveque depose devait ^tre r^tabli , et il fut prouye 
qu'Ebbon n'av?iit pjis et^ r^tabli canoniquement^ 
qu au contraire , il avait et& condamn^ par le Saint- 
Siege, puisque le pape Serge avait confirroe sa d^ 



^J^G FRODOARP ; 

poaition, et lui avait permis sealement de rester dans^ 
la Gommiinion des laique». Apris ces premieres infor- 
mations, on donna lecture des canons qui relent 
Tordination des m^tropolitains ^ on produisit les let- 
trescanoniquesd'Ercamrade, ^v^ue de Paris, confirm 
m^es et sign^ de sa main ainsi que par son archev^ue 
et ses chor^^ques, et donn^es par lui k Hincmar k la re- 
quite du people et dti clei^^ de T^glise de Rheims ; le 
d^cret canonique signe de tons les membres du clerge 
et de la noblesse de T^glise de Rheims , par lequel 
ils demandaient Hincmar pour ^v^ue *, et il fut de- 
montr^ qu'i) avait ^%rdono^ arch ev^ue canonique* 
ment , en prince et du consentement de tons les 
^^ques de la province de Rheims. Ensuite Hincmar 
se leva , et mit sous les yeux du prince et du aynode 
les lettrescanoniqnesqueles sacr^s canons enjoignent 
kvx ordonn^s de recevoir de ceux qui les ordonnent, 
avec la date du jour et du consul en exeroice ; il pro- 
duisit aussi une lettre sign^ de tons les ^vdques 
de k province de Rheims et de presque toute la 
Gaule , et adress^ an Saint-Si^ge pour obtenir con-^ 
firmation de son ordination ^ enfin le diplome sacre 
de confirmation, sign^ de la main mdme du roi, 
scell^ de son sceau , et adr ess^ aussi au Saint-Si^e de 
r^glise romaine. Par toutes ces causes , il fut jug^ et 
Confirm^ qu'Hincmar avait ^t^ ordonn^ ^^ue selon 
toutes les regies canoniques. On examina alors ce 
qu'il convenait de d^ider sur ceux qui avaient ete 
ordonn^s par Ebbon depuis sa deposition et sans 
qn^l eut ^t^ l^timement r^tabli^ Alors Immon , ^ve- 
que de Noyon , se leva et pr^senta un "registre de 
toutes les autorit^s canoniques et apostoliques^ des- 



HISTOIRE D£ LEOI/ISE DE RHEIMS. s47 

queJlesr il r^ulte que nul de cetix qm avaient 4i6 
ordonn^ par Ebbon n'avait pu recevoir de lui ce 

qu il n'avait pas lui-m^me, etc En consequence, 

il fut d^cr^te que toutes les ordinations faites par 
Ebbon depuis sa deposition seraient nuUes et non 
avenues, conformement i la tradition du Saint-Si^gc 
apostolique, exeepte toutefois le bapt^me, qui est: 
donn^ au nom de la sainte Trinity 5 et que tous cevx 
qu'il ayait ordonn^s demeureraient priv^ de leurs 
grades eecl^siastiques. Friedbert , f un des r^clai^jpins, 
lut au nom de tous une declaration dans laquelle 
ils protestaient qu'ils nWaient oonsenti k $e lai«ser 
ordonner par Ebbon que parce qtfik avaient vti les 
^v^ues suffragans Rothade , Loup, Simeon et Erpuiu 
se rassembler en Pdglise mc^ropoK^ine de Kheima 
avec lettres et mandemens de Fempereur liOthaire,, 
et retablir Ebbon wr son si^ge. Ik produisirent eu 
outre des lettres donn^es, disaient-ils, et $tgnees par 
Thierri, Rothade, Loup, Immon et autres^ dv^ques 
de la province,, lesquelles etant lues par les ^v^ques , 
f urent declar^es fausses •, et pour avoir osd ainsi ca- 
lomnier des ev^ues, les redamans fureut excommu- 
ni^s. Cette affaire termin^e par le d^cret des juges, et 
du consentement du roi, Hincmar peprit son rang d'ar- 
cheveque et deprimat* Ensuite on passa k Texamen des 
litres d'un abbe du monast^re de Haut-^Villiers , nom- 
m6 Halduin, qu;i avait ^t^ ordonn^ diacre par Ebbon, 
et ensuite pr^tre par Loup , ^v^que de ChAlons-sur- 
Marne. Alors I'iev^que Loup se leva , et presenta des, 
lettres du roi Cbarksj,. par lesquelles ce prince lui 
mandait de remplir, autant qu'il pourrait, toutes les. 
fonctions du ministere sacr^ en Tieglise de Rheims,. 



a 48 FHODOARD^ 

puisqu'elle ^tait priv^e de pasteur. En consequence, 
attendu qu'il n avait ordonn^ Halduia que sur Tordre 
du roi, qui lui enjoigaait de Fordonner pr^tre, et 
de le sacrer abbe de Haut - Villi ers, sur la presenta- 
tion de Tarchidiacre de Rbeims et de tous les cha^ 
noines ou moines, le synode d^clara que Teveque 
de Chilons n'avait enfreint aucune r^gle , ni merite 
aucune peine *, mais que celui qui de plein saut s'e- 
tait eieve a la prStrise sans avoir auparavant passe 
par le grade de diacre, devait etre degrade. On s'oc- 
cupa eusuite de ceux qui avaient communique avec 
Ebbon apr^s sa deposition ^ et apr^s avoir lu la for- 
mule de penitence a laquelle ils devaient se soumet- 
tre , il fut trouv^ , d'apr^s les institutions canoniques, 
qu'apres satisfaction et apres avoir obtenu absolu* 
tion, ils pourraient etre admis a la sainte communion, 
purifies et gueris par la seule benediction de leur 
<5v^que, avec I'aide de Notre-Seigneur Jesus-Christ; 
ce qui fut ainsi fait par le venerable arcbeveque 
Hincmar. Quand toutes ces affaires furent terminees, 
le genereiix et clement roi Charles demanda k lar^ 
cheveque Hincmar et aux autres preiats que, pmsque 
les fr^res degrades etaient prives de leur rang ec- 
ciesiastique , ils pussent au moins participer a la 
communion par Findulgence du synode. La charite 
sacerdotale y consentit aisement , et le synode leur 
pardonna misericordieusement. Enfin tout ce qui 
ravait ete fait fut enregistre, relu en presence du sy- 
node , ratifie et signe par les ev^ques et par tous ceux 
qui y avaient assiste. Les actes du synode furent ensuite 
expedies k Rome par Hincmar , et confirmes par le 
pape Benoit , successeur de Leon. Ce pontife confera 



HISTOIRE DE LEGLISE DE RHEIMS. ^^g 

meme a Hincmar , de I'autorit^ de I'apolre saint Pierre 
et du Saint -Si^geaipostolique, un privilege portant 
que nul sujet du diocese de Rheims ne pourrait im- 
pundment recourir ou se soumettre a une autre auto- 
rit^ ou justice que la sienne. Mais le pape Nicolas^ 
successeur de Benoit, a la requete des ddpos^s, an- 
nula et censura les actes du synode, declarant qu'on 
avait fait un crime de ce qui n'^tait qu'un acte de 
pure ob^issahce de la part de sujets 5 que Ton punis-* 
salt avec une extreme sev^rite des hommes qui , loin 
d'opposer une resistance t^meraire au jugement de 
leur dv^que , s'etaient soumis avec humility 5 et que 
quand ils ^taient venuis implorer misericorde , on les 
avait jug^s avec injustice. Le pontife rappelait en ou- 
tre qu'Hincmar avait adresse au pape L^on plusieurs 
suppliques pour en obtenir confirmation des actes du 
synode^ mais que celui-ci I'avait toujours refus^e, parce 
que , pour lever tons les doutes , les actes du synode 
auraient du etre port^s a Rome par quelques-uns 
des ^veques qui avaient si^ge > et surtout parce que 
les legats du Saint-Si dge n'avaient pas ^te pr^sensj il 
ajoutait que les deposes ^taieht appelans au Sidge 
apostolique , et demandaient k ^tre entendus par de- 
vant le souverain pontife •, que le pape Leon avait en 
consequence invito Hincmar i se presenter avec les 
appelans a un concile ou il avait envoye son Idgat a 
latere^ Pierre ^ ^veque de Spolette , pour singer a sa 
place, et reviser le jugement 5 qu'Hincmar n'avait 
point comparu , et que sur ces entrefaites Ldon ^tait 
mort sans avoir pu accomplir ce qu'il desirait; que 
lorsque Benoit , homme en tout point apostolique , 
avait ^te appele au pontifical , on I'avait circonvenu 



25 O FRODOARD; 

d^ les premiers jours de sa consecration , et obsed^ 
pour qu'il confirmdt les actes du synode*, mais que 
cependant on n'avait pn lui persuader de s'^carter da 
sentier d'une decision legitime et sage; que tout en 
confirmant lesdits actes il avait pourtant r^rvd an 
Saint-Si^ge la souveraine autoritd, puisqu'il sMtaitbor- 
n^ k ordonner que tout ce qui ayait 6t6 £nt dem^uralt 
vig\4 selon Tarred du synode, et que toute question k 
ce sujet fut d^rmais interdite , pourvu toutefois que 
les choses se fussent pass^es comme Hincmar le man- 
dait; que pu^squ^au contraire il ^tait prouyd que Uni- 
tes choses ne se rapportaient pas k la relati<m qui 
avait ^t^ faite , il s^ensuivait n^cessairement que tout 
ce qui n'avait pas ^te d^cidd avec franchise et kyaute 
contre les appelans dtait et demeurait nuL En con- 
sequence y le pape Nicolas manda k Hincmar de sW-> 
forcer de ramener a lui par la douceur les d^nommes 
ci-dessus , Vulfade et ses collogues; de traiter frater- 
nellement avec eux de leur reintegration, et de tout 
terminer k Tamiable et en usant de misericorde; au- 
trement qull cut ^ comparaitre h un concile avec les 
eveques auxquels il ecrivait k ce sujet, afin d'exami- 
ner ensemble la cause des clercs appelans y et s'il ne 
survenait aucune difficulte nouvelle , de la decider 
definitivement , en ayant sans cesse Dieu devant les 
yeux •, que s'il survenait quelque differend entre les 
parties, alors il attireraitla cause au tribunal du Saint- 
Si^e , et jugerait apr^s avoir entendu les procureurs 
de Tune et de Fautre. Le jugement ayant ete rendu 
avec Taide de la grace de Dieu, le pontife declara 
avoir recu de tons les eveques presens au synode des 
lettres pleines de piete et d'affection filmle , par les- 



HISTOIRE DE LEGUSE DE RHEIMS. 25 1 

quelles ils lui annoncaient que les clercs d^pos^s 
avaient ^t^ d^une voix unanime d^clar^s dignes d'etre 
retablis dans lears grades. Aucune contradiction, di- 
saient les eydques , aucune diversity d*opinion n'ayait 
edatd , comme on le craignaitj personne n'avait elev^ 
la voix pour accuser ou pour condamner •, tons s'^- 
taient accord^s k retablir les appelans , et les avaient 
d'une commune voix d^clards innocens. Gependant le 
papeNicolas censura encore ce concile , parce que toutes 
lessolennit^s qu'il avail ordonn^es n'y avaient pas ^t^ 
observ^es, et qu'on n'avait point adress^ au Saint-Si^ge 
un r^cit complet et exact de ce qui sMtait fait. « Vous 
« deviez, dit-il aux dv^ques, m'adresser un r^cit ap- 
u prouv^de tous, entieret fiddle, de tout ce qui regarde 
« la deposition d'Ebbon et sa reclamation , la promo- 
« tion des clercs, laseconde expulsion d'Ebbon et son 
H ordination i un autre si^ge ^ enfin de tout ce que 
« vous avez agitd dans le concile. » II pr^tendit d'ail- 
leurs avoir d^clar^ dans ses lettres de convocation qu'il 
se r&ervait un plus ample examen et une plus com- 
plete connaissance de ces difT^rens. En consAjuence 
il ordonna que tout ce qui avait ^t^ ^crit k ce sujet , 
soitpar le Saint-Siege, soit par nos ^v^ques; tout ce 
qui avait ^t^ all^gu^ , soit par Hincmar , soit par les 
clercs d^pos^s , fut rassembM en un seul volume , et 
redig^ dans Fordre ou les choses s'^taient pass^es , et 
que le tout fut adresse au Saint-Siege, les ^v^ques en 
gardant copie de leur cot^^ et il ajouta que, s'il ar- 
rivait k Tavenir quelque ^v^nement qui rendit n^ces- 
saire la convocation d'une assembl^e des pr^lats du 
^oyaume, on n'oul^liAt plus d^sormais de se confor- 
o^er k celte rfegle etablie par I'usage et fondle sur la 



^5 2 FRODOAIO)*, 

coutume des P^res. Ob^issant done aux ordres du 
Saint-Si^ge , les ev^ques qui avaient assist^ au coil- 
cile s'empress^rent de r^diger un r^cit exact et entier 
de la deposition d'Ebbon , de son r^tablissement et 
de sa seconde expulsion , et adressferent ensuite 'au 
venerable pontife la lettre qui suit : 

c( Au tres-reverend et tres-saint seigneur^ pere et 
a pape Nicolas ^ les es>Sques qui Van passe se 
a sont y avec la grace de Dieu et par mande- 
« merit du tres-saint Pere^ rassembles a Sois- 
« sons , ainsi que ceux qui n'ont pu sj trous^er, 

K Nous adressons k votre trfes-sainte Paternity et 
u trfesr-excellente Autoritd le recit de tout ce qui s'est 
tt fait au sujet de la deposition d'Ebbon, autrefois ar- 
te chev^que deRheims, de son r^tablissement, de lapro- 
(( motion de notre fr^re Vulfade et de ses collfegues, 
<( enfin de la seconde destitution d'Ebbon et de son 
<( ordination k un autre siege, ainsi que vous nous 
« avez mande et ordonn^ d'en faire la recherche et de 
(( vous en instruire. Comme aucun de nous n'a prispart 
« a ces actes en qualite d'^v^que, except^ notre frere 
« Rothade, nous avons ete obliges de nous en rap- 
« porter aux memoires et Merits laisses par les rois et 
<( eveques qui y avaient assist^, desquels nous avons 
(( recueilli sommairement le present recit. Nous na- 
(( vions pas cru necessaire de recueillir plus tot ces 
a faits 5 et d'en adresser la relation a votre Autorite , 
tt parce qu'ainsi que nous vous I'avons fait connaitre 
(c par Tecrit qui vous a ^t^ remis par le venerable ar- 
« cheveque Egilon , et dans lequel nous ne faisions 



HISTOIRE DE L^^GLISE DE RHEIMS. 253 

« ni n'avions cru devoir faire aucune mention d'Eb- 
a bon et de ses depositions , aucune contradiction , 
K aucune opinion divergente ne s'etait dev^e parmi 
« nous sur la reintegration des frferes depbs^s, et qu'au 
« contraire nous n'avions tons eu qu'un m^me et uni- 
« que sentiment, que nous avons pris soin de sou- 
« mettre k votre discretion, conformdment k la tradi- 
tt tion et pratique des P^res •, et nous nous serious 
(( empresses de retablir dans leurs grades et dignites 
« ceux que votre haute sag esse a declares innocens , 
« qui n'ont point peche par esprit de revoke ou d'or- 
« gueil, et qui n'ont fait qu'obeir en acceptant. Mais 
(( noire respectable confrere I'archev^que Hincmar a 
« presente k notre unanimite des privileges du Saint- 
ft Siege romain, qui ont statue diverses choses sur les 
« clercs deposes, et auxquels noiis avons cru devoir 
« deferer. Par ces privileges, ainsi qu'il nous a paru, 
« et comme d'ailleurs il est juste , souveraine , pleine 
« et entire autorite est reservee au Saint-Siege aposto- 
« lique-, et motre confrere nous a presente les chartes 
« desdits privileges authentiques, avec leurs sceaux et 
ft Ventures saines et enti^res-, non que par cette exhibi- 
* tion il ait ^oulu nuire aux frferes deposes, ou eiever 
« quelque opposition , mais afin de faire rendre au Saint- 
« Siege I'ob^issance qui lui est due. II nous a montre en 
<i outre les actes des ev^ques et le recit de la deposi- 
« lion des frferes , que vous avez lu et examine vous- 
« m^me , ainsi que vous avez daigne nous le mander. 
<t Ces actes n'ont point ete souscrits par Hincmar, 
w parce qu'il n'a point depose lesdits fr^res par son 
« jugement , selon ce que vous avez pu voir par nos 
tt lettres et les siennes , et par les actes m^me du sy- 



a54 FRODOARD ; 

a node ^ et , comme nous Tavons d^jk fait entendre 
<( k votre tr^s-sainte Paternity ^ nous n'avons pris an- 
a cune d^ision definitive en cette aOaire , ek nous 
« n'aVons fait qu'^lever la question et effleurer la 
a mati^re , laissant a votre haute et souveraine Auto* 
ic rite restitution , reformation , reintegration , a yous 
a seul appartenant. En laquelle unanimite nous avons 
c( persiste et persistons ^ et si , par quelque cause que 
K ce soit , quelques-uns se sont separes de Topinion 
u generale, decbrons que c^est k notre insu. En 
« consequence, nous avons recueilli des actes des 
« rois et ev^ues le present recit du jugement d'Eb- 
« bon , et nous le transmettons a votre Autorite, ainsi 
« que vous nous Tavez prescrit. » Apres avoir expose 
par ordre tout ce qui s'etait fait, les eveques ajon* 
taient : » Voila ce que , selon votre ordre, nous avons 
(i pu recueillir des ecrits de ceux qui nous ont prec^* 
K des devantDieu, etdes relations veridiques de ceux 
K qui existent encore, sur la premiere d^>osition 
(( d'Ebbon,ancien archevSquede Rheims, laquelle eut 
K lieu ily a environ trente-troisans^ sur son retablisse< 
a ment ; sur la promotion de Vulfade et de ses coU^- 
(( gues ; enfin sur la seconde expulsion d*£bbon , et 
« son ordination k un autre siege. Ces details sont 
tt extraits en grande partie des actes des eveques de 
a Belgique, de France, de Neustrie et d'Aquitaine, 
a rediges pour etre envoyes au pape Serge, et qui 
ft I'ont ete plus tard au pape Leon , avec une lettre de 
« ces eveques; vous les trouverez pareillement dans 
« les lettres de Temperfeur Lothaire et du roi Charles 
(I au Saint-Siege,*que nous croyons conservees aux 
tt archives de Rome. Enfin , nous avons reuni, seion 



HISTOIRE DE LEGI4SE Dl^ RHEIMS. 255 

(( votre ordre , dans le m^me volume les divers mes- 
« sages euvoy^s par votre Autorit^, ainsi que les r^- 
u ponses^ adress^es k votre Saintete , dont nous avons 
(( eu connaissance, absolument dans le m^me ordre 
a ou ils ont ^t^ envoy^s 5 et s'il existe sur cette affaire 
« quelque autre ^crit adress^ par nous ou i nous, 
(i nous n^en avons pas connaissance. Nous joignons 
« en outre tout ce que notre confrere Hincmar nous 
« a remis pour envoyer k votre Autorit^ , nous con- 
« formant k ce que vous nous avez ordonn^ , en nous 
« disant : « Prenez soin de r^unir en un seul volume 
» tout ce qui a ^t^ ^crit , soit sur cette affaire, soit par 
« noas-m^me autrefois, soit par vous maintenant ; les 
(( diverses lettres ou reclamations adress^es au Saint- 
« Si^ge apostolique par Tev^que Hincmar et les clercs 
« d^pos^s, et envoyez ce recueil au Si^ge apostoli- 
« que , seul jnge competent , en ayant soin d'en gar- 
« der copie , etc. » 



CHAPITRE XII. 

De la vacance du siege de Cambrai, et du mariage de 
Baudouin Avec Judith , fille du roi. 

Hincmar eut encore a traiter avec le Saint-Si^ge de 
la vacance du siege de Cambrai et de Tunion ill^gi- 
time du comte Baudouin et de Judith , fiUe du roi 
Charles- Cette princesse avait ^t^ marine k ]£dilu1fe , 
selon d'autres ^d^lbold , roi d'Angleterre , et honor^e 
du titre de reine. Apr^s la mort de son mari, elle 



^56 • FRODOARD^ 

vendit tous les biens qii'elle poss^dait en Angleterre , 
et revint en France aupr^s de son pfere , qui la reprit 
sous sa royale tutelle. Mais bientot seduite par Bau- 
douin , et d'accord avec son frfere Louis , elle s'enfuit 
avec le comte. Charles assembla les dv^ques et les au- 
tres grands de son royaume , pour demander lear 
avis \ et apr^s le jugement selon les lois humaines, 
il fit prononcer par les ev^ques la sentence d^excom- 
munication contre Baudouin et Judith , suivant les 
ordonnances de saint Gr^goire. Dans la lettre adress^e 
k ce sujet au souyerain pontife , Hincmar lui fait aussi 
son rapport sur la deposition de-Rothade , ev^que de 
Soissons , qu'il avait interdit du ministere episcopal , 
d'aprfes jugement des ^v^ques^ enfin sur la com- 
memoration du nom d'Ebbon au canon de la messe , 
et sur la condamnation de Th^retique Gottschalk. 
Cette lettre est ainsi concue : 

tt ^u seigneur des seigneurs j, pere des peres^ et 
a par-dessus tous honorable et tres-reverendpape 
a Nicolas, Hincmar y de nom et non de merits, 
« es^Sque de BheimSj et serviteur du people de 
ft Dieu. 

(1 Dans la lettre que votte Saintete a eavoyee 
« par r^v^que Odon aux ^v^ques du royaume de 
(( Lothaire touchant le prejudice et les souQrances 
ft de F^glise de Cambrai , j'ai lu que votre Autorite 
ft desirait savoir par la faute de qui cette ^glise est 
ft ainsi y depuis dix mois et plus, veuve de son pasteur. 
ft Dans la crainte d'etre accusd de negligence par vo- 
.ft tre Apostolat, je crois devoir vous faire connaitre 
ft que, malgrd vos lettres k Lothaire, aux ^v^qizes de 



HISTOIRE DE LEGLISE DE RHEIMS. 25t 

a son royaume, et i Hilduin qui s'est empar^ irre- 
« guliferement de radministration de cette eglise , le 
(( prejudice se perpetue encore jusqu ici comme avant 
(( que vous eussiez dcrit. J'ai admonest^, autant que je 
« I'ai pu, le roi Lothaire par messagers et par lettres , 
a et je n'ai cess^ que lorsqu'il ma enfin rdpondu 
»i qu'Hilduin avait envoye un messager a voire Auto- 
K rit^, et qu'il n'avait pas du disposer de Tdglise ci- 
« dessus d^nomm^e autrement qu'il avait fait avant 
<^ d'avoir recu votre r^ponse. 

« Le yingt-huiti^me jour du mois d'octobre dernier , 
« Baudouin m'a fait remettre, par deux de ses fidMes , 
« des lettres de votre Autorit^, dont vous m'ordonnez 
« dedonneip lecture aux^v^ques de ma province, et 
ft dans lesquelles vous nous recommandez de recevoir 
« Judith pour la presenter k son p^re et a sa m^re, 
« si toatefois nous ^tions assures que le trfes^-excel- 
« lent roi Charles fiit dans Tintention de tenir les 
« promesses qu'il a faites i votre Apostolat , soit par 
ft lettres, soit par Forgane de vos messagers. Que si 
« au contraire nous venions k d^couvrir qu'il n'eut 
« d'autre dessein que de trainer en longueur, vous 
« nous defendiez de la recevoir. Et dans le cas oi nous 
« agirions autrement, vous entendez que nous soyons 
« priv^ de votre gr^ce et de votre communion, J'ai 
« recu les susdites lettres de votre Autoritd avec tout 
« le respect que je devais •, et conformdment a vo- 
« tre ordre, j'en ai donn^ lecture a mes codv^ques : 
« ensuite totis ensemble nous sommes intervenus en 
«( faveur de Judith aupr^s de son pfere et de sa m^re, 
ft et la leur avons pr^sent^e , apr^s avoir obtenu le 
ft pardon que nous voulions. 11 nous a sembld que 

17 



258 fhodoard ; 

« d'apf^ les sainte canons , au moins comme nous Ics 
« eniendonsy les deux pecheurs devaient d'abord sa- 
« tisfaction k f^glise^ qu'ils avaient offensee, et que 
« ce n'^it qu'apr^ cette satisfaction qulls pouvaient 
« accomplir ce que prescriyent les lois mondaines-, 
« car nous ne pensons pas que ce]ui qui est li^ par 
(t les liens de Tanath^me puisse ^tre d^lid et absous 
« sans nne penitence proportionate k Foffense. Mais 
« comme vos lettres ne prescrivaient rien sur cet ob- 
« jet, et que m^me elles semblaient indiquer que le 
tt mariage derail Stre o^^br^ sans d^lai ^ ils ont pre- 
« tendu qu'elles suffisaient. De nokre cot^ nous nV 
« Tons pas era que, sHls ne se sonmettaient psis antre- 
« ment , on ddt ks contfaindre sans Taveu de voire 
« Atttorit^y k laquelle ils ayaient en recours. Je leur 
« ai fait remarqner, en leur citant une autre kttre 
« de votre Saintet^ , que vou» n'aviez pas enlendu 
« an^ntir Feffel des lois eccksiastiques ^ et n'aviez 
« fait qu'inierc^er en favetir d'un cottpable qui pou- 
ft vail ^tre puni selon les loi^ mondaines ^ afin qu'il 
It edt le temps de se repentir de ses £iutes oontre les 
• lois diyittes-, que c'^tait ainsi que Nolre-Sauvettr, 
« qui vent que tons les hommes sotent saaT& et que 
« p^rsonne ne p^risse, ayaitsur la eroix, en sa qualite 
a de potttife y interc^^ attpr^s de son p^e pour ses 
If pers^uteurs, et qu'il obtint en effet graiee pour ceui 
« qui, apris sa passion, crurent en lui et firent p^i- 
tt tence ; qu'a Fexempte de ce divin maftre ^ Ton», ti- 
fc caire des apotres an pied du ttdne desqueis ks cou- 
« pablea avaient chercbe secours, et sdirv^rain poatife 
« de F£glise catbolique et apOstoliifue, vous aviez 
ft implon^ pour en la r^nisi^ des &itles cpt'ils ayaient 



HISTOIRE DE L EOLISE DE RHEIMS. 25o 

« commise^ coritre le roi de k terre et les ktts hu^ 
tt maines, afin qti'ils eussent le temps de se f epentit 
« de celles qu'ils avaient commises c<mtfe le Roi da 
« del et les lois divines. Au contraire, des hommes 
« charnels , et m^me quelques-uns de ceux qui au- 
tt paravant s'etaient opposes a ce roariage , croyant se 
« couvrir d'line sainle defense , ott plutot, comme il 
« rfest qae trop vrai, sacrifiant leur saint, objectaient 
« tonjodfs votr^ dernifere lettre , et soutenaient qrfelle 
R ordohnait de delebrer le marisge sans d^lai. Qaoi 
« qtfil en fnt , je declarai que , poi* aucune puis-^ 
« sance du Tftonde, je ne me ddpartirais de h disci- 
« pline eeclesiastique telle que je Fentendais ; stir* 
R tout lorsque le roi nptre seigneur, votre fils Charles, 
« ^tait sur ce point tf accord avec moi , ou plut6t avec 
M Dieu. Alors quelques-uns (ce n'est pas moi qui parle ; 
« je rdp^te leurs paroles, que pour Fexemple, et pour 
« nous enseigiier la discipline du Seigneur, yotr6 Mai*- 
« su^tude , si douce et si humble de coeur, saura souf- 
« frir avec patience) quelques-uns, dis-je, me disaieat^ 
« comme par forme de conseil , de faire attention que 
« c etait la puissance eeclesiastique et noa la s^euli^re 
« qui commandait en cette circonstance, et de me gar- 
« der d'eml>rasser trop vivement la resistance, dans la 
R crainte qae quelque envieux ne fit entendre i votre 
<^ Saintetd que je n'agissais ainsi qu'en m^pris de Votre 
« Apostolat et du Saint-Sidge apostolique , et par ses 
« insinuations ne parvint k vous aigrir eontre moi, et 
« a obtenir encore quelque excommunication, comme 
R il m'est arriv^ dans Faffaire de Rothade (chose qui 
t^ n'est parvenue k ma connaissance que par le message 
« que m'on t transmis d'abord Fdv^que Odon, et en«ui«e 

^7- 



a6o FRODOABD ; 

« Luidon ^ bien avant que j'eusse pu adresser a voire 
« Autorit^ le compte renda de ce qui s'^tait pass^^ou 
« que vous eussiez pu Fapprendre vous-m^me par vos 
« messagers)^ d'autant plus, disaicnt-^ils, que la lettre 
« de votre Autorit^ porte express^ment que , si nous 
« amissions autrement quHl ne nous est commands , 
« nous serious priv^s de votre grice et de votre com- 
<i munion. A cela je r^pondais que vous n'aviez ainsi 
ft parl^ dans votre lettre que pour emplcher que cette 
ft femme ne fut trompde par nous, et non pour Texemp- 
ft ter de donn^ satisfaction k r£glise. Alors ils insis- 
ft taient , et me demandaient pourquoi je voulais ab- 
ft solument interpreter votre lettre autremenl qu'il ne 
ft vous avait plu de Fecrire, puisque je pouvais ai- 
ft s^ment en comprendre le sens d'apr^s celles que 
» vous m'aviez ^crites auparavant. G'est pourquoi^ 
ft en rappelant en ma mdmoire des lettres que vous 
ft avez par le pass^ adress^es k moi et aux ^vSques du 
ft royaume de votre fils le seigneur roi Charles, et r^- 
ft fl^chissant k celle que dernierement vous m'avezfait 
ft remettre par Luidon.(car e'est depuis son arrivee que 
ft nous avons entamd c6tte affaire k Auxerre), suspendn 
ft entre la crainte du passd et Tesp^rance que me fai- 
ft sait entrevoir votre derni^re lettre, beaucoup plus 
ft douce, j'ai pris le parti d'^viter toute discussion dans 
ft cette demifere cause , et j'ai cru devoir dissimuler 
ft mon opinion , en remettant mon consentement k un 
ft autre temps, attendant a voir , par la decision que vous 
ft prendriez dans la cause de Rothade, aujourd'hui pen- 
ft dante devant vous, quel parti je devrais suivre moi- 
ft mSme dans celle-ci. En consequence, nous n*avons 
ft interdit aux deux ^poux rien de ce qui touche le mi 



HISTOIKE DE L EGLISE DE RHEIMS. 26 1 

« nistfere eccUsiastique; seulement nous nous som- 
« mes dispenses de rien autoriser par notre presence ; 
fc Baudouin et Judith ont coMract^ mariage selon les 
« 1<MS humaines, comme ils Font entendu. Notre sei- 
ci gneur roi, votre fils, n'a pas voulu non plus assister 
(( k la cer^monie-, mais il ya envoy^lesministres et les 
« officiers de T^tat, et il a permis , comme il vous IV 
« vait promis , qu ils Contractassent mariage selon les 
u lois humaines^ il a m^me accord^ des honneurs k 
M Baudouin, seulement par ^gard pour votre interces- 
« sion. » 



CHAPITRE XIII. 

De la cause de Rothade, eveque de Soissons , depose., 

« Quant aux lettres. de votre Autorite ^ que vou& 
« avez adress^e& par les mains de T^vSque Odon a 
« tous les^T^ques du royaume de notre seigneur roi 
a Charles y au sujet de Rothade > et k la lecture des- 
a quelles vous m'ordjfnniez d'assisjter ave&obdissance, 
tt je me suis rendu k Tassembl^e pour les entendre , 
« aimi que votre Saintet^ I'a present k men exiguite ^ 
a et avec tous les vendr^bles dv^ques presens , autant 
tt qu^il a ^t^ en moi , avant que le synode fut dissous, 
a j'ai mis tous, mes soins a ex^cuter vos ordres rela- 
« tivement k Rothade , dans la crainte qull ne survint 
« quelque retard k leur acxomplissement , soit par 
a quelque incursipn des paiens, soit par toute autre 
ft cause : c'est ce que pourront faire pleinement con-« 



QiSa frodoard ; 

<x naitre k voUe Saintet^ et les messager« du roi et 
a les miens , et les lettres que vous recevrez ; mais 
u par des incidens que les messagers eux^-m^mes 
« vous expliqueront, quoique j'eusse sur-le-cbamp 
« donn^ mes lettres et choisi mes vicaires , ils n'ont 
(( pa partir avec Rothade , et ont tard^ k comparai-' 
a tre devant vous pliis long'-temps que je ne Taurais 
a voulu. Sur ces entrefaites, est arriv^ de Rome Lui- 
« dooj messager de notre seigneur roi , votre fils, le- 
ft quel lui a remis des lettres de votre part en la ville 
« d'Auxerre , ou il m'avait appel^ auprfes de lui poor 
« son service* Car son 'fils Charles, du mdme nom 
a que lui , qui Tavait oQensd , ayant, d'apr^s Tavis de 
« quelques^unSf tard^ i se presenter devant lui, et 
(f n'osant venirseul, avait faitprier son pfere, parmes- 
c( sagers , de charger ma petitesse et quelques autres 
u fidMes de le conduire et accompagner k la cour, 
(( afin que, par notre intervention, il put trouver son 
« pfcre plus clement et plus favorable. Aussit6t que 
(c j'ai it6 arriv^ le roi m'a donn^ vos lettres a lire. 
« Quoique votre sublimit^ y traite mon humility avec 
<i une bontd bien au dessus de mes m^rites , et daigne 
a louer ce que mon insipience a dcrit k votre sa- 
il pience , beaucoup au-dela de ce que je sais et puis 
« croire , non toutefois sans nous effleurer adroite- 
tt ment de votre sage critique, il me semble que vous 
« avez trouv^ que nous nous laissions aller k quel- 
« que superfluity de langage, Cest pourquoi je sup- 
a plie votre Saintet^ qu'elle daigne agr^er de notre 
« part I'excuse que saiqj Augustin a os^ donner au 
« Seigneur des seigneurs, beaucoup parler n'est pas 
« superflu, pourvu que cela soit n^cessaire. 



HISTOIRE DE l'^GLISE DE RHEIMS. a63 

u Supportez done , tr^s-saint seigneur et tr^s-rdv^ 
<t rend P^re , un pen de mon incipience ; et souffrez- 
u moi , si je me r^p^te encore au sujet de Rothade , et 
« si je viens de nouveau vous entreteni r d'une causejcjui 
<( vous est si bien connue. Puisque done ainsi vous plait 
« (comifie je sais que toutes choses bonnes vous plai- 
« sent), nous vous envoyons avec luinos vicaires, non 
<( comme accusateurs pour contester et d^battre, mais 
a plutdt comme accus^ par Rothade et par'^ceux de 
tt nos voisins qui ne connaissent pas ou ne veulent pas 
« connaitre pleinement la ve^ritd ^ nous avons voulu 
<€ expliquer humblement k votre souyeraine Autorit^^ 
4c que, loin d'avoir, comme on nous en accuse, jug^ 
(4 et condamn^ au mdpris de vos droits en appdant au 
« Saint-^i(^ge , selon les canons du concile de Sardi- 
u que, nous n'avons fait que juger cano^iquement , 
a puisqu'il avait requis, pour certains articles, la d^i- 
41 sion d'un nombre de juges choisis, nous conformant 
<i en ce point aux statuts des conciles d^Afrique et de 
tt Carthage , et aux decrets du bienheureux saint Grd- 
tt goire. Car loin de nous la pens<5e de faire si pen de 
« cas des privileges du pontife, du premier et souve- 
« rain Si^ge de I'eglise romaine, que nous voulions fati- 
« guer votre supreme Autorit^ de tons lesdiff(^rendset 
« controverses, tant d*un ordre sup^rieur que d'un or- 
tt dre inferieur, qui , d'aprfes le concile de Nicee et 
a d'autres sacr^s conciles , d'aprfes les decrets du pape 
« Innocent et autres pontifes de I'eglise romaine , doi- 
« vent ^tre r^gl^s et termines par les me5tropolitains 
tt dans les sy nodes provinciaux^ mais s'il s*elfeve au su- 
« jet des ^v^ques quelque question dont nous ne trou- 
u vions pas la decision certaine et expresse dans les sa- 



a64 FROOOA&D 5 

« crds canons , et qui , par consequent , ne se puisse 
« discuter ni juger en synode provincial ou compro- 
« vincial, c'est alors que nous devons recourir a I'orack 
« de Dieu, c'est-k-dire au Si^ge apostolique. De m^me 
« si en cas majeur un ev£>que provincial n'en a point 
a appel^ a la decision de juges ddegu^s, ou si , juge 
<( et condamnd, c'est-a-dire ddpose de son grade, il 
c( croit sa cause bonne^ en appelle a I'ev^que de Rome, 
« et demande k etre entendu devant lui , enfin s'il 
« croit juste de faire reviser son procfes , alors c'est un 
« devoir pour ceux qui ont examine la cause , aprfes la 
<c sentence de I'dv^que , d'^crire au souverain pontife, 
« et que la cause soit rappeltSe de nouveau , et remise 
ft k sa decision, ainsi qu'il est ordonne par le septiime 
« chapitre du concile de Sardique. Quant an metro- 
« politain canoniquement institud, et qui, selon I'an- 
« tique coutume , recoit du Siege apostolique lepal- 
ft Hum, il faut premierement et avant.tout jugemenl 
ft attendre la sentence du souverain pontife , ainsi que 
ft Ldon Ta dcrit dans son ^pitre a Anastase , comme le 
ft veutle concile deNic^e, et comme le de5clarent plu- 
ft sieurs autres papes en leurs ddcrets fondes sur les 
ft'sacrds canons; car c'est vraiment I'^veque de Rome, 
ft qui , selon la parole du prophfete Ez^chiel , a sa de- 
ft meure « dans la chambre qui regarde vers le midi , 
ft et c'est lui qui veille k la garde du temple \ » Pour 
ft nous, mdtropolitains, nou& ne sommes, en comparai- 
« son de lui, que les ministres servansa I'autel qui est 
ft devant la face du temple , et sur lequel brulent les 
ft chairs des sacrifices •, aussi est-ce a nous de juger et 
ft terminer les diffdrends des hommes charnels dansles 

' Ezechiel , chap. 40 , v. 45. 



titSTOlRE D£ l'eGLISE DE RHEIMS. u65 

cc s}rnodes provinciaux , renvoyant la decision des cau- 

a ses majeures^ Tev^que du premier etsouverainSi^ge-, 

« car nous qui sommes sous sa puissance, nous en avons 

« aussi d'autres sous nous, et nous disons k celui*ci : 

« Va, » et il va 5 et k celui-lk : a Viens , » et il vient ^ 

« parce que , comme le dit le pape L^on , meme entre 

€i les apotres , quoique tons ^gaux en honneur, il y a 

a tonjours eu quelque distinction de pouvoir; et quoi- 

« que tous fussent egalement Aus , il a fallu que Tun 

a d'entre eux eut la preeminence sur les autres 5 d'ou 

a est nie la distinction entre les ^veques; et par une 

€€ grande et sage disposition, il a ^te arr^te que tous 

<€ ne s'attribueraient pas tout pouvoir, mais que dans 

tt chaque province il y aurait un ^v^que primat , dont 

tt les decisions pr^vaudraient entre ses freres , et par 

« rinterm^diaire duquel le gouvernement de I'figlise 

w uni verselle Vemonterait au Siege supreme et unique 

tt de saint Pierre, afin que jamais, et en aucune chose, 

u r£glise ne se sdparit de son chef. Done , celui qui 

tt salt qu'il est lesup^rieur de plusieurs ne doit pas trou- 

« ver mauvais d'avoir lui-meme un supdrieur •, et c'est 

<i son devoir de rendre I'obdissance qu'il exige lui- 

« m^me. Or Rothade a fait autrement; il a mieux aimd 

(1 se faire ob^ir des siens que d'ob(5ir lui-m^me aux sa- 

(1 cr^s canons, quand les anges m^mes du ciel ob^issent 

tt k leurs superieurs^ et par son obstination il a mc^rit^ 

a d'etre dc^pos^. Pendant plusieurs ann^es j'ai tout em- 

« ployd pour le ramener a la soumission, les bienfaits, 

tt lesavertissemens, les exhortations, soitpar moi-m^me, 

tt soit par ses chordv^ques, et par tous ceux que j'ai crus 

tt ses amis-, je I'ai rappel^ a I'observation des saints ca- 

tt nons; plusieurs fois je I'ai menace de toute Tautorit^ 



^66 FRODOARD *, 

« m^ropolitaine, ct de celle duSaint*Si^e -, je me suis 
(( efibrc^ de lui montrer fcoute F^normite de sa faate , 
c< par les lecons tirties des docteurs catholiques; et toute 
« la r^ponse que j'en ai pu obtenir, c'est que je ne sa- 
a vais faire autre chose que Tobseder tout le jour de 
« mes lettres et de mes ecrits. Aussi ai-je essuyci de plu- 
« sieurs de fr^quens reproches. On me bl&mait de sup- 
ic porter si long-temps et sciemment, contrela volonte 
n de Dieu et la sainte autorite de F^glise , un bomme 
a incorrigible et inutile au minist^re eccl^siastique. 
tt Cepepdaut, quoiqu'il eut semblci prendre a iiche de 
tt provoquer et d*irriter le roi, ses co^v^ques, tous 
« ses voisins, et moi surtout, il n'a pu y parvenir^ 
« je, savais qu'il n'y a rien de si dangereux pour un 
tt ministre du Seigneur que de se laisser entrainer a la 
tt colore et k Temportemeut, et de porter un jugement 
tt precipit^ *, je savais que la cruautd de*s persecutions 
« n'est pas plus funeste k T^glise que les divisions , les 
tt dissemblances de moeurs , les luttes de difsobeis$ance 
tt et les traits des langues malignes. Aussi Tai-je sup- 
tt port^ long-temps, non sans craindre pour le peril des 
tt ames qui lui ^taient confi^s. Quand enfin il ne ma 
tt plus ^t^ permis de le tolerer, je Tai cite au tribunal 
« d'un grand nombre d'eveques pour entendre leurs re- 
tt montrances. Loin d'^couter leurs conseils, il a pre- 
tt f4r4 requdrir jugement contre moi . Pour le satisfaire^ 
tt et en m^me temps pour le faire rougir et renoncer a 
tt sa foUe obstination , je me suis soumis au jugement, 
tt comme je Tai deja expose plusamplement dansd'au- 
« tres lettres i votre Saintete^ mais je suis forc^ de me 
tt r^p^ter pour la satisfaction de votre Autorit^, afin que 
« vous connaissiez bien que je n'ai point agi contre Jui 



filSTOIRE D£ LiaUSfi DE RHEIMS. ^^67 

m par animosity, mais par un z^le pur et sincere, autant 
« du moins qu« je peux lire au fond de ma conscience, 
a D^jkillears, tout ceque je yous dis est k la connaissance 
K da roi notre seigneur, des ^v^ques du royaume , et 
<c d'ane foule de personnel, tant deTordre eccl^siasti- 
« que que de I'ordre s^culier . Apr fes la deposition de Ro- 
tt thade, J6 lui ai fait accorder une bonne abbaye par le 
a m et les ev^ues ; et tons nous ^tions disposes k pour- 
« voirasesbesoins comme k ceuxd'un p6re, car nous ne 
tt vQulion^ pas qu'apr^s avoir v^u dans toutes les d^li- 
« catesses de la fortune, ileut k souffrir ^ nous n*avions 
u d'autre vue que de Femp^cher d'agiter et de troubler 
(( Nglise qui lui avait ^t^ confine. U sesoumitd'abord; 
a mais bientot , comme disent ceux qui savent ce qui 
tt en est, quelques ^vdques du royaume de Lothaire, 
« animus de ressentimeiit contre moi parce que dans 
ci Faffaire de Waldrade je n'ai point ^t^ d'accord avec 
« euK^ et, comme disent encore plusieurs, quelques 
« autres ^v^ques de Germanic, k Finstigation de leur roi 
« Louis, dontje n^ai point, ainsi que Rothade Fa fait, 
tt servi les desseins dans son invasion du royaume de 
(c son fr^re, out persuade k Rothade de s'obstiner dans 
R sa revoke , en lui faisant espdrer qu'ils obtiendraient 
« de vous son r^tablissement. Enfin , conform^ment Ji 
« vos ordres, j'ai obtenu du roi notre seigneur, votre 
tt fils, que cet ^vdque vous fut conduit pour en ordon- 
« ner selon votre sagesse, persuadd que le Seigneur 
« daignera inspirer k votre coeur ce qui lui sera le plus 
« agr^able , et en m^me temps le plus juste. 

« Quant k Fordre que votre trfes-b^nigne Dignity a 
« daign^ transmettre k votre serviteur par Luidon , 
« que j'eusse k rassembler le college complet des dv^- 



^6S FRODOARD ; 

A ques nos fr^res, et, d'apr^s votre sentence apos- 
« tolique, k rc^int^grer et r^tablir Rothade en son 
« minist^re selon les fonnes prescrites en vos lettres, 
a sache votre trfes-r^verente , tr^s-honor^e et trfes- 
<c douce Paternity , qu'il ne m'a pas ^t^ possible de 
tt vous ob^ir pour beaucoup de raisons. Premi^re- 
« ment, Rothade ^tait di]k parti avec ceux quidtaient 
a charges de le conduire k votre Autorit^, et de vous 
<c le presenter avec nos lettres ; secondement , il m'e- 
ii tait impossible de r^unir tons nos fr^res, parce que, 
u comme je vous Tai dit plus haut, j'^tais alors bien 
« loin de mon diocese, occup^ au service de notre roi, 
<i votre fils; parce qu'ensuite Rothade ne pouvait ^tre 
<( r^guli^rement retabli sans le concours de ceux qui 
(( avaient pris part a sa deposition , et que les eveques 
« des autres provinces , occupds de mille soins j ne 
« pouvaient se r^unir sur ma convocation. Les dve- 
« ques m^mes de notre province de Rheims avaient 
(( ^t^ obliges de quitter subitement le synode ou nous 
« avions entendu la lecture de vos lettres, et de re 
« tourner en toute hate a leurs si<^ges , pour s'bpposer 
« aux ravages des Normands. Enfin le petit nombre 
« d'dv^ques qui etaient avec moi aupr^s du roi, et 
« employes i son service , quand je leur donnai con- 
(( naissance de la recommandation de votre B^nignite 
a en faveur de Rothade, me repondirent qu'ils ne 
« lui connaissaient ni une si bonne vie, ni tant de sa- 
<( voir et de z^le pour le saint ministere, qu'ils vou- 
« lussent rien prendre sur eux en cette afiaire ; a Car, 
a disaient-ils , si , quand sa deposition le forcait en- 
« core k garder quelque mesure , il n'en a pas moins 
« ^t^ toujours rebelle aux sacr^s canons , a Fautorile 



HISTOIRE DE L EGLISE DE RHEIMS. 269 

« royale, et aux privileges de son metropolitain, il n'en 
« vivra que plus effrdn^ment dans la negligence de 
ci tout devoir et dan,s la pervej-sitd , donnant mauvais 
« exemple a plusieurs , et scandalisant les fiddles , 
a maintenant qu'il pourra suivre, en toute liberie ses 
« volontes. » 

« Votre Bdnignite estime que, cet homme n'est pas 
« una brute , mais qu'il a un coeur humain , et vous 
« m^ecrivez que peut-dtre il reconnaitra sa faute et se 
ft soiimettra de lui-meme au jugement qui J'a frappd^ 
« que s'il agit ainsi , vous m'engagez a obtenir du roi 
ft Charles, votre filsbien-aime, qu'il lui accorde quel- 
ci ques benefices pour pourvoir k ses besoins et k 
ft ceux des siens , afin qu'il puisse vivre honorable^ 
ft meat. Mais que votre Dignity sache bien que tel 
« n^est point le caractfere de Rothade. Jamais il ne 
ft revient sur ce qii'il a une fois commence. Permettez- 
ft moi done, k moi tr^s-humble serviteur de votre Do- 
ft mination, d'exposer k votre sage Autorite ce que j'ai 
ft avise en cette cause , soit en m^ditant en moi-m^me, 
ft soit en conf^rant avec votre fils trfes-fidfele, mon sei- 
tt gneur, notre glorieux roi. M'appuyant des lettres 
ft que votre Autorite a fait remettre k mon exiguite 
ft par Luidon, dont vous faites mention dans votre let- 
H tre a notre roi, votre fils et notre seigneur, et dont je 
K lui ai moi-m^me donne lecture, j'aurais pu obtenir 
tt de SaMajeste qu'elle donnsit ordre k ses envoyds char- 
(ug^es de conduire Rothade devant vous , de s'arr^ter 
ft et de suspendre leur voyage vers Rome , jusqu'a ce 
ft qu'il vint un moment favorable pour rdunir tons les 
ft eveques de nos coutrees •, mais il n'y avait pas de 
ft raison de faire connaitre les motifs du retard de la 



2JO FRODOAKD^ 

a translation de Rothade k ded Strangers,' avanl que 
<( la lettre de votre Autorit^ eut 4!tj& lue aux ^^ySques. 
« II ^tait k craindre aussi que deux qui , par la grice 
<( de Dieu et par pure bont^ , me portent affection et 
tt m'estiment, quoique je ne sais rien , apprenant que 
« ce retard ^tait mon ouvrage, fussent scandalises 
« en moi, et me soupoonnassent de n^gligef et me- 
« priser votre recommandation , quand an contraire 
<i j'avais fait toute diligence pour Mter Taccotfiplis* 
(( sement de vos ordres, au terme prescrit dans k 
tt lettre que vous nous aviez adress^e par rentremise 
(( de r^^que Odon« D'autre part, $i dans une assem- 
a blee des ^^ques qui connaissent et qui savant que 
tt je connais comme eux la negligence de Rotbade et 
u sa longue inutilite dans le ministere sacr^ , je mV 
a visais de parler de son r^blissement , tons me 
« siffleraient et croiraient que j'ai tont-k-£aiit perdu la 
ci raison. II en serait de m^me encore si je promeltais 
« de lui obtenir des bdn^fices pour prix de sa sou- 
u mission ( soumission qu'il ne fera jamais dans la 
« seule vue de son salut); car c'est une cbose connue 
tt de presque tout le monde en ces provinces , que , 
« selon les conciles de Carthage et les d^crets de saint 
ft Gregoire, il s'en remit d'abord a la decision de 
a juges de son choix; et plus de qinq Cents personnes 
tt de tout ordre et de tout rang ^taient pr^sentes 
tt quand le calice d'or et les pierreries engag^es par 
« lui ont iti saisis entre les mains d'un. cabaretier et 
<c de sa femme par le messager du roi , et apport^ en 
<( plein synode ^ tons ont su qu'on a ^galement retir^ 
(1 des mains d'un Juif des couronnes d'argent qu'il liu 
« avait donn^es ^ que plusieurs des rentes et revenue 



HISTOIRE DE L'eGUSE DE RHEIMS. 2^1 

« qu'il avail retranch^s a l'^gli«e , pour les donner se- 
ct crfetement en commande , ont ^l^ retrouves avec un 
« assez grand nombre de vases tfargetit d'un poids con- 
« sid^rable qui avaient ete autrefois suspendus en of- 
« frande dansl'^glise. C'est encore une chose notoire 
« que beaucoup d*autres dons fails a I'^lise par ses 
w pred^cesseurs el autres fiddles pour le salut de leur 
« ame, ont 6i6 d^tourn^s par lui, el dissip^s selon son 
c< caprice , sans le con&entement de sort m^tropoli*- 
« tain et deses co^V^ques, a Finsu du tr^orier^ des 
K pr^tres et des diacres de son dglise. Et cependant le 
<( bienbenreux saint Gr^goire a souvcnt r^(ih:e dans 
« ses lettres , d'aprfes les sacr^s canons : a Tout ce 
« qu'nn ^v^que acqniert aprfes son ordination k I'^pis* 
« copat appartient k I'^glise dont il est le pastenr. » 
« D'ou il suit qu'il ne pent en disposer saiis Paven du 
« tr^sorier et dn clerg^ de son eglise. Tons les habi- 
iK tans de la ville et les peuples qui avaient suivi le 
(I roi et les ^v^ques au synode, et ^taient accourus 
a comme k ixn spectacle , I'onl vu venir jusqu'i la 
« porta d6 Tassemblee , et s'en retourner tout-k-coup 
« comm^ un fnrieux-, tons savent quel mepris il a 
(i affect^ pour la cl^mence du toi et ceUe de nos 
a frferes les ^v^ues^ comment il a et^ jiig^ d'apr^s 
« les chapitres des saints canons qui r^glent les juge- 
a mens-, enfin, comment, au milieu des larmes du 
« roi et des eveques , il est sorti plus insensible qn'un 
(( rocher. En un mot, apr^s avoir jug^ selon noire 
« intelligence des sacr^s canons, aprfes avoir, confor- 
« moment encore a ce qu'ils prescrivent, envoys un 
il de nos co^v^ques, merabre du synode et t^moin du 
tt jugement , pour vous rendre compte •, aprfes avoir , 



2J2 FRODOARD^ 

« selon voire ordre, envoye Rothade lui-m^me avec 
tt nos lettres et nos vicaires au Si^ge apostolique,qui 
a nous fait une loi d'observer les canons et les decrets 
« des P^res comme lui-m^me les observe, cbanger de 
« conduite ce serait faire croire i tous que nous dou- 
« tons de la justice et de I'^quitd de votre Autorite ; 
« promettre k Rothade une existence heureuse et assu- 
« r^e pour prix de sa soumission , ce serait nous feire 
« taxer de folie •, car, quand m^me (ce que ne feront 
a jamais, nous Tesp^rons, le premier et tr^s-saint Si^ge 
« et votre Apostolat) quand m^me vous pourriez le r^la- 
« blir, maintenant que vous le connaissez, notre con- 
(( science demeurerait toujours calme et sanst reproche 
(( sur les perils des ames que vous seul lui auriez 
a commises; et comme tout le monde en nos contr^es 
« sait jusqu'k quel point il a pouss^ la negligence et 
(( le m^pris des saints canons , combien de temps et 
ft avec quelle patience il a ^t^ tol^r^; comme toussa- 
tt vent que le j'ugement ne nous a ^t^ arrachd qu'a 
« regret et comme par force, parce qu'il n'a pas voulu 
<c se corriger , comme le lui prescrivaient les saints 
c( canons , nous ne pourrions encourir aucune honte 
« de son r^tablissement , s'il avait lieu par Fautorite 
tt de votre souverain Pontificat ; parce que jeunes eh 
tt vieux nous savons tous que nos eglises sont soa- 
« mises k T^glise de Rome , et que nous autres dve- 
tt ques nous sommes subordonn^s au pontife romain 
«c par la primautd de saint Pierre , et qu'ainsi taat que 
tt demeureca sauve la foi qui a toujours fleuri et, 
tt Dieu aidant , fleurira toujours en cette ^glise , nou5 
ft devons obeissance a votre Autorit^ apostoliqu43, 

» Evang. selon saint Luc, chap, a , v. 5i. 



HISTOIRE DE l'^GUSE DE RHEIMS. 2^3 

« car c'est pour nous , comme pour tx)us , qu'il a ^t^ 
a ^crit : « Ob^issez k vos conducteurs , et soyez sou- 
K mis it leur autorit^ ' ; ne faites rien par un esprit 
«' de contention ou de vaine gloire '. » Et encore : 
a Si quelqu'un aime a contester, ce n'est point Ik no- 
« ire coutume ni celle de I'figlise ^. » C'est pourquoi 
« j'aisouvent dit k votre fils tr^s-fid^le,mon seigneur, 
H notre glorieux roi, et je ne me lasse pas de le lui 
« r^p^ter, comme il aime k Ventendre : « De m^me que 
fc la terre et toute sa plenitude , I'univers et tons ceux 
(( qui lliabitent , appartiennent au Seigneur, car c'est 
(I son royaume qu'il donne k qui il yeut, ainsi il a 
a fond^ son ]^lise sur le fon4ement de la pierre 
<( apostolique, et, avant sa passion comme apr^s sa r^- 
« surrection , il Ta , par une soUicitude sp^ciale et 
H privilege singulier , confine a saint Pierre , et en 
a lui a ses vicaires. Et quiconque honore le si^ge de 
K saint Pierre etle pontife qui I'occupe, honore celui 
« qui a dit : « Quiconque recoit celui que j'aurai 
a envoy^ me recoit moi-m^me^. » Et il sera aussi 
« honor^ par celui qui dit : « Je glorifierai quicon- 
cc que m'aura rendu gloire , et ceux qui me m^pri- 
(( sent tomberont dans le m^pris^. » Comme done 
« beaucoup connaissent les reclamations de Rothade, 
« comme d'autres en parlent diff<^remment, comme 
<t tous en g^n^ral savent que votre Autorit^ a donn^ 
«. Tordre de le faire conduire k Rome avec nos vicai- 

■ JEpit. de saint Paul aiix H^breux^ chap. i3, y 17. 
^ ipil, lie saint Paul aux Philip. , chap, a, v. 3. 

3 Premiere l^plt. de saint Paul aux Corinth. , chap. 11 , v. 16. 

4 £vang. selon saint Jean , chap. 3 , v. %o. 
2 Rois , liv. I , chap. 3 , v. 3o. 

18 



^74 FRODOARB y 

a res, pour y entendre votre jugement*,comnie enfin 

« it est jnste et convensble que tont ^v^que rnand^ 

(( devant le Saint-Si^e par I'^v^qne de Rome y com* 

(c paraisse , k moins qu'il n*en soit empteh^ par quel- 

<i que infirmity , ou n^cessitd majeure , on impossibi* 

A litd , toutes exceptions pr^ues et^ r^I^es par le« 

«i saints canons , k plus forte raison convient41 que 

« celui qui a fait appel k TautOrit^ apostolique dans 

ei une controverse dela nature de celle-ci, s'yrende 

H et se pr^sente. Quand on verra le roi et les ^vAjues 

« ob^r avec empressement^ et faire honnear an son- 

« verain pontife, leurs sujets leur ob^iront aussi ay€C 

•c plus d'empressement et dliumilit^; car , commedit 

« saint Gr^goire, « quand la t^te est languissante , 

« c'est en vain que les niembres inftrieurs sent bien 

« portans -, mais quand elle est couronn^ de gloire et 

« d'^clat , c*e$t-k-dire quand on lui rend honn€ur et 

ff bommage, ils brillent de son ^lat et de sagl<nre.» 

A Et que pouvait-on faire de mieux pour conteDter 

« Rothade , que de vous Tenvoy^r et de lui pronver 

K devant votre Autorit^ , par le t^moignage ^crit et si- 

« gn^ de tant d'^v^ques , qui ne voudraient mentiwii 

R k Dieu ni k vous , et par Fattestation de tons lenrs 

tc vicaires, qu'il dtfend une mauvaise cause? Cest 

a k lui seul et non k vous qu'il devra s'en prendre 

(I d*avoir sans raison causd tant de peine k Ini-mte^ 

H et aux autres : car votre tr^-discr^e Pi^t^ , qui salt 

«c qu'elle doit compassion au prochain, conseil et 

« censure aux vices , Ta bien assez averti par ses lel- 

« tres apostoliques. Mais , outre ses autres d^fauts, 

« tel est son endurcissement , que , sans amour ni 

« erainte du Seigneur, sans respect pour les hcmmes, 



HISTOIRE DE LEGUSS D£ RHEIMS. l^'jS 

n depuis tant d*ann^es et en mille occasions il n'a 
« jamais cessd de se montrer rebelle aux sacr^s ca-- 
fc nons , au£ ddcrets des pontifes du Saint-Si^ge ro- 
« maio , aux privileges de sa m^tropole , et aux arrets 
u synodaux', tol^r^ pendant tant d'ann^es et par tant 
« de personnes, mille fois suppli^ par le roi et les 6y^ 
« ques, il n'a jamais voulu reconnaitre ses fautes ni se 
« r^soudre a 4crire et signer de sa main qu'il serait 
« d^sormais ob^issant aux saints canons , aux d^crets 
A des spuverains pontifes et aux privileges de sa m^- 
« tropole , ainsi qu'il est ordonnd par ces m^mes ca<- 
« aons et d^crets, sans Tobservation desquels per<» 
« Sonne ne pent ^tre ^v^que : k ce prix cependant 
« il eut iti en toutes cho«es en paix avec ses frferes. 
<c Depuis , dans sa protestation et dans son appel au 
ft jugement de juges choisis , il a impudemment et 
9L measong^rement , k la connaissance de tons, osi^ 
H ^crire au synode qu'il avait toujours observe toutes 
fc les regies eccl^siastiques , lorsque, tout en formant 
« appel , il o'a jamais voulu signer Fengagementde les 
ic observer a ravenir,decrainte d'etre juge,et, comme, 
« nous Font rapporte ceux qui le lui out entendu dire 
« k,lui-m^me, comme nous Tavionsbien nous-m^me 
It soupconne , « de peur d'etre condamn^ 5 » et en- 
<c fin , si le roi et nous autres ^v^ques nous per- 
K sistions dans notre jugement , pour se manager la 
u ressoarce d'aller k Rome avant de c^der , et IJi , de 
« signer et prendre tout engagement qu'il vous plai- 
nt rait lui imposer , apr^s avoir ii4 absous par vous , 
« malgrd nous. Insens^! qui ne comprend pas, qui 
« ne pent pas m^me comprendre, tant sa malice 
4c Vayengle , que votre Autorite a bien entendu I'eicem^ 

18. 



3^6 frodoard; 

! (( pie du Seigneur , lorsque adressant la parole a 

(1 Paul du haut du ciel , et celui-ci lui demandant : 
K Seigneur , que faut-il que je fasse? » il ne lui ex- 
ec posa point tout ce qu'il avait k faire , mais Tadressa 
u a Ananie, pour qu'il se.fit instruire et diriger. De 
c( m^me Tange du Seigneur , apr^s avoir annonc^ a 
« Comeille qu'il dtait exauc^, Tenvoya k saint Pierre 
<i pour recevoir ses instructions et ses ordres; et quoi- 
' a qu'il eut ete en quelque sorte baptist par FEsprit- 
u Saint avant le bapt^me, saint Pierre lui commanda 
« de se faire baptiser du baptSme de celui qui bap* 
f< tise au Saint-Esprit , et en qui les coeurs de ceuiqui 
•i croient sont purifies par la foi. De m^me eucore 
tt lorsque ses inf^rieurs , bien que toujours fidiles, 
ci inform^rent contre saint Pierre , et le sommfereflt 
a de leur dire pourquoi il etait aiy chez les Gendls, 
a . ce prince des apotres , combl^ de tous les dons de la 
« gr&ce , et fort de la puissance d'innombrables mi- 
tt racles , ne r^pondit point k leur demande par an- 
« torit^ J mais par raison , et exposa ses n\ptifs avec la 
« m^me bumilit^ qu'il disait k Corneille , qui voulait 

• 

tt Fadorer : « Garde-toi d'en rien faire , car je ne suis 
« qu'un hommQ comme toi; » car s'il n'eut r^pondua 
tt la plainte des fiddles qu'en s'appuyant de son auto- 
tt rit^ et de sa puissance, certainement, comme dit 
.tt saint Gr^goire , il n'eut pas ^t^ docteur de douceur 
« et de mansu^tude. II r^pondit done avec modestie, 
Ai rendit humblement compte de sk conduite, etpro- 
tt duisit m^me des t^moins pour se justifier,disanl: 
tt Voici six fr^res qui sont ven,us avec moi. » Aussi, 
tt imitant Fautorit^ humble , le pouvoir modeste et b 
tt sage pr^cation de ce mSiQe saint Pierre, qiM ^^ 



HISTOIRE DE LEGLISE DE RHEIMS. ajj 

ff ailleurs : « Nous ne sommes point les seigneurs du 
<i clerg^, mais les pasteurs du troupeau, » saint Ge- 
« lase dit en ses d^rets adress^s k tous les ^vSques , 
u iouchant les institutions eccl^siastiques : « Puisque 
u nous sommes bien loin de nous.permettre aucune 
f( liberty contraire au respect de ces saintes et salu- 
a taires ordonnances ; puisque le Si^ge apostolique , 
c( qui a ^t^ dtabli par le Seigneur au dessus de tous 
« les autres, s'efforce d'observer pieusement et d^vo- 
« tement les regies prescrites par les canons des P^- 
« res , il serait indigne que quelqu^un , on des 4y^ 
« ques ou des autres rangs inferieurs, osdt refuser 
(I robeissance qu'il voit pratiqu^e et enseign^e en la 
cc chaire de saint Pierre ^ et c'est une chose juste et 
<c convenable que le corps de T^glise s'accorde en 
« Tobservation des rfegles qu'eUe voit suivre au lieu 
u ou le Seigneur a ^tabli la principaut^ de toute son 
« £glise. » II est e^crit aussi de Barnabe et de Saul , 
« qui se dit avec verity Paul , apotre , non de la part 
II des hommes , ni d'un homme , mais de J^sus-Ghrist 
tt €t de Dieu le pire , qu'aprfes avoir long-temps joui 
<c du commerce des ap6tres , le Saint-Esprit dit non 
tt aux apotres eux-memes, mais, comme THistoire 
fc sainte le temoigne , aux proph^tes et aux docteurs 
« qui servaient le Seigneur a Antioche : « Prenez Bar- 
K fxahi et Saul , et ordonnez-les k foeuvre du minis- 
ft t^re auquel je les ai appeles. » Et alors les pontifes 
a et docteurs, jeunant et priant, et imposant les mains 
« aux deux ^lus , leur ordonn^rent de partir. Et ainsi 
<i ils s'ai-all^rent ayant recu leur minion du Saint- 
« Esprit lui-m^me, et furent appeles apotres j* et Tan- 
« n^e suivante, c'est-i-dire treize ans apres la passion 



2^8 FRODOARD; 

K de Notre-Seigneur, qaoiqne celm qui aysdt ap^^ en 
ff Pierre pour Fapostolat des circoncis , eut aussi op^re 
« en Paul poar Fapostolat des Gentils*, cependant ce 
« ne fut que sur Tordre de Jacques, Cephas et Jean, 
« que Paul accepta ayec Barnab^ la charge de pre- 
« cher les Gentils. Le mSme saint Paul ^criyit aui 
ft ministres de Corinthe, qui se montraient ndgligens 
K k punir un incestueux : « Assemblez-vous avec mon 
« esprit , et livrez cet homme k Satan , pour le faire 
tt mourir en sa chair , afin que son ame soit sauvee 
« au jour du Seigneur ; » et les ministres de Corinthe 
« livr^rent cet homme k Satan pour le faire mourir 
ft en sa chair , comme saint Paul , connaissant ses 
ft ceuvres coupables , le leur avait en joint de son au- 
ft torit^ ; et quand ils eurent ^prouv^ son repentir , ils 
ft le r^tablirent^ et avec eux aussi saint Paul le con- 
ft firma de son autorit^, disant : ft Ce que voas accor- 
ft dez k quelqu'un par indulgence , je Taccorde aussi; 
ft car si j'use moi-m^me d'indulgeiice, j'en use i 
ft cause de vous , au nom et en la personne de J^su»^ 
« Oirist " . » Ce qui fiait faire cette remarque a saint 
ft Gr^goire : C*est comme s'il disait : « Je ne me s^pare 
ft point de ce que vous faites de bien ; que ce que 
ft vous avez fait me soit impute. y> Et si nous osions 
c lui demander : ft Pourquoi t'unis-tu si etroitement 
ft et avec si plttine discretion a tes disciples? pourquoi 
ft te conformes-tu si soigneusement k leurs ceuvres, 
ft et eux aux tiennes? — Afin que nous ne soyons 
ft pas circonvenus par Satan, nous repondrait-il ; car 
ft nous n'ignoapns pas ses ruses perverses, et ce que 
ft Tesprit a bien commence, Satan sait le depraver et le 

« Seconde l^pit: de saint Paal aux CormUi. , chap, a , v. i8. 



HISTOIRE OK LEGLIKE DB RHEIMS. %J^ 

H faire tourner k mal. » lanoceat jremarque aussi »ir 
« le mdme sujet : « Cette benignity apostolique est 
« d^clar^e aux Gorinthiens , afin que les bons suivent 
« toajoars de concert toute sentence port^e a Tunani* 
cr mit^ et dans un m^me esprit. » Et L^on dit apr^s 
R I'Apdtre : « Que nul ne cherche son bien , mais le 
H bien d'autrui*, et que chacun cherche k plaire en 
fi bien k son prochain pour Edification-, car notre 
n anion ne pourra subsister si }e lien de la charite 
<c ne nous serre d'un noeud indisjcduble ; de mSme 
N que dans un seul corps nous avons plusieurs mem- 
« bres , et que tous les membres n out pas les m^mes 
« fonctions, ainsi nous sommes plusieurs dans le 
« corps unique de Notre-Seigneur J^sus-Christ ^ et 
<c nous sommes chacun membres les uns des autres. 
« L'harmonie de tout le corps fait la sant^ e& la 
ft beaute; mais pour que cette harmonic existe, il 
u faut Tunanimit^, etsurtout Taccord parfait des.mi- 
« nitres ; et quoiqu'ils soient tous du m^me ordre , 
ft lis n^ont pas tous la m^me dignite. » Or ces pre- 
ft ceptes ont 4ti observers avcc une haute intelligence , 
ft pratiques envers les perscmnes ci-dessus mention- 
ft n^s, et enseign^s par les saints personnages que 
ft nous venons de citer , afin que Ton sache comment 
ft les in£^rieurs doivent ob^ir a lenrs superieurs, et 
ft les snp^rieurs pourroir k lenrs inf^rieurs , et afin 
ft que Tordre ^tabli par Dieu soit par tous et en tout 
II observe et maintenu. G'est pourquoi le aouyerain 
ft pasteur de r£glise , saint Pierre , nous enseign^ en 
ft "efts termes : « Si qnelqu'nn exerce quelque minis* 
ft tire , qn'il n'y serve que comme agissant par la 
ft vertu que Dieu lui donne, afin quen tout ce que 



a8o FRODOARD; 

<( vous faites, Dieu soit glorifi^ par J^sus-Christ '. » 
<( U est ^crit de FEsprit-Saint , qu'il disiribue et di- 
ce vise ses doas k chacun comme il veut. De 1^ yient 
K que 9 selon le concile de Sardique , le souverain pon- 
a tife du premier et saint Si^ge romain, quand un ^ve- 
« que provincial d^pos^ en appelle k sa justice et re- 
c( clame une revision de sa cause devant lui , ne le 
a r^tablit pas sur-Ie-champ par acte de pre<^minence et 
« privilege d*autorit^ , mais le renvoie devant les ^ve- 
c< ques de la pro'jipce ou la faute a ^t^ commise, et ou, 
c( selon le concile de Carthage et les pr^ceptes de la 
c( loi romaine , la cause pent ^tre inform^e avec pks 
« d'exactitude , et la v^rit^ plus pleinement connue, 
c( parce qu^il y a toute facility de produire des temoins *, 
« ou bien le pontife daigne en ^rire au'x ^v^ques voi- 
ce sins, ou 11 envoie des legats qui, charges de ses pleins 
« pouvoirs, jugent avec les ^v^ques , et , apres une en- 
a qu^te exacte, d^cident la«]uestion^ ou enfin il dai- 
« gne croire qu'il suffit des ^y^ques pour tout terminer. 
« Ainsi nous lisons dans un mandement du pape Inno- 
« cent : a Si quelquediff^rend s'el^ve entre clercs, soit 
ci de I'ordre superieur , soit de I'ordre inftrieur , qu'il 
ft soitjug^etvid^parles dv^quesde la province, assem- 
« lol4s selon le^oncile de Nicee. » De m^me, le pape So- 
ft niface dcrit au sujet de Maxime , ft qu il soit contraint 
ft de se rendre en sa province , et de s'y presenter pour 
ft ^tre jug^5 )) et il ajoute que tout ce que les ^veques 
ft provinciaux auront d^cid^, lui-m^me le confirmera 
ft de sonautorit^, quand le rapport lui enaura^tefait; 
ft afin, ^crit-il k Hilaire, que chaque province attendc 
ft, toujours et eatoutes choses fordonnance de son me* 

» Premiere !l&plt. de saint Pierre , chap. 4> V. 1 1 . 



HISTQIRE DE L^l^GLISE.DE RHEIMS. 28 1 

« tropolHain, comme il est prescrit par le concile de Ni- 
« c^e, et quede m^me qu'i Alexandrie eti Rome, oul'^ 
« v^que suit et pratique cette coutume, lesdglisesd'An- 
« tioche, et des autres provinces jouissent de tous leurs 
« privileges. » Aussi a-t-il dte sagement ordonn^ qu'il se 
« tieadrait deux synodes par an dans chaque province, 
f( afin que tous les diffe^rends de la nature de celui qui 
« nous occupefussent discute's et termines par les ^v^ 
<t ques de toiite la province ainsi rassembl^s. Etquand 
« je rapporte tous cesexemples , a Dieu ne plaise que je 
c( veuille porter aucun prejudice k Tautorit^ du Saint- 
« Si^geapostolique ni k votre saint Apostolat, auquelau 
tt contraire je suis pret k obdir en toutes choses , ainsi 
<( qu'il convient -, roais j ecrois rendre hommage et ob^is- 
« sance^ votresouveraine Autorite, en soumettant hum^ 
« blement ce que je pense k votre Sagesse, pour qu'elle 
tt Tapprouveoule corrige, et en faisant mes efforts pour 
tt vous faire connaitre les moeurs de Rothade , de peur 
« que par ma negligence vous n'ignoriez ce que je sais, 
tt et enfin pour que vous puissiez ordonner de son sort 
« avee une plus pleine certitude. Si votre jugement 
tt maintient sa deposition , nous sommes assez certains 
tt de la benignite , de la modestie et pidte de votre fils, 
« notre seigneur et roi Charles, pour affirmer que 
« tout ce que vous lui commanderez et qu'il pourra 
K raisonnablement faire, il le fera sans contradiction. 
« D'autre part , nos co^v^ques assurerout amplement 
« de quoi vivre k Rothade sur les revenus de leurs 
« eglises-, et quant k mon Exiguite , oomme je n'ai ja* 
« mais voulu rendre le mal pour le mal, malgr^ sesllie- 
« pris et les aflS-onts qu'il m'a faits , je m'efforcerai de 
tt lui prouver toute la bienveillance dont je suis capa* 



a8a FRODOABD ; 

» ble , et de pourvoir k ses besoins avec plus de g^ 

« n^rosit^ que jamais. Mais si , sans aucune satis&c- 

n tion pour un si long m^pris des sacr^s canons , des 

a d^rets dn Saint-Si^ge apostolique, de$ privileges de 

« la mdtropole , et des jugeniens synodaux auxquels il 

« ^ refuse d'obeir , et qu'il n'a pas voulu prendre Ten* 

« gagement ^crit et sign^ de respecter et suivre i. I'a- 

A yenir; si , sans declaration , sans protestation sign^e 

n de repentir et d'obeissance faite en presence de ses 

(( fr^res , dont il a tant de fois meprise les avertisse- 

tt mens canoniques^ comme Tattestent divers passages 

(( des lettres de Leon et de Gregoire ^ si enfin (pour 

(c ne pas rapporter ici les choses que , selon le concile 

« d'Afrique , afin d'eviter Topprobre du sacerdoce ^ 

fc ]a censure des seculiers, nous n'avons pas voulu 

« laisser reveler en plein synode), passant leg&re- 

(i rement et sans aucune punition sur les griefs qui 

a vous ont ete denonces sous la garantie de la verite 

c( et de la bonne foi , et pour lesquels il avait ete juge 

<r par les ev^ques auxquels il en avait appele , selon 

« les expr^s et formels decrets des sacres canons et 

K du Siege apostolique, et selon ces saintes paroles de 

<( Ceiestin : « Quelles choses respecterons-nous desor- 

c( mais, si, au gre des caprices de quelques-uns, nos 

« regies decretales et constitutions sont livrees au mi^ 

« pris despeuples et impunement vioiees? » Si, dis-je, il 

« plaisait a votre Autorite de le retablir , comme il con- 

« vient de se soumettre au jugement regulier du pon- 

« tife de la premiere chair e, m^re et maltresse delou- 

« fes les eglises , de Tev^que p^re et mattre de tons 

« les ev^ques , je le supporterais patieftnment et avec 

« resignation. Mais cependant j'estiroe que votre tres- 



UISTOIRE DE l'eGLISE DE RHEIMS. Si83 

« diligente Discretion songera au faneste encourage*- 
cc meht qpLXxn tel exemple pourrait donner en nos con^ 
« tr^es, ainsi que plusieurs le craignent, an m^pris et 
it k hi revoke des sujets en vers leurs pr^lats, et k la 
a licence de violet impun^nient les saints canons. Sur- 
« tout votre trfes-sage Autorite ne pent ignorer que 
« le concile de Sardique, en son septifeme cbapitre, 
« ordonne que lorsqu'un ^v^que dcipos^ en appelle k 
a Rome, le Saint -Siege, en executant la sentence, 
<i soit de restitution , soit de confirmation de la d^posi- 
« tion, doit indemnity pleine et enti^re k ceux qui 
« ont juge avec franchise et simplicity. Innocent, 
a Boniface, L^on dans ses d^rets , Gr^goire plus ^- 
ft demment encore dans ses lettres, professent la 
« meme opinion , se conformant aux d^crets du con- 
c( cile de Carthage, et aussi du Si^ge apostolique, 
« dontles vicaires pr^sidferent en ce concife; k savoir : 
« Toutes les fois qu'on interjetera appel de certains 
« juges eccl^siastiques k d'autres juges eccl^siastiques 
« rev^lus d'une plus grande autorite, la sentence 
c< ne pourra nuire k ceux dont elle met le jugement 
« a n^ant, k moins qu'on ne puisse les convain- 
« ere d*avoir jugd avec un esprit de haine, parpas- 
c( sion ou par faveur. » Or, notre conscience nous est 
K t^oin , tons ceux qui ont assist^ au synode peuvent 
fc attester que nous aurions bien mieux aim^ sauver 
a et maintenir Rothade que le condamner, si nous n'a- 
« vionspas craint d'etre cit^s comme coupables de m^ 
cc pris envers les saints canons au tribunal de ceux qui 
« les ont promulgu^s par Tinspiration du Saint-Esprit, 
tL et denous voir condamn^s avec celui que nous ne pou- 
« vions corriger • voili pourquoi, sans esprit de haine, 



2l84 FRODOARD ^ 

a sans ^tre pr^venus de passion ou de faveur, maisau 
« contraire, d^plorant son incorrigible negligence et 
« son inflexible obstination , nous nous sommes enfin 
« d^cid^s a proc^der selon les saints canons et a porter 
« une condamnation que nous n'osions prendre sm 
« nous deretarder plus long-temps. Votre sage etsou- 
« veraine Autorit^, en donnant son jugement, scrap- 
« pellera aussi ce que nous enseigne Tapotre, que 
« quelquefois les fautes precedent le jugement, et 
a quelquefois le suivent. Aussi , selon le conseil de 
« saint Arabroise, quand on juge, il faut placer dans la 
« balance les bonnes et mauvaises oeuvres , afin que, 
(( si les bonnes oeuvres a r^compenser Femportentjle 

• 

« petit nombre des mauvaises soient remises avec mi- 
K sericorde^ et que, si au contraire les mauvaises 
u Temportent , le petit nombre des bonnes ne compte 
<( pour rien \ et que condamnation s'ensuive. Ainsi nous 
u avons fait selon notre faible capacity , et nous avons 
« mis Tinutilit^ et les fautes de Rotbade en balance 
« avec ses bonnes oeuvres; et avec grand regret et 
c< douleur de coeur, nous avons jug^ qu'il devait etre 
c( coup^ comme le figuier sterile, occupant inutile- 
u ment et trop long-temps la bonne terre, et, apresde 
« longs d^lais et de vains efforts pour le sauver, re- 
c( fusant de profiter de Tengrais qui lui a et^ manage, 
« et perse verant en sa st^rilit^. Puisquil en estainsi, 
a j'ai confiance que le d^cret de votre Modtotion 
« n'outrepassera point ce qui est ordonn^ au chapitr^ 
« d^ji cit^ du concile de Carthage, et ici rapporte sans 
(( aucune interpolation : « Si, y est-il dit, des juges 
« ont ^te choisis du consentement des deux parties, 
K m^me en m^indre nombre que ne le veulent les ca- 



HISTOIRE DE LEGUSE DE RHEIMS. 285 

<t non^ I'appel ne sera pas permis. » Or le noinbre fixe 
« a douze au chapitre precedent du m^me concile , 
ti et le oonsentement des parties ont ^t^ scrupuleu- 
c< sement observes dans le proems de Rothade. Que si 
ci pour quelque cause, sans doute plus raisonnable 
« et a nous inconnue , votre souveraine Autorit^ , a 
« qui sont r^v^l^es beaucoup de choses qui nous de- 
« meurent cach^es, juge a propos d'annuler ce juge- 
n meat, comme il est de mon devoir, iion de dis- 
« cuter vos jugemens , mais d'y soumettre les miens 
a avec obdissance, je me r^signerai, et Ton ne me 
H verra point lutter contre la restitution r^gulifere et 
« canonique que vous aurez prononc^e-, sur que, 
« si vous la prononcez, votre Autorit^ saura pourr- 
fi voir k ce que Rothade, vainqueur selon son ha- 
« hitude, aprfes avoir obtenu gain de cause, rem- 
« plisse a Tavenir tons les devoirs d'un ^v^que; trop 
« heureux, je vous I'assure, de pouvoir enfin respirer 
tt de tant et de si long chagrins que j'ai soufferts de 
a lui et a cause de lui 5 et a Dieu ne plaise que ja- 
« mais il m'arrive de m'opposer a ses revokes , et de me 
c< fatiguer en vain, d'autarit que mes jugemens sont 
tt d^sormais m^pris^s et cQmpt^s pour rien, non seule- 
« ment par les eccl^siastiques , mais encore , et beau- 
tt coup plus, par les s^culiers 5 et les uns et les autres 
tt tiennent des propos que je ne veux pas r^peter k 
M votre Autorit^, dans la crainte d'aigrir Tesprit de vo- 
« tre Douceur , ce que je veux surtout ^viter. Or si 
€1 dans notre province quelques - uns dont les plaintes 
« pourront bien parvenir a votre Saintetd, quand ils 
«i auront vu Rothade r^tabli , commettent k Tavenir 
tt qnelqnes fautes graves , comme il arrive trop sou- 



286 FRODOARD ', 

« ventde nos jours, et beaucoup plus freqaemn^t que 
« dans les temps passes , j'aurai soia de les admones- 
« ter , afin que Oieu ne m'impute pas moa silence; 
a et s'ils veulent se corriger, je m'en r^jouirai; sinon, je 
tt les renverrai i votre jugement. S'il veulent aller k 
a Rome , votre sainte Sagesse avisera ce quHl y aura 
« de mieux k ordonner : s'ils refusent, ils en feront 
« comme bon leur semblera. Quant k moi , puisse la 
^ sentence de saint Ambroise me garantir du jiige- 
ft ment de Dieu : « Quand, dit-il,quelqu'un n'a pasde 
CI puissance, parce que Taccus^ n'en tient compte, ou 
* quand il ne pent prouver , il est exempt de blime. » 
tt Or, occup^ de mille soins, et de plus le voyage a 
« Rome dtant long et mal sur , je ne puis souvent faire 
4( mon rapport au Si^ge apostolique avant que la 
'H plainte des insolens vous parvienne : ainsi done 
« j'csp^re qu'accabl^ d'infirmit^, et, graces a Dieu, 
« proche de ma fin, je n'aurai pas k craindre que 
« quelqu'un aigrisse Fesprit de votre Saintete ccmive 
« moi , et que quelque sentence d^excommunication 
tc me vienne frapper. Et quoique je sache bien, se- 
« Ion Ffivangile de Tapotre, que le Seigneur rendra i 
a chacun selon ses oeuvres^^le jour ou la conscience 
« portant elle-m^me t^moignage , et les pensees s'ac- 
« cusant et se defendant entre elles, il jugera les se- 
« crets des hommes, et comme dit L^on : « Si par 
« notre service et minist^re sacerdotal quelque chose 
« se fait de bon ordre et bonne affection , ne doutons 
« pas que cela nous a dte donnd du Saint*£sprit, el 
« que tout ce qui est autrement ne sera point ratiile 
a et n'aura permanence*, » cependant, autant qu'il 
« sera en moi, et autant que celui de qui vient 



HISTOIRE DE l'^GUSE DE RHEIMS. ^87 

« tOQt don parfait m'en fera ]a gr&ce, je t&cherai de 
« faire en sorte que mon dernier jour, qui est incer- 
« tain , et qui peut venir soudainement , ne me sur- 
« prenne pas ( Dieu m'en garde) retranche de la 
« communion du Si^ge apostoIique.Car, quoiqueplus 
u tard qu'il ne faudrait , puisque moi, grand p^cheur, 
«je suis ddtenu trop long-temps captif en cette fal- 
« cheuse prison du corps, et livr^ justement k beau- 
<(Coap d'afflictions, un temps viendra sans doute, 
« giices h. la trfes-sage providence du Seigneur , et 
« aussi , je Tesp^re , un tel piifsonnage montera sur le 
« si^ge de Rheims , que le privilege qui lui a ^t6 
« accords dfes les premiers temps par le Si^ge apos- 
« toUque , sera renouvey et rendu dans son int^grit^ 
itJinotre dglise, laquelle n'a jamais reconnu d'autre 
« primat que T^v^que de Rome, exceptd lorsque son 
« pontife lui ayant ^t^ arrach^ sans motif par la vio- 
« lence du tyran Milon , au temps de Charles Martel , 
<i elle demeura veuve de son pasteur , et fut confix 
« pendant quelque temps a Boniface , Idgat du Saint- 
«Si^ge, ainsi que^l'^glise de Treves. Et entre ces 
« ^glises de Rheims et de Treves, lesquelles com- 
« prennent k elles seules toute la province belgique , 
« cette distinction a toujours exists, ainsi que nous 
« lisons aux chartes et monumens eccl^siastiques, etde 
« tout temps cette coutume a 4ii observ^e , que la 
« preeminence se r^gle non par la dignity du lieu , 
« mais par Tanciennet^ de I'ordination , et que des 
« ^v^ques de ces deux m^tropoles , celui-lk est re- 
« connu pour primat qui a et^ ordonn^ le premier. 

« Au reste , je me conduirai de mani^re k ne plus 
« m'attirer d^sormais de votre Autorit^, aussi souvent 



288 FRODOARD') 

« que j'en ai recu dans ces derniers temps, sansdoute 
« pour le d^m^rite de mes p^ch^s , de ces lettres com- 
« minatoires d'excommunication et pleines de repro- 
« ches, lesquelles pourtant nous avons lu dans les ecrils 
K d'hommes apostoliques ne devoir ^tre adress^es que 
a rarement et en cas d'extr^me n^cessit^. Que s'il plait 
« k votre Saintet^ , vous n'aurez pas besoin tfagirainsi 
a k Favenir , tant que quelqu'un de vos mandemens 
« apostoliques ne m aura pas surpris, cequ'aDieune 
« plaise, en ddsob^issance ou m^pris de nossaintes 
« institutions canoniqu^*, car celui qui comprendla 
« parole de Tfivangile du centenier : Seigneur, dites 
tt un mot et mon enfant seragueri^ et qui sent toute 
<c refl&cacit^ de la parole de I'^v^que, ou plutolde 
« J^us-Christ qui parle en I'^v^que , comme dit saint 
tt Paul de lui-m^me , connait et comprend combien 
tt est plus pleine encore de vertu et d'autorite la pa- 
« role du pontife du Si^ge apostolique, et avec quelle 
« ob^issance on doit d^ftrer a son simple mande- 
« ment, sans qu'il ait besoin d'user d'adjurations ou 
tt menaces*, et c'est ce que nous autres ^veques som- 
tt mes tenus d'inculcjuer a ceux qui le savent et a 
tt ceux qui ne le savent pas, sages ou insens&; J'^*^ 
« si les paroles des m^chans prevalent* contre nous, 
« comme ils osent s'en vanter, nous n'aurons pas y^' 
« soin de nous donner tant de peine pour les synooes 
tt provinciaux, comme nous avons fait jusquici,p^ 
tt que chacun sera k lui-m^me sa loi et sob esperauc 
tt Quant k ce que votre Sublimit^ ^crit a notre ni- 
tt milit^, que vous avez ^t^ surtout ^mu i repren 
tt et revoir le procfes de Rothade , par celte soili 
ft tude que vous portez k tons vos fr^resj^ ^ 



J 



HISTOIRE D£ LEGUSE DE RHEIMS. 289 

« rejouis et Tapprends avec reconnaissance , persua- 
« d^ que nous autres aussi, m^tropolitains tels quels, 
(( nous devons ^tre compt^s au nombre de vos frferes. 
« Et si votre Discretion doit pourvoir k ce que les 
(( ^veques dioc^sains jie soient pas condamn^s injus- 
ft tement par les m^tropolitains, elle doit aussi em- 
(( p^cher que les m^tropolitains ne soient (contre les 
ft institutions canoniques ) m^pris^s et braves par les 
« ^v^ues leurs in£^rieurs. En second lieu , dites- 
« vous , Rothade s'est port^ appelant au Saint-Si^ge , 
« et vous n'avez pas voulu qu'on eut de vons cette 
« opinion que de vos jours vous ayez laiss^ faire d^ 
« triment aux privileges de votre ^glise. Vous avez 
« raison, et c*est 4 quoi aussi nous devons tons nous at- 
« tacherettenir avec perseverance. Quant a moi, selon 
« ma petite puissance , j'eti ai toujours fait et en fais 
« toujours inon devoir; et, Dieu aidant, je persiste- 
« rai en cette devotion , sachant bien que le privilege 
tt du siege metropolitaindeRheims,auquel le Seigneur 
« adaignem'appeler , s'appuie sur le priviie|[e souverain 
« du Saint-Siege de Rome,mais que c'est aussi le pri- 
« viiege du Siege de Rome de n'user de son autorite 
« que pour maintenir et faire respecter le privilege 
« du siege qui lui est inferieur. En troisifeme lieu , 
« vous citez des exemples ; k cela je n'ai i repondre 
« qu'une chose, c'est que la cause de Rothade est 
« presque de tout point differente des causes que 
ft vous citez. Enfin , quant i ce que votre Benignite 
« apostoliqne daigne ecrire k mon Indignite, que j'aie 
^ a eutrer dans vos opinions et k approuver le juge- 
« meutque vous porterez sur Rothade , et que je ne 
^ pense pas que vous ayez voulu en rien me faire in- 

19 



ago FRODOARD ^ 

<( jure , j'en rends graces immenses, autant que je puis, 
<( de toutes les forces de mon coeur , en toute sou- 
« mission et humility , k votre saint Apostolat , vons 
a assurant, dans toute la sinc^rite de mon ame, queje 
f( crois en tout point ce que vous voulez bien m'^- 
<c crire. En ordonnant que Rotbade fut conduit devaat 
« vous , vous n'avez fait que maintenir les privii^es 
t( de votre souverain pontiiicat comme il convient, et 
n comme nous le desirous tous , puisqjie aucan de 
« nous ne s'y est opposd-, je desire done voir que vous 
<c daigniez lui accorder pardon , et je m'assure que je 
« le verrai. Mais aussi , et je ne vous demande, ainsi 
a qfte je vous Tai prouv^ plus haut, rien que ne pres- 
« crivent les saints canons , que je ne doive deman- 
« der, "etque vous ne puissiez. accorder-, je prie en 
ft grace votre Autbrit^ de faire en sotte , tout en te- 
tt moignaftit vfiftre compassion pour Rothade , que la 
a discipline eccl^siastiqtie n'en soit pas -^nerv^e , et 
ft qn*au contraire elle soit si bien maintenue , que 
« vous 'ne lui accordiez que la piti^ et le juste n^es- 
<( ^ire que vous ne pouvez refuser , dans la crainte 
ft que son exemple ne provoque les autres k sortir du 
ft devoit, et que ceax a qui , dans ces contr^es si ^loi- 
« gn^es du Si^gfe apostolique , le gouVernement de 
ft la discipline eccysiastique est confiS , n'y croient 
ii voir un motif de s'alentir et laissei* aller a la Ian- 
ft gueur , ou n en prennent occasion d'outre-passer 
ft les Kmites poshes par les Pferes , et que nous croyons 
ft n'av<5ir jamais transgress^es. An reste, c'est k vousde 
ft voir ce qu'il y a de mieux k feire, et nous ne de- 
ft vons voir en votre jugement que la volont^ de Diea. 
ft Car les jugemeii^ divins ne pourront i^tre injustes, 



HISTOIRE DE l'^GLISE DE RHEIMS. aoi 

c< qui seront en droit et justice dman^s de la solidity 
« de la pierre de la confession apostolique , contre 
« laquelle les portes de Tenfer , c'est^-dire les mau- 
<c vaises suggestions et manoeuvres , ne prevaudront 
« pas. Quant a la lettre que votre Autorit^ m'a com- 
« mande avec obtestation de faire tenir a Rothade, 
a aussitot qu'elle a ^t^ amv^,le roi notre seigneur, 
« votre fils, la lui a envoyee par son abb^. 

« Je dois aussi vous dire que leonzifeme. jour de de- 
n ceinbre dernier, au moment ou je me retirais trfes- 
« tard sur le soir de la cour de notre roi, aux maisons 
« que nous avons sur la Loire , non loin des confins 
« du royaume d'Aquitaine , Rodolphe , oncle de notre 
« seigneur roi, votre fds, revenant d'aupr^s de Louis, 
a roi de Germanic, m'envoya un de ses hommes, 
a aussi nomm^ Rodolphe, et me manda que le roi Loui$ 
a avait confix k sa garde et protection un des gens de 
K Rotbade charg^ de lettres de votre Saintete, avec 
« prifere de le faire conduire avec ses lettres devant 
« ootre roi Charlies , afin qu'il ne lui arrivit aucun 
« ma] . Car cet homme rftait accus^ devant le roi no- 
« tre seigneur d'avoir vol^ les biens et le tr^sor dq 
cc r^glise, d'avoir pris la fuite apr^ s'^tre parjur^, et 
tt chjerch^ un asile aupr^s du roi Louis. Rodolphe mQ 
tt ppri^kit de prot^ger cet homme aupr^s de notre roi 
K Charles, et puisqu'il Tavait pris sous sa garde, 
a d'emp^cher qu'il lui lut fait aucun mal. Je lui r^- 
tt pondis de le garder prfes de lui, pour pr^venir tout 
tt accident , jusqu'au moment ou je retournerais a la 
a caur, et qu'alprs je ferais tout mon possible pour 
« lui ^tre utile, Depuis, je nai ni vu eet homme, ni 
K sn ce qu'il -^it devenu ftvec ses lettres. C'eet jpour^* 

'9- 



agtt FRODOABD ; 

ic quoi j*ai cm devoir en ^rire k vbtre Saintet^ , afin 
a que si quelqu'un de nos envieux cherchait, comme 
tt ils ne manqaent jamais de le faire, k vous insinuer 
« quelque mauvaise id^^ ce sujet, vous oonnussiez 
a la v^rit^ , et ne prissiez aucnne humeur contre 
« moi. 

ft Enfin les v^n^rables ^^ques transmettent k votre 
(( Autoritd les explications et defenses que j'ai donn^es 
K aux juges devant lesquels Rothade m^avait cit^ par 
« sa protestation d'appel. Quant k ses actes depuis son 
« excommunication , lesquels ont A4 recueillis dans 
ft le synode provincial , et qui , comme je Tapprends, 
<c vous ont ^t^ transmis par nos voisins dans la vue 
« de me nuire, les ^v^ques de la province ont bien 
ft voulu prendre la peine de faire connaitre k voire 
ft Saintet^ ce quails savent par des envoy^ communs.w 
Apr^s avoir donn^ quelques details sur sa promo- 
tion au sidge de Rheims , que nous ne r^p^terons 
pas ici , parce que nous les avons d^ja rapport^s 
plus haut , Hincmar continue : • 

ft Enfin depuis la mort d'Ebbon , dans tout notre 
ft diocese, et m^me dans notre ^glise dioc^ine, 
ft selon la coutume suivie m^me pour ceux qui 
ft ne sont pas rest^s jusqu'k leur mort ^v^ques de 
ft cette' ^glise , on a pris Fhabitude de nommer Eb- 
« bon,par pi^td, k la commemoration des morts en^ 
ft les saints myst^res , et de Fins^rer au catalogue des 
ft ^v^ques \ et la cbose a continue jusqu'a ce moment, 
ft Car j*ai craint de scandaliser les personnes devotes, 
ft qui pourraient m*accuser de porter envie au salut 
ft d'un frfere , et surtout d'un fr^re qui est mort dan* 
ft le Seigneur, et n*a point ^t^ anathematise pour 



/ HISTOIRE DE L EGLISE DE RHEIMS. igS 

« s^tre ^cart^ de la puret^ et int^grit^ de la foi ca- 
ft tholique; mais qui^ pouss^ par sa propre conscience , 
« s'est condamne lui-m^me, et ne Fa i^te que depuis 
« par le synode et le Si^ge apostolique. Je n ai pas 
« os^ prendre sur moi de retrancher son nom sans 
ft ime autorisation du Saint-Si^ge *, car , comme dit 
<( le pape C^lestin , il ne faut pas faire souffrir les 
u ames des trdpass^s , dont nous devons au contraire 
« ressentir les afiSiictions , puisqu'ils sont nos mem- 
a bres. Cependant, dans les lettres que votre Sain- 
« tete m'a fait remettre par le diacr^ Engelwin , vous 
« me mandez de ne pas recevoir au catalogue Teut- 
« gaud et Gunther; Vous savez aussi mieux que nous 
« ce que prescrit le concile d'Antioche au sujet de 
« ceux qui, aprfes avoir ^t^ condamn^s, ont la pr^- 
u somption d'exercer comme auparavant leur charge 
« ^piscopale ; or , il est constant qu'Ebbon a malheu- 
« reusement commis cette faute. Je prie done votro 
a Autorit^ appstolique de vouloir bien me r^pondrd 
ft ^ je dois laisser dorenavant nommer Ebbon entire 
ft les ^v^ques, ou si je dois le rayer du catalogue, afin 
« qu'appiiyd de votre Autorite , je puisse , selon ce 
♦ft que vous d^ciderez , faire cesser toute incertitude 
« et r^gler ce que nptre ^glise devra observer. )i 



^94 FAODOARD ', 



CHAPITRE XIV, 

Suite de la lettre d'Hincmar au pape Kicolas. Du schismatique 

Gottschalk. 

« LuiDON m'a rapportd que vous lui aviez parW de 
a la condamnation et de la r^clusion de Gottschalk; 
ic comme j'avais d^ji su par d'autres que votre Sain- 
« tet^ en avait appris quelque chose, je me suis em- 
« pressd d'envoyer k votre Autorit^, par I'^^que Odon, 
« un recueil de passages tir^s des docteurs catholi- 
K ques, et qui appuient mon sentiment contra Topi- 
« nion de cet homme pestilentiel , et cependant rows 
H n'avez point encore daign^ me r^pondre. Toutefois 
« certains ^v^ques , que cette affaire ne toucbait en 
ft rien (car ils ont assez manifestement prouy^ depuis 
« qu'ils n*^taient conduits ni par la charity , ni par 
ft aucun principe d'autorit^), m^ont, il y a quelque 
ft temps , appel^ k rendre compte de ma conduite , et 
ft m'ont convoqn^ , par lettres qui m'ont ^t^ remises^ 
c( par un laique, h un conciliabule assemble k Metz 5 je 
ft dis conciliabule, parce que vous avez ddfendu de 
ft le nommer synode; et cela, irr^gulierement, quatre 
(( jours seulement avant I'ouverture, lorsque.j'^tais 
ft doign^ de Metz de plus de quatre-vingts'milles, et 
ft Gottschalk de plus de cent, et sans m'avoir aupa- 
ft ravant donn^ le moindre avertissement. Je crois 
« done devoir donner eh pen de mots quelques de- 
ft tails k votre Saintet^. Bien avant que j'eusse Ae 



HISTOIRE DE li£«LlS£ DE ^HEIMS. ^5 

u Ae^ a Tdpiscopat , dans un monast^re de la metro- 
(( pok de Rheims , nomm^ Orbay, au dioQ^^e de Sois- 
(( sons y vivait le moiQe Gottschalk , homme felon et 
« tK»op€?ur, seloB le tdmoignage que rendeut de lui 
a son abb^ et les moines au milieu desquels il a v^cu , 
« n'ayant de moine que Thabit , et le coeur d'un raons- 
(( tre, impatient du repos, aimant la nouveaut^ des. 
u paroles, et connu parmi les siens comme dangereu- 
« sement remuant. Get homme s'^tait fait un cboix et 
« un recueil de certains articles de toutes les fausses 
« doctrines qu'il savait ^tre r^pandues^ par le pays ea 
« ce temps4k; et pr^tendant a se distingaer par la 
u nouveaut^ du langage, pervertissani le sens des. 
« hommes simples et divots , nsurpant le nom de 
Kinaditre, il s'efibrcait d'attirer k lui des disciples, 
« d'imposer, par les. dehors d'une vie religieuse et 
« fappareil du savoir, a ceux qui ont les oreilles cu- 
K riei^es et cherchent toujours des maitres pour les 
« guider, s'dlevant ainsi ill^gitimement , puisqu'il ne 
(I pouvait y parv^nir par des^oies legitimes. Ordonn^ 
« pr4tre , au m^pris des institutions eccl^siastiques , 
« par celui qui ^it alors chor^v^que de Tdglise de 
« Rheims , il sortit de son monast^re contre la r^gle 
.<( monastique , et se mit a courir le pays , semant par- 
K tout ses semences de mort« Enfin , un synode fut 
H convoqu^ en la cit^ de Mayence , et 1^ , apr^s avoir 
« pr^nt^ une declaration de ses erreurs i Tarche- 
« v^e Raban , il fut condamnd par tons les ^v^ques 
« de Germanic, et renvoy^, avec des lettres du sy- 
(( node, k la m^tropole de Rheims, au siege de laquelle 
« je venais d'etre appel^ par la grdce de Dieu. Cite 
H devant les ev^ques reunisde la Belgique, de Rheims 



296 FROnOARO -, 

c( et des autres provinces de France , et convaincu 
« dlh^r^ie , U refusa de se r^lracter •, et dans la crainte 
(( qu^il ne nuisit aui autres comme il se nuisait k lai- 
(cm^me, il fut, d'un jngement unanime, condamne 
<( a ^tre detenu dans un monastfere de notre dioc^e, 
(( parceque Rothade, du diocese duquel il d^pendait, 
(( ne savait pas lui r^sister*, et d'ailleurs , connaissant 
(( Rothade enclin aux nouveaut^s , nous craignions que 
(( n'ayant pas voulu apprendre a enseigner les bonnes 
« doctrines, il ne fut trop facile k se laisser prendre 
<( k de mauvais sentimens sur la foi. Quant a Gotts- 
(( chalk, il ^tait k craindre que, vivant au milieu des 
(( hommes, il ne les infectdt de ses erreurs ^ c'est 
(( pourquoi nous d^cidimes de le tenir en prison dans 
(( un monast^re, selon Tenseignement de TApdtre: 
« Evitez celui qui est h^rAique, apr^s I'avoir averti 
« une premiere et une seconde fois, sachant que qui- 
et conque est en cet ^tat est perverti, et qu'il p^che 
« comme un homme qui se condamne lui-m^me par 
« son propre jugement \ » Et comme ie pape L^n 
« disait autrefois d'Eutychis : <c Puisqu'il voyait que 
<( le sens de sa t^m^raire ignorance d^plaisait a des 
<( oreilles cathoIiques,il aurait du renoncer k son opi- 
« nion,et ne pas exasp^rer les pr^lats de I'figlise, jus- 
(( qvCk m^riter une condamnation, que nul ne pburra 
« r^voquer, s'il s'obstine dans §on sens coupable. » Que 
« s'il eut voulu revenir k la doctrine catholique , j'ai 
« toujours Ai et je suis encore tout pr^t, car les v^- 
« n^rables ^v^ques font ainsi ordonne ^ k le recevoir 
(c dans la communion de r£glise catholique , comme 
« je prends soin de fournir k toutes se^ n^^cessit^ cor- 

> 6plt. de saint Paul a Tite, chap. 3 , v. 10 , 11. 



HISTOIRE DE l'^GLISE DE RHEIMS. 297 

pordles. Si votre Sagesse catholique veut savoir les 
points qu'il pr^che centre la foi orthodoxe, et qu'il 
semble avoir tir^s de la vieille h^r^sie des Pr^des- 
tinatiens, laquelle, n^e en Afrique, et de la pass^e 
en Gaule, a peu pr^s dans le mSme temps que celle 
de Mestorius, fiit ^touffi^e sous le pontificat de Ce* 
lestin, par son autorit^ et par ractive diligence de 
saint Prosper , je vais vous en exposer sommaire- 
(( ment quelques-uns, au moins les plus importans. 

(( II dit, avec les anciens Predestinatiens , que, de 
« m^me que Dieu predestine aucuns k la vie ^ter- 
« nelle, il en pr^estine d'autres k la mort ^ternelle-, 
« que Dieu ne veut pas que tons les hommes soient 
(( sauves, mais ceux-lk seulement qui sont sauv^s. 
« Or, tons ceux qu'il veut sauver sont sauv^s ^ et par 
u consequent s'il en est qui ne sont pas sauves, c'est 
« qu'il n'etait pas dans sa volont^qu'ils le fussent.Gar 
« si tous ceux. que Dieu vent ^tre sauves ne le sont 
« pas, Dieu ne fait done pas tout ce qu'il veut •, et s'il 
« veut ce qu'il ne pent pas , il n'est done pas tout-puis- 
<( sant, au contraire il est impuissant. Mais celui-la 
« est tout-puissant qui a fait tout ce qu'il a voulu, et 
« FEcriture dit : <i Le Seigneur a fait tout ce qu'il a 
(( voulu dans le ciel , dans la terre, dans la mer et dans 
« tous les abimes * ; » et ailleurs : « Seigneur, toutes 
« choses sont soumises a votre pouvoir, et nul ne pent 
« rdsister k votre volont^ si vous avez r^solu de sauver 
« Israel'. » 

« II dit encore, avec les anciens Pr^destinatiens , 
« que Notre-Seigneur et Sauveur Jesus-Christ n'a pas 

' Psaum. i34, V. 6. 

* Esther, chap. i3 , v. 9. 



agS FRODOARD ^ 

a ^t^ crucifix et n'est pas mort pour h redemption du 
a monde entier, c'est-a-dire pour la redemption et le 
« salut de tous les hommes, mais seulement pour ceax 
f( qui sont sauv^s. 

<( U s'accorde, aveclesancieiisPredestinatiens, sinon 
« dans les termes , au moins dans la m^me erreur, 
a dans Texplication de cette parole de Tapotre saint 
a Pierre : <c Miant le Dieu qui les a rachet^s. >i II les 
(( a rachetes, dit-il, par le sacrement de baptSme; 
(( mais ce n'est pas pour eux qu'il a ^t^ mis ^i croix, 
« qvLil a souffert la mort^ et Wil a vers^ son sang. 
« Or Tapotre des Gentils , saint Paul, reconnait ou- 
(( vertement que la reception du bapt^me s^appelle re- 
ft demption, quand il dit : « It'attristezpas FEsprit saint 
a de Dieu, dont vous avez et^ marques comme d'un 
« sceau pour le jour de la redemption *. )i Mais la ri" 
a demption propre et spdciale aux seuls dlus, celle 
« que leur mis^ricordieux Redempteur n'a entendu 
« accorder qu'k eux , c'est celle de la croix , laquelle 
« a rachete, deiivrd et purge du peche tous les eiusa 
n la fois, passes, presens et k naitre, les vivans et les 
« morts. Voil^ le monde pour qui le Seigneur a soof- 
« fert, comme il dit lui^m^me : « Le pain que je don- 
n nerai, c'est ma chair, que je dois donner pour la vie 
a du monde*. n 

« Gottschalk dit encore ailleurs : <( A Dieu ne 
a plaise que je veuiUe murmurer seulement une fois, 
<c ou qu'il m'entre im seul instant dans la pensee que 
tt Tancien serpent puisse ravir, pour ^e k jamais 
« perdu avec lui , aucun de ceux pour la redemption 

^ Eplt. de saint Paul aux iphes, , chap. 4 » v. 3o. 
* flyang. selon saint Jean, cbap. 6, y. 5a. 



HISTOIRE D£ LEGLISE D£ RHEIMS. 399 

R desqueJs le Seigneur a r^andu un sang si pr^- 
(( cienx k DievL son p^re : ainsi soit-il ! » Et ail- 
(( leurs, parlant k Dieu^ il s'^crie : a M^est-il pas assez 
« manifeste que nul ne p^rit qui a ^t^ rachey du 
« saog de ta croix? n 

K Plus audacieux et plus pemicieux que les anciens 
« Pr^destinatiens, il dit ce qu'ils n'avaient point dit , 
(( que la divinity de la sainte Trinity est triple. II est 
K encore beaucoup d^autres opinions que lui et d'au- 
« tres rdpandent dans nos contr^es , et qui nous sem* 
tt blent contraires a la vraie foi. Quand votre Autorite 
« en aura iti avertie par d'autres que par la petitesse 
« de notre personne , peut-^tre y pr^tera-t-elle plus 
« d*attention , ets'empressera-t-elle de nous enseigner 
M prompteinent ce qu'il faut croire. La n^cessit^ s'en 
« fera bientdt sentir. Car quoique leurs coeurs bouil- 
« lonnent de la folie d*un sens.corrompu,cependant, 
tttant que dure le r^gne de notre roi orthodoxe, 
(( ils n'osent exprimer leurs coupables sentimens , et ' 
a nous voyons vraiment s'accomplir ce qui est ^crit : 
« n rassemble comme dans une outre les eaux de la 
«mer. n L'eau de la mer en effet a dt^ rassembl^e 
« comme dans une outre, car, sous notre trfes-fidfele roi 
« Charles , les h^r^tiques contiennent toutes leurs 
« fnnestes opinions , les compriment au fond du 
« coeuf, et n'osent ^clater. Us d^cbirent aussi se- 
tt crkement mon Exiguity de leurs morsures enveni- 
« m^es;mais, avec Paide deDieu,je les supporterai 
« facilement. 11 me reste pen de temps a vivre d^sor- 
« mais 5 et si Dieu venait k permettre qu'ils eussent 
« le pouvoir de in'affliger un jour en ma personne , 
« entre tons les fils de la veritable figlise , ils servi- 



3oo FRODOABD ; 

« raient alors , . Dieu aidant, k exercer ma patience. 
« S'ils ne se montrent nos ennemis que par les mau- 
« values doctrines , ils exerceront du moins le pen de 
« savoir que j'ai, et aussi ma charitd, puisque le Sei- 
« gneur nous fait un devoir d'aimer nos ennemis. 
a Quant a Gottschalk, si votre Antorit^ desire que 
c( je le fasse sortir de prison , ou que je vous T^ivoie 
a pour que vous examiniez sa doctrine par vous- 
« m^me, ou enfin que je le remette entre les mains 
<( de quiconque il vous plaira nommer*, comme vous 
<i savez mieux que qui que ce soit , que de m^me que 
<( tout le monde sans distinction ne pent pas ^tre or- 
« donn^ r^guli^rement, ainsi quiconque, soit moine, 
<( soit soumis a une vie reguli^re, a ^t^ remis en 
« charge k quelqu'un, et d^enu en certain lieu, ne 
a pent ^tre tir^ de sa detention que du consentement 
(( de celui a qui il appartient; que votre Autorit^ 
« m'^crive , et je m'empresserai d'ob^ir a ses ordres. 
<( Seulement je desire ^tre autoris^ par vous , afin de 
(( de ne pas faire croire que j'aie la pr^somption de ne 
« tenir compte du jugement de tant d'ev^ques respec- 
<( tables ^ car je suis loin de me rdjouir de le voir 
« tenu en prison , quoique son obstination ne m^rite 
« que trop cette peine, d'ailleurs l^gfere-, et ce qui 
(( m'afflige, c'est la p^rfidie en laquelle il s'obstine. 
« Que si votre Autorit^ juge i propos de le remettre 
(( entre les mains de quelque autre , elle avisera , je 
« pense , k ce que ce soit k quelqu'un bien sinc^re- 
<( ment catholique , qui tienne k la gravity et la dis- 
<( cipline eccl(Ssiastique , et possede la science des 
c( saintes £critures. Car Gottschalk sait par coeur et 
tt pent vous d^biter tout un jour , sans prendre ha^ 



HISTOIRE DE |.^6LISE DE RHEIMS. 3oi 

i( kine im seul instant ^ non seulement les Ecritures , 
(( qu'il ddtourne violemment k son sens , mais toutes 
(( les autoritds catholiques, qu'il tronque et mutile. Et 
K c'est par 1^ sortout qu'il excitait non seulement 
(( Tadmiration des idiots et des simples , mais qu'il 
« seduisait m^me et entrainait a son opinion des 
u personnes assez dclair^es , mais imprud6ntes , qui 
u avaient le z^le de Dieu , non selon la science. Car 
K il ne cherche pas seulement k hriller comme le mai- 
ft tre de ses maitres , mais il sait encore avec adresse 
« enlacer et surprendre ceux qui conf^rent avec lui, 
(( m^me dans une simple conversation ^ et quand il 
K ne peut leur faire accepter ses doctrines comme 
« vndes , il af&rme obstin^ment par serment qu'en 
« causant avec lui ,. ils lui ont dit ce que peut-^tre ils 
(( nont pas dit, ajfin de paraitre franc et sincere , et 
(( de faire passer ceux qui le contredisent pour des 
« mentenrs et des fourbes pr^chant contre leur pro- 
« pre doctrine. » 



CHAPITRE XV. 

Des livres composes par Tarcheveque Hincmar. 

HiHCMAR a ^crit aiissi au pape Nicolas des lettres 
contenant sa profession de foi , et la defense qu'il pr^ 
parait pour la foi catholique contre les erreurs de 
Gotlschalk. On a de lui encore beaucoup d'autres ou- 
trages, entre autres un recueil de^ maximes des Pferes 
orthodoxes, adress^ aux fidfeles de son dglise,. et on 



3 02 FRODOARD^ 

il prouve encore, centre les blasphemes deGottscklk, 
que la divinity de la sainte Trinity ne peut Arc dite 
triple , puisqu'il y a parfaite unit^ en cette souveraine 
Trinity •, un livre, d^di^ au roi Charles , sur le meme 
sujet; un po^me excellent, %alement dekli^ k Charles, 
ou il traite de la predestination et de la grdce de Dieu, 
des sacremens du corps et du sang de Notre-Seigneui 
J^sus-Ghrist, de la mani^re de voir Dieu, deTorigine 
de Tame, et de la foi en la trfes- sainte Trinity : cet 
cmvrage porte le titre de Ferculum Salomorus, II a 
en outre compost un grand ouvrage en plnsieurs livres 
sur la predestination et le libre arbitre , en r^ponse a 
qudques ^v^ques qui attaquaient sa doctrine, et sur- 
tout i Gottschalk , et Ratramne, moine de Corbie. Cc 
livre, adresse encore au roi Charles, est precede de 
r^pitre qui suit : 

a Au glorimx seigneur et roi Charles^ Hinam, 
de nam et rum de merite, esfSque de Bheims, 
serviteurdu peuple de Dieu^ a^ec mes seigneurs 
collegues et freres les venerables MqueSji^ 
vots intercesseurs pour voire salut et prospi- 
rite. 

a Grices soieiit reudues au Seigneur, qui a embnse 
votre coeur de son amour, et enflamme votre z4le pour 
la connaissance de la v^rilie et la science de la foior- 
thodoxe; qui vous a dome du don de sagewe et i^ 
telligence des lettres inspir^es de Dieu; qui ^^* 
excite k donner a I'etude et a la meditation de seB Ir^^ 
sacr^ tout le temps que vous laissent les affaires jp^' 
bliques , et chaque joar augmente fawJeuf ^ ^^^ 



J 



HISTOIRE DE l'i^GLISE DE RHEIMS. 3o3 

flevoticm pour ruti]i4;^ de la sainte £glise. Nous avons 
lu ei medite les capituiakes synodaux qui voos ont 
^te adress^s par nos v^Ei^ables confreres de trois pro- 
vinces , ainsi que vous lirez ci-dessous , et que Votre 
Majesty, suivant I'^xemide des rois ses pr^decesseurs, 
et par desir de connaitre la verit(5 , nous avait donn^ a 
lire et a mdditer^ vous conformant en cela k Tficriture, 
qui dit : <c Interroge les pr^tres sur ma loi, » et k ce que 
nous lisons que c'est aussi une r^gle de foi. Quoique 
dans ces capitulaires , notre nom ne soit pas eKprim^, 
cependaia^t nous y sommes d^sign^ clairemeurt , replris 
comma non catholiques, et traitds avec m^ris sans 
^ard pour la fraternity. Les capitulaires que j'ai 
extraits des P^r^es catholiques ^ pour m'opposer k Fh^- 
resie qui vous est connue, et que je vous ferai imeux 
connaitre encore en ce livre , y sont rejet^s et repous- 
ses avec abomination comme inutiles , et m^me nui- 
sibles. Et non seulement ils se sont gardes d'ins^er 
dans leurs Merits ces divers capitulaires tels [que je 
les ai extraits , dans la crainte qu'ils ne fussent Ins par 
ceirs. entre les mains desquels les leurs tomberaient, 
mais ik ont aitt^re le sens et jusqu^aux paroles de 
quelques-uns, afin de les rendre abominables-, ils ont 
supprim^ les autres , on n'en ont fait mentiosi qne de 
maniere a faire croire que man sentiment est contraire 
aux sentimens professes par les saints P^feres aux con- 
ciles d'Afrique. Us ne disent pas un mot du ohapitre 
oil je prouve que Dieu veut que tousles hommes soient 
sauv^^s , quoique tons ne le soient jpas : etcependanitle 
Seigneur a dit : a Je vous ^tablis aujourd'hni sur les na- 
« tions et «ur les royaumes, pouor arracher et pour d^- 
(V tmire, pour perdre^tpour dissiper, pour ^difier «t 



3o4 FRODOARD ', 

« pour planter. » Si done ilsavaient la conscience cTune 
droite et legitime interpretation, ils .deyaient mettre 
sous les yeux des lecteurs ce quails voulaient attaqaer, 
tel qu'il ^tait ^crit et dans toute son int^grit^ ; puis d6- 
montrer ce qu'il fallait rejeter et condamner ^ et apr^ 
avoir ainsi d^truit et fait mine par la force des autori- 
t^s, ^tablir leur Edifice raisonnablement et avec ordre 
et reiever jusqu'aux cieux. II est un autre capitulaire 
qui semblerait insinuer qu^il pent y avoir une sorte de 
jeu dans les sacr^s my stores, et dont ils parlent de ma- 
ni^re k faire croire que j'en suis I'auteur, tandis que je 
n'ai jamais rien dit sur ce sujet. Je vous dirai en temps 
et lieu pourquoi je n'en ai pas parl^ , et dans les livres 
de qui je Fai trouv^ , depuis que j'ai A^rit mes ca- 
pitulaires. Ils parlent aussi de seize capitulaires qui 
sembleraient devoir m'^tre imputes, et dont je n'avais 
rien vu ni rien entendu dire avant que le v^n^rable 
Ebbon, ^vSque de Grenoble, vous les eut remis en 
votre palais de Vermerie de la part de votre frire 
Lothaire de bienheureuse mdmoire. L'auteur n'y est 
point nomm^, et malgrd beaucoup de recherches, je 
n'ai pu parvenir k le d^couvrir 5 ce qui m'a fait croire, 
ainsi que je Tai lu souvent, qu'ils avaient ^t^ compi- 
les par quelqu'un dans la vue de nuire et de jeter de 
Fodieux sur Fopinion d'un ennemi. Nous n'avons que 
trop d'exemples de pareilles fraudes, et pour n*en citer 
que quelques-uns entre mille , il fut autrefois re- 
pandu un recueil de capitulaires qu'on attribuait au 
venerable Ibas , et que ce saint ^v^ie renia en plein 
synode. Quelques envieux de saint Augustin, m^e 
pendant sa vie , tir^rent de ses Merits qudques pro- 
positions -qu'il r^futa victorieusement et catholique- 



HISTOIRE DE LEGLISE DE RHEIMS. 3o5 

ment , quand il en eut connaissance 5 apr^s sa mort , 
Jautres d^tracteurs recueillirent, de ceuxde ces Merits 
m^mes dont il s'agit maintenant , certains articles , 
dans la vue de d^pr^cier et avilir, en jetant de To- 
dieux sur sa personne, sa doctrine si orthodoxe et si 
utile k FEglise, et de d^tourner les lecteurs divots de 
la lecture de ses livres, de Tamour qu'ils lui portaient 
et de la croyancft k son autorit^. Sur la d^I^gation du 
Saint-Si^e de Rome^ donn^e par le pape G^lestin, 
saint Prosper d^montra, dans un style tout catholique 
et prudent, la fausset^ de ces mensonges de Tenvie, 
Timprudence des accusations et la puret^ orthodoxe 
du saint ^veque , si cdl^bre et si digne de I'^tre. II se 
pourrait done que ces capitulaires qui vous ont A^ ap- 
port^ et transmis, au nom de nos confreres, par d'au- 
tres que par eux-m^mes , ne fussent pas leur ouvrage, 
mais qu'au contraire ce fut I'oeuvre du d^mon , qui , 
au milieu des autres maux qui se multiplient de nos 
jours en ce monde , cherche k jeter la discorde entre 
lespr^tres du Seigneur, parce qu'il craint surtout et 
nous envie la charity, quand il nous voit Tentrete- 
nirici-bas entre les enfans de la terre, lui qui, ne 
voulaat pas la garder dans les cieux parmi les anges, 
a ^te d^chu de son rang. Comment en effet concevoir 
que nos ^fr^res s'emportassent k nous censurer avec 
tant de colore et un si profond m^pris , eux qui ont 
sans cesse sous les yeux les pr^ceptes ^vang^liques 
sur la douceur avec laquelle chacun doit reprendre 
son frke ? Ne savent-ils pas qu'il est dcrit : <c Avant 
« que-de vous ^tre bien inform^, ne blimez personne, 
<^ et ()|iand vous I'aurez fait, reprenez-le avec dquitd. » 
Quand saint Augustin trouvait dans les Merits des 

20 



3o6 FRODOARD ; 

h^F^tiques et de ses d^tracleurs quelque chose de 
juste, il Facceptait avec bienveillance : souvent il 
s'efforcait de les interpreter selon le boa sens , mais 
jamais on ne Fa vu detourner et. alt^rer un pas- 
sage pour le rendre coupable. Comment nos fr^res 
pourraient-ils agir ainsi avant de nous avoir inter- 
rog^s selon la rfegle ^vang^lique, soit de vive voix, 
soit par ^crit, afin de nous instriyre, docile que 
nous sommes et dispose a apprendre? Si nous avioiis 
persist^ dans notre sens corrompu, et n^ligd de ren- 
trer dans le sentier de la v^rite et de la foi, ne savent- 
ils pas qu'avant d'^clater, leur devoir est de nous 
admonesterfraternellement et souyent, denoosre- 
mettre sous les yeux les autorit^s des divines ficritures 
et les Merits des saints P^res , et enfin de nous inviter 
avec mansu^tude et douceur k nous r^unir avec eux 
en assemblde , sachant que les synodes ne sont ^tablis 
que pour que les ev^ques qui y viennent s'instruisent 
ou instruisent les autres? D'ailleursnous avons recude 
plusieurs d'entre eux des lettres pleines de b^nignite 
et de fraternity , comme aussi nous leur en avons en- 
voy^; et jamais nous n'avons rien vu, ni enienda, 
ni compris , ni senti qui put faire prdsumer une pa- 
reille conduite de leur part. Mais si ce sont bien reel- 
lement eux qui sont les auteurs de ces capitulaires, 
ils n'ont dcrit que pour montrer leUr sagesse aux de- 
pens de notre insipience^ et ils ont plutot cherch^ i ao- 
qu^rir de la gloire, qu'a s'appliquer a faire leur bien, 
en s'appropriant par la charity ce que je pouvais avoir 
ditde bon et de profitable ^ et s'ils ont trouvd en mes 
Merits quelque opinion digne de blime , ils ont pr^ 
f^r^ la publier que de me reprendre fraternellement. 



HISTOIBE DE l'eGLISE D£ RHEIMS. So^ 

G'est ce qui mMtonne de ]a part de tant et si dignes 
hommes , y^n^rables archev^qaes et les plus distin- 
guds entre les ^v^ques , surtout de la part d'Ebboa , 
que Ton dit si religieux ^ car, presque d^s le berceau , 
il a iti dlev^ en religion et sous Thabit r^gulier au 
monastfere de F^glise de Rheims , ou repose le grand 
saint Remi ; et il a v^cu en ce saint lieu jusqu*au 
temps oii il fut consacr^ diacre par son oncle Ebbon y 
alors archev^que de Rheims, et ordonn^ abb^ par d^ 
cret episcopal pour maintenir la discipline r^guli^re 
et gouverner les moines. Or nous pensons qu'^lev^ 
dans une si sainte humility , il ne desire qu'une place 
dTiumilit^ et s'y tient, comme il est ecrit pour lui 
et pour tous : « Si Fesprit de celui qui est en pou-* 
« voir monte sur toi , garde-toi de quitter ta place. » 
Car Fesprit de celui qui est en pouvoir est un esprit 
tforgueil , et notre veritable place c'est Fhumilit^ que 
nous enseigne de galrder, a son exemple, celui qui est 
vraiment le lieu fort et la tour de courage : a Ap- 
<( prenez de moi, dit-il, que je suis doux et humble 
« de cceur. » On nous a dit, et nous croyons certain, 
que cet homme religieux vent se tenir en son hu- 
mility comme dans un lieu sur contre Fesprit de jac- 
tance et d'orgueil^ c'est pourquoi nous ne pouvons 
penser que ces capitulaires, soient son ouyrage, sur* 
tout parce que , seul entre tous ceux de ses confreres 
dans le sacerdoce, le nom d'Ebbon est inscrit avec 
orgueil entre les archev^ques, ou pour faire croire 
que c'est lui qui est le principal auteur, ou pour don^ 
ner a penser qu'on. Fa inscrit entre les archeveques , 
comme plus instruit et sup^rieur aux autres en science 
et en sagesse. Or c'est ce que nous ne voyons pas 

20. 



3o8 FRODOARD ^ 

m^me saint Augustin se permettre , lui qui dans les 
conciles tfAfrique s'^leva si haut au dessus des autres 
par sa science , ses travaux et sa vigilance. Non seii- 
lement il ne mit et ne souffrit pas qu'on mit son nom 
au dessus de ses co^v^ues par desir de se faire re- 
marquer , mais au contraire , quoiqu*il eut k lui seul 
travaill^ plus que tons ensemble, il signa toujours au 
dessous des autres , ainsi que pourront voir ceux qui 
voudront se donner la peine de lire ses lettres Rentes 
au saint pape Innocent et autres pontifes du Si^ge apos- 
tolique.Nous ne voyons pas non plus qu^en aucun con- 
cile,aucun ^vSque en ait jamais agi ainsi, ^ moins tou- 
tefois que les lettres apostoliques n'aient^pour qnelque 
cause importante, ordonn^ de designer par son nom an 
des co^v^ques pour traiter Taffaire avec son archeve- 
que, comme nous lisons dans les lettres de saint Gre- 
goire au sujetde F^v^que d'Autun. Comment done un 
horame aussi religieux et aussi prudent qu'Ebbpn au- 
rait-il pu se laisser aller k tant d'orgueil, et permettre 
que son nom fut- ainsi inscrit s^ul, au m^pris de ses 
co^v^ques oubli^ et passes sous silence? Joignez k 
cela que nos fr^res et nos collogues dans le sacerdoce 
n'auraient pas du fermer Foreille aux conseils que 
nous donne le roi Salomon *, s'ils avaient appris en 
secret quelque chose de mauvais sur moi , soit en 
paroles, soit par ^crit, il ne leur convenait pas de 
se hdter ainsi de le r^pandre dans le public , pour en 
faire un sujet de contention et de querelle , quelque 
sensible que leur eut it6 Ferreur de ma doctrine, 
dont, en tout cas, je n'ai pas conscience ; car le Sage 
nous dit : ic Ne d^couvrez pas si t6t dans une qu^ 
« relle ce que vous avez vu de vos propres yeux , de 



mSTOIRE DE LEGLISE D£ RHEIMS. 809 

« peur qu^aprfes avoir 6t^ Thonneur a votre ami , voas 
(( ne pnissiez plus le r^parer. » Nous savons cepen- 
daDt qu'il en est plusieurs qui, dans leur zMe de savoir 
plus qull ne faut sayoir, renoncent souyent k la paix 
de leur proohain , m^prisant , comme ignorant et in- 
sense,ce qui nous a fait donner cet avertissement par 
tieluiqui est k verite meme. « Ayez du sel en vous 
« et conservez k paix entre vous. ' » Saint Paul aussi 
nous donne cet avis redoutable : « TAchez d'avoir la 
« paix avec tout le monde et de vivre dans la sain- 
« tete, sans laquelle nul ne verra Dieu.* wC'est sur- 
lout a nous qu'il appartieht d'observer la paix, de 
la chercher et maintenir en perfection, nous qui 
devons chaque jour sacrifier au Seigneur, et a qui 
le Dieu de v^rit^ a particuli^rement ordonn^ que 
si, au moment ou nous portons notre ofTrande k Tau- 
tel , nous nous rappelons qvLun de nos frferes a quel- 
que chose contre nous, nous laissions aussi tot notre 
offrande devant Tautel , pour aller nous reconci- 
lier d'abord avec notre frfere , et revenir ensuite pr^ 
senter notre offrande^ et voilk que notre guide et 
noire maitre ne veut recevoir ni sacrifice ni holo- 
causte, si nous sommes en discorde. Par li nous 
pouvons juger combien est grand le mal de la dis- 
corde , puisqu'k cause de lui seul le Seigneur li'admet 
pas ce qui pent nous d^lier de nos fautes. Pour nous, 
nous ne gardons rien contre nos freres , s 'ils ont pu 
ecrire ainsi contre nous avant de nous avoir appele 
en conftrence •, mais il faut croire que , s'ils ^taient 
reeHement les auteurs de ces ecrits , ils nous les au- 

* Evang. sel. saint Marc, chap. 9, v. 49- 

* tpU. de saint Paul aux Hebreux , chap. 1 2, v. 1 4- 



3lO FRODOiiRD^ 

raient au mojins adress^s , k nous centre qui ils les 
auraient Merits. Comment done pourrions-nous leur 
rdpondre , lorsque nous ne savons pas si ce sent eui 
qui ont ^crit ou non ? Quoi qu'il en soit , afin que 
votre Domination ne reste pas sans r^ponse de notre 
part; comme c'est de vos mains que nous avons recu 
ces Merits, nous croyons devoir vous rdpondre de 
coeur, de bouche et par ^crit, sans aucune crainte 
des censures de nos d^tracteurs. Nous vous envoyons 
premi^rement ce qui a 6i6 ^crit par nos frferes dans 
le synode , quoique d^jk auparavant beaucoup d*au- 
tres Merits aient ete publi^. Mais comme ces Merits 
ont iii composes pour me fldtrir, et contre les capitu- 
laires que j'ai donnas moi-meme , j'ai pens^ qu'il con- 
venait de les placer en premiere ligne, parce qu'ils 
ont un plus grand nom, quoique sans avoir plus 
d'autorit^ , puisque la plus grande partie manque de 
v^rit^^ et de leur donner la plus grande importance, 
parce qu'ils sont dits ^mands du synode. Nous joignons 
ensuite ceux que nous avons recus de plusieurs per- 
sonnes, et par des mains ^trang^res, sur divers points 
de la querelle : ce qui nous a mis dans la necessity 
d'extraire de nouveau ces quatre capitulaires des 
Merits des Pferes catholiques , avec Tattention de r^ta- 
blir au besoin quelques-uns des passages cit^s dans 
mes capitulaires , tirant chaque pens^e de chaque ou- 
vrage auquel ell« appartenait , et la transcrivant fi- 
d^lement. Viendront apr^s les capitulaires que nous 
avons extiaits nous-m^me des pens^es et des paroles 
des Peres , tels que nous les avons extraits ^ et si nous 
pouvons demontrer que notre sentiment exprim^ en 
ces capitulaires Concorde avec les ifecritures divines 



HISTOIRE DE l'eGLISE DE RHEIMS. ill 

et authentiques, avec Fautoritd du Saint-Si^ge catho- 

lique et apostolique de Rome , si^ge de la foi, et avec 

le sens des Peres orthodoxes qui ont gouvern^ cette 

sainte £glise m^re, et qui nous ont ^t^ donnas et 

imposes comrae r^gle dans les canons par le Si^e 

apostolique de Rome , nous nous efforcerons d'expo- 

ser nos preuves avec veSrit^, humility et devotion. 

Pour appuyer le sens de notre interpretation catho- 

lique, nous ne voulons recevoir ni citer Topinion 

d'aucun autre , puisqu'il est constant que cela est vrai 

et catholique, que la m^re de toutes les ^glises a cru 

devoir approuver. De m^me, parmi ceux qui ont iie 

proclam^s docteurs de I'figlise, nous n'admettons et 

ne citons pour prouver la puret^. de notre foi que 

ceux dont la mfere £glise catholique a d^clard les 

opinions probables. Si , depuis que le Saint-Si(5ge a 

donne a tous les fiddles le canon des saintes £cri- 

tures et des docteurs catholiques, quelques-uns ont 

apparu qui , occupant la chaire doctrinale, ont pense 

autrement que ne pensaient et n'enseignaient ceux 

que la rafere catholique a recus , qu'elle embrasse et 

rechauffe dans son sein catholique, il n'y a pour 

nous ni devoir ni n^cessitcJ de nous autoriser de leur 

sentiment, de les citer ou admettre, puisque dans 

les anciens et par les anciens nous avons tout ce qu'il 

faut pour le salut. Si d'autres dogmatisent ou ont la 

pr&omption de dogmatiser centre le sens fix^ par les 

anciens avec tant de sagesse et de maturity, nous 

croyons que tout ce qui diffifere de cette antique et 

salutaire doctrine est contraire a la foi et an salut. 

Quant a ceux qui , depuis que le canon a ^t^ r^dige 

par saint Gelase , ont , par la grdce de Dieu,fleuri 



3 1 a FRODOARD ^ 

dans r£glise par leur sens et doctrine catholiqae , et 
par la saintet^ de leur vie ; qui n'ont rien ^crit ni en- 
seign^ de contraire k la fiddle doctrine catholique 
des P^res orthodoxes cites en ce canon , nous les em- 
brassons dans un meine respect, entre autres le v^ 
n^rable Bfede , pr^tre imbu de la foi par' les disci- 
ples du saint pape Gregoire, et instruit avec grand 
soin par le saint archev^que Theodore, si habile dans 
les deux langues grecque et romaine , et envoy^ par 
la sainte £glise de Rome apr^s les disciples de saint 
Gregoire, pour pr^cher et instruire les Anglais •, entre 
autres encore Paulin , de v^n^rable m^moire , pa- 
triarche d'Aquil^e , et le religieux et savant Alcuin ; 
car le Si^ge apostolique de Rome n'a pas seulement 
accueilli avec bienveillance leur foi et leur doctrine, 
mais il Ta encore combine de louanges , ainsi que 
nous lisons, dans les Merits du Saint-Si^ge lui-m^me, 
que nos ^glises la recurent de cette m^re de toutes les 
^glises, au temps de Tempereur Charles, de sainte 
m^moire, quand un synode fut tenu pour convaincre 
Finfiddit^ de Felix, et ses actes envoy^s a I'figlise de 
Rome, comme la premiere des ^glises. Et qui lit leurs 
ouvrages apprend combien ils sont digues d'etre lou& 
et accept^s. Enfin, si nous ne pouvons d^montrer que 
nos capitulaires concordent avec les sentimens de 
tons ceux que nous venous de citer , nous sommes 
pr^ts k ouvrir Foreille aux lecons de plus savans et 
meilleurs catholiques, a soumettre notre sens a leur 
sens, et k nous ranger sans resistance a leur doctrine. » 
<( Comme il nous a ^te remis, de la cassette de votre 
frfere Lothaire, de bienheureuse m^moire, un livre 
sans nom d'auteur, ou nos capitulaires sont not^s i 



HISTOIRE DE l'eGLISE DE RHEIMS. 3i3 

part, passage parpassage, repris et condamnds par Tau- 
teur; qiiel qu'il soit, nous les confirmerons, quand il 
nous sera possible, par des autorit^s des P^res catho- 
liqaes ; et en m^me temps noos nous efforcerons de 
refuterses jugemens, autant du moins que le Seigneur 
nous le permettra. 

« A propos du cinqui^me capitulaire de nos fr^res, 
ou Us nous ont imprim^ une note d'h^r^ie comme 
par insinuation , je rapporterai ce que j'ai trouv^ dans 
les Merits de Gottschalk, depuisvque j'ai public les 
quatre capitulaires si souvent cit^s, et, avee Faide de 
Dieu, je dirai ce que je pense. Enfin, je terminerai 
par ces dix-neuf capitulaires pour lesquels , sans au- 
cane faute de notre part ,. nos confreres ont r^solu de 
nous mettre, seulement pour cette cause, a la bouillie 
d'Ecosse; et je d^velopperai ce que je pense de ces 
capitulaires, d'aprfes Fautorit^ des P^res catholiques. »* 



CHAPITRE XVI. 

Des livres d'Hincmar dedies au roi Charles. 

HiNCM AR a encore compost et d^di^ au m^me roi un 
autre beau livre contre Gottschalk et autres PreJdesti- 
natiensj sur quoi il lui ^crit en ces termes : 

« Au glorieujc seigneur et roi Charles ^ Hincmar^ 
de nom et non de merite, e\>Sque de Bheims^ ser^ 
viteur dupeuple de Dieu^ avec mes seigneurs 
coll^ues et frkres les venerables e^iques^ vos 
depots orateurs et intercesseurs pour votre salut 
et prosperite. 
« Au mois de juin dernier, en Findiction septi^me, 



3l4 FRODOAKD; 

Tan de Fincarnation de Notre-Seigneur huit cent cin- 
quante-neuf , vous avez remis entre nos mains cer- 
tains capitulaires qui , comme vous I'avez dit k notre 
Humility , out ^t^ pr^sent^s a votre Sublimite par 
Remi , r^v^rendissime archeveque de Lyon *, el nous 
avez enjoint que nous eussions k vous r^pondre, en 
temps convenable, si, d'un m^me consentementet d'un 
m^me avis, nous nous accordions aux sentimens con- 
tenus en ces capitulaires •, ou si , comme ils vous 
semblaient en quelques points diSiver de la foi pure 
et candide des Pferes, notre sens, que vous croyez 
n'avoir jamais d^vi^ du sentier catholique, y repu- 
gnait en quelque chose ^ vous conformant, en agissant 
ainsi, aux pr^ceptes du Seigneur et k la coutome 
chretienne des rois vos pr^d^cesseurs; car il estor- 
donn^ par les lois divines, et ^tabli par Fantique ecu- 
tume des rois vos devanciers , que toutes les fois que 
dans la foi catholique ou dans la religion divine quel- 
que nouveaut^ apparait, le prinfie doit en rtf<^rera 
Fassemblde des ^v^ques , et que tout ce que par leur 
jugement les vicaires de Notre-Seigneur J&us^hnst 
et pr^lats de la sainte figlise ont d^clar^ conforme a 
Fautorit^ des saintes £critures , a la doctrine des mai- 
tres orthodoxes, a la foi canonique et aux d^crets des 
pontifes romains^ tout ce qu'ils ont d^cid^ devoir etre 
cru, suivi, pratique et pr^ch^ , soit partout crude cceur 
pour justice, confess^ de bouche pour salut, suivi ^^^ 
vocation, pratiqu^ pour couronne, et pr^ch^ pour we- 
rite et profit. Or, deux jours avant que ces capitulaires 
vous fussent prdsentds, ils ont ^t^, en FassemW^e des 
ev^ques tenue dans la ville deSavoniferes,au territoii^ 
de Toul , recites, lus et d^pos^s entre les mains d« 



J 



HISTOIRE DE LE6USE DE RHEIMS. 3l5 

synode par Remi , archev^que de Lyon . £t comme il 
le dit lui-m^me, comme il est aussi port^ au litre 
meme du livre , ils ont ^t^ composes et publics par 
lui et ses ^v^ques provinciaux pour Tinstructioa du 
peuple^ en la meme pr^sente annde , aux calendes co- 
t^s audit litre, el dans le faubourg de Langres. Le 
lendemain furent encore lus d*aulres capitulaires dont 
nous parlerons.ci-apr^s* Plusieurs de nos fr^res en 
concurenl des scrupules ] el, je dois le dire, quant k 
la lecture des premiers qui avaienl il6 pr^senl^s au 
synode par Tarchev^que Remi, nous rappeldmes en no- 
ire mdmoire la tradition des docleurs catholiques , et 
nos consciences furent forlement ^branl^es. Quelques* 
uns m^mes des n6lres, pouss^s du z^le de la foi chr4- 
tienne, voulaient faire quelques remonlrances au sy- 
node 5 mais le y^n^rable archev^que Remi calma bien- 
tol nos alarmes, en nous represenlanl avec modeslie 
et dignity que , si quelqu'un des ndlres se trouvait of- 
fense dans ses senlimens en quelque point par les ca- 
pitulaires que Ton venait de lire , cbacun de nous eut 
soin d'apporter au prochain concile les livres des doc- 
leurs catholiques , afin de nous entendre tons ensem- 
ble, et d'arr^ter d'un commun consenlemenl ce que 
nous regarderions comme la veritable doctrine calho- 
lique el aposlolique. Or, de la devotion de Remi el des 
^veques de son diocese, dont nous connaissions d'ail- 
leurs, ainsi que vous, la doctrine el les senlimens ca- 
tholiques, m^me ayanl leur ordination, nous avons 
conclu, autanl du moins que nous osons ajouter foi a 
la faiblesse de noire jugemenl, que les capitulaires ne 
yenaient pas d'eux , pour ne pas dire que ce n'^lait 
pas m^e eux qui ]es pr^senlaienl. Cest pourquoi 



3 1 6 FRODOARD ^ 

quelques-uns voulaient les effleurer d'une l^g^re cen- 
sure, en leur appliquant le reproche que saint Ce- 
lestin adressait autrefois aux ^vSques de France : 
« Que peut-on espdrer, disait-il, quand les maitres 
« se taisent , et laissent parler ceux qui n'ont pas 
a m^me ^t^ leurs disciples? Je crains bien qu'un tel 
<( silence ne soit connivence ] je crains que ceux qui 
<( laissent ainsi parler ne parlent bien plu$ enx- 
f( mSmes. En de pareilles causes le silence n^est pas 
<( exempt de soupcon , car la v^rit^ se manifesterait 
« si Terreur d^plaisait. Et en v^rit^ nous sommes 
<( r^Uement coupables , si par notre silence nous 
f( favorisons Terreur. » Mais plusieiirs d'entre nous , 
qui connaissons la foi, la doctrine et la prudence de 
Remi et de ses coeveques , nous avons rappel^ a ceux 
qui les connaissaient moins la sentence touchant la 
controverse du bapt^me, tir^e des Merits de saint Cy- 
prien , laquelle est si souvent cit^e avec j^loge et r^ 
p^tee par saint Augustin en son deuxieme livre du 
baptSme. a Comment, dit-il, une question, envelop- 
« p^e des obscurites de tant d'altercations, aurail-eJJe 
c( pu arriver k une solution claire et k la decision 
(( d'un concile general, si d'abord elle n'eut et^ pen- 
(1 dant long-temps et en tout paysagit^e en tous sens 
<( dans les discussions et les conferences des ev^ues? 
(( Tel est Tavantage de la paix que, quand des ques-- 
(( tions obscures sont agit^es pendant long^temps, et 
<( par leur obscuritd engendrent des opinions diff^- 
c< rentes entre fr^res, jusqu'a ce qu'enfin on arrive a 
(I F^vidence de la v^rit^ , elle maintient le lien d'u- 
u nite, et emp^che que la plaie de Terreur ne demeure 
K incurable dans la partie retranchde. » Et Ja plupart 



HISTOIRE D£ LEGLISE DE RHEIMS. 817 

du temps Dieu ne permet pas que la vc^rit^ se r^v^le 
auxplus savans, afin d^^prouver la patience et Fhu- 
militd de leur charity, qui est d'un bien plus grand 
fruit; ou bien afin de voir comment ils restent fiddles 
a Tunitd, quand, dans des mati^res « obscures, ils sont 
(I dun avis diff(^rent, ou enfin comment ils recoivent 
« la v^rite , quand ils en voient donner une declara- 
« lion contraire k leur sentiment. » Ainsi nos v^n^ 
rabies, catholiques et doctes confreres, sachant que 
cette pernicieuse doctrine ^tait renouvel^e en beau- 
coup de pays, n'ont pas voulu imposer silence k Ter- 
reur dans leurs provinces, quoique peut-^tre cela leur 
eut ^t^ facile, afin que la question parvenant ainsi au 
grand nombre , elle f ut aussi d^cid^e et dteinte par le 
grand nombre. Gar, commedit saint G^lestin dans 
son ^pitre a Nestorius , a tons doivent connaitre ce 
(( qui se fait , quand il s'agit de la cause de tons. » 
Afin , sans dout^ , que , puisque sur la proposition 
d'un seul tous Ont ^te appel^s k decider , la decision 
de tous oblige aussi chacun en particulier. 

« Vous pouvez facilement vous souvenir qu'il n'y a 
pas encore trois ans, pendant que nous ^tions dans un 
village de I'^v^ch^ de Rouen , nomm^ Melpse , oc- 
cupy k nous opposer aux ravages des Normands, vous 
m'avez remis ces capitulaires , portant en leur titre 
qrfils avaient ^t^ redig^s au synode de Valence , Tan 
de fincarnation de Notre-Seigneur huit cent cin- 
quante-cinq , sous I'erapereur Lothaire , et vous m'a- 
vez ordonne d'y r^pondre catholiquement d'apris les 
niaitres de la foi orthodoxe, ainsi qu'i tous autres 
ecrits qui parviendraient k votre connaissance. Et de 
f^it, nous en avons recu plusieurs-, mais nousavons 



3l8 FRODOARD ^ 

diff(^r^ de les publier, parce que nous desirions raain- 
lenir Tunitd d'esprit et les liens de la paix, jusqu'k ce 
que nous eussions eu avec ceux qui vous les avaient 
adresses une conference amicale^ et que nous eussions 
fait notre possible pour les ddtourner de rerreur,€t, 
Dieu aidant , les ramener k Tunit^ de la foi catholi- 
que. Mais nous n'avonspu les d^tourner de leur inten- 
tion 9 partie k cause de nos occupations , partie aussi 
parce que nos remontrances fraternelles n'ont pas ^t^ 
accueillies comme il convenait. Et comma ditl'Apotre: 
(( II y a des personnes dont les p^ch^s sent connns 
« avant le jugement et I'examen qu'on en poumit 
<( faire ' . » En effet la discussion a tellement ^clat^, que 
le diff(5rend est parvenu k votre connaissance ; et que, 
dans votre zfele pour la foi et votre amour de Funion, 
avant de nous confierl'examen de ces questions, vous 
avez d^cr^td le synode , et nous avez enjoint de re- 
cueillir, entre nous ^v^ques, quatre capitulaires ex- 
traits des Merits des Pferes catholiques et deles signerde 
notre main. Mais depuis , plusieurs m^me qui avaient 
sign^ ces capitulaires et beaucoup d'autres ont porte 
si loin la t^m^rite, qu'il est devenu n^cessaire, et 
pour Fex^cution de vos ordres , et pour la soumission 
de notre ob^issance , de ne pas tarder plus long-tenlps 
a repondre aux Merits et aux propositions de ceux dont 
nous parlous. Nous avons aussi, entre autres, r^pondu, 
selonla faible capacity de notre esprit, aux capitulai- 
res que vous nous avez remis derni^rement ; toute- 
fois sans nommer personne , car nous ne pouvons 
croire qull fut permis k nos frferes et collogues dam 
r^piscopat d'^crire de telleschoses contre nous,^^ 

» I" 6pltre de saint Paul a Timothee, chap. 5, v. 34. 



HISTOIRE DE l'eGLISE DE RHEIMS. Sig 

m^pris de la discipline eccl^siastique ; surtout quand 
ils ne pouvaient ignorer que les institutions cano- 
niques et les lois promulgu^es par le Saint- Esprit 
leur prescrivaient , si nous avions bless^ la foi dans 
nos capitulaires , de nous citer et appeler k comparai- 
tre , et ensuite, par un jugement synodal, condamner 
nosopinions et nous s^parer de leur communion. Main- 
tenant done que nous savons k qui nous devons repon- 
dre sur les questions tant de fois nomm^es, r^ervant 
pour Tavenir la discussion des erreurscontre lesquelles 
votre Domination nous a ordonn^ d'informer, a rai- 
sonde notre minist^re , nous nous bornerons k r^pon- 
dre k ces capitulaires , gardant autant qu'il sera en 
nous la paix avec tous, exposant avec simplicity ce que 
nous croyons d'apr^s Tautorite des saintes £critures 
et le sentiment des P^res catholiques*, afin que celui 
qui ne pourra ou ne voudra pas lire tout le differend, 
troQve ici une r^ponse abr^g^e , la seule que le temps 
nous permette^ car nous ^crivons^ la hite et tumul- 
tuairement , d^robant k peine quelques heures aux 
nombreuses occupations qui nous accablent , et nous 
otent la liberty de nos pens^es; et jetant ce pe- 
tit livre en courant , seulement pour que votre chrd- 
tienne devotion ne nous accuse pas de negligence ou 
de ddsob^issance. Gomme dans les Merits de nos ad- 
versaires nous avons ^t^ I'objet de beaucoup d'atta- 
ques diverses , nous sommes oblig^ d'opposer argu- 
mens a argumens , et de multiplier les citations et les 
comparaisons des textes : ce qui nous a entrain^ k 
ecrire trois livres d'un style diffus, au grand ennui du 
lecteur -, nous le sentons nous-m^me , mais du moins 
nous ne lui oflrirons jamais que le sens catholique. 



320 FRODOARD ; 

Nous croyons surtout satisfaire le lecteur bienveillant, 
en ce que nous rapportons toujours fidMement Fopi- 
nion de chacun, et r^pondons, en suivant Tordre que 
chacun a suivi , aux divers points qui s'^cartent de 
la foi ^ et nous avons confiance que , quand il aura at- 
tentivement consid^r^ notre travail , il nous excusera. 
Quant k Tauteur de ces capitulaires , k qui nous som- 
mes forc^ de r^pondre comme de nouveau , il sera 
bien contraint de se faire connaitre quand il lui faudra 
venirk la lumi^re de ]a v^rit^. Car Tartisan des ceu- 
vres de t^n^bres ( et I'Ap^tre comprend en ce nombre 
les h^r^sies) bait la lumi^re, et ne vient pas it la 
lumi^re, dans la crainte que ses oeuvres ne soient r^ 
v^yes. Au contraire , celui qui fait de bonnes oeuvres 
(et TApotre comprend la foi entre les bonnes oeuvres) 
vient k la lumi^re, afin que ses oeuvres soient mani- 
festoes , parce qu'elles sont faites sdoii le Seigneur. 
Quel que soit done Tauteur, il viendra k la lumi^re, et 
s'il consent du fond du coeur k la vMti , il pourra re- 
devenir un enfant de lumi^re-, mais s'il persiste a 
contredire k la vOritO, il s'imposera lui-m^me le nom 
d'hOrOtique, par son obstination dans FinfiddlitO, et la 
timinii de sa resistance. Gar ce n*est pas bOr^ie que 
d'avoir par ignorance un sentiment contraire a la foi : 
ce qui fait rhOrdtique , c^est Tobstination. » 



? » 



HISTOIRK DE L EGUSE DE RHEIMS. 321 



CHAPITRE XVII. 

Du synode de six provinces de France ten^i a Troyes. 

Uan de rincarnatioii de Notre-Seigneur huit cent 
soixanle-septjUn synode des provinces deRheims, 
Rouen, Tours, Sens, Bordeaux et Bourges, fut as- 
semble en la ville de Troyes, le vingt-cinquieme 
jour d'octobre. La,qtie]ques eveques, pour plaire au 
roijComme il arrive trop souvent,se declarferent 
en faveur de Vulfade , et ourdirent plusieurs menses 
contre Hincmar, au prejudice de la vdrit^ et de I'au- 
torite des saints canons. Mais Hincmar opposa a leurs 
intrigues la raison et I'autorit^ , et fit d^cr^ter, par la 
majority de I'assembl^e , que les eveques preens au 
synode rddigeraient d'un commun accord , et enver- 
raient au pape Nicolas , par Actard , v(5n^rable H&- 
que de Nantes, une ^pitre contenant un compte 
exact de toutes les matiferes en deliberation. La te- 
neur de cette lettfe fut tout-i-fait conforme a celle 

• 

qrfHincmar avait envoy de a Rome, le mois de juillet 
pr^c^dent, par ses clercs ddguisds en pdlerins, afin 
tf^viter les embuches des adversaire^. Quand Actard 
eut recu des mains du synode la lettre redigde en 
commun , et scellde du sceati des archev^ques prd- 
sens , il s'en retourna aupr^s du roi Charles , avec 
quelques Eveques, comme celui-ci en avait donne 
Tordrcj OubUant la fiddlit^ d'Hiiicmar, et les travaux 
que pendant tant d'annees il avait endures pour Thon- 

21 



3aa FRODOARD ^ 

neur €t la defense de la couronne , Charles exigea 
qiie la lettre du synode lui fut remise , brisa les 
sceaux des archev^ques, prit lecture des actes-, et, 
comme il trouva qu'Hincmar n'avait pas iii refute 
et condamn^ , ainsi qu'il Faurait voulu , il fit dieter 
en son nom nne autre lettre au pape Nicolas , en 
haine et contradiction d'Hincmar, la scella de son 
anneau , et Tenvoya k Rome par le m^me Actard , 
avecT^ttre du synode. Or les clercs d'Hincmar , arri- 
ve k Rome au mois d'aout , trouvirent le pape Nicolas 
grandement vieilli et infirme , et tout entier k la que- 
relle qu'il souteniiit alors contreles empereurs grecs 
Michel et Basile , et contre les ^^ques d'Orient. Cest 
pourquoi ils furent obliges de demeurer jusqu'an 
mois d'octobre. Le pape Nicolas accueillit aVec bien- 
veillance ce que lui mandait Hincmar , et lui r^pondit 
qu'il ^tait satisfait en toutes choses. Dans une autre 
lettre adress^e en m^me temps k Hincmar et k toes 
les archev^ques et ^^ques du royaume de Charles, 
il leur d^noncait les empereurs grecs et les ^v^oes 
d'Orient comme calomniant Tfiglise romaine, et m^me 
toute I'Eglise latine , k cause que nous jeuiions le sa- 
n^edi, que nous disons qcie le Saint - Esprit prooMe 
du Pfere et du Fils , que nous interdisons le mariage 
aux pr^tres, et leur d^fendons d'oindre de chr^e le 
front des baptises; disant en outre que nous faisons 
du chrome avec I'eau de^ riviferes , et nous repro- 
chant de ne pas nous abstenir de chair huit semaines 
avant P4queis, et sept semaines, de Fnsage du fromage 
et des ceufs, ainsi qu'ils font eux-m^mes; pr^endant 
qak Texemple des Juifs , k la solennit^ de Piques , 
nous b^nissons et offrons un agneau sur I'autel avec 



HISTOIRE DE L*£gUS£ D£ RHEIMS. 3^3 

le corps de Notre-Seigneur J^sus-Christ ; enfin s'em- 
portant centre nous parce que nos clercs rasent leur 
barbe , et disant que chez nous le diacre est ordonne 
ev^que saos avoir auparayant recu la pr^trise. Sur 
tous ces points le pape demandait Tavis des m^tropor 
litains et des dv^ques de leurs provinces; et k la fin 
de sa lettre, s'adressant k Hincmar, il lui disait : 
(I Hincmar, quandta charity aura lu cette lettre, fais 
« diligence pour qu'elle soit comrauniquee k tous les 
K archev^ques du royaurae du glorieux roi Charles, 
« notre fils, afin que chacun d'eux en son diocese exa- 
« mine avec ses suffragans ces divers sujets, et quails 
« nous fassent part ensuite de ce qu ils auront avis^. 
« N'^pargne ni solicitations ni exhortations pour les 
« encourager , de manifere k ce que tu sois un actif 
« et diligent ex^cuteur de tout ce que te prescrit 
« notre prdsente lettre , et en m^me temps fiddle et 
« prudent rapporteur de la ydrit^ en ce que tu nous 
« manderas. » Hincmar recut cette lettre au palais de 
Corbeny, ou il se trouvait alors avec Charles; et aprfes 
en avoir donn^ lecture au roi et k plusieurs (5vdques 
presens , il la fit tenir aux autres archev^ques , ainsi 
qtf il en avait recu Tordre. Le pape Nicolas mourut le 
treizifemejourdu mois de dt^cembre suivant; Adrien 
lui succeda au pontificat, de I'election des clercs et 
du consentement de Tempereur Louis; et quand 
Actard arriva k Rome avec les lettres dont nous ye- 
nons de pirler, il tronva le nouveau pontife d^ji 
install^ sur le Si^ge apostolique. 



:2i. 



3*4 FRODOARD-, 



CHAPITRE XVIII 



Du roi Charles. 



HiiicMAR ^crivit encore et dedia au roi Charles un 
livre extrait des saintes £critures et des Pferes catho- 
liques, lequel divise en trois parties, savoir : de la 
personne du roi et du minist^re royal dans le gou- 
verneraent de TEtat; de la discretion qu'il faut garder 
en faisai^t mis^ricorde ^ de la punition de certaines 
personnes. L'ouvrage contenait trente-trois chapitres. 
II lui adressa en outre une instruction trfes-utile pour 
apprendre a fuir le vice et pratiquer la vertu, lui en- 
vbyant en m^me temps I'^pitre de saint Grdgoire a 
Reccared, roi des Visigoths. II a encore compose 
pour le m^me roi un recueil d'un grand nombre d'au- 
torites touchant les dglises et chapelles, contre les eta- 
blissemens de Prudence, ^v^que de Troyes^ un Traite 
des dous&o abus , pour Tinstructibn du roi , dans le- 
quel il rasserable les avis des P^res et les constitutions 
des rois ses pred6cesseurs , et rappelle k Charles la 
promesse qu'il avait faite avant sou sacre aux primals 
et aux ^v^ques. Enfin il a ^crit k ce m^me roi une 
foule de lettres sur difFdrens sujets, parce que ce 
prince consultait Farcjiev^que presqu'en toute occa- 
sion , et se conduisait la plupart du temps d'apr^ ses 
conseils et sa prudence. Quand son fils Carloman, 
lequel etait clerc, se souleva cqntre lui, et que le 
roi lui-m^me marcha en personne k Vienne contre le 



HISTOIRE DE L^EGLISE DE RHEIMS. SaS 

comte Gerard , qui secondait la revoke , il ^crivit a 
notre pr^lat, et lui manda de rassembler les (ivSques 
de son royaume , et les seigneurs lai'ques, ses fiddles, 
afin que les ^v^ques usassent de leur ministere et 
autorit^ pour d^fendre a Carloman de faire dommage 
au royaume , et que les laiques se missent en devoir 
de lui roister et de Ten emp^cher. En consequence 
Hincmar dcrivit aux comtes Enguerrand , Josselin et 
Adelelme, pour leur demander avis, et en m^me 
temps leur donner conseil sur ce qu'il y avait a faire 
en cette circonstance. Cependant il adressait au roi 
des lettres de supplication en faveur de Carloman, et 
faisait tout son possible pour menager la paix en- 
trelep^re et le fils, quoiqu'il spuffrit beaucoup de 
maux et de ravages en ses domaines de la part de 
Carloman etde ses complices. En (in il alia, avec quel- 
ques autres fiddles du roi Charles, parlementer avec 
le prince Carloman , lui donna des otages et en recut 
de lui , et il fut convenu entre eux qu'il y aurait paix 
dans tout le royaume , que les hommes de Carloman 
se comporteraient pacifiquement en tons Ueux, et 
que lui Carloman demeurerait en paix, avec un petit 
nombre des siens, aux villages appartenans k saint 
M^dard , jnsqu'a ce que des envoyc^s du roi fussent. 
venus^qu'ensuile il irait trouver son pfere avec les 
fideles de Chades et les siens , ferait un traitd avec 
lui, ou s'eu reviendrait sain et sauf a son arm^e , sans 
rien conclure. Quand Hincmar eut recu les envoyds 
du roi, il ^crivit k Carloman pour qu'il eut a venir 
entendre ce que mandait son pere. 11 convoqua en 
rnSme temps les fiddles du roi, pour aviser aux moyens 
de faire ce qu'il ordonnait pour le retablissement de 



326 FRODOARD^ 

la paix, laquelle fat en effet conclue. Mais quelque 
temps apr^s le roi fit excommunier son fils par tous 
les ^v^ques du royaume , parce qu'il ne voulait point 
renoncer k ses d^portemens' et ravages •, et en outre, 
Fayant fait prendre, il lui fit crever les yeux. Non 
senlement le roi chargeait Hincmar de toutes les af- 
faires eccl^siastiques, mais quand il fallait lever le 
peuple centre Tennemi , c'dtait toujours k lui qull 
donnait cette mission ; et aussitot celui-ci , sur Tordre 
du roi , convoquait les ^v^ques et les comtes. 

Nous avons deja racont^ en ce livre une partie de 

la vision du ressuscitd Bernold; mais il eut aussiune 

r^v^lalion sur le roi Charles, et voici ce qu'on raconte. 

II se trouva en un lieu obscur et noir , ou percait la 

lueur d une lumi^re qui resplendissait vis-i-vis en un 

lieu voisin, tout brillant, trfes-bellement fleuri et 

odorif^rant. Li, il vit le roi Charles ^tendu dans la 

fange de sa putrefaction et rong^ de vers qui avaient 

d4]k consume presque toutes ses chairs , et Ton ne 

voyait plus en soia corps que les nerfs et les os. Le- 

dit roi apercevant Bernold Fappela par son nom, et 

lui dit : a Pourquoi en me secours-tu pas?— Et en 

tt quoi puis-je vous secourir? r^pondit Bernold. 

« — Prends cette pierre qui est pr^s de moi , et mets- 

c( la sous ma t^te : » ce que fit Bernold ; apr^s qaoi 

Charles lui dit : « Va trouver I'^vSque Hincmar, et 

tt dis-lui que, pour n'avoir pas voulu suivre ses bons 

c( conseils et ceux de quelques autres fiddles, je sorf 

n fre les maux que tu vois , en punition de mes fau- 

« tes* Dis-lui bien que j'ai toujours eu confiance en 

a lui , et qu*il m'aide de son secour^ , afin que je 

a sois deiivr^ de mes peines, et qu'aussi , k tous ceux 



HISTOIRE DE L£GLlS£ DE RUEIMS. 3^7 

a qai m'ont 4t6 fiddes , il demande de ma part leur 
(( aide et secours , car s*ils veulent s y employer jayec 
u zMe, je serai bientdt d^livr^ de cette peine. t» Alors 
Bernold lui demanda quel ^tait ce lieu d'ou resplen- 
dissait la lumi^re , et apprit que c'^tait le repos des 
saints : il en vouhit done approcher de plus pr^s; 
lors il vit une telle clart^ , et sentit un parfum si 
doax et d^une telle suavity, qu'il n*y a langue humai* 
ne qui piiisse Fexprimer. II vit aussi une multitude 
d'hommes de tdute condition v^us de robes blanches , 
qui s'^jouissaient ^ et aussi quelques bancs himineux, 
ou aucun de ceux pour qui ils etaient pr^par^ n*d-> 
tait encore assis. Continuant sa route , toujours en vi- 
sion , il entra dans une ^glise , ou il trouva F^v^que 
Hincmar, aveo ses clercs tout kabill^,pr^t k c^J^brer 
la messe, et il lui dit ce que Charles lui avait recom* 
mand^. De Ik soudain retournant au lieu ou il avait 
va le roi si miserablement ^tendu , il trouva le lieu 
tout brillant , et le rpi sain de corps , rev^tu de ses ha- 
bits royaux , lequel lui dit : « Vois comme ton mes- 
« sage m'a profit^, » et autres choses. Et cette vision fut 
ecrite par Hincmar teUe qu'elle lui avait ^t^ racont^e j 
et en faisant faire le r^it partout ou il crut ^^ces- 
saire, il en communiqua la connaissanee k plusieurs, 
et tantpar lui-m^me que par les autres fid^es du roi 
qui lui Etaient soumis, travailla d^votement et fidde- 
ment pour la d^livrance et le repos de lame du iroi 
Charles. 

Eabeauooup de circonstances HincBiar rappelait 
le roi k son devoir , et lui donnait de sages avertisse* 
mens. Ainsi il lui ^crivit pour I'cilection de T^^ue 
de Beauvais , apr^s 1^ mort d'HUdemann , pasteur de 



3*28 FRODOARD; 

cette cite. En cette lettre il s'efforce de d^tourner le 
roi du crime de simonie , lui assurant qu'il aimerait 
mille fois mieux perdre cet ^vech^, seloa le $iecle, 
que d'avoir a y benir un ^v^que conlrairement aux 
institutions canoniques , ou plutot a le maudire d'une 
malediction ^ternelle. Une autre fois , il reclama le 
domaine et le monastfere de Flavigny, que le roi lui 
avait donne et confirm^ par une ordonnance sa vie 
durant, pendant qu'il ^tait k son service, avant d'etre 
ey^que. Un usurpateur avait d^truit ce monast^re: 
Hincmar Favait fait rebatir et y avait retaibli la religion, 
autant qu'il avait ^t^ en lui 5 et, depuis, le roi youlait le 
lui reprendre injustement. Un rebelle fugitif avait en- 
leve une religieuse etTavait epous^e^ Hincmar ^crivit 
au roi et le supplia de le faire arr^ter par son autorite 
royale et d'ordonner la separation , parce que cet in- 
cestueux refusait d'ob^ir au jugement^le son dveque. 
11 lui ^crivit encore au sujet-de T^v^que Rotbade , que 
le roi avait cite devant lui, et auquel il avait ordonne 
d'envoyer un avocat, pour plaider contre un homme 
de Rothade, appartenant en meme teinps k un b^n^fice 
royal , d'ou venait le proces entre eux. Hincmar re- 
prit le roi avec adresse et franchise en nieme temps, 
et s'efforca de le faire renoncer k cette , intention , en 
interposant toutes les autorit^s sacr(5es. 

II ^crivit aussiau roi au sujet du message qu'il remplit 
aupr^s de Tempereur Lothaire et de Louis leGermani- 
que, tons deux fr^res du roi Charles, afin de conclure 
un traits de paix entre les trois frferes ;, et sur le m^me 
«ujet encore , une autre lettre dans laquelle il instruit 
Charles de la maniere dont il doit se conduire envers 
ses frferes, et traite de leur reception et de leur ren- 



HISTOIRE DE LEGLISE BE RHEIMS. 829 

voi , dont il ^tait alors question 5 — item^ au sujet de 
Tempereur Lothaire 5 comment il est traite a Rome, et 
quand il doit venir en ces contr^es*, enseignant au roi 
comment il doit se conduire devantDieu et devant les 
hommes, et avertissant la reine d'exhorter leroi kune 
vie honn^te et vraiment digne d'un roi ^ — • item^ 
sur les dispositions militaires a prendre pour faire le- 
ver le si^ge de Beauvais \ en cette lettre il lui expose 
de qi^elle mani^re il doit gouverner T^glise qui lui est 
confine ; a savoir, les affaires eccl^siastiques par les ab- 
his des monast^res et les archipr^tres, et Fadministra- 
tion des domaines et de sa maison , ainsi que celle des 
services qui lui sont dus , et la decision des plaintes 
s«it en reclamation, soit en appel, par des laiques et 
trfes-fid^lesj — i7e/n, au sujet du voyage de Charles 
dans la France superieure , comment il doit se gou- 
verner en ce voyage, et quel ordre il doit etablir en ce 
royaume; — i7em^a Toccasion du synode que le roi or- 
donna de convoquer au diocfese de Rheims^ il montre 
pour quels motifs le roi doit le convoquer, et traite 
de quelques autres affaires importantes^ — iterriy au 
sujet de la mort de Fev^que Halduin 5 au sujet du 
comte Gerard , de Louis, roi de Germanic, frfere de 
Charles J de Lothaire, roi dltalie, neveu de Charles 5 
— iterriy stir la construction d'un pout que le roi 
faisait construire k Pistes sur Seine , a frais communs 
avec lui Hincmar et quelques autres fiddles 5 — itent^ 
au sujet de son neveu Hincmar, ^veque de Laon, cen- 
tre lequel il a ecrit plusieurs lettres, et qu'il poursuit 
sans cesseauprfes du roi; — ite/w^au sujet de ses infir- 
piites, et de la reception de quelques moines Strangers 
qu'il prie le roi de vouloir bien recueillir ; — item^ 



33o FRODOARD ; 

sur les biens de saint Remi, situ^s dans les provinces 
de Vienne et d*Aix;— • item^ sur ToFdination de qud- 
ques dv^nes et la d^dicace de phisiears ^glises; 
— item^ k Toccasion du voyage du roi en halie apr^ 
la mort de son neveu Tempereur Louis , conament il 
doit se gouverner en ce voyage, et quel ordre il 
doit etablir en ce royaume; — itemj sur les questions 
^lev^es par un certain Mancion 5 — itenij au sujet du 
village de Neuilly et de ses d^pendances 5 — itemj 
k Toccasion des lettres que le roi Louis, frfere de 
Charles , lui avait ^crites sur la vision dans laquelle 
son pfere lui ^tait apparu 5 il en envoie copie k Charles^ 
avec copie aussi de la lettre qu'il avait dcrite en re^ 
ponse a Louis; — item^ an sujet de la mort de Nv*- 
que Walther , homme d'une grande distinction, et sur 
une image du Sauveur ; — iterrij pour les affaires de 
ceux de Laon, et sur Fordination d'un nouvel ^v^Be 
en cetie villeaprfesrexpulsion d'Hincmar; — item^sur 
le m^me sujet 5 — itentj sur la passion de saint De- 
nis, ^crite en langue grecque par M Abode de Con- 
stantinople, et traduite en latin par Anastase, bibbo- 
th^caire du Saint-Si^e ; sur la vie et les actes de saint 
Sanctin , et ce qu'il y a trouv^ sur la commemoration 
de saint Denis •, — item^ sur les domainies de saint Rerai 
dans les Vosges, et sur le regiihe auquel ils ont 4ti 
soumis jusqu'a ces demiers temps. 

Enfin, il a ^crit au roi Charles sur beaucoup d'au- 
tres sujets. 



filSTOlRE DE l'eGLISE DE HHElMS* 33 1 

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CHAPITRE XIX. 

Des lettres ecrites par Hincmar au roi Louis, fils de Charles. 

HiNGMAR a anssi dcrit beaucoup de lettres au roi 
Louis, fils de Charles, qu'il avait sacr^ ; par exemple, 
il lui ^crivit sur le tribut k payer aux Normands pour 
les cong^dier ; sur les mesures utiles k prendre pour 
radministration de son royaume, et pour Tengager k 
suivre les rdglemens et I'exemple de Tempereur son 
pfere 5 — item J aprfes la mort de Fempereur, sur For- 
dre k dtablir au commencement de son r^gne, lui 
proposant les exemples de ses pr^^cesseurs, et Fin- 
struisant, par ordre et chapitres, des principes d'une 
juste administration, du respect qn'il doit k la sainte 
£glise , enfin de tout ce qui pent €tre utile k lui on a 
son royaume 5 ^^item^ sur les punitions k infliger a 
quelques rebelles audacieux, sur la moderation k gar- 
der dans le ch&timent, et autres sujets importans-, — 
item J pour Fexhorter k ne jamais rien entreprendre 
centre les institutions canoniques, k ne jamais rien 
ordonner de semblable k aucun dv^que , enfin k ne 
jamais encourir les vengeances diyines',— item j pour 
Finstruire des avertissemens que, conform^ment k 
Fordre du roi lui-m^me, il a donnds a Hugues, fils du 
roi Lothaire, sur ses m^faits, et de la sommation qu'il 
lui a faite de conduire les hommes d'armes au roi. 

Apr^s la mort du roi Louis, il ^crivit k ses fils Louis 
et Carloman, pour en obtenir des Sections canoni- 
ques pour F^glise de Tournai et de Noyon, aprfes 
la mort de T^v^que Ragenelin 5 — item^ au sujet de 



33a frodoarb; 

Telection meme, guand elle fut faite, parce que les 
deux rois etaient blesses de ce qu'il Tavait pr^sid^e et 
dirigee en sa quality d'archev^que. — Dans une autre 
lettre sur le m^me sujet, il leur rappelle le consente- 
ment qu'il a donnd k'leur propre Section quand ils 
ont iti AvLs au trone, et rautorisation qu'il a recue 
d'eux pour cette Section ^piscopale ; il leur fait sentir 
quel est le minist^re royal, et quel est le minist^re 
pontifical^ quel doit ^tre An et ordonn^ ^v^que, quel 
ne doit pas I'^tre , et pourquoi ; enfin , il les engage a 
se faire instruire des constitutions et autorit^s cano- 
niques. -r- Dans une troisi^me lettre sur le m^me su- 
jet, il leur d^montre, par des autoritds sacr^es, com- 
bien ils se rendraient coupables envers Dieu, s'iJs 
retardaient plus long-temps cette ordination 5 combat 
les objections qui lui ont ete faites par Josselin, sur Ic 
consentement du roi Louis leur pfere ; leur rappelle 
qu'il ne I'a point force? de reprendre Ansgarde, son 
Spouse r^pudi^e, et ne I'a point emp^ch^ de retenir 
Adelaide ^ enfin, leur cite les lettres que le roi lui a 
ecrites pour I'int^resser a la fortune de ses fils, et leur 
reproche les lettres inconvenantes qu'iJs lui ontadres- 
s^es. — II a dcrit aussi au roi Louis en particulier, 
qui lui avait demande les conseils qui peiivent ^tre 
utiles a un roi sur la maniere de rendre la justice et de 
proc^der en jugement, sur le bien et le mal que i:obser- 
vation ou la negligence des r%Je& qu'il trace peuvent 
causer au royaume,etc,; —item, au jeune roi Carlo- 
man et aux eveques , une admonition par chapitres 
sur les devoirs du ministere royal et I'ordre a etablir 
dans le gouvernement 5 — item, au raeme roi, une au- 
tre admonition, semblablement divisee en chapitres. 



HISTOIRE DE L EGLISE DE RHEIMS. 333 



CHAPITRE XX. 

Des lettres et ecrits adresses par Hincmar k Louis , frcre de 

Charles. 

Hincmar a ecrit aussi diverses lettres a Louis , roi 
de Germanie, fjr^re de notreroi Charles. Ainsi, sur la 
demande du roi lui-m^me , qui lui avait adress^ quel- 
ques questions au sujet d'un certain Fulcric, Hincmar 
lui rend compte avec dignitd des motifs pour lesquels 
il Ta excommunie, et Tabsout k condition qu'il fera 
penitence. Dans une autre lettre,il implord sa protec 
tion et son appui pour les biens de T^glise de Rheims 
silu^s en Thuringe. Une autre fois il lui dcrit au 
sujet de Tinvasion du royaume de son fr^re, et le dis- 
suade, par les plus sages con seils, decette entreprise, 
qui pent entrainer sa damnation. Sur le m^me sujet 
encore, en son nom et au nom de tous les ^v^ques du 
royaume de France, il lui adresse une lettre pleine 
d'uue moderation toute Episcopal c, — item encore, 
k Foccasion des prdparatifs que Louis lui avait ordon- 
n^ de faire pour son arriv^e k Rheims; il lui ^crit de 
ne pas venir comme il en a le projet, ni surtout en de 
telles circonstances , lui montrant que ce dessein ne 
peut-^tre qu'inconvenant et en m^me temps funeste 
i son ame 5 — item^ pour lui exposer les soins qu'il 
se donne pour r^tablir la paix entre son frfere Charles 
et lui-, lui rendant grices de ce que les enfans de 
f^glise de Rheims sont bien trait^s en son royaume, 
et demandant qu'il leur soit permis de garder les pro- 



334 FRODOARD \ 

priAds qu'ils y possfedent •, — itenij au sujet du m^lal 
qu'il en avait recu pour faire une cloche •, ajoutant 
une admonition pour Tengager k garder la paix et la 
charit^ , et k suivre la volontd du Seigneur-, — item, 
sur les biens deT^glise de Rheims situ^s en Thuringe; 

— item J sur quelques reliques des saints de IVglise 
de, Rheims , qu^il lui envoie comme il Ta demands, 
et sur le livre de la vie et des vertus de saint Remi; 

— item J sur les biens de saint Remi situ^s en Thn- 
ringe-, — item^ sur la passion de plusieurs saints, et 
sur les biens de ses hommes situ^s en Germanie, afin 
qu'ils ne souffrent aucun dommage. 

Conjointement avec ses confreres les archev^ques 
Remiyde Lyon •, Arduic, de Besancon •, £rard,de Tours; 
Adon , de Vienne, et Egilon , de Sens , il ^crivil au 
m^me roi Louis en faveur de Bertulfe, archevAjue 
de Treves , lui ddihontrant qu il tient envers cepr^Iat 
une conduite rdprdhensible et dangereuse, en per- 
mettant que la mdtropole de Treves soit envahie, 
pill^e et ravagee par un moine usurpateur : il lui rap- 
pelle que , bien que le pouvoir royal soit la premiere 
dignity parmi les hommes , il n'en abaisse pas moins 
sa t^te avec devotion devant les dv^ques ministres des 
choses divines, vient chercher aupr^s tf eux les moyens 
de son salut, et reconnait que, dans Fadministration 
et la dispensation des sacremens divins , ce n'est pas 
k lui de commander, mais d'ob^ir dans Tordre Ae la 
religion 5 qu'ainsi , en pareille matifere, loin de vou- 
loir soumettre les ^v^ques k sa volontd, il doit ao 
contraire se soumettre k leur jugement : a Car, dit-ii, 
« de m^me que les pontifes s'exposent k de grands 
« dangers, s'ils gardent le ^lence sur ce qpii est utile 



HISTOIRE DE LEGLISE DE RUEIMS. 335 

« au culte da Seigneur ^ ainsi le p(iril est grand pour 
« la puissance royale, quand au lieu d'ob^ir elle re- 
« fuse d'accomplir ce qui lui est commands par les 
« pr^tres au nom et d'apr^s la parole de Dieu. Gar le 
« Seigneur dit en son Evangile : cc Celui qui est de Dieu, 
c< entend les paroles de Dieu. » Si quelque ind^vot et 
« impie a chercfh^ a vous faire croire qu'en ordonnant 
<c un pontife m^tropolitain en cette metropole , nous 
a avons agi en m^pris de votre autorit^ ou contre la 
n fid^lit^ que nous vous devons , pensez bien plut6t 
(c que cette ordination, fitite de notre unanime con- 
u sentement, est seion les saints canons : car il est 
« ^rit : tt De meme que Dieu n'est enferm^ en au- 
tt cun lieu, ainsi la parole de Dieu nVst point en- 
« chain^e; » et ailleurs, notre R^dempteur et Sau- 
ce veyr loue le centenier , qui lui dit : <( Dites seu-- 
n tement une parole, et mon serviteur sera gu^ ^ » 
« c'est-k-dire ce que vous direz ici s'accomplira la- 
ic has; enfin, tout indignes que nous sommes, le 
« Seigneur parle aujourd'hui par notre bouchecomme 
a autrefois par celle de ses disciples, puisqu'il a dit : 
a L'esprit de votre pfere parle en vous , qui remplit 
ft tout runivers. » Gardez-vous done de croire, nous 
« vous en conjurons, k ceux qui vous donnent de 
« mauvais conseils^ et soyez persuade que ce tfest 
« point en m^ris de votre autorit^ et de la fiddlit^ 
ic que nous vous devons, que nous avons ordonn^ un 
« pontife en cette metropole; mais considdrant, ce 
« que vous savez aussi bien que nous, combien et de- 
ft puis combien d'ann^es cette ^lise est decide et 
(( abandonn^e, et combien de maux contraires k la 
ft volont^ de Dieu se sont multipli^ et accrus non 



336 FRODOARD ^ 

<( seulement dans la m^tropole , mais encore dans toate 
« la province qui en depend, parce que les ^v^es 
c( suffragans ne peuyent prendre aucune mesure sans 
« leur primat, si cc n'est pour leur propre diocese; 
« trouvant done avantage et conformity aux r^les 
<( canoniques, nousavonsordonn^canoniquementuD 
c( pontife ; et m^me, sans nous, les dv^ques suffragans 
« de la m^tropole auraient pu et du le faire s'ils avaient 
tt dtd en nombre sufilsant; mais pour que rordination 
« soit ri^gulifere et ait vertu canonique, il faut ^tre au 
« moins trois. » Et k ce propos il poursuit en citant 
les autoritds des saints P^res sur lesquelles ils se 
sont fondds pour faire cette ordination ^ apr^s quoi 
il ajonte : 

« Gomme les ^v^ques suffragans de la province 
(( n'^taient pas en nombre sufEsant pour pouvojr or- 
(( donner canoniquement un m^tropolitain 5 confine 
(c d'ailleurs les ^glises de Rheims et de Treves 
a sont , par autorit^ et C9utume ancienne , regard^ 
K comme comprovincial es et soeurs , a telle condi- 
cc tion que celui des deux dv^ques qui a et^ o:- 
(( donn^ le premier est aussi le premier , et a la 
« preeminence au synode, et que ces deux eglises 
« se doivent Tune k Tautre conseil et assistance ^ les 
<c ev^ques de la province de Treves ont requis du 
(I primat de la province de Rheims appui et soulage- 
<c ment pour leur ordination , conform^ment aux r^- 
a glps canoniques, et en particulier aux canons i^ 
« concile de Sardique, lesquels disent express^ment: 
« Si , dans une province qui auparavant avait pin- 
« sieurs ^v^ques, il arrive qu'il n'en reste qa'un seui, 
(t et que les peuples s'assemblent , demandant des 



HISTOIRE DB LEGLISE DE RHEIMS. 33^ 

« pasteurs , le$ ev^ques de la province voisine doi^ 
tt vent s'adresser d'abord au seul ^v^que restant de la 
c< province , lui remontrer que les peuples demandent 
« un guide, et qu'il est juste et convenable quils 
« aillent se joindre k lui , et ordonner ensemble un 
« ^veque. Si T^v^que restant , ainsi sollicit^ et appel^ 
tt par lettres , se tait , dissimule et ne r^pond rien , 
(1 alors il faut satisfaire aux peuples, et les ^v^ues 
« de la province voisine doivent venir et ordonn^ 
tt un ^veque. » D'ou il suit que si dans la province 
« de Trfeves il ne restait qu'un seul ^v^que, ou bien 
<c point , les ev^ques de la province de Rheims de- 
ft vraient, sur la demande et instance du clerg^ et 
« du peuple de I'eglise de Treves , lui ordonner un 
« ^veque. Cest pourquoi iious tons , dont votre Gloire 
<i lit les noms inscrits en t^tedes pr^sentes, avons, 
<c d'an commun accord et consentement , canonique- 
« mentordonn^pontife de cette ^glise, Bertulfe, notre 
« frfere et collogue dansle sacerdoce-, ce que pouvons 
<c justifier et justifierons, si besoin est, par I'autorite 
<( des saints canons et les actes de son ordination : c'est 
(( pourquoi nous maintenons et soutenons son ordina- 
<i tion et la disposition des biens et faculties de son 
ft ^glise, comme il est port^ aux canons 5 la soutien- 
« drons et maintiendrons k toujours, comme notre 
« propre autorite. Car s'il n est pas ^v^que, nous ne le 
<( sommespasnon plus^et si quelqu'un trouve quelque 
ft chosearedire a son ordination, qu'il vienne et le dise; 
ft toutefois qu*il lui souvienne desa communion, car 
ft de deux choses Tune : ou il cessera d'etre en commu^ 
ft nion avec Tordre eccl^iastique et Episcopal, ou nous 
ft ceMerans nous^mSmes d'etre en communion avec le 

22 



338 FRODOARD ; 

tc minist^re episcopal. Cest pourquoi, trfes-chrttien et 
XI v^n^rable roi , et de nous trfes-ch^ri et trfes-aime , 
a nous et nos confreres dans le sacerdoce vous adres- 
« sons les paroles que le bienheureux L^n adres- 
« sait autrefois k Tempereur Th^dose : pleins de 
« r^vc^rence pour votre, Cl^mence , et ajoutant au res- 
« pect de tous nos devoirs un sincere et veritable 
a amour , desirant qu'en toutes choses vous soyez 
' « agr^able k Dieu, vers lequel nous et nos ^glisesfai- 
« sons sans cesse monter nos vceux pour yens, afin 
tt que notre silence ne nous soit pas reproch^ devant 
<i le tribunal de Dieu, nous vous supplions et conjurons 
a devant la sainte et indivisible Trinity d'un seul 
K Dieu , laquelle est ofFens^e d'un tel ^tat de cbo- 
n ses , puisqu'elle est tout k la fois la protectrice et la 
« source de votre puissance , aussi devant les saints 
a anges de notre Seigneur Jdsus-Christ , qu'il vous 
a plaise ordonner que T^lise de Treves , et avec elle 
ft son pontife , soit et demeure aux m^mes ^tat, di- 
« gnit^ et privil^e dont elle a joui sous vos pr^^ 
ft cesseurs ; et que votre frfere et votre neveu lo- 
ft thaire, pfere et fils, lui out canoniquement main- 
ft tonus et conserves-, afin qu'ainsi vous acquerriez me- 
ft rite aupr^s de Dieu et du bienheureux saint Kerre, 
ft prince des apotres, et nous rendiez nous-m^mes de 
ft plus en plus vos d^biteurs en priferes et autres ser- 
ft vices qui vous sont dus. Car, n'etait que par respect 
ft pour vous nous avons voulu diffi^rer , nous atnrions 
ft ddjk, ici-bas , lanc^ contre I'usurpateur la sentence 
ft que six cent trente ^v^ues/port^rent autrefois au 
ft grand concile de Ghalcedoine , portent maintenant 
ft dans les cieux], et porteront au jour du jugemcnt, 



HISTOIRE D£ LEGLISE DE RHEIMS. SSq 

« contre Ini ^ k sa damnation dternelle , s'il ne fait di- 
<t gne penitence. » 

Puis, apr^s avoir cit^ les diverses autorit^s des 
canons, il continue : 

« Sache done bien votre religieuse et tr^s - ch^re 
« Domination , que tant que notre frfere Bertulfe, par 
« nous ordonn^ dv^que en Tdglise de Treves, vivra 
« en ce corps mortel , autre que lui n'y sera ordonn^ 
tt ^v^que ; a moins que , ce qu'a Dieu ne plaise , il 
((n'allalt lui-m^me 4 I'encontre des saints canons, 
ft et ainsi ne m^ritdt d'etre ddposd-, et de m^me cet 
« usurpateur et moine apostat , Walton > du monast^re 
« de Teglise de Treves , en vertu du jugement du 
<t Saint -Esprit d^jk donnd contre lui pour cette 
« cause , jamais ne pourra etre ev^que en cette dglise 
^ de Treves , par lui si injustement usurp^e et mor- 
K tellement Idsde •, et n'^tait , comme nous Tavons d^jJi 
« ditj que par respect pour vous nous avons voulu 
« diffdrer, non seulement nous ordonnerions, confor- . 
^ moment aux institutions canoniques, que jamais ici 
<^ ni aiUeurs il ne parviendra aux grades eccl^siasti- 
« ques; mais encore, le chargeant du poids de Tana- 
« thfeme,nous le ferions jeter dans une prison, sui- 
« vant Tordonnance canonique 5 ce que , sans aucun 
« doute , nous ferons et poursuivrons par tons les 
« moyens possibles , s'il s'obstine dans sa r^volte. 
« Quant a vous , nous prions et supplions de toutes 
<^ les forces de notre coeur le Seigneur , par qui r^- 
« gnent les rois , et duquel et par lequcl le saint or- 
« dre Episcopal a pris commencement , qu'il lui plaise 
^^ vous maintenir exempt et innocent d'aucun atten* 
^ tat contre les saints canons •, conjurons et reque'rons 



34o FRODOARD *, 

« sa bontt5 qu'il vous accorde de vouloir et faire en 
(( bonne volontd ce qu'il commande^afin qu^ainsi vous 
« m^ritiez de recevoir les joies ^temelles , qu'il pro- 
tf met k ceux qui Faiment. » 

Une autre fois, rdpondantaux lettres que lem^me 
roi lui avait ^crites pour le prier de faire par lui-meme, 
et par tons ceux qu'il pourrait y engager, des prieres 
enfaveur du roi son pAre, qui lui ^tait apparu en vi- 
sion, afin d'obtenir qu'il fut d^livr^ desessouf Frances, 
Hincmar prend occasion de lui adresser une lettre 
pleine d'autoritds et de citations saintes sur la ma- 
ni^re de prier et les quality de la pri^re. Enfin il lui 
a ^crit encore au sujet des biens de saint Remi si 
tu^s dans les Yosges, et sur une foule d'autres sujets. 

II a anssi ^crit au fils du roi Louis^-le^jennani- 

que , de m^me nom que lui , au sujet du village de 

Douzy, pour lui expliquer coQim^it saint Cloud I'a- 

vait donn^ k saint Remi , comment ensuite Charies, 

fils de Pepin , le prit en redevance de I'archev^que 

Turpin , k c<Hidition que les chapelles de sa d^ea- 

dance avec les nones et dimes demeure^ient a Te- 

v^tie de Rheims , et que le roi donnerait douze livres 

d'ai^ent chaque ann^e pour les luminairesde F^glise; 

il prouva qu'en efFet cette rente avait et^ pay^ par 

le roi Charles et tCMis ses successeurs, et que lui- 

m^me Hincmar I'avait percue de son p^re Louis. 

II lui a encore ^crit au sujet du village de Neuilly, 

comment il fut donn^ k saint Remi par Carlonian, 

et ce qui en est advenu depuis 5 — item , pour lui 

recommander de chercher et de suivre les conseils 

des saintes fcritdres , de ne pas se fier k I'avis de 

conseillers inconsid^r^s , et I'exhorter, dans quelques 



HISTOIRE DE l'^GLTSE DE RHEIMS. 34 1 

embarras que se trouve le royaume de France , a bien 
se garder de Tenvahir ; — item, pour en obtenir sau- 
ve-garde pour la ville de Rheims et les lieux saints , 
s'ilvenait en France ; — item, pour lui r^iire compte 
de la conduite tenue par les eveques en vers Louis , 
fils de Charles , quand ils le sacrferent roi, etlui prou- 
ver qu'il avait ^e mal instruit; — item^ au sujet des 
deux femmes de Louis , fils de Charles , sur les me- 
sures prises a cet ^gard, etc., etc. 

II a aussi ecrit a Pepin, roi d'Aquitaine, au sujetdes 
biens de son dglise situds au pays d'Auvergne, de Li- 
moges et de Poitiers, pour la protection desquels il 
venait d*obtenir des leftres du roi Charles au memo 
Pepin , et dont il confia la defense k un homme illus- 
tre nomrad Frigidolon; —a Charles, fils de Louis-le- 
Germanique, pourle Miciterde la bienveillance qu'il 
t^moigne aux jeunes fils de son cousin Louis , Carlo- 
man et Louis, le coujuraut, pour Fhonneur de Tfiglise 
de Dieu et la defense du royaume de France , de 
donner k ces royaux enfans des instituteurs sages et 
justes, qui leur enseignent k honorer les serviteurs de, 
Dieu , k observer ses commandemens , k se gouverner 
eux-m^mes, et tenir avec sagesse les r^nes de r£- 
tat ; — • item J au sujet de Sigebert , un de ses fid^le^ ; 
-^^item, au roi Lothaire, fils deTempereur Lothaire, 
au sujet du village de Douzy, que son pfere avait 
rendu k T^glise de Rheims y pour I'ex^gager a ne pas 
risquer son salut en doanant , comme le bruit cou- 
rait qu'il le faisait, k quelques favoris ies bieus appar- 
tenans k cette ^gUse , et en se permettant d*affranchir 
les colons du village ; que s'il avait commis quelque 
faute semblable, il eat a la reconnaitrtet )a reparer; 



342 . FRODOARD 5 

'-^item^ au sujet de quelques mauvais traitemens exer- 
c^s envers ce village , et de la rente qu'il retient an 
pdril de son ame , Ini intimant que saint Cloud a 
donn^ ce village k saint Remi , et qu'il ait k se garder 
de rien faire qui put m^riter la condamnation de son 
ame •, — item^ pour en obtenir la permission a I'^lise 
de Cambrai d'dlire un ^v^que -, — itenij, enfin, sur 
le salut de son ame et Thonneur de la dignity royale : 
k ce propos , il lui rappelle comment Tempereur Lo- 
thaire son pfere s'est recommand^ a ses pri^res. 



CHAPITRE XXI. 

Des ecrits d'Hincmar k divers archeveques ou «veques. 

Ih a aussi adressd k divers ev^ques ou archeveques 
une foule d'ecrits de tout genre , et d'une grande uti- 
lity : k Hetti , archev^que de Treves -, il lui fait le 
r^cit des commencemens de son ^piscopat , et s'offre 
pour coadjuteur et pour disciple k sa Paternity dans 
I'administration des affaires eccl^siastiques^ — item, 
sur le m^me sujet, lui demandant de le guider deses 
conseils, et de le regardercomme son fils-, et lui faisant 
part du projet qu'il a de faire un voyage k Rome; 
— iterrij au sujet de Gondric, excommuni^ par Hetti, 
et aussi de Fulcric, excommunid par lui-m^me, qui 
semblait avoir trouv^ un refuge dans F^v^chd de Tr^ 
ves-, — k I'archev^que Gondebauld, en faveur d'un pre- 
tre, pour le prier delui conserver la dignitd eccl^sias- 
tique 5 — iter/l^ sur les actes du synode, k Amole de 



HISTOIRE D£ LE6LISE D£ RHEIMS. 343 

Lyon , au sujet du proems qu'il avail eu avec le roi et 
les grands du royaume, et de Fdtat des Juifs dans le 
royaume; — • iterriy sur le synode convoqu^ par les 
trois rois sur Ebbon son pred^cesseur et sur quelques 
autres;dans cette lettre il declare qu'il Taime par dessus 
tous , et lui est uni de coeur et d'affection comme i 
un p6re; — iterriy au sujet de Lothaire, et de quelques 
autres affaires ; il se nomme le fils de sa Dilection ; 
— iteiHy au sujet de Gottschalk, il lui expose avec v^- 
rit^ la vie de cet h^r^tique, ses prc^dications , son ar- 
restation et sa condamnation \ — k Raban , dv^ue de 
Mayence, pour lui mander I'arrivee et I'examen de 
Gottschalk, que cet ev^ue v^nait de chasser de son 
diocese 4 cause dessemences d'her^sie qu'il r^pandait, 
et de renvoyer k Hincmar avec quelques-uns de ses 
complices -, — iteniy sur le meme sujet •, il lui mandeles 
mesures qu'il a prises contre ceth^r^tique lorsqu'il lui 
a ^t^ remis, dans quelle folle t^merit^ il I'a trouve,et 
lui demande ses conseils pour ce qui reste k faire ; 
— item^ sur la doctrine et Ther^si e du memej il 1 ui rend 
compte de ce qu'ila fait contre lui, depuis.qu'il a ^t^ 
convaincu d'h^r^sie dans le synode et a refusd de 
se corriger ^ il soumet a son examen ses sentimens 
contre la doctrine de cet h(5r^tique, sa condamnation , 
les ouvrages qu'il a publics contre lui, et lui de- 
mande comment il faut entendre les sentences de di- 
vers Pferes catholiques sur la foi a la sainte Trinity et 
sur la predestination ; dans cette lettre il affirme que 
Raban est le seul qui reste, en ces temps, de I'^cole du 
bienheureux Alcuin-, — a I'archev^que Landran, qui 
lui avait demand^ conseil au sujet d'un monaster e de 
Giles que le roi lui commandaitde confier aune per^ 



344 FBODOARD ] 

9onne incapable et iadigne; il Tengage a remplir 
avoc fermet^ et sollicitude lea devoirs de son mini^- 
t^re5 — a Teutgaud , archev^ue de Treves, sur la 
pr(i^minence que cet ^v^que prdtendait devoir etre 
d^iirie par lui au si^ge de Treves ; il lui insinue qae 
jamais le si^ge de Rheims n'a reconnu cette preemi- 
nence, etc. , etc. ; -^iterriy une seconde et une troisiime 
f bis au ^jet derexcommunication de Fulcric -^-^item, 
au sujet des biens de 1 eglise de Treves situes en 
Aquitaine , dont lui Hincmar avait vivement soUicite 
]a restitution aupr^s d'un grand d' Aquitaine nomm^ 
Arnold , qui les tenait en son pouvoir ; il annonce 
qu'il a r^ussi, et qu'ils vont ^tre rendus k Teglisc 
de Treves; - — au devot et religieux archeveque 
Amaury ; il compatit a ses tribulations , le consde 
et I'encourage k la patience, et le fi^licite de sa 
saintete 5 il lui assure qu'il lui est le plus cher de 
tons ceux qu'il aime , et lui envoie quelques orne- 
mens pr^cieux, entre autres une chasuble pourpre, 
la seule qu'il eut; et d'autres pr^sens, avec cent 
^cus d'or; — item J au sujet des biens de Teglise 
de Rheims situes en Aquitaine , dont le roi vient 
de lui accorder la restitution, et dont il confic 
Tadministration k Amaury, avec pleine confiaace; 
•— i Tarchev^que Roland, au sujet des biens de 
saint Remi situcis eh sa province, et en m^me tempi 
au sujet d'un pr^tre excommuni^ en synode , et tfun 
autre ordonn^ en sa place 5 — k Rodolphe de Bourges, 
sur les biens de Teglise de Rheims situ^ au pays de 
Limoges 5 — item^ au sujet de quelques excomtnu- 
ni^s 5 *— k Gunther de Cologne , pour le prier rfin- 
terc^der aupr^ du roi Lothaire , et d'en obtenir I'e- 



HISTOIRE DE l'eGUSE p£ RHEIMS. 345 

lection canonique d'ttn ev^que de Gambrai , apr^s la 
mort du venerable Thierri ; — item^ une seconde et 
une ttoisifeme leltre sur le meme sujet, ou il affirme 
que tant qu'il vivra nul ne sera ordonne ^v^que en 
cette ville , si ce n'est canoniquement 5 — • k Luitbert 
de Mayence , au sujet des biens de saint Remi situ^s 
dans les Vosg^s; il lui raconte comment un certain 
Gibert a perdu la raison en punition d'avoir usurpe 
quelques^uns de ces biens , et comment, apr^s avoir 
4t6 tourment^ sans reliche pendant un mois entier , 
il est mort enfin de douleur et en grand peril de per- 
dition;-— f^ew^ plusieurslettres sur la protection qu'il 
lui demande pour les biens dont nous venous de par- 
ler , la defense et le gouvernement des serfs qui les 
cultivent; — itenij sur Tentrevue qu'il a eue avec le 
pape Jean, et sur le bien qu'il a dit de lui au pape : 
il Texhorte a recevoir avec bienveillance et bon ac- 
cueil les lettres et le messager de Jean , et k faire 
tout son possible pour Taller visiter ; — item , au su- 
jet d'un pretre pr^varicateur, 

Le ven^rabl6 Hincmar a aussi ^crit i Lothaire roi 
dltalie , qui avait quitted son Spouse legitime pour s'u- 
nir a une autre ferame : il I'admoneste , et lui donne 
le conseil de la cbasser de sa presence, lui signifiant 
qu'il a recu a ce sujet des lettres et des ordres du pape 
Adrien ; et il fait tons ^s efforts pour persuader au 
roi d'obeir aux ordres du souverain pontife 5 — itemy 
une autre lettre aux sujets d'hommes rebelles qui ne 
veulent pad r ester en paix, et sur les mesures que le 
roi doit prendre contre eux*, il le felicite d'avoir use 
contre quelques-uns de sa puissance royale. 

II a compose une apologie contre ses d^tracteurs , 



346 FRODOARD ; 

qui Fattaquaient et le calomniaient aupris du pape 
Jean, insinuant k sa Saintet^ qu'il ne voulait pas se 
soumettre k Tautorite des d^crets du Saint-Si^e. U 
r^pondit k ces accusations d^abord au synode de 
Troyes, ensuite dans Fapologie dont nous parlous, 
prouvant k ses ennemis qu'il recevait et suivait, 
comme on doit les suivre , les d^cr^tales des pontifes 
romains, recues et approuv^es par les saints conciles. 
U publia aussi un manifeste sur la deposition etlere- 
tablissement d'Hincmar, ^v^que de Laon,avec unrecit 
exact des faits, une refutation d'une calomnie de quel- 
ques-uns de ses ennemis qui Faccusaient, aupr^s du 
in^me pape Jean , de dire que le pape n'avait ni plus 
d'autorite ni plus de dignity que lui 5 — • it'em^ sur 
Tordination d'Hddenulfe k F^piscopat de Laon , a la place 
d'Hincmar, et sur la confirmation donnee par le pape 
k cette ordination •, — item ^ sur Carloman , et de quel- 
ques autres affaires, au sujet desquelles il s'excuse en 
racontant la v^rit^ ; il aflSirme qu'il n'a pas voulu re- 
pondre, quoiqu'il le put, k certains calomniatenrs, ni 
rendre outrage pour outrage, parce qu'il croit plus glo- 
rieux de leur ^chapper en gardant le silence , quede 
les vaincre en leur r^pondant , de peur qu'oii ne dise 
qu'il ne chercbe qu e sa propre gloire. II a ^crit plosieurs 
fois aussi au pape Adrien, qui lui-m^me rapporte 
qu'il a adresse plusieurs messages a Hincmar ; et en- 
tre autres, par Fdv^que Actard, une lettre pleine 
d'eioges, en laquelle il le nomme son l^gat en Fran- 
ce, et le charge de le repr^senter dans la cause de 
Lothaire, et de faire en sorte que tons les arretes 
du pape Nicolas soient maintenus. Hincmar composa 
aussi sept capitulaires sur les privileges des sieges, eu 



KISTOIRE DE l'eGLISE DE RHEIMS. 347 

r^ponse k ceux que le pape Jean avait adress^s aux 
^v^ques de France. Le pape voulait' k toute force 
^tablir Ans^gise , archev^que de Sens , primat et vi- 
caire apostolique en France et en Germanie, etle v^- 
ndrable Hincmar s'y opposa avec obstination el succfes. 
II a ^crit encore k divers ^v^ques sur divers sujets : 
a I'archev^que Remi , au sujet des biens de saint 
Remi situ^s dans la province cisalpine, qii'il lui con- 
fie et le prie de prendre sous sa protection ; — iterrij 
pour Tordination d'Isaac , ^v^que de Langres •, — -i^^m^ 
sur les constitutions et r^glemens synodaux contreles 
usurpateurs des biens de I'figlise , et autres sujets ; 
— . item y sur la cause du roi Lothaire , et les diverses 
affaires dont nous avons parl^ plus hautj — rVem^ au 
m^me Remi et aux autres ^v^ques, pour les inviter, 
au nom et par Fordre du pape Nicolas, de se rdunir 
en concile a Soissons pour examiner la cause de Vul- 
fade et de ses collogues •, — item^ k Adon , archev^- 
que de Vienne, pour lui demander une lettre de 
saint Avite k saint Remi , qu'un moine nomm^ Rot- 
frid lui avait dit avoir lue et vue entre les mains d'A- 
don; il leprie, s'il peuttrouver encore quelques ob- 
jets ou reliques qui aient appartenu k saint Remi , de 
les lui envoyer, comme plus pr^cieux et mille fbis 
plus chers a ses yeux que Tor et la topaze 5 — k H^- 
rard, ^v^que de Tours, pour Tengager k recevoir 
quelques apostatsqui reviennent kla religion, et quel- 
ques autres pdnitens ; — item^ sur quelques autres 
sujets, et toujours comme k un ami trfes-cher : en ef- 
fet, H^rard sMtait li^ k notre prdat d'une affec- 
tion toute fraternelle , et s'^tait adressd a lui pour le 
prier de s'employer en toute circonstance auprfes du 



348 FRODOARD ; 

roi en faveur de son ^lise : quelques instans avant de 
mourir, il dicta encore une leltre pourHincmar, et la 
remit lui-m^me a la personne qui devait aller lui por- 
ter la nouvelle de sa mort : pleins de la meme con- 
fiance qu'avait eue en lui ce pr^lat, les aavoyes de 
r^glise de Tours vinrent , apr^s la mort de leur ar- 
cheveque , presenter k Hincmar une requete du clerge 
et du peuple pour le prior d'etre leur intercesseur au- 
prfes de Ja sublimit^ royale, afin d'en obtenir une 
Election canonique ; et le digue ^v^que s'empressa de 
remplir leur voeu : il declara meme au roi qu'un 
certain pr^tre, qui annoncait de& pretentions, ne pou- 
vait etre admis -, que les i^v^ques de toute la province, 
le clergd et le peuple voulaient pour ^veque Ac- 
tard , qui avait eti baptist , ^lev^ et ordonne en leur 
^lise ^ k la v^rite Actard avait et^ nomm^ eSveque d'ane 
autre ville ; mais chass^ de son si^e par Tinvasion des 
paiens, il avait et^ honore du pallium par le Sainl- 
Si^gQ apostolique, afin que, si un des sieges de sa me 
tropole, ou la m^tropole elle-m^me, venaita vaquer, 
il y fut intronisc', il donne en outre cons^il au roi sur 
ce qu'il doit ordonner au clergi^ et aux laiques en at- 
tendant^ lui mande comment T^v^que a dispose des 
biens qu'il tenait a b^n^fice du roi , et le prie de lui 
dire ce qu'il veut faire de ceux qu'il lui a laisses en 
mourantpl lui parle aussi de certains livres de saini 
Augustin , qu'il I'avait pri^ de Iqi envoy er , et des re- 
proches des Grecs contre I'cJglise latine , sur lesquels 
le pape Nicolas lui avait demande son avis , etc. , etc. ; 
— itenij k Bertulfe, archev^que de Treves, pour lui dou- 
ner des instructions sur le gouvernement et Fadminis- 
tration de sa province etde son diocdse, etc., etc.... 



HISTOIRE D£ LE6LISE DE RHEIMS. 349 

Sur la demande de ce pr^Jat, il envoya Willebert, 
dv^ue de Chilons , k Tordinatioii d'Arnold , ^vdque 
de Toul, parce que Bertulfe ^tant malade^ le notnbre 
fix^ par les sacr^s canons pour Tordination d'un ^v^* 
que n'^it pas complet; long-temps auparavant ilavait 
d^ja envoy^ pour Tordination de Bertulfe lui-m^me , 
et sur la requite d'Advence et d'Arnulf , ^v^ues de 
la province de Treves , Hincmar , ^v^que de Laon , 
Eudes de Beauvais , et Jean de Cambrai , ayec des 
instructions sur la mani^re dont ils devaient proc^der 
pour ne s'^carter en rien, par negligence ou pr^somp- 
tion , des regies tracdcs par le Saint-Si^ge apostolique 
et les sacr^s canons. — 11 a ecrit encore a Bertulfe 
au sujet de quelques chapelles d^pendantes du village 
de Douzy qu'un habitant du diocese de Treves se 
permettait d'usurper par les intrigues et menses 
d'un pr^tre ^ il reclame qu'il en soit fait justice ; — 
item y au sujet des lettres qu'il adressait a Louis-le- 
Germanique pour le prier de les faire lire au roi et 
a la reine, et de lui mander ensuite ce qu'ils en 
auront dit ; pareillement de prendre lecture des let- 
tres qu'il avait adress^es a I'^v^que Arnon , et de 
recommander au roi , a la reine et au peuple lui- 
mSme de songer a leur salut , et de maintenir la 
paix de la sainte figlise-, — a Jean de Rouen , il re- 
pond aux questions que cet ^v^que lui avait adres- 
s^es au sujet d'un clerc promu au gouvemement 
d'une ^glise, et qui ne pouvait etre ordonn^ canoni- 
quement par d^faut d'slge-, — a Rostan d'Arles^ qui 
lui avait ^crit au sujet des vexations de son ^glise 
et d'une certaine femme puissante qui usurpait les 
biens de Flfeglise \ il lui niande ce qu'il doit faire en 



35 o fhodoard', 

cette occurrence •, — k Adelolde de Tours , qui lui de- 
mandait la permission de faire batir et consacrer un 
oratoire dans un village du diocfese de Rheims, 
nomm^ La Tour, dont le roi avait fait don a son 
^lise ; il lui r^pond qu'il lui accorde sa demande , k 
condition que Tancienne ^glise du village et le pretre 
qui la dessert n en soufFrent aucun diriment en leurs 
privileges; — a I'cJv^que de L^on, gardien de la bi- 
blioth^que de I'^glise de Rome , pour le prier de bien 
recevoir ses envoy ^s , et d'obtenir du pape Ldon que 
ses demandes soient favorablement accueillies , et que 
le saint Pfere lui r^ponde sur ce qui fait Tobjet de 
son message 5 — k Gr^goire, nomenclateur et chance- 
lier de I'^glise de Rome, pour le prier de le comp- 
ter au nombre de ses plus fiddles amis 5 — item, 
pour le prier de faire agr^er ses demandes au saint 
P^re apostolique 5 il lui envoie quelques petits pr^- 
sens 5 — k Formose, depuis pape et religieux pontife 
du Saint-Si^ge de Rome, pour le feliciter de sa graade 
reputation de saintet^ et de savoir \ il lui demande de 
le recevoir en sa familiarity , et de prier pour lui , lui 
promettant d^en faire autant pour lui , et lui envoyant 
quelques pr^sens , pour qu'il fasse mdmoire de lui en 
ses pri^res', — lYewi^ apr^s une lettre de Formose, 
dans laquelle celui-ci lui promettait affection , Hinc- 
mar lui r^pond qu'il a en lui la plus grande confiance 
et compte d^sormais sur lui 5 — -a Gauderic , aussi 
dv^que de T^glise de Rome , pour qu'il le recoive dans 
le sein de son affection , et daigne implorer pour lui 
le Seigneur et les saints apotres \ -7- a Jean , ev^que 
de la m^me dglise^ il lui ecrit presque les memes 
choses, le prie de lui envoyer les canons du pape 



filSTOIRE DB L^EGLISE DE tlHEIMS* 35l 

Martin, et Tdvangile des Nazar^ens pour le faire trans- 
crire , et lui offre aussi quelques prdsens d'amitid ; 
— k Vulfade , archev^que de Bourges •, pour lui 
«nvoyer la sentence de Paulin contre ceux qui tuent 
leurs femmes, laquelle ce pr^lat lui avait demandee-, 
et quelques autres lettres sur difFerens sujets ^ — k 
Frotaire de Bordeaux qui lui avait adressd le vers 
suivant : 

Remus equom nobis, mulum Burdegala vobis 

il lui renvoya son vers ainsi chang^ : 

Remus eqolim misit, mulum Burdegala nullum. 

il lui a ^crit plusieurs autres lettres 5 par exemple, au 
sujet de I'^lection d'une abbesse au monastfere de Sain- 
te-Radegonde, sur Tordination de Ftdcric, etc.,etc,5 
— - k Venilon de Rouen , sur les ouvriers et les tra- 
vaux qu'il faisait faire a Pistes sur Seine-, »— iterrij 
sur le proems des ^v^ques Rothade et Odon •, — itenij k 
Drogon , eveque de Metz , fr^re de Tempereur Louis , 
pour lui demander son amitid-, — item^ pour lui 
rendre graces de la soUicitude qu'il prend del'^glisede 
Rheims , priant en m^me temps un fr^re , ministre de 
cette eglise, de lui faire agr^er ses services, afin que 
IMglise put profiter de son appui et de sa protec- 
tion, etc., etc. 5 — a Rothade de Soissons, qui, soit 
d^lai seulement , ou negligence , diffdrait de compa- 
raitre au synode -, il lui ^crit au sujet de quelques 
habitans du diocese de Soissons , qu'il faut absoudre 
ou forcer a la penitence •, — item^ pour Tordination 
de quelques desservans des eglises ; — itenij sur la 
reception et la mise en jug'ement de Gottschalk, 



352 FRODOARt); 

que Raban avail eavoy(i au diocese de Rlieims, et qui 
appartenait au diocese de Soissons , comme moine 
de Tabbaye d'Orbay^ — item^ pour la d^dicace Ai 
monast^re de Saint -M^dard , et de la r^forme ky 
^tablir. — itenij au sujet de quelques moines fugitifs 
du monast^re de Haut-Villiers 5 — itenij au sujet de 
Godold , qui prAendait avoir A^ priv^ indument de 
la communion : il a ^crit jusqu^k trois lettres k ce sujet; 
— item J au sujet de quelques pretres qui Favaient ac- 
cused en plein synode, de les avoir prives injustement 
des biens de I'figlise 5 et comme ils traitaient avec irre- 
verence les mandemens du synode , il les menace de 
les frapper des vengeances canoniques ; — iteniy pour 
I'ordination d'Hincmar, aprfes la mort de Pardale, 
^^que de Laon; — iterrij au sujet d'AdeloId , prAre 
que le synode lui avait ordonnd de r^tablir, et pour 
lequel il lui avait dijk ^crit des lettres dont il ne te- 
nait compte 5 — iterriy du sujet d'un message du roi 
Louis, et d'une autorisation par lui demand^e; con- 
traire aux regies du sacerdoce^ — itenij au sujet 
d'un clerc qu'il lui envoie pour I'ordonner et charger 
du ministfere de I'dglise de La Tour^ — itemj au sujet 
d'une paroisse pour laquelle il y avait conflit eetre lui 
et Erpuin, ^v^que de Senlis-, -— itemj en son noraet 
au nom des ^vfiques de la province de Rheiras, sur 
les innovations que les Gfecs s'efforcent d'introduire 
au m^pris des sacr^s canons, et au sujet desquelles le 
pape Adrien avait adressd des lettres, tant k loi Hinc- 
mar qvHk tons les archev^ques du royaume; enfin use 
foule d'autres Merits surdifferens sujets; — ilmmon, 
^v^que de Noyon , touchant le synode convoqu^ i 
Paris par le roi , et pour Tordination d'flermanfried , 



HISTOIRE DE l'eGUSE DE RHEIMS. 353 

apr&s la mort d'Hildemann , ^v^que de Beauvais ; — 
iteJUy pour Tordination de Pardule , apr^s la mort de 
Simeon de Laon \ — iteniy pour I'engager k prater 
conseil etsecours a Thierri, ^v^que de Cainbrai,con- 
tre un rebelle qui ne craignait point le Seigneur, et 
ne respectait point le minist^re eccl^siastique^ — iteniy 
en faveur d'un pr^tre auquel il le prie de conf(^rer les 
ordres canoniqi^es; — item y pour une femme qui se 
plaignait d'avoir ^t^ injustenaent excommunide par 
lui ; enfin, pour avoir avec lui une conference Episco- 
pate; — - ^ Erpuin de Senlis , au sujet d*un homme 
excommuniE par lui sans motif ^ il Tengage \ venir 
le trouver afin qulls puissent examiner ensemble 
ce qtfil y a de plus juste et de plus convenable a 
faire; — itevfty au sujet d'un pr^tre injustement privE 
des biens de r£glise; — itertiy au sujet d'un clerc 
qui se plaignait de soufTrir prejudice de sa part ; — 
iteniy touchant un mandement du pape Adrien rela- 
tif au pr^tre ci-dessus d^nommd \ — itemy pour qu'il 
ait 4 exdcuter ponctuellement les ordres du roi ; — 
k L»oup de Gh&lons, touchant la convocation d'un 
synode; — itenfiy au sujet d'un pfere qui, trompE par 
dol et fraude , avait tenu son propre enfant pour le 
cat^chiser ; -r- iteniy touchant la decision du synode 
sur cette affaire : — i Hincmar s'est plu aussi ^ rendre 
t^moignage de la sainte vie de cet Ev^que dans la 
lettre qu'il adressa , apr^s sa mort , au roi Charles , 
pour en obtenir une Section canonique pour T^glise 
de Chilons •, — k Prudence de Troyes ; il se plaint 
de ce qu'il est privE de sa presence , lui exprimant le 
desir de le consulter sur I'Etat et la punition de Gott- 

23 



354 FRODOARD ^ 

scHalk ; ii lui rend compte des mesures prises et du 
jugement port^ par le synode , qui condamne cet h^ 
r^tique k la r^clusion , des efforts qu^il a faits pour le 
eonveriir, de ses moears et de son orgueil-, il lui de- 
mande si k la C^e du Seigneur, ou k la Paique, il 
doit lui permettre d*assister au saint office , ou de re- 
cevoir la communion , et ce qu'il lui semble de h 
sentence du proph^te Ez^hiel , qui dit : « Lorsque 
K le juste se sera d^iourn^ de sa justice , il mourn 
tt dans les ceuvres injustes qu'il a comm.ises ; et lorsr 
a que rimpie se sera ddtourn^ de Fimpi^te ou il avail 
« v4cu , il rendra ainsi la vie ,k son ame : d il le cou- 
sulte aussi sur la mani^re de cd^rer la Cine da 
Seigneur \ — itenij au sujet des ^lises da si^ de 
Rheims utu^es dans son diocese , qu'il traitait au- 
trement qu'il ne convient k T^uit^ dpiscopale : il 
Tengage k s'entretenir avec lui de ces choses et de 
beaucoup dautres qu'on lui impute-, k s'instroire 
Fun et Tautre, et k se recommander mutuellemeut au 
Seigneur : -— il existe aussi de lui un livte sur le 
m^me sujet, adress^ k cet ^v^que; — k Pardule, 
^vSque de Laon, au sujet de la mort d'Ebbon, son 
pr^d^cesseur : il lui rappelle que la bienveillance 
sacerdotale doit se montrer envers lui par des voeux 
pleins de charit^ ^ — item , pour le ftliciter de ne 
point avoir accords a Luidon une reconciliation dout 
il est indigne , et de ne s'^tre laisse fldchir ni par les 
flatteries ni par les reproches d'hommes insens^; ^ 
Fencourage k se maintenir toujours dans la justice et 
la fermet^ ^piscopale par des t^moignages tir^ des 
saintes £critures, k marcher toujours dans les voies de 



HISTOIRE DE l'^LISE DE RHEIMS. 355 

Fautorit^ , et lui donne son avis sur les mesures a 
prendre contre Luidon; — item^ snr le m^e sujet-, 
— item^ touchant la penitence , rhumiliation et Tab- 
solution de Fulcric-, — item^ j)our lui demander 
conseil sur Tabsolution k accorder k un coupable ; — 
item^ sur un jeune ordonn^ par la reine ; — item, 
touchant la maladie et le repentir de Rothade de 
Soissons , et le conseil qu*il lui avail donti^ de forti- 
fier en lui ces bonnes resolutions , et de Fengager 
adroitement i obeir ; — item, au sujet de For qu'il 
luienvoie pour offrir a la reine, afin qu'elle en 
fasse quelque ornement pour la sainte mfere de 
Dieu ; — iterti, au sujet de son opuscule Percu^ 
lum Salomxynis, qu'il lui avait lu : il lui deniande ce 
qu*il en pense; — item, au sujet de Feglise de T^ 
rouane , veuve de son pasteur, et pour laquelle il 
le prie de parler au roi , afiti d'en obtenir la permis- 
sion d'une election canoniquc, il le prie en mi^me 
temps de lui envoy er les livres de saint Ambroise sur 
la foi •, — k Hermanfried de Beauvais , pour Fdlection 
et la consecration canoniqne d'un pasteur de Feglise 
cT Amiens , aprfes la mort de Fdv^que Ragenaire ; — 
item, pour Fengager k gouverner avec prudence le 
vaisseau de Ffiglise , an milieu des guerres intestines 
dont il est battu sur cette mer orageuse du siifecle^ — 
a rev^que Ebbon, dive de F^glise de Rheims, au 
sujet d'un moine fiigitif auquel il donne asile , et 
qti'il le somme de lui envoyer au plus vite ; — item, 
pour Fordination (tisaac k F^v^che de Langres, afin 
qu'il exfeorte Farchev<^que Remi a la faire au plus 
tot 5 — i Thierri de Cambrai , au sujet d'un certain 
Hecton , vassal du. roi Lothaire, auquel ils avaient 

23. 



356 FHODOARD ; 

tous deux, d'un commun accord, inflige une peni- 
tence, et qui pr^tendait avoir recu rabsoludon de 
Thierri ; et en m^me temps au sujet d'ua pretre 
que Thierri avait excommuni^, et pour lequel le 
pape de Rome avait envoye des lettres a Hincmar, 
qui les lui avait fait passer; — item, pour Tabso- 
lution de cet Hecton dont nous venous de parler; 
— item, au sujet de quelques biens de T^lise 
deRheims, que f^vSque Thierri lui demandait de 
lui donner en pr^caire ; — item, , pour Fordination 
de Honfroi k Tev^che de T^rouane 5 — item, pour 
Tordination d'Ercamrad, apr^s la mort de Loup, 
^v^que de Chilons; — item, sur Tarriv^e de Louis- 
le-Germanique k Rheims; il lui raconte pourquoi 
il y est venu , ce qu'il y a fait , ce qu'il y a or- 
donn^ 4 i— item, contre Baudouin , qui avait enleve 
la veuve Judith, fille du roi Charles, afin quil 
sache qtf il I'a frappe d'anath^me , et qu'il le fasse 
partout publier en son diocese; — item, centre 
un certain personnage qui s'^tait laiss^ persuader 
par le p^re d'une jeune fille de la prendre en con- 
cubinage 5 — k Folcuin de Terouane , pour un 
prdtre ordonn^ par lui , qui se plaignait de souffnr 
prejudice de la part de I'^v^que Immon ; il k pn^ ^ 
mdme temps de lui envoyer quelques reliques des 
saints qui reposent dans le diocese de Terouane, 
parce que , dans la consecration de Tdglise de Notre- 
Dame, il fait construire un autel qu'il veut faire con- 
sacrer par Folcuin , et enrichir et honorer des reli- 
ques des saints de son diocese ; — ^ k I'dv^qu^ Rainier, 
ai| sujet d'un pretre que Nbthon, archev^qued'Arks? 
lui avait d^nonc^ par lettres comme ayant Hi^^ 



HISTOIRE DE L^EGLISE D£ RHEIMS. 35^ 

posd canoniquement et excommuni^ par un synode, 
lequel avait ^tabli un autre pr^tre h sa place ^ — a 
l^dv^que Agius touchant les biens de Teglise de 
Rheims situ^s a Aquitaine^ — < i Abbon d'Auxerre , 
all sujet de f^v^que Heribold d^funt, lequel ^tait 
apparu k un fr^re, et avait demands des aumdnes, 
des priferes et des messes; — k En^e de Paris, au 
sujet de Rothade de Soissons, dont quelques actes 
inconvenans venaient d*etre ddnonc^s au roi, pour 
lui annoncer que le roi Ta nomine^ pbur aller dis- 
cuter cette affaire avee Immon de Noyon ; — a 
Amaury, ^v^que de T^glise de Cumes , pour lui re- 
commander le diacre Egilbert , moine du monastfere 
de Saint-Remi , qu'il lui envoie pour Tordonner et le 
former au saint ministere, cotnme il favait demands. 



CHAPITRE XXII 



Des preceptes de conduite, et des reproches adresses ^ son 

neveu Hincmar. 



Iii adressa a son neveu Hincmar, ^v^que de Laon , 
dans les premiers temps de son ^Idvation a Npisco- 
pat , plusieurs instructions et enseignemens sur ses 
devoirs et sur la mani^re d'administrer Teglise qui 
venait de lui ^tre confine. II lui ^crivit aussi pour 
Tavertir de ne pas laisser se former de trames et com- 
plots entre ceux qui lui cJtaient soumis; et s'il s'en 
formait, de chercher a les arr^ter, d'abord par la 



358 FRODOARO ^ 

moderation et la raison, ou, si enfiu cela devenaitne- 
cessaire, de Ten instruire, et de convoquer un synode. 
Mais ce neveu lui causa beancoup de peines et de sou- 
cis : sans cesse il est occup^ k lui ecrire pour Fadmo- 
nester et le r^primander sur la l^gferete de ses moeurs 
et de ses actes; sans cesse il I'exhorte a rentrer en 
lui-m^me , et a prier Dieu de tout son coeur, pour 
qu'il daigne jeter sur lui un regard, et lui accorder 
de se reconnaitre et de se corr^er de sa perversite. 
Car le jeune pr^Iat se croyait trop sage et trop habile, 
s'obstinait dans ses opinions, s'efforcait en toutes 
choses de faire fl^chir. les lois ecclesiastiques a ses 
volontds, et en fin croyait toujours les entendre mieux 
que les plus vieux ^veques. Son zfele pour ce neveu 
alia si loin qu'il dit lui-mi^me qu'il lui fit encourir la 
disgrace de son roi , alors trfes-vieux ; et il poussa en 
effet la bonte' jusqu'k soiiffrir que ce jeune t^raeraire 
luiresistAt d'un front audacieux, la tete haute, lesle- 
vrestremblantes, les paroles enflamm^es, et repoussat 
avec d^dain ses douces prieres en presence de plu- 
sieurs. 11 le repreiid de ce qu'il ne veut jamais se re- 
connaitre le moindre tort, et est toujours pret ase 
d(5fendre ; il lui reproche le luxe de ses habits, sa d^ 
marche, ses rires, ses juremens,* ses paroles brusques, 
ses emportemens, enfin tousi ses d^fauts. Uae autre 
fois, au sujet de quelques exc^s que son neveu Se per- 
mettait dans le gouvernement de son eglise , centre 
Tautorit^ des saintes tcritures , et a dessein de lui 
faire injure, il lui ecrit poi^r Tengager a se corriger, 
et lui montre de quelle mani^e il deyrait se compof- 
ter par les paroles de VApotre k Timothy ^ — item,^^ 
sujet d'un sacrilege excommunie par lui, et auquel son 



HISTOIRE DE l'eGUSE D£ RHEIlilS. iS^ 

neveu avail donn^ des biens de F^glise en yue d'un 
gain honteux ; — itenij pour le prier en faveur d'un 
de ses dercs, nomm^ Hadnlfe, qu'itaVait excommuni^; 
— item^ touchant une lettre da pape Adrien qu'il le 
chaise de faire parvenir k quelques ev^aes •, — item, 
sur la disposition qu'il vent faire de quelques biens 
ecclesiastiques de son diocese , il Tengage k attendre 
jusqu'au synode provincial; — {^em^ touchant Fexcom- 
maoicatioa de GarlomaD, pour kqueUe son neveu 
refuse de lui ob^r : it le somtie de se corriger enfin 
de son obstination, et de se souHiettre k son autorite, 
aiosi qu'il Fa promis et sign^ de sa main au synode, en 
presence d'une fbnle de t^moins; — iteuij au sujet du 
diacre Berthaire, qu'il se permet de tenir injustement 
en prison^ malgr^ son appel am jugement du synode 
mdtropoUtain et ptovincial ; apr^s lui avoir prouve qWil 
ne devait pas en agir aintsi, il lui enjoint, de rantorit<i 
dessainis canons et de la sienne, de mettre suv*)e-cha<Nip 
en liberty le susdit diacre, ou toa^ autres ctercs pa« I%ii 
d«tenus; ct €[ui r^clament un jugement r^gulier ^ de leu r 
permettre de venir libFcment, et de se presenter lui- 
meme avec eux au jugement des evdques et au sieii 5 
^ item, pour le convoquer au synode ou devait se 
discuter un mandement dn pape Adrien. Enfin, A hii 
a (icril en uiaie foule d^aulres circoststances : il exisie 
surtout une derni^re et longue tettre dans laqudle 
il Itti rappelle et lui remet sous les yeux comtmenft il 
la pris ovpltdan , avec qsielle tendre afiSrction il la 
elev^ dans sa religion, itistruit dans les letires, et elev^ 
degcade en gra^ a la dignitc^ episcopale^. « Mainte- 
H naaii, ajoute*t-^il ensuite, tu me rends te maj pour 
(( le bien -, tu m<'as en haine sans motif, pasce quje je ne 



36q FRODOA.KD ; 

ft favorise pas tes mauvaises oeuvres : jusques aquand 
ft enfin aurai-je done k souffrir tes outrages? Depuis 
ft le jour de ton ordination, soit par tes paroles et 
ft tes Merits, soit par ta conduite d^sordonn^e ettes 
ft revokes de tous les jours, tu m'as si cruellement d^ 
ft chir^ et accabl^, que je m'ennuie de la vie. £t mal- 
ft heureusement , je suis tellement li^ et comme en- 
ft chain^ k ton insolence par les devoirs 'de ma place, 
ft que non seulement apris la premiere et la seconde 
a r^primande, selon TApdtre , mais m^me apr^s mille 
ft avertissemens r^p^t^s en particulier, soit de vive 
ft voix , soit paf ^erit , en presence de nos communs 
ft amis, du roi Jui-m^me, des ^v^ques, et d'une foole 
« d'autres, il ne m'est pas possible de fdchapper; 
ft et quoique je souhaite du fond du coeur dVoir 
ft les ailes de la colombe pour m'6nvoler et m'aller 
a reposer loin de toi dans quelqne solitude, je ne 
ft puis trouver un asile ou ton orgueilleuse prd- 
ft sence , ou les dures paroles de tes envoyds, on tes 
ft cpupahles Merits, tes inutiles complaintes ou plutot 
ft tes tragedies , ou enfin ce que j'entends dire de ta 
ft conduite indigne d'un ^v^que, ne me viennent sans 
ft cesse assi^ger. J'avais cru un moment que tu com- 
ft mencais k te repentir ; et voilk maintenant que le 
ft treizi^me jour de novembre, quatri^me indiction, 
ft tu viens de m'envoyer un long volume rempli de 
ft mensonges , de sophismes et d'invectives contre 
ft toute v^rit^ et toute autorit^. J^admire en v^rit^ 
ft que tu sois devenii si efiront^ que, comme le Sei- 
ft gneur disait autrefois en se plaignant des Juifs , ta 
ft ne sais plus rougir , et que le coeur ne te soul^ye 
t( pas d'^crire de pareilles choses ; apparemment to 



HtSTOlRE D£ l'e&LISE DE RHEIMS. 36 1 

tt n'as rien d'utile k faire, ni aucun devoir k rem- 
« plir : si je voulais reprendre par ordre toutes tes 
« actions, la lumi^re du jour te manquerait avantque 
« tu eusses fini de lire ^ cependant il en est quelques- 
<( unesque je ne puis ni ne dois passer sous silence. £t 
« cl*abord , a peine as-tu 4ti fait ^v^que , et as*tu pris 
« ton essor loin de Tasile paternel ou tu avais 4i4 4le- 
« v^, que tu as d^laiss^ et moi et tons ceux qui t'ont 
« dev^, tu as cherch^ et contract^ des amities et des 
ff liaisons nouvelles dans le si^cle ; puis , changeant 
« chaque jour, ddaissant les unspour t'attachera d'au- 
<t tres , tantdt parmi tes ^gaux , tant6t parmi tes inf^ 
« rieurs, tu en es venu enfin k ce point qu'au mdpris 
ft des canons dusaint concile d'Antioche, au mdpris des 
a antiques coutumes ^tablies par nos p^res, qui te d^- 
« fendaient de rien faire sans moi ou sans mon con- 
« seil, except^ en ce qui regardait particuliferement 
« ton diocese et les biens qui en dependent , tu t^es 
(( fait donner une charge dans le palais du roi, sans 
<( mon consentement et sans celui de nos co^vSques; 
« etquand, d'aprfes les saints canons, je t'en ai interdit 
« les fonctions en pr&ence du roi et de tons ceux qui 
« ^taient pr^sens, tu I'as quittde pour quelque temps 5 
« mais bientot, par la faveur de puissances ^trangferes, 
« c'est-Ji-dire du sifecle, au mdpris du concile de Sar- 
« dique, tu t'es fait de nouveau redonner cette charge 
« avee une abbaye dans la troisifeme province, hors de 
« la province de Rheims, et encore sans monconsen- 
« tement. Tu es alld k cette abbaye toutes les fois 
« qu'il t'a plu, et tu y es reste tant que tu as voulu, 
« sans ma permission, au m^pris des 4|crets du pape 
« Hilaire, qui disent : <( II est un point que nous ne 



36a frodSard-, 

« pouvons passer sous silence, et qui doit ^tre observe 
« aVec la plus scrupuleuse exactitude, c'est qu^aucun 
« ^v^que ne se permette dialler daw une autre pro- 
« vince sans avoir auparavant obtenu des lettres de 
« son m^tropolitain, et la m^me r^gle doit Stre suivie 
« dans chaque ^g|ise par tons les clercs, quel que soil 
« leur grade ou office. » Zosime, avant lui, et apr^ 
« lui saint Gr^goire, out portd le m^me d^ret. 

(t En outre , je t'ai convoqud deux fois par lettres 
« canoniques pour assister a Fordination d'ua evSque 
f( au diocese de Cambrai , Tuoe des ^glises de notre 
« province, depuU long -temps depourviie de pas- 
« teur , et que le Si^ge apostolique avait ordonn^e avee 
« empressement sur ma demande : tu n'es pas venu , 
« et tu ne m'as envoy^ ni vicaire, ni lettres de con- 
« sentement, comme le prescrivent les saints canons; 
a lorsque le pape Symmaque, se fondant sur les con- 
ic ciles , a ^crit k Eonius : « Si un ^vSque convocpa^ 
(I selon les regies canoniques par son m^tropolitaiD 
« refuse d'ob^ir, qu'il s^cbe qu'il doit dtre retranebe 
fi de r£glise •, » ce qu'i Dieu ne plaise qi;'il t'arrive 
c( jamais ! Quand enfin j'ai pa avoir avec toi un 
(( entretien k ce sujet, tu nie m'as donnd, nd k moi ni 
(I k nos co^veques, k moindre satisfaiction ou seule- 
« ment la plus l^g^re excuse d'humilit^. 

(( Bientdt , entrain^ par ton instability et ton incon- 
« stance ordinaire , tu as ose t'^lever et te r^volter 
(( sans motif centre ton roi , Qt tu as port^ si loin Tau- 
(( dace, quHl fa retird ta charge du palais et ton 
(( abbaye, et que, poussci a bout , il se disposait a te 
(( frapper de ^elque punition plus si^v^re. Soit par 
(( lettres , soit d^ vive voix , j'ai tant fait que je t'ai ob- 



• , 



HISTOIllE DE l'^glise de rheims. 363 

CL tenu grsLce pr^ de lui ; mais, comme tout le monde le 
<( salt, tu t'es de noi)^eau r^volt^ contre lui •, tu as md- 
a prise ses ordres, quand il te sommait k comparaitre de^ 
cc vant lui ; enfin tu Tas tellement provoqu^ k la colore, 
« qu'il a 4t4t oblige, comme tous le saveut en ces con- 
ci tr^es , de faire marcher ses fiddles contre toi comme 
a infid^te. Qu'as-tu fait alors ? sans mon consentement, 
(c au mepris de nos saintes lois, tir as lanc^ Texcom- 
ci munication la plus inou'ie jusqu^alors, contre les peu** 
a pies de mon diocese , contre ceux de plusieurs 
« autres archev^ques et dveques,. enfin qontre le roi 
a lui-mSme. £t ainsi tu as caused un grand scandale 
a non seulement k r£glise, mais encore au roi et au 
ci royaume , quand la loi te dcifendait d,e porter la 
« £siulx dans la moisson d'autrui , et* ne te permettait 
(( que de prendre en passant quelques ^pis , de les 
<( dcraser dans ta I^ain et de les manger«ft Tu ne peux, 
ci dit saint Gregoire , porter la faulx dans la moisson 
u qui est confiee k un autre : tout ce que tu peux faire 
<i par bonne oeuvre , c'est de purger le grain du Sei- 
cc gijteur de la paille de ses vices, et de le manger, 
« c'est'd'dire de convertir et ramener par conseil 
tt et persuasion dans le sein de VEglise. » Aprfes tant 
(c d'audace et d'insolence , je suis pourtant encore 
tt parvenu , par mon intercession et ayec Fappui de 
u nos confreres, k te r^concilier avec le roi et avec l?s 
cc ey^ques dont tu avais excommuni^ les dioc^sains ; 
cc non seulement j'ai obtenu d'eux qu'ils n'^claterai^nt 
cc point et ne te frapperaient point d'une condamna- 
cc tion synodale, mais encore je suis venu k bout, non 
cc sans peiae , et avec le secours du roi , k faire rester 
cc en paix ceux que tu ayais ei5;communie5s, Mjais, ajou- 



364 FRODOltlD ; 

« tant outrage k outrage, et mettant le comble a 
« Foffense , comme il serait trop l«ig de le rapporter, 
a et comme d'ailleurs tout le monde le salt , tu as de 
« nouveau tellement irrit^ le roi , que pour te ch^tier 
« il t'a fait dAenir quelque temps sans mon consen- 
u tement, et sans que j'y eusse en rien donn^ les 
a mains. Alors , sans me consulter, sans le consente- 
« ment de nos eo^v^ques de la province de Rheims, 
« tu as, ainsi que le d^montre une requite qui m'a ^t^ 
« adress^e par le clerg^ de Nglise de Laon , tu as 
« lanc^ un interdit g^n^ral contre tons les pr^tres et 
« ministres de ton ^glise et de ton diocese, d^endant, 
c( sous peine d^excommunication , de cd^brer }e saint 
a sacrifice de la messe en aucune ^glise , de donner 
« le bapt^me aux petits enfans, m^me en danger de 
a mort, de recevoir personne au tribunal de la p^ni- 
* « tence , de donner la communion et le viatique aux 
« mourans, enfin de donner la sepulture et rendre les 
<( derniers devoirs k aucun mort, jusqu'i ce que tu 
<( fusses de retour en ton diocese , ou quails eussent 
« recu quelque mandement du Saint-Si^ge apostoli- 
« que. Je lavoue k ce dernier trait je fus saisi d'hor- 
« reur, et aussit6t, 4^ns ma sollicitude m^tropolitaine, 
« je t^adressai une lettre pour t'engager et t'exhortera 
c( lever au plus t6t cette damnable excommunication, 
c( horrible lien d'impi^t^, si imprudemment lanc^e au 
« p^ril de tant de Chretiens et k ton propre pdril. Mais 
« en m^me temps, craignant ]a perte de tant dliommes, 
<( j'adressai sur-le-champ aux pr^tres et ministres deFd^ 
« glise de Laon des decisions certaines et irr^fragables 
<( ^mandes de la v^rit^ evangdlique, de Tautorit^ aposto- 
(( lique, des sacrds canons et du Saint-Si^ge, lesquelles 



HISTOniE«»p£ L^^GLISE DE RUEIMS. 365 

a. ne peuvent ^tre enfreintes ou violdes par personne, 

(( et par lesquelles je leur prescriyais de ne se croire 

(( li^s par une si p^rilleuse et irrdguli^re excommuni- 

<( cation , et de pourvoir en toute surety aux besoins 

(( de r£glise. Comme tu refusas d'^eouter mes conseils 

tt et dob^ir k mon admonition, je t'adressai de nou- 

(( veau des lettres ainsi qu'au clerg^ du diocese de 

(( Laon, et, malgr^ ces nouveaux efforts, je ne pus 

(( parvenirite faire ob^ir. Enfin, cherchantunmoyen 

« de te soustraire k fob^issance de ton m^tropolitain, 

(( tut'avisasd'extraire un recueil de maximes des Merits 

ft des anciens P^res, publics ayant les canons du con- 

« cile de Nic^e et des autres sacr^s conciles •, et ras- 

ft semblant pSIe-mSle des sentences contradictoires 

ft entre ellcs, et contraires*^ l^yangile, k Tautorit^ 

ft apostolique et canonique, et aux ddcrets du Saint- 

ft Si^e, tu as sign^ et fait signer ce recueil par les 

ft pr^tres* de ton diocfese, k Finsu de ton mdtropolitain 

ft et des co^v^ques de la province de Rheims, voulant 

ft ainsi faire croire que tu ^tais libre de toute ob^is- 

ft sance envers ta m^tropole , et annulais tons les pri- 

ft vil^ges du si^ge m^tropolitain : comme si je n'avais 

ft pas le droit de lever une excommunication impie 

ft dans ton diocese, sans ton consentement et sans une 

ft asseiid)lde synodale , quand pour certaines causes 

ft ^videntes et manifestes , lesquelles certainement ne 

<( soQt douteuses ni obscures pour aucun de nous, 

ft et sur lesquelles nous avons des regies precises, et 

<^ qrfaucun pr^texte ne pent infirmer, ^man^es des 

ft saints Pfer^s et par eux promulgu^es , je n'ai besoin 

« d attendre ni assemble synodale , ni reunion des 

« ^v^ques de ma province , ni consentement de qui 



/ 



366 FRODOARD 1 • 

ft que ce soitj et ne dois m'^rter en rien , par n^li- 
« gence ou pr^somption, des regies ^blies, selon les 
a pr^ceptes du papeL^on, ni m^me en inquieter aucu- 
<( nemeat le Saint-Si^e , comme nous Fenseignent en 
« leurs d^rets Innocent, Zosime, Coelestin, L^on, 
« Hilaire, G^lase, Grdgoire et autres pontifes du Saint- 
<( Si^ge apostolique. » 

Apr^ avoir cit^ les autorit^ du pape Gelase, il 
ajoute : cc Apr^s la publication de ce monstrueux li- 
c( belle, si monstnieusement compost, et sign^ par toi 
« et les tiens , je t'ai de nouveau admonestd et somm^ 
« par lettres , dont j'ai conserve copie , de corriger et 
u reformer tout qc que tu avais fait en ton dioc^e, 
(( contre la raison et Tautorit^ ^ mais tu n'as tenn 
u compte de mon avertissement. £nsuit& ,tu m'as fait 
« remettre par le venerable archev^que "Wenilon, 
tt en presence de plusieurs ^veques , un exemplaire 
« de ton Recueil des maximes des papes ant^rieures 
(( au concile de Nic^e , portant en titre des vers en 
tt rhonneur de notre seigneur et roi Charles. Je te 
tt r^pondis alors par une. lettre dont j'ai aussi con- 
a serv^ copie, pour f engager encore k te soumettre 
tt et preter foi et ob^issance aux sacr^s canons, et 
tt aux decrets fond^s.sur les canons publics par fau- 
« torit^ du Saint-Siege. Ensuite, au village d'Attigny 
tt et au diocese de Rheims , je te remis en pr^ence 
tt des eveques un livre divisd en quarante-cinq cha- 
tt pitres, et contenant toutes les autoritds eccl^siasti- 
tt ques contraires a ce que tu avais recueilli dans tes 
tt deux livres \ t'avertissant de t'abstenir de pareilles 
tt discussions , et de suivre la paix et la saintete , 
tt selon rApotre. Loin de faire satisfaction a mes aver- 



HISTOIRE DE l'eGLISE DE RHEIMS. 'iSn 

i< tissemens , tu m'as au contralVe pr^sent^ un nou* 
tt vel ^crit trfes-prolixe, contraire k la v^rite et Tauto- 
a rit^ , avec un compte rendu de ton synode , ainsi 
a que ton prdc^dent libelle, souscrit par toi et les 
« tiens en votre synode, lequel je conserve eiicore. 
« Quand enfin je vis que je ne pouvais rien obtenir 
tt de toi apr^s tant et d'inutiles avertissemens, je me 
(1 d^cidai enfin k presenter requite dans un synode 
a des ^v^ques de dix provinces, pour demander leur 
« avis sur ce que je pouvais faire contre ta r^bel- 
tt lion obstin^e : et je fis relire en leur presence les 
« divers Merits, messages et admonestations que je 
« t'avais adress^s ainsi qu'k ton diocese, contre ton 
« excommunication impie. Alors te voyant convaincu, 
« par I'autoritd des ^v^ques, d'avoir injustement et ir- 
« r^guliferement lanc^ une excommunication damna- 
« ble el inou'ie •, accus^ par le roi notre seigneur d'avoir 
a viol^ les sermens d'ob^ssance que tu lui avais pr^tds 
tt sur les saints evangiles, et criminellement envahi 
« ses propriet^s au m^pris de toutes les lois divi- 
(1 nes et humaines ^ convaincu aussi par un Normand 
« de Tavoir expuls^ des terres a lui conc^d^es en be- 
« n^fice par le roi Charles, avec consentement et con- 
(( cession de ta part, chassant sans autorisation du roi, 
tt avec une troupe de soldats, et une foule de peu- 
tt pie, a coups d'ep^e et de bdton , d'abord sa femme 
« qui ^tait seule et sans defense, ensuite lui-m^me, 
tt prenant et enlevant tout ce qu'il possddait, contre 
tt toutes les lois et reglemens; enfin, accus^ par tes 
tt hommes meme de leur avoir, contre les lois divines 
tt et mondaineS) ravi leurs benefices; en cette extr^ 
« mit^, pour echapper k la censure du synode, tu ne 



368 FRODOARD ; 

<( vis d'autre ressoufce que de presenter au roi eta 
« moi uae protestation de legitime et r^guli&re obeis- 
«c sance, que j'ai entre les mains, et %^ue tu ne peux 
(I nier, car je t'en ai remis une copie de ma propre 
tt main en plein synode, ainsi que je te le prouverai 
(( plus loin. Mais d^s le lendemain, en homme dou- 
ce ble de cceur et inconstant dans toutes tes voies, 
(( tu me fis remettre par le v^n^rable Harduic , ^ve- 
« que de Besanigon, pour la reconnaitre et signer, une 
« courte declaration ainsi concue : Moi Hincmar, ar- 
« chev^ue de Rheims, promets et garantis k toi Hinc- 
« mar, ^v^que de Laon, que je te conserverai tes 
<c privileges, comme je le dois k un co^v^que, et con- 
« formdment aux sacrds canons, et en toutes affaires 
<( eccl^siastiques dans lesquelles tu pourrais en avoir 
(( besoin^ te pr^terai Taide et assistance de mon auto- 
tt rite archiepiscopale, comme il est du encore en tout 
c( droit et justice, selon les regies canoniques. Une 
(( pareiile d-marche n'^tait certainement ni d'un es- 
(( prit soumis, ni d'une tete saine. Gar il est injuste 
<( et deraisonnable qu'un archev^que qui n'est point 
(( sorti des bornes que lui imposent les sacres canons, 
(c aille, comme tu le demandais, donner satisfaction 
« par une declaration dcrite et signee, k un ^v^que 
<i suffragant, ordonn^ par lui, et sorti des bornes du 
x( devoir. Car de m^me qu'il est dcrit qiie Tinferieur 
« est beni par le superieur, ainsi Finferieur est jug^, 
« lie ou deiie par le superieur, comme Geiase le dd- 
<c montre en ses decrets, et non pas au contraire le 
« superieur par Finferieur. On pent done justement 
« et en toute raison te repondre avec saint Jacques : 
(( Tu as demande et tu n'as pas recu, parce que tu as 



^ »_. 



HISTOIRE DE LEGLISE DE RHEIMS. 869 

K ma] demande. Dans cette declaration , en effet , que 
(( tu me voulais faire donner et signer, pour assurer 
(( ce que tu appelais ton privilege , selon les sacrds 
« canons , tu demandais ce que tu voulais , mais tu 
(( n'as pas su ce que tu disais -, car , comme dit saint 
« Jdrome , privi^gcs particuliers ne font pas loi g^- 
(( nerale. Or, les sacr^s canons n'ont doi^nci d'une ma- 
tt ni^re g^ndrale aux ^veques provinciaux , k leurs 
« dglises et sieges, aucun privilege, c'est-i-dire au- 
(( cune loi particulifere, aucun droit priv^, parce que 
(I ce qtie la gen^ralit^ des ^veques poss^de en com- 
(( mun ne pent ^tre appel^ un droit special et une loi 
(c de superiority priv^e. Mais au contraire ils ont at- 
K tribue des privileges aux ^v^ques metropolitains et 
(( aux si^gjes metropolitains. » 

Hincmar cite k Tappui de son dire divers passages 
des sacrds canons et des d^crets du pape L^on ^ apr^s 
quoi il ajoute : 

« Cest pourquoi, quand tu m'envoyais une pareille 
« declaration k signer, tu aurais du savoir ce que 
« presque personne n'ignore en ces contrees, que la 
(( ville municipale de Laon, depuis son origine et sa 
<( fondation , attribuee par I'histoire au pr^teur Ma- 
tt ciobe, n'a jamais ete compt^e entre les sieges pro- 
« vinciaux de la province de Rheims, soit sous le pa- 
(( ganisme , soit sous le christianisme ; et que c'est 
« saint Remi, quinzi^me archev^que de Rheims, qui le 
« premier y a ordonn^ un ^veque, et qui enrichissant 
<t cette municipalite des biens de I'eglise de Rheims, 
« et la dotant du comte qui compose tout son do- 
(( maine, lui conc^da ainsi une partie du diocese de 
ti Rheims-, mais elle n'en resta pas moins municipa- 

^4 



3^6 FKODOARD5 

(t lit^, comme tautes les autres villes nmnicipes dn 
« diocese , qui sent encore d^ rang et de nom sou- 
« mises k la cit^ de Rheims. Ce n'^tait done pas un 
(I privilege que tu devais demander, mais senlemcnt 
« le droit de municipe, puisque, comme le rappor- 
« tent nos p*res et les maitres de Tlfeglise , Fapdtre 
« saint Paul ne se donne pas le titre de citoyen, mais 
« d'habitant d'un municipe , disant : Je sms jmjj 
(c natifde Tarse en Cilicie, municipe assezconm. 
(( Et en effet Pap6tre ^tait n4 k Giscal en Galilee-, mais 
a cette ville ayant ^t^ prise par les Romains, il ^mi- 
tt gra k Tarse avec ses parens , qui Tewvoyirent en- 
(( suite k Jerusalem Audier les lois sons Gamaliel, 
a homme trfes-docte, dont il suivit les lecons, ainsi 
« qu'il le rapporte ailleurs. Cest pourquoi il ne prend 
« pas le titre de citoyen , mais d'habitant du muni- 
a cipe, de la municipality , c'est-k-dire du terntoire 
« de la ville ou il avait ^t^ ^lev^. Et le mot de mnni- 
« cipe, ou municipality, vient du mot muniaj c'est- 
<c ^-dire tribot ou charge, parce qu'en eflTet les villes 
a ainsi nomm^es ne font que payer tribut, ou sap- 
« porter des charges , tandis que toutes tes afeites 
« et dignity qui ^manent du prince appartiennent 
« aux cit^s. Et il ne faut pas s'Aonner si saint Paul 
(t se dit de Tarse, et non pas de Giscal, pwistp^ 
« Notre-Seigneur lui-m^me, n^a'Bethyem,nefutpas 
« appel^ le Bethldemite, mais bien le Nazareen, d« 
<( Nazareth, ou il avait 4ti dev^. De meme done toi, 
<( tt^ au dioctee de Rheims, et ordonn^ dans la miini- 
« cipalit^ de Laon, tu ne devais pas tepr^tendre eve^n^ 
« civil ou de cit^, mais seulement dv^que mumcip^^ 
« c'est-4-dire tributaire ( et pliit k Dien que ce fSt i^ 



HISTOIRE DE L EGLISE DE RHEIMS. 871 

(I dons spirituels ! y^ et si ce n'est que tu as ^t^ ordonn^ 
« par plusieurs ^v^ques, tu devais te croire pour ainsi 
« dire ^v^que-vicaire, ou chor^piscope, comme disent 
« les Grecs, et par coas^quent tu ne devais pas de- 
{( mander de privilc5ge, mais le droit de municipe; et 
K tu ne te serais pas r^volt^ centre le privilege de ta 
« metropole, si tu avais ^t^ un Paul selon le coeur, 
(( c'est-i-dire modeste et humble. Mais il est i crain- 
« dre que tu n'imites en cela ce fils de la perdition, 
« qui s'dfeve au dessus de tout ce qui porte le nom 
« de Dieu, ou est honor^ comme Dieu. Car autant 
« qu'il a dt^ en toi, tu lui as livr^ ceux que tu as irr^ 
u guliferement et injustement excommuni^s •, ne cher- 
« chant pas, selon le conseil de TApdtre, k procurer le* 
<( salut de leurs ames, mais faisant au contraire tous 
« tes efforts, autant que ta fureur et ton indignation 
« Tent pu, pour qu'ils fussent perdus au jour did Sei- 
« gneur. Et tu ne t'es rdvolt^ contre moi que parce 
« que, r^guliferement et contre ton coupable voeu, j'ai 
« rompu ce lien d'impi^t^, comme je I'ai d^ji dit, et 
« comme il faut k r^pdter toujours. » 

A ce sujet il cite toutes les autorit^s sur les excom- 
munications illicites , et ensuite continue : 

« Quant aux sermens que tu as pr^tds au roi , je 
^ rfai pas besoin d'en rien dire , car presque tout le 
« monde sait ce que le Seigneur dit du parjure (si 
« tQutefois tu as pii t'en rendre coupable) dans la loi 
<; et %s prophfetes, dans Pfivangile et par la bouche 
« desapdtres et dies maitres et docteurs de Tfiglise. 
« Et comme, ainsi que nous' le prescrivent les' d^- 
« crets dti SicSge apostolique , nous ne voulons pas 
« exagi^rer ce qui a ^t^ fait , dahs la crainte tf ^tre 

24* 



3^* FRODOARD-, 

<( oblige de juger ce qui est juste ^ comme <f ailleurs 
(I les accusations' qui t'ont ete intentees dans le s;- 
(( node n^ont pas ^t^ judiciairementprouv^es, etque 
(( la bontt^ du roi a tout arrets, je me garde de porter 
(1 sur ce point un jugement canonique , et je te ren- 
(( voie k ta conscience. Quant k renvahissement des 
(( Liens du roi , il est manifeste, puisqu'on n a pa 
(( prouver que ces biens aient jamais fait l^galement 
(( partie du domaine de Teglise de Rheims , oa qu ils 
u aient ^t^poss^d^s par cette ^glisek titre de donation 
(( ou concession ; aussi art-on I^galement et juste- 
w ment inform^ contre ton homme T^douin, aucpel 
(t tu avais donn^ les biens envahis en b^n^fice.U a ete 
« aussi clairement prouv^ que Taccusation du Nor- 
K mand contre toi ^tait fondle, et il n'a pas etebesoin 
(( de t^moins , car tu as mis si peu de retenue en tout 
((. ce que tu as fait contre les lois et les canons, 
« que tout le pays en a ^t^ instruit , et qu'il ne t'est 
<( possible de couvrir ou excuser tes actions d'aucun 
« pr^texte ou subterfuge. Car c'est un fait connu de 
« beaucoup , et tu Tavoues dans tes Merits adress& an 
a roi et k moi , que lorsque le roi restitua a I'^glise de 
tt Laon ces biens qui lui avaient etd enleves depuis 
« long-temps , tu les lui donnas a lui-m^me en bene- 
« fice , k la pri^re de Rodolphe et de Conrad , sans mon 
« consentement ni celui de nos codvSques , afin qu il 
a les donnit ensuite en bdn^fice a ce Normand. » 

Aprfes quelques autres preuves, il ajoute :# Ce 
<( que tu ayais fait illdgitimement, tu Fas rompu ill^ 
tt gitimement , puisqu'oh t'a vu , ainsi du moins tons 
<( le racontent, k la t^te d'une troupe de soldats et 
« d'une foule de peuple , arm& d'^p^es et de Utons^ 



HISTOIRE D£ LEGLIKE DE RHEIMS. 3'ji 

« exciter un affreux tumulte centre le Normand , et 
(( Texpulser violemment , sans autorisation, sans un 
(t mot, sans un ^crit du roi, des biens par toi conc^ 
ft d^s au roi, et qu'il tenait du roi lui-m^me-, et apr^s 
ft Favoir expuls^ , tu les as envahis, tu en as pris pos- 
ft session , tu en as joui , quand il y a des lois et des 
« rfegles qui disent : « G'est au roi qui porte le glaive a 
ft punir les malfaiteurs ^ c'est aux ev^ques et aux ca- 
ft'nons i juger les sacrileges. » Si le Normand avait en- 
« vahi les biens de I'^glise , il devait ^tre puni par le 
ft glaive, c'est-Ji»-dire par la justice royale 5 s'il s'eteit 
ft rendu coupable de sacrilege, il devait etre fipapp^ 
« par un jugement Episcopal et cauoniqu^. H y a des 
ft juges, il y a des lois, par le jugement et autorite 
ft desquels il pouvait etre legalenient et reguliere- 
« raent puni , s'il avait commis quelque injustice con- 
« ire toi ou centre FEglise. » 

Hincmar cite encore quelques autoritds , principale- 
raentles d^crets et ofdonnances de saint Gr^goire; 
aprts quoi il poursuit : 

ft Enfin , quant aux plaiates et reclamations adres- 
.»^ sdes au roi par tes propres hommes , qui t'accusaient 
H de leur avoir injustement et sans raison enleve les 
« benefices qu'ils avaientpos^d(5setdesservissous tes 
« predece&seurs , apres avoir'remis au roi et k moi, 
ft en plein synode, une protestation d'obei^sance con- 
« forme aux sacr^s canons et aux decrels des pontifes 
« du Saint - Siege de Rome fondes sur les canons , 
ft lu mas demande de te choisir des juges entre les 
« ev^ques, et conformement au concile d'Afrique^ je 
« ten ai propose trois que tu as accept^s, savoir, 
w Actard , Ragenolin et Jean. D'apres leur jugement , 



374 FRODOARDV 

« et le jugement de quelques autres craignantle Sei- 
« gneur, il a ixA arrSt^, en presence de a<^re sei- 
« gneur roi ,• comme tu Tavais demand^ , que quel- 
« ques-uns des plaignans recouvreraient les b^n^fices 
<( qu'ils avaient injustement perdus. La cause des au- 
« tres ne fut pas d^finitivement jug^e pour je ne sais 
f( quels incidens survenus , et fut remise k une autre 
« deliberation , mais a jour fixe : et toi alors, avant \i 
« decision , au m^pris des saints canons , sans aueune 
« n^cessite ou raison , tu as pris la fuite, et as dedai- 
« gn^ d'attendre le jugement canonique que tu avals 
« reclame. » 
Ensuite , apr^s quelques citations des canons : 
« Aprfes t'etre, ainsi que je viens de le dire, im- 
(( prudemment et honteusement ddrob^ au jugement 
c( des ^v^ques de ton choix , tu me fis remettre , le 
c( treizi^me jour de juillet, troisi^me indiction, par 
(( ton diacre Ermenold , un placet rddig^ contre toute 
a raison , et sign^ de ta main , contraire en tout point 
c( k ta pr^cedente confession , et ainsi concu : 

«Au tr^s-r^verend Hincmar, archevSquedeRheims, 
(( Hincmar , par la grice et misericorde de Dieu , 
Ci ^v^que de T^glise de Laon , salut et legitime de- 
« votion en J^sus-GI^ist, Vous savez que j'ai ete 
c( cite deux fois k Rome par le pape universel de la 
« sainte £glise romaine, notre pfere et maitre, Adrien; 
« et vous-m^me, dans les cahiers que vous m'avez 
« remis au palais d'Attigny, en presence des arcbe- 
(I v^ques et ^v^ques y r^unis , vous m'avez blime de 
fc ce que je tardais de me rendre devant le Saint- 
<c Siege , en ayant deux fois recu Tinvitation ( si tou- 
u tefois, par la faute du copiste , au mot detrectem^ 



HiSTOIRfi D£ L^EGLISE DE RQ^MS. 3^5 

a qui signifie hesiter, differer, na pas iX& «ub-. 
« stitud le mot detractem^ qui ne saurait dtre admis, 
ct car loin de refuser j'ai toujours eu k coeur d'obeir ) : 
« c'est pourquoi , pour Famour de Dieu tout-puissaat , 
tt et pour le respect qiA nous devons k saint Pierre / 
cc comme d<^ja je vous Ta idemande sans pouvoir f ob- 
» tenir au synode convoqu^ par vous au mSme pa- 
te lais d'Attigny, comme je vous Tai demand^ en vain 
a depuis une annee entire, et particuli^rement au sy- 
a node teau cette ann^e m^me au palais de Verme- 
« rie , je vous prie et vous aupplie de nouveau qu'il 
(i vous plaise employer votre autorite archi^piscopale 
« aupr^ de la cldmence de notre seigneur et tr&s- 
fi glorieux roi Charles , afin qu'il me soit permis d'o* 
c< bdir aux ordres et instructions eccldsiastiques de 
ft notre seigneur et pape universel Adrien , ainsi qu'il 
a convient que nous lui ob^issions tons, coinme k 
« celui qui a jugement et autorit^ sur toute I'Eglise , 
(c afin que je puisse enfin toucher le seuil des saints 
« apotres Pierre et Paul , comme j'en ai fait voeu , et 
« comme le tres- saint Pfere m'y It invito et appeld. 
« Autrement sachez que d<5sormais il ne me sera plus 
« possible de vous rendre canoniquement Tob^issance ' 
K qu'un^v^ue doit k un archev^que, parce que, 
« comme Fenseigne le bienheureux pape Gelasc, ceux- 
tt la ne savent ce qu'ils disent , qui opposent les ca- 
« nons aux decrets des (5vdques du Sairil - Siege de 
K Rcuiie -, et aller centre leurs d^rets , c'est s'^lever 
c< centre les canons memes. Le m^me saint et v^- 
u n^rable pape Gelase nous a fait un devoir de rece- 
« voir avec respect toutes les lettres dc^cretales ^ et ce 
u n'est pas les recevoir avec respect que dineliner la 



3^6 FRODOARD 5 

« t^te devaat le volume , lorsqu'on n'y obeit pas , ou 
n plutdt lorsqu'on les rejette en portant sur e]]es une 
« main t^m^raire, ce qui ne peut se faire sans grand 
(c p^ril ; et qui. agit ainsi ne voit pas qu'il porte sa 
« propre condamnation. Gar^f^n gr^ malgre, ou nous 
« ob^irons , ou nous serons jug^s par ceux entre les- 
« quels nous ne pouvons pas, qui que nous soyons, 
<c en r^prouver un seul. Quant aux archev^ques Remi 
«' et Harduic , ce que vous me demandez par le dia- 
« ere Teutland ne porte aucun prejudice au privilege 
n de rfiglise de Rome ^ mais ce que 1^ Saint-Sidge a 
« voulu et entendu leur commettre k mon sujet, c^est 
c( k eux seuls quHI Fa com mis. Quant k vous, occupez- 
<c vous de.ce qui vous regarde, et portez-vous bien 
(I en notre Seigneur J^sus -Christ. Souscrit, et, de 
a mon propre inouvement, sign^ par moi Hincmar, 
<c ^v^ue de I'^glise de Laon, » 

« Je diffi^rai de r^pondre k ton placet, parce que je 
« pensais que tu te reconnaitrais et reviendrais de 
<( ton obstination *, loin de 1^ , tu n'as fait que conti- 
ft iiuer et aggraver tes fautes. Mais je passe, pour 
^< abr^ger. Ensuite tu ^crivis au roi par ton clerc 
« Berthaire, pour t'excuser de ne pouvoir venir au- 
.« prfes de lui , comme il te Tavait mand^ , parce que 
c( tu avais la fi^vre, et ne pouvais t'exposer au soleil. 
(( Mais en m^me temp$ tu lui demandais la permis- 
<( sion d'alkr k Rome, selon le voeu que tu avais fait 
(( lorsque tu avais eu la fi^vre une premiere fois, afin 
a qu'accomplisbsant ton voeu, ettouchant le seuil des 
(( saints apdtres, tu pusses obtenir gu^rison. Le roi 
K notre seigneur, en presence des ^veques qui setrou- 
(( vaiervt sur les lieux, te fit r^pondre par ton clerc, 



HISTOIRE DE l'eGLISE DE RHEIMS. 3^7 

•c qu'il ^tait ^tonnant et peu croyable que tu ne pus- 
« ses venir aupr^s de lui , et que tu eusses bien la 
« force d'aller k Rome 5 il te dit de venir le trouver, et 
c( que, s'il jugeait qu'il y eut des motifs raisonnables 
<c a ton voyage, il ne te refuserait pas la permission. 
« Mais tu ne vouliis pas venir, et ce ne futque vers 
« le premier septembre , troisi^me indiction , lorsque 
« le roi revenait k Senlis de son entrevue avec son 
« frfere Louis , que tu te d^cidas enfin k venir k sa 
(( rencontre ^ mais tu ne dis pas un mot ni k lui ni a 
a moi , ni par messagers , ni par lettres , de la per- 
c( mission .d'aller k Rome. Et quand les messagers 
« apostoliques vinrent k Rheims , pendant sept jours 
(c tu as ^ toutes les heures parl^ avec le roi ou avec 
K moi , et tu ne nous en as rien dit encore. Quant 
« a ce que tu dis qu^au synode de Vermerie, et en- 
« suite a celui d'Attigny, tu m'as demands la per- 
« mission d'aller k Rome, et que tu n'as pu Tobtenir, 
« tous les ev^ques qui ont assist^ k ces synodes sa- 
« vent que, toutes les fois qu'on t'adressait quelques 
« reproches sur tes infractions k la discipline , et que 
c( tu craignais ou un jugement canonique, ou quel- 
<( que punition de la part du roi , alors tu demandais 
« la permission d'aller a Rome. Mais des que tu voyais 
a le roi et les ^v^qucs apais^s et assez bien disposes 
« pour toi, tu ne disais plus mot de la permission, 
« comme tu fais maintenant, jusqu'a ce que, selon 
<( ton habitude , et comme je m'y attends toujours 
« avec crainte, tu n'imagines quelque nouveautd qui 
a t^attire des r(^primandes ^ alors tu ne manqueras 
« pas de nous r^p^ter ta chanson accoutum^e sur 
« la permission d'aller k Rome. Quand enfin tu es 



378 FRODOARD^ 

(( venu aupr^s du roi , la requete, ainsi quun grand 
c( nombre et pour ainsi dire tout le monde le sail 
a en ces contr^es , n'a fait qu'ajouter faute sur faute 
i( et offense sur offense. Gar, apr^s avoir demande 
(( toi-m^me , selon les saints canons , des juges de 
(( ton choix, pour juger des plaintes de tes hom- 
(( mes et dioc^sains, je ne sais par quelles intrigues 
(( et adroites menses tu es parvenu a arracher une 
« ordonnance royale par laquelle,' non seulement 
a ceux dont la cause avait ete renvoycJe a une nou- 
tt velle d^libtiration , mais encore ceux qui avaienl 
ci obtenu jugement et gain de cause des ^veques 
« choisis pour arbitres , el en presence du roi , ainsi 
« que je viens de le rapporter, onit ete, a Knsude 
« ton mdtropolitain , et sans aucun jugement ^pi- 
ce scojpal et canonique , envoyds devant des juges se- 
« culiers, savoir : Helmig^iire , percepteur desdouanes 
« et marches du palais; Flothaire et Ursion, maires 
« et intendans des domaines et prppricit^s royales. 
ci Violant ainsi les canons , qui ne permettent Fappel 
« d'un arr^t de juges eccl^iastiqu^ qu'i des juges 
a eccldsiastiquQ3 d'autorit^ sup^rieure , et non de 
« sup^rieurs k inferieurs , ni " d'eccl^siastique^ a des 
« s^cuUers , ni enfin d'un jugement riendu par des 
« juges choisis du commun cdnsentement des parties. 

« Ces juges s^culiers" ont revise et reform^ certains 
« points r^solus et arr^t^ , et statu^ sur d'autres qu» 
c( ^t^ient encore k juger, seduits par je ne sais quw 
« systeme de nouvelle invention sur les sermens noo 
« obligatoires et inconvenans, propose et sont^^ 
<i par toi , disent les int^ress(5s au procis , et comm^ 
(( en conviennent tes juges s(5culiers, devenus eux- 



HISTOIRE DE l'eGLISE DE RHEIMS. 879 

tt mSmes tes accusateurs \ en sorte que ceux en fa- 
ff veur desquels il avait ^te ygalement et r^guli^re- 
c( nient jug^ qu'ils rentrei^ient dans les b^n^fices 
a dont tu les avais injustement d^pouill^s^ en se- 
u raient, gdLoes k ta nouvelle invention, denouveau 
« ddposs^d^s -, et que.ceux qui avaient ^t^ autoris^s k 
« garder leurs bdn^iSces jusqu'^ d^ision legale , parce 
« qu'aprfes avoir toi-m^me demands le jugement par 
« arbitres , tu f es d^rob^ k ce^jugeiqent , en seraient 
a aussi d^poss^d^, et qu'ainsi tu parviendrais k con- 
(I sommer la spoliation que tu avais commenc^e, 
« foulant aux pieds toutes nos r^les et saints sta- 
te tuts-, car, de mSme qu'il n'est pas permis dans 
a une accusation criminelle on civile de renoncer au 
(c jugement eccl^iastique , et de plaider devant le 
« juge civil , tu ne peux non plus , m^prisant et re- 
(1 gardant coinme non avenu un jugement eccl^siasti- 
« que rendu, en appeler k des juges s^culiers, ni 
« m^me citer ou poursuivre une personne lai'que de- 
<( vant ses juges naturels , d^s qu'elle consent k subir 
« un jugement eccl^siastique , comme prescrit la loi 
« de Valentinien , adoptee par I'figlise. » 

Puis , apr^s avoir cit^ les autorit^s , il continue : 
« Prends garde aussi , et fais reflexion quels ont pu 
a ^tre les motifs du roi pour c^der k ta demande , et 
« dans quel dessein , aprfes t'avoir vu demander et 
« recevoir des arbitres, conform^ment aux sacr^s 
« canons , il a pu , sans le consenlement de ton m4- 
« tropolitain et sans aucun jugement eccl^siastique, 
<c t'accorder des juges s^culiers pour reviser ce qui 
« avait ^te jug^, et statuer sur ce qui reslait encore 
« k examiner. Pour- moi, je sais, k nen pas douter, 



\ 



38o FRODOARD *, 

« qu*il connaissait le jugement canonique , et je m'e- 
(c tonne et m'aflaiige que tu n'aies pas voulu le voir, 
« ou que tu ne Taies pas pu , frapp^ du jugement de 
« Dieu, et aveugle par ton arrogance. Frotte done 
« tes yeux de collyre , selon le conseil de Jean , dans 
« r Apocalypse , afin de voir , et d'arracher des yeux 
« de ton esprit , c'est-A-dire de ton intelligence , la 
« taie'd'arrogance qui les couvre^ r^fl^chis, et trem- 
« ble que le ro\ ton seigneur , que tu as si souvent 
<( exasper^ et irrite , connaissant les jugemens et la 
« parole de Dieu , n'ait cousenti k tes desirs que dans 
« I'intention d'attirer sur toi les sentences terribles 
<( port^es contre ceux qui ont la tete dure et sont 
« indomptables de coeur : Que celui qui fait Virt- 
« justice la fosse encore; que celui qui est souille 
a se souille encore, Je les ai abandonnes auoo de- 
« sirs de leur cosur^ et ils marcheront dans des 
<( voies qu'ils ont inventees eux-mSmes. Ces chases 
<( ne sont^elles pas renfetmees dans les secrets d^ 
« ma connaissancCy et ne les tiens-je pas scellees 
u dans mes tresors ? Oest moi-mSme qui me ven- 
u gerai^ etje leur rendrai en son temps ce qui leur 
« est du. Le jour de leur perte s'approcke^ et les 
a momens s'en avancenU 

« Puisque , sous le poids de si grandes et nom- 
(i breuses transgressions, tu ue cesses de me pro- 
« voquer pour que je r^ponde a ce placet dont j*ai 
w parl^, et auquel j'ai toujours difFi^re de repondre 
« jusqtfici , ainsi qu'k toutes tes declarations et pro- 
ft testations, quoique saps cesse harcel^, je vais le 
« faire enfin , afin que ceux qui liront I'histoire 
(( de tes professions et protestations , si toutefois il 



HISTOIRE DE L^JilGLISE DE RHEIMS. 38 1 

K est quelqu'un qui les ignore, ea connaissent et 
« en appr^cient rexactitude, la prudence et Futi- 
(( lite. Et d'abord, quant k ce placet signed de ta 
(( main, ou, pour te justifier, tu rappelles que tu as 
« ^te repris et admonest^ par moi , et ou tu montres 
« que je suis reprehensible 5 voici ma r^ponse : Je 
(1 me ris de ta critique et de ta censure , lorsque , 
tt faisant semblant de m'excuser , et t'en prenant au 
tt copiste, tu chercbes avec ta ruse ordinaire k me 
« couvrir de ridicule , en faisant croire que je n'en- 
« tends pas le sens du mot detrectenij dont je me 
(( suis servi dans un de mes Merits, ou que je ne sais 
tt pas*corriger les fautes de mes copistes , ou enfin 
a que je neglige de les revoir. Sans doute, nouveau 
ft fils de No^ , tu as voulu faire briller ta science aux 
c< ddpens de ton pere , non seulement dans Vexpli- 
« cation de ce mot, mais dans un autre encore que 
<( j'ai trouv^ r^p^t^ avec ostentation dans tes dia- 
(( tribes : mais en voulant montrer mon ignorance , 
<i tu as pris soin de faire eclater ta folic aux yeux 
« des scolastiques. Je n'aurais done rien k dire pour 
ft moi , car que me fait d'etre jug^ par toi, ou d'^ 
ft tre repris sans affection ni egard par ta science? 
ft Mais pour que tu n'ailles pas^ auprfes de ceux qui 
ft comme toi sent k Taffiit d'un pen de bruit ', te 
ft glorifier de m'avoir ferme la boucbe et reduit au 
ft silence , homme incomparable et qui seul de nos 
ft jours as pdnetre dans les tr^sors de la sagesse et de 
ft la science ! quand j'aurai le temps , car aujourd'hui 
ft je veux abr^ger , je te montrerai ce que les auteurs 
ft des rfegles dei Tart grammatical , ce que les maitres 



382 FRODOARD-, 

tt de Torthographe et les inlerprfetes de FEcrituTe 
(( sainte pensent et disent k ce sujet. » 

Puis , aprfes quelques mots encore sur le m^me ob- 
jet , il poursuit : 

« II est encore beaucoiip d'autres autoritfe tiroes des 
K saints canons et des d^crets du Si^ge apostolique, 
tt quHl me serait trop long de rapporter ici , et que 
c( tu peux relire dans un opuscule de cinquante-cinq 
u chapitres que je t*ai adress^ pour ton avertissement 
« ta correction et ton instruction , ainsi tjue les leltres 
tt que je fai ^crites pour r^primer ta t^m^rit^ centre 
« la v^rit^ ^vang^lique , Tautorit^ apostolique et ca- 
« nonique, et les ddei*ets du Saint-Si^ge, source de 
a perdition pour foi et pour plusieurs/ comme Font 
<c approuv^ eri synode une foule d'^v^ques^ enfin 
(( toutes les lettres et autres Merits que je t'ai adres- 
c( s^s, ou pour r^rimer tes revokes, ou pour avertir 
a et in^uireta Dilection , et t'exhorter a agir selbn 
ci la parole du Seignetir. Que demande de toi le Sei- 
« gneur ton Dieu , si ce rfest que tu craignes le Sei- 
« gneur ton Dieu, que tu fasses sa volont^, ctque 
« tu ob^isses a ses commsindemens ? Crois-moi , fflon 
<i frfere, reKs tousces Merits avec soUicitude et inten- 
« tion de coeur , et r^fl^chis k ce que tu m'as ditdaus 
a tes derni^res lettres , que d^sormais il n'^tait pto 
« possible de m'obeir, comme le doit canoniquement 
« tout ev^que k son archeveque ; remets en meme 
<( temps sous tes yeux ce que tu as declare et signe 
<( de ta propre main , en presence des ^veques de dii 
« provinces*, savoir, que tu promettais etfaisai^p^ 
<i fession d'ob^ir , autant que tu le saurais et pourrais, 
« au privilege du mAropolitain de la province de 



filSTOIRE DC L^EGLISE DE RHEIMS. 383 

ci Rheims , conform^ment aux sacr^ canons et aux 
ft ddcrets du Sidge apostolique, promulgaes d'apres 
« les sacr^s canons. Dis-moi done , mon fr^re , dis- 
« moi qnand, ou et en qaoi je t'ai requis ou t'ai 
« voulu forcer de m'ob^ir en qaelque chose contre 
<t ces saintes regies? mot qui n'ai jamais recherche 
« tes biens, mais ton bien, selon le pr^cepte de 
« TApotre , et qui , graces k Keu , suis pr^t k te par- 
te donner toutes mes injures, c'est-a-dire celles fai- 
« tes k ma personne , comme je fais chaque jour, en 
« priant Dieu pour toi avec devotion. Mais quant aux 
a outrages k I'ordination divine que commet ton in- 
« discipline et ton insolence , en ne voulimt pas te 
« soumettre aux privileges mdtropolitains , et qui re- 
(( tombent sur celui qui a institud les canons par son 
« Saint-Esprit, que nous en croyons Fauteur et le pro- 
a mulgateur, je ne puis ni dois les supporter, et je 
« les poursuivrai tant que je pourrai^ car de m^me 
« que le soin et la primautd de toute Ffiglise eatho- 
« lique a 4ti confine au pontife du Saint - Si^ge de 
« Rome, ainsi k chaque m^tropolitain et primat de 
tt province a ^t^ remis le soin de sa province, par 
(i les sacr^s canons ^mah^s de PEsprit de Dieu, et con- 
tt sacr^s par le respect du monde, etc., etc. » Suivent 
encore diverses reflexions sur les professions et decla- 
rations du m^meHincmar de Laon, sur les repriman- 
des k lui adress^es, et ainsi jusqrfk la fin de Pouvrage. 

n lui adressa aussi un autre ouvrage qui commence 
ainsi : 

Hincmary evSque de Rheims^ a Hmcmar^ 

dv^que de Laon, 

a L'homme accabie de douleurs par ses ennemis , 



384 frodoard; 

dit : « Ceux^ qui me rongent ne dorment pas. » Cest 
comme s'il disait, ne me laissent aucun repos. Ainsi 
toi, mon fr^re, tu ne cesses de me percer des traits de 
talangue, et de m'infecter du poison detes Merits, en 
me provoquant k la colere. Mais celui qui a su pre- 
server son serviteur des murmures pent aussi, toot 
fragile et pdcheur que je suis, mais plein de cod- 
fiance en lui, me preserver de la rancune et du res- 
sentiment centre tes fausses accusations. A tantd'au- 
tres douleurs que tu m'as caus^es, tu yiens ajouter 
une nouvelle blessure, en disant dans tes Merits per- 
vers que je desob^is au pouvoir du Si^ge apostoli- 
que ^ aucun homrae sense ne fa jamais cru et ne te 
croira jamais ^ car les Merits que j^ai adress& au Saint- 
Si^ge, et ceux que je t'ai adress^s k toi-m^me dans tes 
revokes, te convaincront de fausset^ devant le siecle 
present et devant I'avenir. Jamais en aucun lieu, en 
aucun temps , tu ne pourras prouver que tu dis la 
v^rite, lorsque tu t'ecries centre moi : « Ceux qui de- 
« vraient comhattre jusqu'a la mprt pour les privileges 
« du Si^ge apostolique , lesquels viennent de Jesus. 

• 

ft Christ, sont ceux-li memes qui prechent et ensei- 
(c gnent que ce qu'il a decr^te doit etre rejete. » Cest 
bien plutot toi qui es convaincii de rdvplte contre le 
Saint-Siege, toi qui, apr^s avoir recu un premier, un se. 
cond, un txoisi^me avertissement, conformement aux 
canons des sacr^s conciles, approuv^s par le premier et 
souverain Si^ge et toute I'tglise catholique , comme 
reellement dman^s de I'Esprit de Dieu et consacr^s 
par la v^n^ration du monde, et aux d^crets du Saiflf- 
Si^ge promulgues d'aprfes ces sacres canons, as refuse 
d'obe'ir aux privileges de ion meVopolitain , et de bri- 



HISTOIRE DE l'^GUSE DE RHEIMS, 3B5 

ser le lien <f iinpi($t($ dont, au m^pris de la y^rit^ ^van- 
g^Iique , de Tautorit^ des apdtres et des proph^tes , 
au m^pris des sacr& canons et des d^rets du Saint- 
Si^ge y ta as charg^ ton ^lise k ton grand pdril et k 
celai de plusieurs ^ toi , qni , forc^ de comparaitre an 
synode devant les ^v^qnes de dix provinces , nons as 
pr&ent^ une protestation d'ob^issance ponr Tavenir , 
sign^e de ta propre main , et qne je conserve , et n'as 
pas craint ensuite de la r^tracter. Pour moi , au con- ' 
traire, je recoil avec respect, et je dis et j'^cris que 
loos doivent de mdme les recevoir avec respect , les 
lettres d^cr^tales da Si^ge apostolique donnas k 
diverses ^poques par les souverains pontifes pour 
consoler ou conseiller diflT^^rens p^res de Botre (^glise; 
fobserve et maintiens les canons des sacrds conciles 
et les d^crets du Saint-Sidge, promulgu^ d'apr^ les 
sacr^ canons , comme aussi je pr^che qu'ils soient 
observes et maintenus; et quand tu dis que tu en- 
tends contredire les jugemens du p^pe Nicolas, si 
c'est de moi que tu veux parler, tu dis un men- 
8onge,car je ne me suis oppos^ k rien de cie qu'il a d^- 
cid^ au sujet de Rothade et de Vulfade; au contraire, 
je me suis empress^ Jobdir. Quant k ce que tu dis de 
Rothade, que tu n'as pas consent! k sa deposition , ton 
propre seing te convaincra de mensonge, car je n'ai 
rien fait que tu n'aies fait avec moi, rien ]ngi que tu 
tfaies jug^, rien sign^ que tu n'aies sign^, et j'ai entre 
mes mains toutes tes declarations et approbations. » 

Vers la fin de ce m^me ouvrage , on trouve ce qui 
suit: 

« Quant aux autres reproches mensongers que tu 
me fais dans P^crit que tu m-as remis k Attigny , je 

a5 



386 FRODOARD ^ 

d^igne d'y r^pondre ; mais sache pourtant que je 
n'ai pas oubli^ ce qui est ecrit dans le prophfete Isaie , 
que le saint roi £;i^chias, pressd d'ang(HSses , d^ploya 
dans le Temple les lettres blasph^matoires qu'il a^ait 
recues, cria vers le Seigneur , et fut exauc^. J'^ten- 
drai mes mains vers le Seigneur avec les lettres blas- 
phematoires et les Merits orgueilleux que j'ai recus de 
toi , et je le supplierai que , quand il jugera et quand 
il voudra , comme il jugera et comme il voudra , il te 
convertisse k Tamour de la veritable paix, de la cha- 
rity et de Fob^issance , et me d^livre des l^vres m^- 
cbantes et des langues menteuses^ et par les m^rites 
et Tintereession de notre bienheureuse et glorieose 
reine Marie, mfere de Dieu , ^par les priferes de saint 
Remi , dont tu braves et mdprises le privilege, celai 
en qui je mets mon aide m'exaucera dans ma tribu- 
lation. Et comme saint Gr^goire a dit a ceux dont ta 
as si gratuitement rempli le r6]e contre moi : £cou- 
tez, mes chiens^ toi qui de mon fils es devenu mon 
frfere , ensuite mon co^veque , et enfin as pouss^ I'or- 
gueil de ton ^l^vation jusqu^a te faire mon cbien , re- 
gois cette longue r^ponse , devenue n^cessaire a ton 
j?crvers placet de revoke et d^obstination.Quand j'aurai 
le loisir , je r^pondrai plus succinctement a tes autres 
libelles pernicieux et insensds , ou m'accusant tantot 
faussement et mensong^rement, tantdt contre toute jus- 
tice et raison , tu feins Thumilit^ , et ne respires que 
I'orgueil •, et puisque je lis que le Seigneur a dit : /^ 
ne nCirriterai plus ddsormaiSy je n'aurai phis, j'es- 
pire, k prolonger Taltercation qui nous occupe, et 
j'y mets fin dans cet dcrit. Tu me dis que les hommes 
disent de moi : « Quel est done cet oncle qui ^crit 



HISTOIRE DE LE6USE D£ RHEIMS. 887 

<i de telles choses k son neveu ? » Les hommes aussi 
disent de toi : « Quel est done ce neveu qui , tir^ de 
<( son obscurity par son oncle, et ^lev^ par lui au de- 
it gre dhonneiir ou il est aujourd'hui, exige de telles 
a choses de son oncle , et le force , pour ne pas ^tre 
« estimd par les autres tel que son neveu le d^peint, 
ic pour emp^cher que le nom du Seigneur ne soit 
« blasph^m^ par lui, et que son minist^re ne soit 
« bMm^, k suivre malgr^ lui I'exemple de TApdtre 
« dcrivant contre les Corinthiens qui blasph^maient 
« contre lui , et s'effor^aient de Favilir aux yeux des 
a peuples? le saint docteur, en se faisant recon- 
« naitre tel qu'il ^tait, frappa de m^pris la vie et 
« la langue de ses calomniateurs ; il les eut accr^ditds 
<i s'il se f ut tenu en silence ; et s'il ne se fut pas mon- 
« tr^, il aurait donn^ lieu il'erreur. » Les hommes 
aussi disent de toi : « Quel est done ce neveu qui 
c( pratique de telles menses contre son oncle qui Fa 
« dlev^ et I'a feit ^v^que, qui lui fait autant de 
a mal qu'il pent , voudrait en faire plus qu'il ne 
u pent? » ainsi que tu le verras manifestement au jour 
dii grand jugement, si auparavant tu ne te reconnais, 
et n'effaces tes fautes par de dignes fruits de peni- 
tence. Tu m'as bien fatigu^, je le m^ritais, je ne te 
le reproohe pas, mais je me console de mes fatigues 
avec ce que dit saint Gr^oire : « L'Ethiopien entre 
« ndir au bain, et il en sort noir; cependant le bai- 
« gneur ne perd pas le loyer de son bain. » Et je crains 
bien qu'il n'arrive a mon Alexandre ce que saint Paul 
disait du sien : « Alexandre I'ouvrier en cuivre m'a feit 
(c beaiicoup de maux, le Seigneur lui rendra selon ses 
a oeuvres. » 



389 FRODOARD ; 



3V 



CHAPITRE XXIII. 



HiNGMAR adressa au$si plusieurs lettres a x^lfred, 
^y^que de Germanie, au sujet des biens de saint 
Remi situes en Thuringe , et dont il lui avail confie 
radministration ; une entre autres, pour le prierde 
lui en faire passer les revenus k la premiere occasion 
favorable*, il insiste sur Tinjonction faite par saint 
Remi , pour qu'aucun des colons ne soit opprim^ ni 
surcharge en son service : une autre fois , pour Faver- 
tir qu'il vient de donner ces biens en b^n^fice k 
un de ses hommes , et le prier de lui Recorder tons 
les secours dont il pourrait avoir besoin ; --« itenij a 
Advence ^ dv^que de Metz , sur une question de foi 
sur laquelle cet ^v^que lui avait demand^ son avis ; 
—1 item, sur le voyage qu' Advence devait faire i 
Rome \ sur son arriv^e au synode convoqu^ par le roi, 
pour y traiter la question dont nous. venous de parler; 
— itemj au sujet du fils d'une de ses nitees qu'il lui 
avait confix ;~-i/«mj en r^ponse k ce qu'Advence lui 
avait demand^ au si\iet d^Hincmar ^v^que de Laon-, il y 
rappelle en peu de mpts les biepfaits dont il a combl^ 
son neveu , et Tingratitude dont il est pay^ -, ~- item, 
en r^ponse k la lettre qu'il lui avait adress^e pour lui 
depander conseil sur la conduite qu'il devait tenir, 
Cbtrles venant envabi? le royaume du roi Louis sod 
seigneur : Hincmar lui expose ce qu'il avait fait lui- 
mdme, quand Louis avait envabi le royaume de 



HISTOIRE DE L*]toLISE DE RHEms. ^89 

Charles , et lui coos^ille de fimiter ',^-^i7eiii^pour ac- 
c^l^rer rordinatioh de B^rd , ^v^que ^lu et nomm^ 
deNglise de Verdun 5 — item, au sujet de rexcom- 
manication de Garloman, qu'il lui transmet, avec des 
instructions sur la mani^re dont il doit se conduire ; 
— item y au sujet des messagers qu'Advence avait 
envoyes k Rome pour y soutenir les int^r^ts de Ber-- 
tttlfe^ archev^ue de Treves ; il t^moigne son ^tonne- 
ment qu'il ne lui ait pas fait part de la r^ponse qu'ils 
lui ont rapporl^e \ *-— item, au sujet des lettres du roi 
Louis 9 qu^Advence lui avait fait parvenir, et pour 
d'autres que lui-m^me Hincmar lui adresse, pour 
qu'il les £sisse passer ou les remette Iui'<-m£me au roi 
Louis ; — item, en r^ponse aux lettres par lesquelles 
Advence lui annoncait le retour de ses enyoy^ de 
Home et Foctroi du pallium, accords k Bertulfe par 
le Saint -Si^ge^ et en mSme temps Texhortait k 
maintenir la concorde entre leurs deux rois*, Hinc- 
mar lui fait comiailre tout ce qu'il a fait dans 
cette vue ^ et ce qull se propose de faire encore : il 
lui r^pond aussi , au sujet d%n mulct qu'il lui de- 
mande, qull n*a point de b^te de cette sorte, qu'il 
&'en monte jamais; il lui parle aussi de diyerses autres 
choses; — item, ^n r^ponse A ce qu'Advence lui 
avait mand^, qu'il venait d'excommunier quelques 
malfidteurs. de I'^glise de Metz , vassaux des comtes 
Walther et Lambert : il lui recommande d'user avec 
disgr^on de I'excommunication , el de ne s'^carter 
jamais de la reserve apostolique et de la patience ^pi- 
soopaie •, — • item, sur I'ordre a suivre dans la cons^cra- . 
lion d'un m^tropotitain et d'un ev^que diocdsain. 
A Ercamrad, ^v^que de Ch&lons, pour lui faire 



390 FRODOARD*, 

des reproches sur c{uelques rapports peu favorables 
qu'il a recus sur son compte : il Tavertit et rinstniit 
de quelle mani^re il doit se conduire , et Tengage a 
suivreavecfid^lit^ les pr^ceptes apostoliqnes; — itevny 
eh faveur des habitans d'un village quHl avait injus- 
tement privds de toutes les consolations du minist^re 
sacr^ , k cause d*un homicide dont ils n'^taient pas les 
auteurs :il lui prouve qu'en agissant ainsi , il n'agard^ 
ni les lois de la charite , ni la moderation d'une sage 
prudence ; — ^ item, pour obtenir I'absolution d'un 
excommunid en faveur duquel Gunther, ^v^que de 
Cologne, lui avait ddjk ^crit une lettre de supplication 
qu'il n'avait pas voulu recevoir : il lui remontre quelle 
doit ^tre la conduite d'un dvSque envers les p^cheurs 
rebelles, mais quelle aussi envers lesp^cheurs repen- 
tans. 

A Hilmerade, ^vSque d' Amiens, au sujet d'un 
moine qui avait tu^ un pr^tre et un moine au monas- 
tire de Saint-Riquier, et pour lequel le pape Nicolas 
avait adress^ k Hincmar des lettres prescrivant la p^ 
nitence a laquelle il devait ^tre soumis ^-^item, au su- 
jet des lettres que le pape Adrien lui avait ^crites sur 
un certain pr^tre 5 il I'engage a ob^ir aux ordres apo- 
stoliques ; -r- item, en faveur d'un pr^re qui r^clamait 
sa protection , parce qu'Hilmerade lui avait enlev^ son 
^lise et ses revenus, pour avoir, en arrachant les ar- 
mes des mains k un homme ivre qui voulait lepercer, 
terrassd cet homme, et ensuite pris la fuite^ il lui 
reprocbe d'avoir agi cont^e Tautorit^ des saints ca- 
nons , et lui prescrit ce qu'il a k faire pour ne s'^car- 
ter en rien des regies canoniques^ — itemy pour lui 
reprocher de se reposer dans les langueurs d'line fu- 



HISTOIRE DE LEGLISE D£ RHEIMS. 39 1 

neste negligence , et d'^couter de mauvais conseils , 
qnand par son &ge et ses infirmites il semble toucher 
au terme de sa vie : il lui montre, d'apr^s les prdceptes 
de$ saintes £critures, de quelles infractions il s'est 
rendu coupable •, — item^ au sujet d'un certain pr6- 
tre^ il lui ordonne, au nom de Tautorite mdtropoli- 
taine, de ne faire aucuh prejudice a ce pr^tre, et de 
se presenter deyant lui, a jour fixe et pr^ci^, au synode 
qu'il vient de convoquer;— i^ew^ sur le m^me sujet, 
pour lui intimer que s'il ne comparait pas au synode, 
selon Tordonnance du pape , lui Hincmar sera oblige 
de faire executer les mesures que le synode aura cru 
devoir prendre contre lui. 

A Isaac de Langres, au sujet d'un homme d'armes 
dii roi que cet ^v^que avait excommunid j il lui con- 
seille de le trailer avec plus de douceur , a cause de la 
necessity des circonstances et des incursions des 
paiens ^ il lui expose de quelle mani^re il se conduit 
dans de pareilles excommunications , et comment il 
ne laisse diirer ranath^me que tant que le coupable 
pers^v^re dans >son p^ch^j — item, au sujet de ses 
neveux qui avaient ^te eleves k Rheim*, auprfes de lui 
Hincmar , et sur divers au'tres objets. 

A Fev^que Hungaire, au sujet de Texcommunica- 
tion de Baudouin, qui avait enleve la veuve Judith, 
fiUe du roi, en avait fait sa femme, et avait etd pour 
cette cause excommuni^ par les ^v^ques du royaume 5 
ill'engagea faire defense au Normand Roric, nouvelle- 
ment converti a la foi chretienne , de donner asile a 
Baudouin et de lui preter secours j et en m^me temps 
a exiger de ce chef une penitence convenable, en 
ej^piation des ravages qu'une troupe de cent Normands, 



Sga FKODOARD ^ 

avail 9 disait-on , exerc^ en France par son conscil^ 
depuis sa conversion k la foi de J^sos^farist. 

A Fulcric , ^v^ue de Troyes , ^feve de T^lise de 
Rheiins , pour le remercier de Tenvoi qull lui avail 
fait de quelques lettres de saint Angustin , et en m^me 
temps au sujet du livre de Didyme , que Fulcric lui 
demandait ; — item^ touchant les ^glises du monartfere 
d'Orbay •, il Tengage i ne jamais se permettre la moin- 
dre action perverse centre sa mifere l^^lise de Rbeims, 
et son patron saint Remi. 

A Eudes de Beativais , qu*!! appeUe souvent son fil& 
eh^ y heaucoup de lettres pleines de confiwice et 
' d'iaffection. Une entre autres au sujet d'une kltreque 
le pape Adrien lui avait adress^e strr Tappe! formi a 
Rome par tin prAre du diod^ d'Amiensj fl pri^ 
Eudes de se charger de fiiire son possible auprAs de 
F^v^ue Hilmerade pour Fengager k ob^ir aux ordre& 
du pape , et a traiter avec prudence et circonspectiott 
les Merits que ce pr^e avait rapport^s de Rome;— 
item^ au sujet des discordes existant entre certains 
hommes du roi^ afin qu^il les somme derester enpait,et 
leur d^lare que, s'ils n'ob^issentisesconseibjilsseront 
excommuni^s par lui Hincmar 5 — item, aa sujet d'lm 
synode que le roi avait convoqu^ en temps inoppor- 
tun : il lui demande son avis sur ee qull doit 6ire; ij 
le prie aussi de lui transmettre la r^nse que le rm 
a faite relafivement k ses hommes etvassaux quil avail 
menaces de son excommunication : il traite encore 
en cette lettre de plusie^rs autres objets importam; 
— item , de diflfi^rens Merits , des questions ^lev^ P^'' 
lesGrecs, des Homilies de saint Pierre, etc. '^-^itent/ 
au sujetdes r^ponses qulludes avait faites aux objec- 



HISTOIRE D£ LEGIISE DE RHEIMS. 3g3 

tioBS et reproches des Grecs, et qu'il lui avail en- 
voy^; il rend graces k Dieu de ce qu'ils sont tons deux 
animus du m^me esprit, et lui exprime 1e desir d^avoir 
un entretienavec lui pour lui dire ce qu'il a pens^ sur 
€6 sttjet : il le prie de Texcuser aupr^s du roi de ce 
que , reteuu par diverses infirmit^s , il n'a pu se ren-^ 
dre aupr^s de lui comme il Taurait desir^ pour rem- 
plir son service ; il revieut encore sur les vassaux en 
discorde, pour qu'il les somme de nouveau de ren* 
trer en paix : il le fdlicite d'avoir, en hoinme qui aime 
Dieu et son frire , ex^cut^ avec un z^le et une di- 
gnity toute ^piscopale ce qu'il lui avait recommand^ 
dans ses lettres k ce sujet^ il Tengage k avertir le roi, 
et ensuite k user de toute la plenitude de son minis- 
tire : il lui demande aussi de lui faire rdponse sur di* 
verses afiaires qu'il a avec le roi; il lui expose aussi, 
en le priant d'en faire part secr^tement k I'^v^que Jean, 
diverses raisons pour lesquelles le synode convoqu^ 
par ]e roi ne doit pas ^re tenu , et pourquoi il ne 
doit pas ^tre convoqu^ k cette ^poque : enfin il ajoute 
que^ues mots sur certains Merits qu'il lui renvoie , et 
d autres qu'il le prie de lui renvoyer •, — item , au 
sujet de f ordination de WiUebert , atiquel le roi avait 
donn^ r>^viSch^ de CMlons : il I'avertit de prendre 
garde k ne s'^carter en rien des regies prescrites dans 
I'ordination de cet ^v^que, et Hnstruit qu'apr^s la 
mort de leut ^v6que ceux de Chdlons ont , contre toute 
T^gle, pourvu eux-m^mes k leurs n^cessit^s, qu'ils. 
ont envoys leurs lettres au roi pour Mection de WiU 
i^bert, mais qu'ils ont n^glig^ d'envoyer leur arrA^ 
i leur archev^ue , comme ils devaient le faire , afin 
qu'il fit toutes les dispositions canoniques exig^s en 



^94 FRODOARD ^ 

pareiUe circonstance : il lui fait voir de quelle m« 
ni^re ils auraient du se conduire pour ^tre en tous 
points fidMes k la r^gle; mais puisqu'ils n'en ont pas 
agi ainsi, il lui expose ce qu'il croit plus prudent 
et plus convenable de faire d^sormais, lui recomman- 
dant de bien faire attention a ce que touteslesr^les 
. soient observ^es dans T^lection , et se fiant du reste a 
sa sagesse pour la conduire comme il jugera conve- 
nable ;— item^ au suj e t d'une partie du diocese (TEudes, 
qui ^tait disput^e entre lui et Rbthade, ^veque deSois- 
sons, et en m^me temps au sujet d^un pr^tre qui avait 
apportd de Rome une lettre du souveram pontife : il 
le prie d'avertir le roi , et d'employer toute Tinfluence 
qu'il a sur son esprit pour le ddtourner de rien faire 
contre le Seigneur dans T^glise de Dieu et dans Tor- 
dre episcopal, ajffirmant que ce n'est pas tant ^canse 
de son neveu Hinemar qu'il dit cela , que dans Fint^ 
r^t du roi , son seigneur, pour lui ^viter de commet- 
tre quelque pejch^ qui causerait sa mort Aernelle; — 
item y pour la correction d'une lettre qu'il lui avait 
^crite , et qui avait ^te alt^r^e et remplie de fautes 
par un copiste ignorant, et sur les accusations portees 
contre lui par son neveu Hinemar , cause de ses 
chagrins \ — item^ au sujet des lettres qu'il adresse 
au roi touchant ce m^me Hinemar; il prie Eudes 
de les presenter lui-m^me, de lui dire de quelle 
mani^re elles ont i\& recues, et si le roi les approuve; 
enfin il lui demande rdponse sur une foule d'aulres 
choses qu'il desire savoir ; — item^ touchant le pro- 
ems de I'eveque Erpuin, qui ne pouvait se rendre 
VOL synode devant lequel il ^tait cit^; il charge Eudes 
de decider eritre cet ^v^que et ses accusateurs, et, 



HISTOIRE DE L^^GLlSE D£ RHEIM8. BqS 

s'il ne pent terminer enti^rement raffaire, de ren- 
voyer Erpuin et ses accusateurs au prochain synode 
qui doit se tenir k Pistes , avec injonction de ne pas 
manquer de comparaitre 5 — item^ touchant une let- 
tre qu'Eudes lui avait ecrite , et dans laquelle il lui 
annoncait la r^volte d6 certains moines contre la 
sainte discipline, et aussi touchant les privileges du 
monastfere de Corbie; — item, sur son voyage aupr^s 
du roi •, — item^ pour rendre graces au Seigneur, et 
le fdiciter lui-m^me de la douceur avec laquelle 
ses lettres donnent satisfaction de quelques torts qu'il 
lui avait reproch^s;^ — item^ pour T^lection d'un 
^y^que k Soissons, apr^s la mort de Rothade*, pour 
une assemblde synodale sur la rdponse k faire a f^- 
pitre du pape Adrien ; — item^ au sujet des lettres 
du roi portant ordonnance de convocation des ^v^- 
ques du royaume par Farchev^que et seigneur Hinc- 
mar, afin qu'ils eussenta pourvoir aux moyens de pu- 
nir et r^primer la revoke de Garloman contre son 
ptre-, — 1^6772^ pour Tordination d'Ans^gise, moine du 
dioc^e de Rheims, k IMv^chcJ de Sens ; ^ item^ au su- 
jet derHistoire de la naissancede la sainte Yierge Ma- 
rie, et de rhom^lie de saint Jdrdme sur cette bienheu- 
reuse m^re de Dieu , lesqudles un moine de I'abbaye 
de Corbie pr^tendait ne devoir pas ^tre recues : Hinc- 
mar oppose en r^ponse que cette HIstoire de la nai^ 
sance de la Vierge nous a ^t^ donn^e comme bonne k 
Ure, mais non comme autorit^; quant a Thomdie de 
saint J^rdme , il soutient qu'elle a Ad dument et ca- 
Aoliqueraent composde par lui , ainsi que le ddmbn- 
trent le style, la sagesse du sens et la droiture de I'in- 
telligence , et comme aussi en fait foi le tdmoignage 



396 FRODOARD ) 

certain de ceux qui Font apport^e des contr^es delO- 
rient en nos pays : il ajoute aussi, au sujet dulivre 
d'Eudes sur les reproches que nous font le8Grec8,cp'il 
y a notd quelques passages qui sont a revoir etk cor- 
riger, et il les lui rapporte ^ — item, pour Tordinatioa 
d'H^denulfe au si^ge de Laon, depuis long-4:emps w- 
cant, couform^ent aux ordres du pape Jean ^— item, 
touchant la lune pascale et le livre compost sar ce 
sujet par I'abb^ Adalard 5 — itemj sur le m^me sujet; 
il rend graices au Seigneur de la solUcitude avec la- 
quelle Eudes a recherche Tobservation mystique de la 
solennit^ de Piques , etc, \ — it&n , au sujet de son 
voyage au concile iudiqu^ par le pape Jean, pour 
I'inviter k y venir lui-m^me; — item^ touchant la r^ 
vision du jugement reudu par Eudes etHedenalfesur 
le monast^e d'Aurigny , et sur le gouvernement de 
Tabbesse Ricoare , laqueUeavait usurpe ce monastire 
contre toutes les lois; ^ Ic prie de conseiller auroi 
de ne rien faire qui puisse le m^ler et impliquer dans 
les p^h^s d'autrui; — item^ de son prochain voyage 
pour comparaitre non plus devant les rois de la terre, 
mais au tribunal du Roi ^temel , devant lequel ses 
continuelles maladies ne tarderont pas » dit-il , ^ 1^ 
conduire 5 ~ item^ pour Fordination d'H^tilon, qa^ 
le peuple de Noyon s'dtait choisi pour ^v^ue •, enfin 
sur mille autres objets. 

A Hildegaire > ^v^que de Meaux , au sujet de qtt«- 
ques-uns de ses dioc^ins qui avaient coinBus ^^ 
meui:ire dans le diocese de Rheims ; il Tengage a «>»• 
ployer tons les secours et moyens possibles pour ^^ 
sauver , Tassurant qu'il Faidera lui^m^me de tout son 
pouvoir pour leur obtenir paix et conciliation; "^ 



HISTOIRE DE LEGLISE DE RHEIMS. Sgj 

item^ un traitd sur le jugement j^ar T^preuve de Teau 
froide. 

A Jeaa • de Gambrai qui , partant pour Rome , Ini 
demandait des lettres de recommandation pour le pape 
Adrian; il lui r^pond que, s'il ne veut aller k Rome 
que pour rendre ob^issanee k G^sar, et de manifere 
que Tob^issance k G^r ne soit pas oontraire k \oh&sr 
sance due k Dieu , il est tout pr^t k lui donner des 
lettres; mais que s~il y va seulement pour la cause du 
roi Lothaire, et le proems qui s'agite depuis si long- 
temps entre lui et sa femme , i^ se gardera bien de 
lui en donner, parce qu'il ne le pourrait sans se ren^ 
die coupable et blesser ses devoirs; surtout lorsque, 
tout r^cemment encore, le pape 4drien lui a fait re- 
metlre des lettres de 9on Autorit^ par Actard , ^v^que 
de Nantes , en lesquelles il lui mande qu'il est dans 
Tintention de soutenir le combat ou le Saint-^Sii^ge k 
i\& engag^ par ses pr^d^cesseurs Benoit et Nicolas, 
et lui enjoint de ne pas consentir a ce qu'aucune at- 
teiute soit port^e a ce qui a ili fait en cette affaire , 
et lui intimant commentWaldrade a 6ti excommuni^e; 
U syoute qu^ ne pent lui donner des lettres de cong^ 
de ses co^y^qves , surto«it pour un voyage dont il ne 
couuatt pas les motifs ; •— item^ k Toccasion de la mort 
du roi Lothaire; il Tengage a se rendre sans d^lai au- 
prts du roi Gharles ; — » item^ au sujet d'un certain 
pr^tre du dioc^sC/ de Gambrai qui s'^tait chdtr^ lui- 
ni^me,apr6s en avoir plusieurs fois recu Fordre dans- 
des visions, et ignorant les peines portdes par les saints 
canQus contre une pareille action ; il lui conseille de 
rechercher avec soin de queUe manifere le^ choses se 
^nt pas^^es ; et en attendant j. de souffrir par indulr 



398 FRODOARD ; 

gence ce pr^tre dans son rang et grade, jusqu'a ce 
qu'en synode provincial ^il ait ^t^ ddcid^ ce qu'on doU 
penser d'un acte qui n'est contraire ni aux preceptes 
deT^vangile, niauxd^crets des saints P^res; — item, 
pour le remercier des nombreux services qu'il lui a 
rendus, et pour le prier de rechercher un sermon de 
saint Augustin sur la chute d'un moine et d'une 
veuve-, de le lui envoy er pour qu'il le fasse copier, on 
de le faire copier lui-m^me, et de le lui apporter an 
prochain synode ; il le prie aussi de lui apporter au 
m^me synode Texponition de BMe sur les Proverbes 
de Salomon *, il lui annonce que le pape de Rome a 
adress^ au roi Charles et aux dvSques du royaume 
divers mandemens^sur lesquels il est n^cessaire de 
d^lib^rer en synode, et qui ont fait que le roi a ^crit 
k son tour aux mdtropolitains, pour qu'ils eussent a 
convoquer leurs codv^ques k ce sjmode 5 — item^ pour 
une partie des dimes que cet ^v^que avait , disait-on , 
enlev^e a une ancienne chapelle royale, et transferee 
a une nouvelle qu'il venait de faire bitir *, il Tengage, 
si r^ellement il en a agi ainsi, k remettre tout sur Tan- 
cien pied, parce que ce changement est contraire aux 
regies \ — item^ en faveur d'un pr^tre qui en avait 
appel^ au si^ge de Rheims, et accusait son ^v^que de 
lui avoir port^ prejudice, en le privant de ses biens, 
et lui interdisant le minist^re sacerdotal , sans qu'il 
eut fait aucun aveu, ou qu'il eut ^t^ r^guli^rement 
condamn^ \ seulement pour s'^tre trouv^ en un tu- 
multe ou des meurtres avaient ^t^ commis , et ou il 
avait ^t^ forc^ de prendre les armes pour sa propre 
defense, ou enfin il avait bless^ un homme, lequel 
toutefois n'avaitpas succomb^ k sa blessure. Hincmar 



HISTOIRE DE LEGLISE DE RHEIMS. 3gQ 

montre, d'apris Tautorit^ des saintes iScritures^ quelle 
discr^on doit Itre gard^e en une cause de ce genre, 
et quels chapitres des sacr^s canons doivent ^tre ap- 
pliques. U a ^rit encore a cet ^v^que sur d'autres 
objets. 

A Ragenolin de Noyon, pour un pr^tre qui lui 
avait apporte des lettres du pape Adrien , par les- 
quelles ce pontife lui enjoignait que si Ragenolin dif- 
ferait de reformer ce qu'il avait fait d'injuste contre 
ce pr^tre , aprfes une premiere et une seconde admo- 
nition, il eut k Famener i satisfaction en le frappant 
de Tautorit^ canonique : c'est pourquoi Hincmar lui 
mande d'ob^ir aux ordres du pape , et lui declare que 
tels mandemens ne viennent du Saint-Si^ge , contre 
lui et quelques autres , que parce que , dans le juge-- 
ment de ceux qui leur sont soumis , ils ne suivent 
point le sentier de prudence qui leur est trac^ par 
les canons , et negligent de recourir k Tautoritd md- 
tropolitaine en lui soumettant la question et ob^is- 
sant k ses decisions; — iteniy pour Tengager k visiter 
r^lise de Tdrouane aprfes la mort de T^v^que Hon- 
froi, selon I'ordre du roi-, — itenij au sujet d'nn 
certain Rothade, ami de Ragenolin , qui se plaignait 
d'avoir perdu par sa fraude un ddpot qu'il avait con- 
fix i sa foi : il le conseille sur ce qu'il doit faire poiir 
^viter que I'afTaire soit port^e devant le synode. 

A "Willebert de Cli&lons, qui Favait consult^ sur les 
mesures qu'il devait prendre contre le comte Gan- 
gulfe pour le punir de certains ddits dont il niait les 
^nsetavouait les autres-, Hincmar lui conseille d'agir 
avec douceur , selon les pr^ceptes de FAp6tre , d'ac- 
complir la loi de J^sus-Christ, c'est-k-dire la cha- 



^OO FHOOOARB *, 

rit^ • d'essayer par tous les moyens possibles de rame- 
ner le comte k satisfaction et k dilection dfi son ^eqwe, 
en faisant ^clater envers lui toute sa bfJwgnit^; ajou- 
tant qu'il est convenable qu'au commencement de 
son pontificat il se recommande par sa devotion et a 
charit^-, — item, pour un priStre prevaricateur, afin 
que, suivant le conseil de saint Gr^goire, il procWe i 
son absolution, seloti la sentence des prophfetes surla 
confession dup^cheur repentant, et des apotressur le 
jugement et le pardon : quant au coi»te dont nous 
avons parW plus haut , et qui lui annonce mainte- 
nant ^tre tout-4-fait repentant de ses fautes,a Ten- 
gage k le recevoir avec bont^ , imitant Fexemple do 
pire de fivangile qui recoit avec joie Tenfeot prodi- 
gue, et k traiter le vicomte, charg^ de procurer la part 
entre le comte et lui , avec d'autant plus de Wenvrii- 
lance qu*il le reconnaitra pour un fils de Dieu,se- 
lon la v^rit^ de llvangUe; ~ itenij touchant deui 
sah^res d'or que le roi envoyait k Saipt-£tieime, et 
touchant une croix d'or enrichie de reliques de saints, 
dont la reine faisait don k I'autel du meme saint; 
— item, pour lui donner Fordre d'informer, confer- 
moment aux volont^s du roi , sur le diff<^rend eleve 
entre les ^y^ques Eudes et Rpthade-, — item, pon| 
Fordination d' Arnold, ^v^que deToul, pourqu" 
aille au devant d'Advence et de B^rard,en route pour 
le ra^me olqet, et que tous trois iJs c^lfebrent Tordiitf- 
tion au paysde Metz, suivant Fordre du roi;-^^^^"^^ 
pour I'engager k se joindre k Eudes , pour decider « 
roi a convoquer un synode provincial;— /^^^^" 
popse^ la question qu'il lui feisaitpourJsavoir8i,ctt 
de n^essit^ , on pouvait faire d'un moine un arc J- 



HISTOIRE DE LEGUSE D£ RHEJEMS. 4oi 

diacre; — iteniy pour un de ses.hommes excommuni^ 
parlui, et qu'il le prie d'absoudre au plus tot, parce 
qu'il favait trop legferement li^ d'anatheme; •— item^ 
snr rinvitation au syuode du pape Jean, envoyde 
par Tempereur Charles , et transmise par Willebert •, 
il Tengage a la faire parvenir a ses voisins les ^v^ques 
Berard et Arnold, etc., etc. 

A Hildebald de Soissons , au sujet d'une ^glise 
contestde entre lui et Eudes^, ^y^que de Beauvais , et 
que le roi voulait faire didtruire5 — item^ pour I'or- 
dination de quelques ministres au monast^re d'Orbay, 
et touchant certains fr^res qui dtaient sortis du monas- 
tfere contre toutes les regies, et y avaient ^t^ ensuite 
recus de nouveau , *— itemy au sujet de quelques 
pretres du monast^re de Saint-Cr^pin , touchant les- 
quels le pape Jean avait ^crit a Hincmar, et qui avaient 
et^ condamni^s k ne jamais sortir du cloitre ; il le prie 
de temp^rer paternellement cette s^v^re punition^ 
— iteniy pour Fordination d'Hadebert a T^piscopat de 
I'eglise de Senlis-, — item^ touchant des lettres du pape 
Jean, apportees par un pr^tre en accusation , et qu'il 
pretend ^tre en opposition nianifeste avec les sacrds 
canons et les d^crets des saints Pferes 5 il lui donne de 
salutaires conseils sur la mani^re dont il doit se con- 
duire •, — item^ pour I'engager k venir avec lui trou- 
ver le pape Jean, qui ^tait venu k Troyes pour regler 
certaines affaires 5 •— « iterrtj pour le couronnement des 
deux jeunes rois fils de Lothaire : les i^v^ques , les 
abbds et les comtes qui ^taient aupr^s des jeunes 
princes avaient mand^ k Hincmar de leur envoyer 
ses lettres et un messager : en consequence, il ^cril i 
Hildebald de se rendre aUprfes d'eux , et d'accompa- 

26 



4o2 f R09DABD ^ 

gner de ses voeux «t de ses pri^res tout ce quHh fe- 
raieni avM Faide el rin^iiatioa de Dieii ; < — item, 
pottr f engager 4 ae r^unir k lui avec les H^ven Wi- 
ther ^ Gislebert et Angelih, pour e^uter 1b jugement 
du pape J«an aar Hiktenulfe et Bincmar, ^T^ues de 
Lami, conforiDfiment aux sacr^ canons. Q adressa 
aussi 4 Hildebald, dans uike grfimdiB maladie, une 
lettte de ctMisdation et d'encouragemetit , dans la- 
quelle^ seion la dem&nde qu'il lui avail &tte dkt» une 
lettre de codiesiion, il lui dotine Fabsolution et le r^ 
cofidli^ Hu S6igneur^ qaoiiq[ue absents •^^ II y a encore 
plttiieurs totrea Idttrea it ce nv^e ^vt^iie* 

A Atullb de Troyes , au aujet de rdiques de sadats 
({ue cehii-ci lui avail annonce Avoir nstrouv^, 
giiidd pi^r 1<^ miliaGles qu*^lles avai^ttt op<^f^. Hihc- 
iMif lui dt^tifie se$ cOtt^ils sur h tham^te dont il doit 
lei disposer et ^tablir, et en m^e temps stir hi eon- 
stmction d'une i^gKse dt^ Saint-Pierre qu'il faisait 
rebS^tir-, il lui parle ausisi d'tine maladie quy vient 
d*essuyer, de son r^tablis^em^nt , etc., etc. 5 -— item, 
touchant deux vill?iges qui refusaient de payer la 
dime aux pr^tresj —-> ilem, sur la mani^re dont il 
doit ex^cuter les ordres du pape Jean sur Hincmar 
de LaoUf, que le pontife lui envoie. 

A Walon, ^v^que de Mi5tz,qui I'avait pri^ de Jui en- 
voy6r quelques paroles de consolation et d'assurance, 
en r^onse aux lettres qu*fl lui avait adress^es pour 
lui demander de le guider d^ns sa vie pastorale, de 
s'uair a lui dans un paidEsdt et fraternel accord^ et 
enfiiL d» k sotttenir dans sa soudaine ddvatioo; — 
item, f^Hf ^n pp^re ^ qui Biocmar avait confix 



HISTOIRE DE LEGLISE DE RHEIMS. 4^3 

quelques biens de F^lise de Rheims situ^ dans les 
Yosges , qui les avait mal administrds , et en avait par 
5a faute laiss^ tomber une partie au pouvoir de T^iisie 
de Metz-, — item^ pour lui donner conseil, comme 
il Ten ayait pri^, sur certains biens qui ^ient en 
contestation entre T^glise de Metz et celle de Treves , 
touefaant le pallium qu'il avait obtenu du Si^ge de 
Rome , et le ref us que TaiK^hev^ue &isait de rece^ * 
voir left lettres du pape; -^ itenij pour Tordination 
d'un ^v^que de Verdun , qu'il avait appris avoir ^t^ 
pronui contre les r^les apr^sk mort de B^rard. Dans 
cette lettre^ remplie de saintes et salutaires instruc- 
tions, il lui remontre, d'apr^ Tautorit^ des saintes 
£critures, pour quels motifs et comment un ^vSque 
doit ^tre ordonn^ ou non , etc. , etc^ 

A Hddenulfe^ qu'il avait ordonnd evdque de Laon 
apr^ son neveu Bincmar, au sujet de certains dia^ 
cres qu*il lui envoie pour les ^ever au sacerdooe ; — 
f^em^ touchant un jeune orphelin que cet ^^ue 
adoptait pour son hinder, etc. , etc% 

A r^vSque Arnold, touchant quelques criminels 

qui avaient commis un meurtre dans le dioc^ de 

Kheiifis , et ne pouvaient obtenir leur reconciliation , 

mais oherchaient a faire penitence, ce qui leur 4tait 

impossible en son diocese ; il lui prescrit comment il 

doit en agir avec eux ^ — item^ pour lui donner les 

conseik quHl avait demand^S sur la oonduite k tenir^ 

a farriv^e en France de Louis^le-Germanique ; il lui 

fait part de la r^ponse cpi'il a cru lui--m^me devoir 

faire k ce roi , qui lui mandait de venir le trouver, 

A r^^ue Francon , au sujet des lettres monitoires 

que par Tordre du roi il envoyait a Hugnes , neveu de 

26. 



4o4 FRODOARD ^ 

I'empereur Lothaire •, il prie Francon d'envoyer avec 
son messager un messager qui puisse le conduire et 
le ramener sain et sauf •, — iteniy en faveur d'lfivrard, 
quHl nomme son ami et son fils , et pour lequel il le 
, prie d'interc^der aupr^s de Louis-le-Germanique et 
dela reine, etc., etc. 

A Bernon de Ch&lons , pour lui recommander les 
messagers de T^glise de Noyon, qui , apr^s la mort de 
leur ^veque Ragenolin , ^taient venus aupr^ de lui : 
il le prie de les presenter aux deux rois , de lire aux 
jeunes princes et de leur faire comprendre les lettres 
quHl leur adresse; en un mot, d'user de toute la 
puissance de son minist^re pour faire r^ussir les de- 
mandes des envoy^s de Noyon, soit aupr^ des rois 
eux-m^mes, soit aupr^s des seigneurs de la cour; 
^-^iteniy pour F^lection d'un pasteur k F^lise de 
Noyon et de Tournai : il lui annonce qu'il a trans- 
mis k r^v^que Adalberne toutes les regies a suivre 
dans cette visite, c'est-ii-dire dans Tdlection , et Ten- 
gage a voir les rois et Tabb^ Hugues , pour obtenir 
que les lettres d'autorisation soient octroyees le plus 
tdt possible , parce que cette ^glise ne pourrait , sans 
souJBfrir de grands dommages, rester veuve de son 
pasteur^ *^item^ sur le meme sujet, et quelques 
autres. 

A Adalberne, pour Tengager k visiter Tt^Iise de 
Tournai •, il le prie d'y donner tons ses soins, de faire 
relire frdquemment au clerg^ et au peuple les formes 
k suivre dans T^lection, dans la crainte qu'ils ne 
manquent par ignorance k quelques-une^ des forma- 
lit^s ; — iteniy pour F^lection du pasteur de la m^me 
^lise : il le prie d'emp^cher que beaucoup qui s'em- 



HISTOIRE DE L^^GLISE DE RlTEIMS. 4^5 

pressent n^entrent par la porte, selon la parole de 
saint Jean , et sans crainte ni retenue aucune , de vo- 
leurs deviennent brigands \ il Tengage , puisqu'il doit 
aller k la cour, k s'entretenir avec lui quand il y sera , 
afin qu'ils puissent prendre ensemble des mesures 
pour la suite de cette affaire ; — iiCem^ k roccasion des 
plaintes et de Fappel formes par un pretre de son 
dioctee : il lui remontre comment les dv^ques doi- 
vent admin istrer et gouverner les ^glises des pardis- 
ses rurales , et Tengage a relire souvent Thom^ie de 
saint Gr^oire sur ces. paroles de Tfivangile : Jesus 
en designa soixante-douze autresy la regie pas- 
torale du m^me saint , ainsi que les sacr^s canons , 
afin d'ex^cuter avec courage ce qu'ils prescrivent, 
et d'^viter avec prudence ce qu'ils commandent d'^- 
viter. 

A Hetilon de Noyon , pour I'engager a demeurer 
fidMe aux jeunes rois ^ et a leur prater toute assistance 
par prieres et secours^ il lui annonce qu'il est dans la 
plus grande tribulation, assi^g^ par les barbares; et 
qu'apris avoir tout pill^ et ravag^, ils demandent une 
si forte rancon pour le salut de la ville, qu'il lui est 
impossible de la fournir^ — item^ pour lui mander 
que, retenu par les infirmitds, il ne pourra se ren- 
dre a Tinvitation que lui a faite Louis, roi de Ger- 
manic, de venir auprfes de lui; il supplie cet dv^que 
de prier sans cesse, soit par lui-m^me, soit par tons 
ceux qui lui sont sonmis, pour la paix et la defense 
de rfiglise-, et s'il pent faire quelque chose d'utile 
contre les pa'iens, de s'unir<^ en cette vue, de tons ses 
moy ens, avec les grands du royaume : il lui exprime sa 
douleur sur la ruine des monasteres dont on lui avait 



4o6 FROOOARD \ 

annonc^ Fincendie, et ses inquietudes sur ceux qm 
jiiont pas encore ^t^ incendi^. 

A r^y^que Sigemond , sur la r^onciliation de qnelr 
ques p^nitens', sur diverses instructions relatives an 
minist^re sacr^ , qu'il a , dit-il , adress^es k F^^qne 
Hildegaire 5 -.^ itenij, pour 1 engager i prot^ger et trai- 
ter ayec bienveillance les peuples qui lui sont soumiSf 
lui rappelant que de m^decin corporel il est deyenu, 
par la grice de Dieu , m^decin spirituel ^ <i^ item^ en 
r^ponse k la question qu'il lui avait faite pour savoir 
quel degrd de science il exigeait des pr^es de son 
diocese. 

Aux ^y^ques rassembl^s en synode k Soissons , sur 
Tordre du roi Louis-le-Germanique; it leur enyoie un 
de ses pr^tres comme l^gat, s^excuse de ne pouyoir 
assister en personne k cause de ses infirmit^s , et de- 
clare que tout ce qu'avec la grdce de Dieu ils auront 
justement et raisonnablement rdsolu selon les institu- 
tions canoniques et le$ droits du mi^istfere Episcopal, il 
rad(^te, et y donne plein consentement ; mais qu^il 
refuse soa assentiment a tout ce qui pourrait ^tre con- 
traire aux s^icr^ canons, et s'^carter de la yraie foi et 
du sentier de la justice et de r^quit^, et qu^il defend 
k son yicaire d'y jamais consentir^in^me lorsqu*on em- 
ploierait la violence. 

Aux ^dques de T^glise de Sens , pour F^lectioD 
d'Ans^gise , moine du diocese de {Iheims k r^v^h^ de 
Sens : il donne spn consentement k son ordination. 

Aux ^^ques et aux grands de tout le royaume, 
pour les exhorter a gardcF une fiddit^ inviolable au 
roi Charles , qiiand ce prince alia k Rome. 

Aux ^v^ues , abb^s , comtes , et autres fid^es de 



HISTOIRE DE l'^OUSS D£ RHEIMS. 4^7 

Dieu 9 rdunis dana «]i« aaaeml^Ue a laqu^Ue U w pmt 
se rendre pour cause d'infirmit^^ il rend grice^ AU Sei- 
gneur de ce que quelques grands du royaume , qui 
avaient montre quelquedissentimentavecles dv^ues, 
s'y sont maintenant r^unis par la gr&ce de Dieu , et 
vivent avec eux daps une oonoorde parfaite ^ il leur an- 
nonee qu'il leur envoie un des ministres deson^lise 
pour prepdre part k leurs travaux; quHl se fdlicite 
de leur z^le et de leurs bonnes dispositions ; et leur 
demande avec instance que , seloa la sagesse qui leur 
a c^t^ inspir^e de Dieu , ob^issant aux pr^ceptes di- 
vins, insensibles k tout int^r^ priv^^ k toute passion 
ill^gitime,^ toute discussion nuisible, ils cherchent 
et s^empressent d'exdcuter tout ce qui pent conlribuer 
au salut , i la paix et k Futility g^n^rale; citant k Tap- 
pui de nombreuses autorit^s de la robe de J^sus- 
Christ, c*est-k-dire de r£glise de Dieu; il les engage 
k s'armer de toute leur vertu, et k s'animer du zMe de 
la justice ^ pour soulager de son fardeau r£glise leur 
mfere, briser la verge de ses pers^cuteurs, et rompre les 
liens qui cbargent le cou de ses enfans : si quelques- 
uns sont opprimds, quails leur tendent une main de 
protection •, si quelques autres se sont laissds corrom- 
pre par la passion ou la faveur, qu'ils s'^efforcent de les 
ramener au sein du troupeau du Seigneur, et k Tunion 
en J4sus-Christ*, qulls suivent les. conseils de saint 
Gregoire et des autres saints l?6res/. lui-m^me , dit- 
il, soutiendra de ses voeux et de- son ob(5issance, 
autant que le Seigneur lui en fera la grdce , tout ce 
qu*ils auront d^crdt^ pour procurer la paix du peu- 
ple de Dieu et le maintien de la justice ; il ajoute 
aussi quelques citations d'autorit^s 3ur les regies ca- 



4o8 FRODOA.RD ; 

noniques a suivre pour la promotion et r^ection d'uQ 

CHAPITRE XXIV. 

bes eciits adresses par Hincmar k divers abbes^ 

HiNGMAR a adressd encor^e k diffdrentes personnes^ 
tant clercs que laiques , diffdrens Merits pour Tutilite 
de chacune delles, ne flattant jamais personne, et 
donnant toujours les conseils les plus utiles selon 
les circonstances. Ainsi il dcrit k son abbe Louis, 
pour redemander le corps de saint Ddodat, qu'un 
certain Gison, pousse du desir de s'emparer des 
biens du saint, avait fait furtivement transporter du 
diocese de Rheims au diocese de Paris, sans avoir au- 
paravant obtenu le consentement de Tdv^que en I'e- 
v^chd duquel le corps du saint reposait : il proteste en 
ses lettres qu'il ne mdnagera personne, ni lui-meme, 
ni son propre sang, ati prejudice des droits divins: 
son abbd s'dtant indignd de ce langage , il n'en per- 
sista pas moins k Tadmonester, et k I'exhorter de satis- 
faire aux regies canoniques •, — item^ pour un de ses 
neveux qu'il lui avait confix , et toucfaant les biens 
donnds par le roi aux moines de Saint-Denis, par les 
mains d'Hincm^r^ — item^ a Vshhi Hilduin, tou- 
cbant une lettre du roi Gharl^, qu'il le prie de faire 
parvenir k Tempereur Lothaire ^vec le messager qui 
en est porteur. Dans ces lettres il semble donner 



HISTOIRE DE l'j&GLISE D£ BHEIMS. 4^9 

conseil k Tempereur sur son salut, et lui suggerer 
de reformer ce qu'il lui signale comme devant ^tre 
r^form^^ il parie aussi de la rente a retirer du village 
de Douzy. 

Conjoiatement avec le synode des ^veques rassem- 
U^ k Kiersi ( ou Quiersi ), il ^erit k Hilduin, grand-au 
monier du roi Charles, pour T^glise de Langres^ dont 
Vulfade , ^l^ye de T^glise de Rheims , s'^tait empar^ 
au m^pris des ddcrets canoniques. Le synode avait 
conseilld au roi d^en nommer un autre pour gouver- 
ner cette ^glise, et le roi avait ordonn^ aux ^v^ques 
de choisir un pontife capable de la servir et faire 
pro^rer. Tons les vosux s'^taient r^unis sur Isaac , 
disciple d'Hilduin ^ et les dv^ques demandaient k ce- 
lui-ci son consentement et son intercession aupr&s du 
roi en faveur de T^lu. 

A Tabbe Brunuard , pour les biens de saint Remi 
et les colons de I'eglise de Rheims ^tablis eh Thu- 
ringe. 

A I'abbe Adalard , sur I'araiti^ qui les unit , et ce 

• qui fait le T^ritable ami. 

A Tabbe GrUnold, pour Sigebert, un de ses fideles, 

^ afin qu^il prenne sous son administration et sous sa 

protection les biens que Sigebert possfede dans le 

royaume de Louis •, et en m^me temps pour Tengager 

a conseiller au roi Louis de ne pas se laisser seduire 

• ^ de mauvais conseils, et de ne plus d^sormais se 
f livrer k des entreprises pateilles a celle qu'il avait 

form^e contre*son fr^re Charles, et dont il lui restait 
^' un d&honneur qu'il aurait ^vit(^, s'il avait voulu ^cou- 
^' ter ses conseils. 
^^ A Trasulfe, abb^ de Corbie, et aux freres de son 



4lO FRODOARD; 

couvent, en fayeur d'an fr^re qui ^taijt sorti sans per- 
mission du monast^re , que le roi avait recu ea grice 
et faveur, et qu'Hincmar avait somm^ de retourner 
sur^&champ k son couvent : mais le roi avait inter- 
c^d^ pour lui , priant rarchevdque d*ordonner (ju'il 
fut recu et traits pacifiquement , jusqu^ii ce que son 
genre de vie eut ^t^ r^gM par le roi et HiHcmar eo 
temps et lieu ; — ^ item^ aux m^mes, pour leur rendre 
grftces de la bienveiUance quHla lui portent, el leor 
t^moigner qu*il a la plus grande confiance en lenrs 
pri^res , et combien il leur est d^vou^ : il leur adresse 
en m^e teni{>s des conseils de salut , exhortant tous 
ceux qui ont recu le soin de gouvemef un desvais- 
seaux du Seigneur, k le dinger avec unc active solli- 
citude au milieu des orages et des temp^tes qui s'i- 
levent , et des persecutions dont lea menacent les 
paiens; et en quelque lieu qu'il faille se r^fugier, a 
ne jamais se d^sister de leur bonne vol(mtd et ferme 
propos, etc., etc, 

A Hilduin , pour qu'il s*efforce d'obtenir du roi m 
election canonique pour r^glise de Terouanc, tan- 
dis que lui -m^me de son c6te s'y emploierait de son 
,mieux. 

A Tabbe Adalgaire , pour le remercier, W c^ j^ 
frires de son monast^re , des pri^res qu'ils ont men 
voulu off nr pour lui au Seigneur , et en mtoe temp 
sur la benediction des dons de cet abbe : il bii ^^ 
mention des biens de Teglise de Rheims situ^ ^^ 
Thuringe , qu'il avait confies k un certain Amaury^ 
lequel en avait abuse, et avait ainsi encouru lej'^^' 
ment de Dieu : Adalgaire demandait k tenir ses biCD^ 
en redevance ^ Hincmar refuse , parce qu'il ne J^" 



HISTOIRE DE L^GLISfi D£ RHEIMS. 4^^ 

rien faire sans le consentement de son clerg^-, mais 
il le prie de s'en charger en attendant , de lui en en- 
voyer le plan et le rdle, et lui promet de lui ^crire 
ce qui aura ^t^ d^cid^, apris en avoir murement d^li- 
b^r^ avec tons ses coUigues dans le ministfere eccl^- 
siastique ; --^ item, sur le m^me sujet, apr^s avoir recu 
d'Adalgaire le plan et le role qu'il avait demand^s , 
il annonce qu'il a ^crit an roi Louis, selon sa de- 
mande, ponr lui notifier que ces biens sont confi^s 
aux soins d'Adalgaire, et le prier de lui accorder aide et 
protection, pour qu'il puisse les administrer en paix: il 
^crit en mdme temps k un certain Poppon , pour qu'il 
ait a s'abstenir d^sormais de toute incursion ou ra- 
vage sur ces biens *, et il demande aux serfs et colons 
y r^sidans de se montrer en toutes choses ob^issans a 
fabbd. 

A Anastase, v^n^rahle abb^ et biblioth^caire de la 
sainte ^glise de Rome, pour lui rendre graces des trifes- 
saintes benedictions qu'il lui a envoy^es par Fdv^que 
Actard : il lui envoie aussi ses benedictions et quel- 
quespr^sens, avec quelques ouvrages de sa composi- 
tion 5 — item^ pour le remercier des bienfaits qu'il lui 
doit, et pourle prier de faire agr^er ses demandes au 
souverain pontife , et d'avoir en m^moire la benedic- 
tion qu'il lui envoie. — A Gregoire, nomenclateur et 
chancelier de I'eglise de Rome : il lui dit qu'Anastase lui 
a fait part en ses lettres des temoignages de bienveil- 
lance et de bonte qu'il a bien voulu lui donner en di- 
verses circonstances , et lui a mande avec franchise et 
sincerite qu'il pent mettre en lui toute sa confiance ; 
en retour , il le prie de daigner le compter au nom- 
bre de ses plus fidMes amis. 



4l2 FRODOARD^ 

A Tabbe Gunther , au sujet d'un raoine irreligieux 
auquel il avait permis de quitter le monastere contre 
toute rdv^rence et de son propre caprice ; il le re- 
primande fortement , et lui prouve, d'apr^s les regies 
et autorit^s canoniques, qu'il n'aurait pas du le laisser 
ainsi partir : il lui ordonne de le faire rechercher par 
un messager du roi , arr^ter, ramener au monastere, 
et Jeter dans une ^troite prison ^ enjoignant de plus 
que Ton fasse un rapport exact de ses fautes, et que ce 
rapport lui soit adress^ avec des lettres de T^v^que 
diocdsain , afin que , selon les regies canoniques , il 
en decide avec le conseil de ses cody^ques. 

A Josselin, au sujet de son neveu Bernard, que Ton 
disait pr^t k se rdvolter contre le roi : il Tengage a 
faire tout son possible pour le detourner de cette in- 
tention, et surtout a ne s'^carter lui-meme en rien 
de la droite voie , pour aucune affection charnelle •, 
enfin, il lui conseille de donner les raemes avertis- 
semens i son frfere Godefroi,afin que , pleins^du sou- 
venir de leurs ai'eux , tons deux ne deg^nerent point 
de Tantique et sincere fiddlitd*, — i^em^ pour lui de- 
mander pourquoi il ne lui envoie pas ou un envoye 
ou des lettres , comme il faisait ordinairement , et 
Texhortant k reprendre cet usage, et k lui ecrire fre- 
quemment pour leur consolation et leur dilection 
mutuelle 5, — iterrij pour se plaindre que , de son fils 
de predilection, il soit devenu son ennemi : il le 
nomme encore son cher fils , et lui assure qu'il sup- 
porte non seulement avec patience, mais avec resi- 
gnation et bonne volonte , les injures dont il Tac- 
cable ; il le prie de se souvenir que c'est leglise de 
Rheims qui I'a reg^n^re en J^sus-Christ , quil'a dleve 



HISTOIRE DE L EGLISE DE RHEIMS. 4^^ 

et instruit dans la religion et lui a donnd la tonsure 
eccl^siastique , qui Fa rachetd de la captivite des 
paiens, elev^ de grade en grade jusqu'au diaconat, 
et enfin constitue abb^ d'un grand nombre de rao- 
nast^res qu'elle lui a fait conc^der par les rois : il 
lui rappelle comment il a rdcompens^ tant de bien- 
faits quand il a ^td elev^ en puissance-, comment il 
a excite et encourage la sedition qui d^solait I'^glise 
de Rheims et le royaume de France \ de combien de 
faates semblables il s'est rendu coupable, et a quelles 
peines il s'expose : il le conjure de reconnaitre ses 
fautes , d'dcouter la voix du Seigneur qui Tappelle k 
lui , d'kvoir piti^ de son ame , et de mdriter enfin 
son salut ^ — • iterrij pour rendre graces k Dieu de son 
amendement •, il prie le Seigneur de confirmer ce 
qu'il a op^r^ en lui , et de lui accorder de vouloir et 
d'accomplir tout ce qui lui sera agr^able en bonne 
volont^ , etc. 5 etc. 

A Pabb^ Grunthaire , touchant les biens de Notre- 
Dame et de Saint-Remi situ^s au pays d'Auvergne , 
lesquels il avait interdits au comte Bernard •, il mande 
a Tabb^ de dresser un plan de ces propridtds , et de le 
lui apporter. 

A Adalgaire, ^v^qne noram^, touchant les biens de 
r^glise de Rheims situ^s en Aquitaine. Bernard, comte 
de Toulouse, s'en ^tait empar^^ voyant qu'il ne pou- 
rait les obtenir k prix d'argent , il les ruina par le pil- 
lage et les exactions , jusqu'a ce qu'enfin Dieu exerca 
sur lui sa vengeance. Hincmar les avait confi^s a 1'^ 
v^que Agilmar , dans le m^me temps on, parl'ordre du 
^oi, il avait adress^ a cet ^veque un livre sur les in- 
cestueux et sur les usurpateurs des biens de I'figlise. 



4l4 FRODOARD', 

II maade en m^me temps a Adalgaire les instructions 
qu'il avait donn^es k Agilmar, et le prie de s^entendre 
avec lui pour les mesures k prendre^ il lui d^signe 
quelques-uns des territoires ou sont sita^ ces biens : 
tels que ceux de Clermont, Limoges et Poitiers ; il dit 
qu*il en existe en d'autres pays qu^il ne se rappelle 
pas , et le prie d'en faire la recherche » et d'en dresser 
le role pour le lui envoyer^ 

A Lambert , qu'il appelle son enfant de predilection 
et le fils de ses eutrailles ^ il lui donne des conseils sur 
la mani^re dont il doit se conduire envers ceux au 
milieu desquels il vit , et qui paraissent vouioir IMlire 
a r^vSche de Metz. II Tengage surtout k se garder eo 
toutes choses de Th^r^sie de simonie , a lire avec zile 
la r^gle de saint Gr^goire, k la graver dans son coeur, 
et k se guider int^rieurement et extdrieurement, se- 
lon cette r^gle , dans le chemin qui conduit k Vifi- 
scopat, et de IMpiscopat a la vie ^ternelle^ il lui an- 
nonce qu^il a ^crit en sa faveur k ses amis, tant ^v^ues 
que comtes , du royaume de Lothaire , et qull seA 
donn^ garant qu'il ne d^viera pas de ses conseik et 
salutaires exhortations -, il le prie de ne pas le £iire 
mentir aupr^s de ses amis. 

A Tabbe Hugues, pour Tdection d'un ^^que de 
Noyon ajM-^s k mort de Bagenolin^il le prie d'exho^ 
ter les rois Louis et Carloman k suivre dans cette af- 
faire la volant^ de Dieu et la coutume de leurs prd 
d^cesseurs^ il lui annonce la mort de son neveu Hinc- 
mar, ev^ue de Laon, et Tengage a {^ier et faire prier 
pour le * salut de son ame tous ses inf^rieurs et 
amis; «— * itenij pour Tengager a donner aux deux rois 
des gouvemeurs sages et prudens, parce qu'ils out un 



HISTOIRE DE LEGUSE DE RHEIMS. 4^^ 

conseiller trop jeone ^ il liii mande ce quails lui out 
ecrit rdativement k la garde et ^ la surveillance du 
diocese de Tournai , ce qu'il a fait d'apris leurs in- 
structions , ce q^i'ils lui out mand^ en rdponse ^ et ce 
qu^il leur a lui^m^me r^pondu pour vaincre leur ref us 
de donner leur consentement k IMlection canonique 
de r^glise de Noyon; il Tassure qu'il n'a rien fait 
que ce qu'il a toiyours fait depui$ troate-dnq ans en 
pareille circonstance^ il lui rapportae ce qui lui a ^t^ 
mande ensuite par le clerc Warin , soit de la part des 
rois , soit de la part de Hugues lui^^m^me, et enfin les 
lettres que les rois lui out adress^*, il cite les autori- 
tes des sacr^s canons sur T^lection canonique, et mon- 
tre que les ^vSques ne doivent pas etre pris dans le 
palais ni k la cour , mais bien dans le sein de T^glise 
mSme qui abesoin de pasteurs^ que dans rordination 
d'un eveque , ce n'est pas la recommandation daroi ou 
des sdgneuFS du palais qui doit faire loi , mais T^lec- 
tion du clerg^ et du peuple , le jugement du m^tro^ 
politain , easuite le consentement des princes de la 
terre -, et que c'est ainsi seulement quarimposition des 
mains pent avoir lieu •, il proteste qu'il n'a aucune vue 
ni dessein particulier sur personne, mais qu'il veut 
que, quel que soit celui qui seraappel^, il nesoit^levd 
a ce saint of&ce que selon les regies et institutions ca- 
noniques, et qu'il sache et fasse ce qu'exige de lui le 
ministfere spirituel, etc., etc.-, — item^ enluienvoyant 
une copie de la leitre qu'il avail dcrite au roi Charles , 
fiU de Louis-le-Gerxoamquie^en faveurdes rois Louis 
et Carloman encore enfans , il I'engage k obteoir, s'il 
est possible , que Qiarles , qui n'a pas de fils , adopte 
un des jeunes rois pour fils, et le &sse Clever par les 



4l6 FRODOARD; 

soins d'un boa et habile instituteur, afin d'en faire 
son h^rider pour tout ou partie de son royaume ^ il piie 
Hugues d'obtenir secr^tement de Charles qu'il se 
charge de la tutelle et des int^r^ts des jeunes rois et 
du royaume, et prenne sur lui les soins du ministere 
royal, Tengageant k appuyer de son z^le et de sa pru- 
dence les lettres qu'il adresse lui^m^me k Charles , si 
elles lui semblent utiles et raisonnables; mais que, s'i] 
trouve quelque chose k reprendre , il y £sisse tous les 
changemens , corrections ou additions que sa sagesse 
lui sugg^rera;-— t^em^au sujet des lettres de Louis roi 
de Germanie, et des conseilsk lui donner^ premiere- 
ment , il annonce qu*il donne I'ordre aux '^v^ues du 
diocese de Rheims d'aller au devant de ce roi jasqn'a 
Attigny ; secondement , il le prie de lui envoy er ses 
conseils sur la mani^re dont il doit administrer le 
royaume, sur les r^ponses ^ faire aux envoy^s du roi, 
enfin sur ce qu'il devra faire si Louis vient lui^m^me, 
et lui demande de le sacrer roi , etc., etc. II a ^ril 
encore k cet abb^ sur une foule d'autres sujets. 



CHAPITRE XXV. 

Des ecrits adresses k divers pretres et monast^res. 

Il a ^crit aussi a Gaussuin , pretre , et aux autres 
fr^res servant Dieu et saint Denis , pour une maison 
dont une partie lui avait it6 conc^d^e autrefois par 
eux, et dont il avait achet^ le reste, laquelle un des 
moines avait usurp^e; il s'^tonne que les frires h'aient 



HISTOIRE DE l'^LISE DE RHEIMS. i^in 

pas emp^chd qu'il lui fut fait un pareil dommage , a 
lui qui , aiitant qu'il s'en souvient , ne leur a jamais 
nui , mais au contraire leur a toujours 6t6 utile tant 
qu'il a demeure avec eux, et leur a obtenu ou fait res- 
tituerde nombreux et prdcieuxavantages.Et s'il leur 
parle ainsi , ce n'est pas qu'il attache aucun prix k la 
possession de cette maison : « Sans votre affection , 
« leur dit-il, je I'estime moins que la plus ch^tive 
« masure. » 

A Wiligise et autres moines du m^me raonastfere , 
sur ce qu'il avait entendu dire qu'ils tiraient de I'ar- 
gent d'un pr^tre en ^change de la dime 5 il leur dit 
qu'il rougit de honte kl'idde que d'autres hommes peu- 
vent apprendre de pareilles choses; il leur remontre 
a qoiels dangers ils s exposent , en leur citant I'auto- 
rit^ des saintes ficritures et des regies cahoniques. 
« A Dieu ne plaise , mes frires , que d'autres eccl^- 
<c siastiques ou hommes de religion apprennent que 
« les moines de Saint-Denis vendent la dime, afin 
« d'a^heter I'enfer du prix qu'ils en retirent! puissent 
« surtout les laiques ne jamais apprepdre que vous 
« vous rendez coupables d'une faute que personne 
« n'oserait commettre dans mon diocese , pas m^me 
« rhomme charg^ d'un p^ch^ public! Si quelqu'un 
a d'un autre monastfere que du n6tre osait se permet- 
« tre de le tenter, k plus forte raison de le faire, 
AC je lui interdirais toute communion avec mon dio- 
« c^se , etc. ; » — item^ aux m^mes moines, touchant 
la vision de misdricorde divine par laquelle il a ^t^ 
avert! , dit^l , que ses jours out pass^ comme I'ombre, 
et qu'il a sdch^ comme I'herbe; il leur envoie, en re- 
tour de leur ob^issance et de leurs bons services. 



2-7 



4l8 FRODOARD-, 

une bien faible benediction , deux cents sous ■, il les 
prie de faire perp^tneUeinent m^moire de lui dans 
leurs pri^res k leur commun patron, le bienfaeoreni 
saint Denis , leur demandant aussi la m^me fateur 
pourHaimon, nn de ses fideles, presqne a Fextre- 
mit^ , qu'il nomme son fils ch^ri, 

A Fulcramne, charg^ du gouvernement de Fabbaye 
de Corbie , et aux autres fr^res dn monast^re^ pour 
F^lection d'un abb^ autoris^e par le roi, tonchant 
les lettres royales sur cette Section 5 enfin poor leur 
annoncer son arriv^e. II repond aux questions quils 
lui avaient adress^es , et leur enseigne comment ils 
doivent proc^der en cette Election sdion la doclrine 
de saint Benoit , suivre toujours la regie pour guide, 
et ne s'en ^rter jamais , comma devant un jour ren- 
dre compte de toutes leurs actions deyant le tribunal 
de notre Seigneur Jdras-Christ. 

A Mag^nard , charge du gouvernement da monas- 
t^re de Saint^Riquier, et aux autres fr^res, tdaebant 
les lettres que le pape a adress^es au roi Cbarles 
et klui-'m^e, au sujet d'un certain homme cpi^ 
tu^ un mome et un prdtre , et dans lesquelb is 
pontife present la p^iitence inflig^e au coupaUe , et 
mande au roi et i Hincmar d!assurer Fob^isfaDt^^ a 
ses ordres. 

Aux moines du couvcut de Saint-MiSdard, en faveur 
du moine Hainoard, qui aTait demandi^ pardoa au roi 
de ses fautes; il leur mande, d'apr^ Tordre da roi^ou 
de le recevoir pour habiter et vivre au roilieatfeux, 
itelon la r^gle , on de hu donner des lettres de congi, 
comme il le demande, et de le kisser partir,avec 
paix et absolution , poCir qui^lque autre monast^re. 



HISTOIRE DE l'^GLISE DE RHEIMS. 4^9 

A Sigebod , pr^tre et prepos^ au monast^re des re- 
ligieuses de F^glise de Laon., qui lui ayait deomnde 
son avis sur la mani^re de proc^der dans rinforma- 
tion qu'il ^tait charg^ de faire au monast^re de femmes 
d'Aurigny, sur Tabbesse el le directeur du convent. 
Hincniar lui avait r^pondu qu'en de pareilles mati^res 
il ne devait repondre que par ^rit , et non de vive 
voix. En consequence, il lui ^rit ceslettres, oil il 
lui met sous les yeux ce qui est prescrit par les lois 
que suit r£glise catholique ^ et par toutes les ri^gles 
eccl^siastiques ; il lui enjoint de lui envoy er le pri* 
vil^ge dtt monast^re , et de Lui faire connaitre , par 
des personnes dignes de foi , las accusations port^es 
contre Tabbesse et le directeur, afin que, selon les re- 
gies canoniques , il en puisse ^onsulter avec ses co- 
dv^ques et le visiteur de F^glise de Laon, alors veuve 
de pasteur , et^ avec eus: et la gr&ce jde Dieu, decider 
ce qui est juste^ 

A quelques doyens du diocese de Soissons, au 
sujet (fun pr^e qui, ayant souffert prejudice, ne 
pouvait obtenir justice ni jugement de son ^v^que 
Rothade, Hincmar avait averti I'^v^que que s'il ne 
pouvait, pour cause d'infirrait^, venir en personne 
au synode , il eiit k envoyer des messagers , ses collo- 
gues dans le ministifere et service de son ^glise , afin 
que I'afFaire put ^tre jug^e canoniquement. Dans ces 
lettres, il enjoint aux doyens, de son autoritd mdtro- 
politaine , de donner aux pr^tres de leurs doyennes 
Fordre de se rendre k Fassemblee qu il leur designe , 
et dy venir eux-m^mes avec eux 5 s'ils n'ob^issent 
pas, qu'ils sachent qu'ils encourront la censure sy- 
uodale au procbain synode. 






4!io frOdoard; 

A un prdtre nomm^ Sigebert, au sujet de son ^Ve- 
quS Heidilon. Sigebert se plaignait k Hincmar de ce 
qu'il courait sur cet ^v^que des bruits indignes mSme 
d'un laique , et liii reprochait d'avoir ordonn^ un tel 
homme^v^que -, Hincmar lui r^pond que c*est sur sa 
foi et son tdmoignage k lui-in^me, qu'il a cru k la 
vertu d^Heidilon, qu'il ne connaissait pas; il lui 
mande de venir aupr^s de lui, afin de lui dire, de sa 
propre bouche , ce qil'il fei entendu dire de son ^v4- 
que, afin que, si les reproches sont fondds, ils avisent 
ensemble aux moyens de le corriger , ou d'en faire 
Toir k tous le mensonge , si ce ne sont que de faux 
bruits. 



CHAPITRE XXVI. 

Des lettres d^Hincmar k quelques grands personnages^ 

Hincmar a ^crit aussi k plusieurs grands personna- 
ges , entre autres k Everard, trfes-illustre et trfes-noble 
homme. Tun des seigneurs de Fempereur Lotbaire, 
pour lui demander la gr4ce de sa familiarity, qu'illui 
avait ofFerte lui-m^me de pure bienveillance •, il le ftli- 
cite du bien qu'il entend dire de lui par des personnes 
dignes de foi, et surtout par Tdv^que Amole, qu'il 
appelle son tr^s-affectionn^ et bien-aimd p^re, etil 
lui envoie , comme porteur de ses lettres, un de ses 
plus fiddles amis ; — » iterrij pour le fdliciter de sa d^ 
votion sincere envers Dieu , et de son zfele pour le 
culte des saintes autorit^s , pour Tunion et le parfait 



HISTOIRE D£ L^jblGLISE DE RHEIMS. 4^^ 

accord des grands, pour la paix de Tfiglise et les 

hommages dus k la religion ^ il Texhorte , comrae la 

charity lui en &it un devoir, k continuer de mieux 

en mieux comme il a commence, parce que, dit-il, la 

nature humaine, comme Job nous Tatteste, ne per- 

s^v^re jamais dans le meme dtat, et parce que, dans ce 

siecle, tout homme constitu^ en puissance nage contre 

le courant du fleuve •, que s^il nage avec vigueur, il re- 

montera ^ que si au contraire les mains lui manquent, 

il sera emportd. Qu'£verard s'attache done avant tout 

a plaire a Dieu ^ qu'ensuite il pourvoie a la paix de 

TEglise; qu'il ne se borne pas k inspirer de bonnes 

pensees aux grands, mais tiche de les leur incul- 

quer^ qu'il s'efTorce d'assurer aux eccl^siastiques et 

aux lieux $aints les privileges qui leur sont dus, et de 

procurer la paix et Tunion parmi le peuple chretien ^ 

qu'il se r^jouisse avec ceux qui font bien, et r^siste 

a oeux qui font mal -, qu'enfin il se garde lui-meme 

avec vigilance, en vivant sobrement, justement et 

pieusement; et autres exhortations pieuses et salu- 

taires. 11 ajoute ensuite quelques mots sur certaines 

necessites de ses monastferes , et sur quelques autres 

abus a reformer dans son diocfese par Tautorit^ de 

Tempereur, et pour lesquels il a adress^ des lettres 

a Lotbaire- le reste roule sur le salut de son ame 

et sur la conservation de la prudence et sagesse spi- 

rituelle. 

A un certain Fulcric^ Tun des grands de I'empe- 
reur Lotbaire, qui avait ill^gitimement rdpudi^ sa 
femme legitime et en ayait pris une autre-, il le cite 
au synode et lui expose le mode et les rigueurs de 
rexcommunication dc^ji lancee contre lui, et qui sera 



4'i'-i FROOOARD^ 

confirm^dans le synode comproviDciai ; — item,h» 
qu'apr^ avoir para se repentir de son p^h^, Fulcric 
est rentrd dans ses voies et revenn a son Yomissemeat, 
Hincmar lui notifie sa sentence d'excommunicatioa, 
et I'adresse k tons les fidMes de J^us^hrist qai ont 
pa ^tre scandalises de ses faates, et sortoat aax eve- 
ques dans le dioc^ desqaels il peut sojourner on 
habiter. 

A Valfing , nn des ministres de Femperenr Lo- 
thaire : il lui n^pelle qa'il Im a demand^ aatrefois 
sa familiarity , et qa^il en a reca promesse d'affection; 
il le prie de dire k Temperear de recevoir avec amitii 
la lettre qae son frfere Charles Ini adresse , et de la 
lire en secret •, et d'obtenir qn'il ordonne qu'on Im 
envoie le revena du yilhge de Douzy de I'ann^e der- 
ni&re et de la prdsente ann^e , avec lequel il se pro- 
pose de faire , en m^moire de Ini , quelques orae- 
mens poar le s^ptilcre de saint Remi , qu'il s'occnpe 
k orner, et dont il va transferer ' le corps dans one 
chapelle noavellement bitie. 

A Nantaire , son fiddle ami , poar le charger de 
Tadministration des biens de Saint-Remi sita^s vi 
pays de Worms ; il lai dit que plusieurs lui ont de- 
mande de leur prater des colons pour diflKrens tra- 
vaux, et d'autres, de perm'ettre que leurs chasseurs 
s^journassent quelque temps sur ces terres; Mis 
qu'il s'y est refus^ et s'y refusera toujours, parce que 
ses pr^d^cesseurs n*ont pas os^ accorder cette per- 
mission , et que saint Remi Fa d^enda avec grandes 
menaces et maledictions , etc. , etc. 

An comte Immon, an sujet des biens de son ^^^ 
situ^s dans le royaume d'Aquitaine , pour le pner 



HISTOIRE DE LEGUSE DE RHEIMS. 4^^ 

de pr^er assastaaee k celiii qm est charge de les ad- 
ministrier. 

An tr^illustre comte Gerard^ ea faveur d'Isaac, 
elu 4^fk[\ie de Langr(», pour qu'il s'emploie a le faire 
ordonner, parce qae WuUade , qui s'etait empare de 
ce siege , ue pouvait cancmiquement y ^tre ordonne ; 
— itemy en r^poiase a ce que lui ayak mand^ le 
comte, a savoir que Charles, roi de France, vou- 
lait envahir le royaume de Charles, roi de la Gaule 
cisalpine, son seigneur. Hincmar le rassure et iui 
afiirjQAe qu'il u'en est rien. *— -G^rd aus^ se plaignait 
dVvoir eutendu dire qu'Hincmar avail, forme appel 
au roi touchaut les biens de Saint-Jlemi situ^s en Pro- 
xeoee : celui-ci lui affirme qu'il n'eu a rien &it , et 
c^ue toutes les Ibis qu'il a eu quelque affaire au sujet 
de ces hiens, il ne s'est adress^ a aucun autre qu^k 
Gerard lui-m^me ou k ses fiddles. — Le comte ecri- 
vait que le bruit courait que Charles voulait envahir 
les mana^res que lui Gc^rard- avait vou^s et donn^ 
au bienheureux apotre saint Pierre •, que si les biens 
qu'il poss^dait en France lui dtaient enleves par le roi, 
il se verrait forc^^ contre sa volenti, a s'emparer de 
tous les bic^ns de France situ^s en son pays. — L'ar- 
chev^ue lui repond que jamais de son consentement 
personue n'envahira les biens de TEglise a son p^il, 
affirmant qu'il ne craint rien taut sinon que le Sei- 
gneur ne le juge digne de cette affliction, et que I'e- 
glise 4jui lui est confiee ne subisse cette souffrance du 
terop^ de son sacerdoce ^ mais que si quelqu'un ose se 
porter it cet exces d'audace, il s'en afflige plus pour lui 
que pour lui-m^me;, et pour le prouver il fait voir, d'a- 
presles antorites divines , a quels perils s'<expose un 



4^4 FRODOARD ', 

usurpateur. Quant au conseil que lui donnait le 
comte d'user des droits de son ministere pour detour- 
ner le roi de pareils excfes, Hincmar repond que, 
n'ayant rien p^netr^ de semblable dans ses disposi- 
tions, et ne pouvant se permettre de reprendre son 
seigneur sur de vains bruits , il s'est abstenu de toute 
remontrance^ mais que maintenant qu'il y a des mo- 
tifs et une personne digne de foi k all^guer, il s'ef- 
forcera d'avertir sa Domination avec la devotion et la 
fiddlit^ dont son devoir lui fait une loi. — Itenty tou- 
chant les biens de Stint-Remi dont nous venous de 
parler. Gerard t^moignait sa douleur k ]'archeveque 
de ce qu'ils dtaient ravages par plusieurs, et de ce que 
quelques-uns des auteurs de ces ravages disaient 
qu'ils etaient autorises par le roi Charles et le seigneur 
Hincmar k s'en emparer. Hincmar lui certifie que 
depuis qu'il lui a confie ces biens ^ il ne les a ja- 
mais remis en la garde d'aucun autre , si ce n est 
seulement qu'il a enjoint a un certain Hildoard , son 
^Ifeve, de prater secours et assistance au principal 
village en ce dont il pourrait avoir besoin , mais tou- 
jours sous la protection et sauve-garde du comte 
Gerard*, il ajoute ensuite ses instructions sur les me- 
sures a prendre contre les usurpateurs •, il rdpete qu'il 
n'oserait jamais donner ces biens en b^ndfice 4 ancun 
de ses hommes ni k Thomme d'un autre , parce que 
saint Remi Ta d^fendu dans son testament avec des 
menaces terribles. — Que le comte, qui, par amour de 
lasainte m^re de Dieu et de saint Remi, a bien voulu 
prendre ces biens sous sa protection, continue done 
^ procurer leur surety avec le m^me courage ; et en 
recompense, dans I'^glise de Rheims, dans plus de dix 



HISTOIRE D£ l'eGLISE DE RHEIMS. 4^^ 

mon^st^res de chanoines, de moines , de religieuses , 
plus de cinq cents intercesseurs prieront pour son sa- 
lut present et k venir, en chantant des psaumes et 
des cantiques spirituels, ou offrant le saint sacri-» 
fice, etc. , etc. — I tern ^ sur le m^me sujet, presque 
les memes choses-, — • item^ en lui envoyant, pour 
administrer ces biens, toujours sous sa protection et 
avec son secours, un moine et pr^tre du monast^re 
de Saint-Remi , nomme Rotfried. 

A rillustre comte Rodolphe , sur la maladie de sa 
femnle;, et sur le bruit qui lui ^tait parvenu que le 
comte jetait des semences de discorde entre le roi 
et quelques-uns de ses sujets*, Hincmar lui dit que 
les m^mes imputations lui sont faites k lui-meme , qui 
se croyait pourtant k I'abri de pareils soupcons \ qu'on 
lui mande sur ceux qui sont avec le roi des choses 
qui ne conviennent pas \ qu'en consequence il ne 
pent ni lui ^crire , ni lui rien mander par messager, 
jusqu'k ce qu'ils aient eu* ime entrevue, et qu'ils 
aient ayis^ ensemble aux int^r^ts et a I'honneur de 
leur commun seigneur \ qu'il se rende le plus tot pos- 
sible auprfes du roi ^ que tant qu'il vivra auprfes de lui 
il fasse tous ses efforts pour se garder^ devant Dieu, 
pur de coeur et d'oeuvre, et qu'il sache tenir sa langue, 
ra^me devant ceux qu'il croit ses amis : il lui parle 
aussi de la convocation des fiddles du roi , de la di- 
rection de son esprit, des divisions qui d^chirent 
le royaume , du meurtre des Bretons H^rispod , Salo- 
mon et Alraarque, et du voyage de la reine auprfes 
du roi, que le comte lui-m^me lui avait annoncd; 
enfin il lui exprime ses craintes sur le roi •, — item^ 
sur la nouvelle que le comte lui donnait lui-m^me 



4^6 FRODOIRD ; 

dan$ ses lettres d'un diff^eud survenu entre k roi et 
lui , ce dont il est vivement aJQ&ig^ : il le prie de &ire 
son possible auprfes du roi pour Taffaire doat il lui 
parle dans ses lettres ; et s'il lui r^pond, de lui mander 
tout ce qu'il aura d^ouvert. II raconte ensuite ce qui 
lui est arriv^ au sujet de ses hommes qu'il a mem 
avec lui sur la Loire. Enfin il le consdie et h r^con- 
forte dans le SeignAir, Fengageaat a ne pas se Jaisser 
emouvoir l^gferement par des chose* qui n ^uvenl 
que ceux qui ne aavent pas craindre Diew, et a con- 
server son nom pur et intsbct jusqu'a la fin, comiaeil 
a commence 5 il connait aasez , dit-il , le cccur du roi 
pour assurer que, quoique ^mu de passion centre liu, 
aussitot qu'ils auront eu une entrevue ^sefflble,et 
qu'il lui aura nianifeste tout son d^oument, le roile 
traitera comme il convient et comme il Je mmte. u 
le conjure d'efiacer en lui , «eion I'Apotre , tout res- 
sentiment avec toute malice ; et forme le voeu q«» 
ait d'autant plus dWection pour le roi que le roi 
est son neveu •, et qu'il soit d'autant plus sasm^ ^ 
humble envers lui , qu'il est son seigneur, etc. , etc. 

A un certain Welfe, homme noble, pour lui rendfe 
graces de lui avoir conserve son amiti^, et de navoir 
pas voulu recevoir sans son consentement un de ses 
hommes qui s'^tait enfui sans motif et sans permission, 
ce qu'aucun des siens n'avait encore jusqu ici osi i^^^' 
il lui raconte avec quelle bonteil a eleveetnourn<^« 

hcKmme, de combien de bienfaits il I'a comWe, ^* ^^ 
quelle irreverence il s'est conduit, ^tant charge dun 

toissioa de son seigneur pour le roi : il 1^ P*^^^ ^^ 
pas k recevoir avaut qu'il n'ait eu un entretien av 
lui , et qu'il ne sache s'il a reellement de justessuje 



HISTOIRB D£ l'eGLISE DE RHEIMS. 4^7 

de plain te centre lui ; ajoutant que s'il lui a parle 
ainsi sur cet homme, ce n'est pas qu'il lui garde quel- 
que haine , mais pour eirip^cher un ami de pecher 
centre Dieu et d'offenser son ami en recevant ce fu- 
gitif centre la justice , surtout lorsque sans blesser 
Tamiti^ ; il pourra le conserver avec sa permission. 

A Foulques, comte du palais duroi^au sujet d'un 
pretre du diocese de Soissons , qui , renoncant i ses 
juges eccl^siastiqnes , en appelait au jugement civil 
centre son accusateur, qui de son c6t^ promettait 
qtfil pron^erait ce qtfil avancait. Hincmar mande au 
comte de ne pas se m^ler de cette cause avarit qu'il 
n'ait Ini-m^me examine si cela pent se faire sans bles- 
ser les regies , parce que le jugement des causes des 
pr^tres ou de TEglise appartient aux ^v^ques et 2l\ix 
synodes , et non pas au Mallum * ou aux juges ci- 
vils, etc. , etc. 

A rillustre comte Ma'ion , pour le remercier de la 
bienyeillance et de la soUicitude qu*il t^moigne i 
Thierri, ^v^que de Cambrai, et k son ^glise : il le prie, 
si de leurs jours ce digne serviteur de Dieu venait 
a ^tre rappeW de ce monde auprfes du maitre com- 
mun , de faire son possible auprfes de Fempereur Lo- 
thaire pour en obtenir au clerg^ et au peuple de Cam- 
brai !a permission de faire une Section, t-^ Quant au 
maintien de Ja paix entre les rois , dont le comte I'a- 
vait entretenu dans ses lettres, il lui repond qu'il Fa- 
toujours desireCj qu'il n a neglige ni soins ni avertisse- 
mens pour qu'elle subsistalt inviolable entre eux , et 
qu'il ne cessera d'y travailler autant qu'il le pourra 
avec Paide de Dieu. 

^ Assemblee des hommes libres ou se jageaient les proces. 



4a8 FRODOARD ^ 

A RoriCy Normand converti a la foi de Jesus^rist; 
il fengage k persdv^rer et avancer dans la yolont^ de 
Dieu et dans Tobservation de ses commandemens , 
comme il en tend dire par beaucoup qu'il enaTiDten- 
tion et quHl le fait -, et k ne se laisser persuader par 
personne de donner conseils ou assistance auxpaieos 
centre les Chretiens, parce qu'il ne lui servirait de rien 
d'avoir recu le bapt^me de chr^tient^, si par lui-m^ine 
ou par d'autres il pratiquait centre les chr^tiens d& 
menses perverses et funestes : il ajoute beaucoup d'au- 
tres choses , insistant toujours sur le p^ril oii Texpose- 
raient de telles machinations : il lui enjoinl de ne pas 
recevoir Baudouin , que I'esprit de Dieu , auteur des 
saints canons, a anathematisd par Forgane de 1 autonte 
^piscopale, pour avoir enlev^ la fiUq du roi, et en avoir 
ensuite fait sa femme 5 et de ne pas permettre que Bau- 
douin trouve auprfes de lui ni refuge ni consolation, 
dans la crainte que lui et les siens ne soient envelop- 
pes dans son p^che et dans son excommunication, et 
damn^s 5 qu'au contraire il se montre toujours telque 
les pri^res des saints lui puissent profiter. 

A Luitard , homme de grande naissance , toucnant 
les perils auxquels il lui est revenu qu'il expose son 
ame ^ particuli^rement au sujet d'un pr^tre qu'il avai 
expulsd de ^on ^glise contre les lois, pour en mettre 
un autre a sa place : il Tavertit, avec une bont^ et une 
autorit^ toute episcopale , de s'abstenir de pareiUes in- 
fractions, lui d(Jclarant que, s'il n'ob^it, lui-raemeft'^ 
contre lui ce que les lois de r£glise lui comnianden , 
et le denoncera comme excommunie , dans tons 
royaumes et k tons les ^veques, j usqu'au pape de non>^ 
il lui apprend que le pr^tre dtranger qu'il a mis a 






HISTOIRE DE l'eGLISE DE RHEIMS. 4^9 

place du pr^tre legitime est excommuni^ de tout le 
diocfese de Rheims ; — item^ dans une autre lettre il 
I'appeUe son fils bien-aim^ , et dit qu'il lui donne ce 
titre afin qu'il se conduise de mani^re k, mdriter tou- 
jours de rester dans son afFection.Maisbientot, appre- 
nant qu^il ne se conduit pas comme il le devrait en vers 
F^glise de Rheims, qui Fa combl^ de bienfaits, et qu'il 
porta Fingratitude jusqu'i inquidter sans cesse et ne 
pas laisser vivre en paix les colons et serviteurs de 
cette ^glise, il lui ordonne, au nom de Dieu , de 
la sainte Vierge, et de saint Remi, de son autorit^ 
episcopale , et du ban du roi , dont il est le messager 
et le ministfe , de ne causer aucun trouble ou dom- 
mage, ni lui ni ses hommes , aux hommes de F^glise 
de Rheims , soit par ruse secrfete , ou seulement par 
consentement. Que s'il a quelques justes reclamations 
a faire contre IMglise de Rheims, il s'^dresse k la loi 5 
sinon qu'il s'attirera toutes les peines qu'il m^rite, soit 
de Tautorit^ dpiscopale , soit de I'autorit^ royale , dont 
lui Hincmar a mission. 11 excommunie aussi un des 
diacres de Luitard , qui tourmentait les serviteurs de 
saint Remi, etc., etc. 

Au comte Thdodulphe , au sujet d'un attentat aux 
droits du minislfere eccldsiastique. II s'^tait permis, 
a la mort d'un pr^tre , de prendre ce que ce pr^tre 
avait ordonn^ de distribuer en aumdnes pour le bien 
de son ame •, et en outre il avait usurpd les biens que le 
pr^tre laissait i son ^glise. Hincmar lui demontre,avec 
la plus grande Evidence, qu'il a commis un sacrilege-, 
que les eglises sont soumises a Fautorit^ et k Fadmi- 
nistration des ^v^ques par les sacr^s canons et paries 
capitulairesimp^riaux. C'est pourquoi il lui enjoint. 



43o FRODOARD *, 

conformdment aux institutions canoniques et aux or- 
donnances royales, de rendre sur-le- champ k cetle 
^ise tout ce qu'il lui a pris, de restituer aux divers 
pr^tres les legs qui leur avaient 6i4 faits, ensuite de 
venir aupr^s de lui pour recevoir gu^rison et sant^ de 
Tame , lui donnant sept jours aprfes la reception de 
ses lettres, et lui ordonnant de comparaitre le hui- 
ti^me, afin de se justifier , si ce qu'on lui impute est 
faux , ou de donner satisfaction convenable si Taccu- 
sation est vraie. Que si Thdodulphe refuse d'ob^ir, lui 
HincHiar transmettra au roi copie des pr^sentes lettres, 
afin que le prince remplisseson minist&re; et qu'ensuite 
lui-m^me usera de toute son autorit^. Et comme il avait 
entendu dire que le comte se disposait k vendre a un 
prix d^termin^ Teglise dont il est question, il ajoute : 
(( Sache done bien que si quelqueclerc tedonne meme 
a un seul denier, ou pour cette ^glise, ou pour toute 
(( autre de mon diocese, soit par lui-m^me, soil par 
(( quelque personne par lui envoy ^e , il n'y sera pas 
a ordonn^ par moi. Que si tu veux avoir un pretre 
tt en cette ^lise , pr&ente moi tel clerc que tu vou- 
tt dras , pourvu qu'il soit propre au saint minist^re ; 
« je I'examinerai , lui donnerai T^glise , et I'ordonne- 
<( rai aussit6t qu'il m^aura prouvd qu'il n'a donne au- 
a cun argent pour Fobtenir. Si tu ne veux pas faire 
u comme je te dis, je prendrai des mesures pour que 
tt le peuple ait ministre et offices en sCttendant que 
(( j'ordonne d^finitivement. Et si , contre toutes les 
tt lois divines et humaines , tu y apportes quelque em- 
a p^hement, le pretre ordonn^ provisoirement de- 
tt meurera, et toi, et tons ceux qui seront d'accord avee 
a toi, vous serez s^par^s de toute la chr^ient^ jusqu^ 



HISTOIRE DE LEGLISE DE RHEIMS. ^'ii 

tt satisfaction. Je ne t'^cris ainsi , et ne te donne ces 

u averlissemens, mon cher fik, que parce que je de- 

<t sire te voir henreux et honors, et pouvoir, entre 

a tous les fils de f Eglise, te traiter comme moti fils. Et 

a si tu me forces, comme die le Seigneur dans TJ^van- 

ct gile , k ne voir en toi qu'un paien et un publicain , 

u c'est k toi et non k moi que tu devras Timputer. 

ci Aprfes cpe j'ayais dict^ cette lettre, il m'a ^t^ dit que 

u tu as chassd de Thdpital de cette ^glise les pauvres 

c< qui J avaient ^te places par mon ministre , que tu y 

a as envoye un nomm^ Bovaire , et que tu as recu un 

« dne pour prix de cette admission. S'il en est ainsi, 

K non seulement tu as agi criminellement , parce que , 

a contre toutes les lois , homme laique , tu as usurp^ 

a le ministfere eccl^iastique et vendu faumdne, c'est- 

cc k-dire la mis^ricorde des pauvres, et par cons^- 

(c quent, comma le traltre Judas, Bieu lui-m^me, qui 

(c est la mis^ricorde des pauvres-, mais encore tu t'es 

« couvert de honte , en poussant Tavarice jusqu'k re- 

<c cevoir un ine pour prix de faumdne dont doivent 

<t vivre de pauvres mendians , toi comte et conseiller 

tt honor^ du roi. Tous ceux qui le sauront pourront 

tt jnger quelles doivent ^tre^ en d'autres causes, ta 

cc justice et ta droiture , ton amour et ta crainte de 

(c Dieu , et ton reject pour ton minist^re , quand tu 

« ne rougis pas de tirer un gain honteux d'une telle 

« et si profonde misi^re. » 

A Anselme, homme d'illustre naissance, au sujet 
d'un pr^tre qu*il avait accus^ aupr^s de lui, mais 
contre lequel il n'avait pas comparu en personne au 
jugement. II lui annonce qu'ila purg^ canoniquement 
ce prdtre de Taccusation en prince des envoy^s 



43a FRODOARD ; 

d'Anselme lui-m^me, et d'un grand nombre, tant clercs 
que lai'ques, et que, sHl ne lui envoie pas plusieurs 
pr^tres pour le lui attester par. serment , c'est qu'il 
ne le doit pas. 11 Texhorte a rejeter de son coeur tout 
sentiment de rancune qu'il pourrait avoir centre ce 
pr^tre , lui remontrant combien c'est un grand mal de 
garder de la haine au fond du coeur. 11 lui dtfend,au 
nom de Dieu et de ses saints , de causer aucun preju- 
dice et de susciter quelque machination k ce pretre, 
sinon il sera oblig^ d'user envers lui de la puissance 
de son minist^re. 

A Bernard, comte de Toulouse, son parent, tou 
chant les biens de Tdglise de Rheims situ^s dans le 
royaume d'Aquitaine, que Bernard demandait qu'on 
lui conc^dait sauf redevance ^ Hincmar repond qu'il ne 
pent lui accorder sa demande, parce qtfil n'ose k cause 
du testament de saint Remi, qui I'a absolumentdefendu. 

A un autre Bernard , cpmte de Riom , pour qu'il ait 
un entretien avec Bernard de Toulouse , et I'engage a 
ne pas donner les biens de T^glise de Rheims en b^ 
n^fice k ses hommes, comme il apprend qu'il le fait-, il 
lui annonce apssi que c'est lui qui sera chargd de Fin- 
formation, si le roi. ordonne I'enqu^te-, — itemj k 
Bernard de Toulouse surlem^mesujet; il I'adjureau 
nom du Dieu tout-puissant , de notre Seigneur Jesus- 
Christ, de sa sainte M^re et de saint Remi , de ne se 
permettre acte d'usurpation sur ses propri^tds , de ne 
causer aucun dommage ou emp^chement aux serfs qui 
les cultivent, ni de molester aucunement Bernard, 
comte d'Auvergne, qu'il a chargd de les d^fendre; que 
s'il refuse d'obdir , il Texilera du seuil de I'figlise et le 
s^parera de la communion des fiddles, de concert avec 



HISTOIRE DE L EGLISE D£ RHEIMS. 4^^ 

tous les ev^ques d'Aquitaine et des autres royaumes ; 
— item^ pour Fadmonester encore sur le m^me sujet; 
il Fengage k se concilier Famiti^ et la protection de la 
sainte Vierge Marie etde saint Remi, en respectant leurs 
biens •, lui montre a quel p^ril on s'expose en retenant 
injustement les biens de Ffiglise ; et Fexhorte a faire 
tout son possible pour ne pas mdriter Fanimadversion 
de FEglise en ce monde , et sa perdition dternelle en 
I'autre •, — itenij parce que Bernard continuait de cau- 
ser prejudice et grand dommage k FEglise de Rheims, 
il lui rappelle qu'il a d^jJt ^t^ condamnd par les sacr^s 
canons, par le jugement des saints, par lui efc par les 
autres dveques dont il usurpe les biens*, il lui annonce 
qu'une ambassade est d^ja partie, qu'une autre va par- 
ti r avec autorisation deFempereur pbur porter plainte 
au pape de sa conduite, et en obtenir qrfun synode 
soit convoqu^ de son autorit^, et que lui et tous autres 
usurpateurs des biens de Flfiglise soient frapp^s de la 
sentence de condamnation •, il Favertit done aupa- 
ravant , selon la loi ^vang^lique et de son autorit^ 
^piscopale, et lui defend, par la croix et le sang de 
notre Seigneur Jdsus-Christ, de s'attribuer aucune 
autoritc^ sur les biens de FEglise de Rheims, ni de con- 
sentir k ce qu'aucun s'en attribue , si ce n'est pour les 
d^fendre centre le$ usurpateurs. 

A.UX comtes Engelramne, Josselin et Adalelme, 
pour leui^envoyer copie des lettres du roi qui lui or- 
donnent de convoquer les ^v^ques et les laiques ses 
fiddles, afin de r^sister au diacre Cadoman, fils du roi, 
qui s'dtait r^voltd contre son pfere : daris ses lettres 
jointes k Fordonnance du roi , examinant ce qu'ils doi- 
vent faire , il feur declare que Garloman n'est pas de 

^ 28 



434 FRODOABD \ 

sa province, puisqu'il a ^te ordonne par Hildegaire, 
(W^que de Meaux, et que, selon les canons, il n'a an- 
cune autoritd sur lui ^ qu'il n'a pas non plus le pou- 
voir de convoquer les ^v^ques d'une autre province; 
que ce n'est pas d'ailleurs le moment de rassembler les 
suffragans de son si^ge, puisque c'est le temps de la na- 
tivity du Sauveur; enfin, quand m^me les ^vSques se 
rassembleraient et interdiraient leur diocese a Carlo- 
man , il n*en croirait pas moins devoir persister dans 
sa r^olution, si aucun pouvoir n'y apporte opposition : 
il les exhorte k peser murement ce quails doiventfaire 
d'apr^s cette ordonnance , , afin de ne pas empirer le 
mal 5 il leur indique de quelle mani^re ils doivent se 
r^unir, et comment convoquer les autres ; enfin il con- 
seille k Carloman de ne pas provoquer contre lui la co- 
lore de Dieu , de son pfere , des ^veques du royaume 
et du peuple, de peur que lui et ceux qui seront 
avec lui ne se perdent corps et ame 5 il exprime le 
desir que lui-m^me et les comtes envoient aupr^s du 
roi pour le rendre le plus favorable qu'ils pourront a 
son fils*, que s'ils ne sont pas de cet avis, ils lui r^ri- 
vent, etc., etc. 5 — -item^ aux m^mes sur le mSme su- 
jet; il estime que ce qu'il y a de plus prudent, c'est 
de ne pas mettre le peuple en mouvement avant de 
s'^tre concertos ensemble, et d'avoir murement consi- 
d^r^ si Ton ne peut rien obtenir de Carloman, per- 
suade qu'il se rendra peut-^tre k leurs conseils et aux 
siens, etc., etc. 

A Carloman, Josselin et Conrad , pour leur trans- 
mettre le message du roi qui lui ordonne, a lui Hiac- 
mar, de venir avec ses autres fiddles pour prendre 
SjBS ordres et en faire part a Carloman : il leur designe 



HISTOIRE DE LEGLISE DE RHEIMS. 435 

le lieu , le jour, Theure ou ils doivent se trouver • il 
invite Carloman a envoyer Josselin et Conrad ; ou, s'il 
Taime mieux, k venir lui-m^me pour entendre avec 
tons le message du roi , et examiner ensemble ce qu'il 
y aurait de mieux k faire pour son salut et son hon- 
neiir. 

Au comte Hardouin, encore sur les affaires de 
Carloman : il lui raconte ou en sont maintenant les 
choses ; que de part et d'autre des otages out et^ don- 
n&; qu'ils out eu un entretien avec Carloman, et qu'ils 
lui out conseill^ de vivre en paix dans le royaume , et 
de venir avec eux au devant de son pfere : mais que, 
le roi etant arriv^ plus tot qu on ne Fattendait , il ne 
sait plus ce que fera Carloman ^ cependant il Fengage 
a se tenir pr^t k ex^cuter les ordres du roi ; — item^ 
au sujet de quelques malfaiteurs ddpendans d un cer- 
tain Wipert , qui commettaient des rapines, des meur- 
tres , des^ incendies et autres crimes ; il TexKorte a 
prendre avec son frfere Hadebold toutes les mesures 
necessaires pour r^primer par les lois et faire cesser 
ces desordres , s'il^ ne veulent encourir la disgrace 
du roi , qui les a dtablis ses raessagers et commissaires 
en ce royaume ; lui-m^me y mettrait tout son z^le s'il 
netait pas empechd par ses infirmites : il lui ordonne 
de se procurer un entretien avec Gaulfe, un des fi- 
deles du roi, qui passe pour donner asile a ces mal- 
faiteurs; de lui remontrer a quel danger il s'expose 
en les recevant, et de le sommer de s'en abstenir de- 
sorroais-, — itenijSUT ce qu'il avait dit a Hardouin dans 
ses lettres qu on Faccusait aupr^s du roi , mais ne s'd- 
tait pas expliqu^ expressement sur Faccusation ; il lui 
mande de lui envoyer un messager fid^e et habile , 

f*8. 



436 FRODOARD ^ 

quilui fasse cpnnaitre exactement la v^ril^^afinquW 
suite il lui donne les conseils qu'il croira les meil- 
leurs , et le puisse aider de tous ses mOyens en cette 
afiaire. 

A un certain Maingaod, son ami , an sujet des bieos 
de saint Remi situ^s dans les Vosges , dont quelques- 
uns voiilaient retrancher et s'attribuer une manse avec 
ses dependances. t)^jJi des envoy ^s du roi Louis avaient 
fait une enqu^te, et avaient reconnu que F^glisede 
Rheims poss^dait ygitimement celte m^tairie, etqu'au- 
cune autre puissance ijue I'^jglise de Rheims ne pos- 
s^dait un pouce de terrain dans I'e&ceinte des limites 
des biens quie saint Remi avait achet^s en ce pays; en 
consequence il le prie de faire rendre k i'amiable la 
propriA^ contest^e au domaine de I'dglise d6 Rheims; 
sinon , d'emp^cher qu'elle ne soit rendue ou adjug^e 
k aucun autre , jusqu^k ce que farchev^que Luitbert 
et lui-m^me soient arrives , et aient fait l^etnent 
plaider la caiuse par un avocat de F^glise, etc. , etc.; 
— itenij sur le m^me sujet, pour le prier de prendre 
le plusgrand»soinde ces biens, etc., etc. 

A Erluin , aussi son ami , toucbatit les m^mes hens 
et la manse en question ; — itemj Jpour le rememer 
de la protection qu'il accorde aux propri^t& et aux 
colons de IVglise de Rheims •, il le prie de continuer 
comme U a commence , et de pr^tet son assistance 
aux rhonastferes des serviteurs de Dieu, pour quiis 
puisserit obtenir la poix qui leur est assignee sur ces 
biens; et aussi de donner ses soins pour faire rentret 
au domaihe de son dglise quelques manses qu'on en 
d^tachait injustement ; il lui envoie des prdsens en 
or et en argent , et lui promet ses services , tant spi- 



HISTOIRE DE L^^GLISE D£ RHEIMS. 4^7 

rituels que temporels^ -rr^itemj, pour lui faire part 
des bruits qui lui partienpei^t au sujet de ces biens^ 
il le prie de sugg^rer au roi Louis Is^ peusee d^ res- 
tituer k T^glise de Rheims les bieps ^ui lui out ^te 
enlev^s , de s'en faire dpnner la charge , et de se faire 
nommer commissaire du roi pour informer et faire 
justice : il lui envoie en present quelques yases d'ar- 
gent; — iteniy sur ce qu'il lui est reve^u qu'un cer- 
tain Lantfried se vante d^ayoir obtenu ces biens de 
rempereur Charles ^ pour les tenir ei^ benefice , ayec 
le consentement de lui Hinciqar \ \l prpteste que tout 
cela n'est que mensonge , et que tous les rois qui sont 
sous le ciel n'obtiendraient pa^ de ^ui de cpusentir a ' 
ce que ces biens fusstcnt t^nus par quelqu'uu, a cause 
des liens d'excQqimunicatiofi doiir^aiut R^n^i charge 
en son testament quiconque Foserait. 

A 04alric, conit^ illustre et son apii, pour lui re- 
comms^nder §esi homoies , dpnt Louis-lo-Germanique, 
roi et seigneur d'Odalric , maltrai^ait les bieps , com- 
mettant envers eux toutes sprtes d'injustices : il le 
prie d'engager soil roi k crai^dr^ le jqgen^ent du Roi 
des roip, et k r^parer le ^al q\Ci\ a fait-, et comme 
le roi affectait de croire que lui Hinpmar cpii$eillait 
a son roi de sai$ir le$. bjpus que les fid<^le$ de Louis 
possddaient en France , ^X de dire qpe c'etait pour 
cela qu'il s'emparait des bi^ns die ^e§ fidMes en Germa- 
nic , IJipcipar pbjecte que le rpi n'aurait pas ^u croire 
pareille chpse d'u^ iJy^qup cathplicjue , ^oji fidMe, 
ayant de conm^itrp la veritd •, qu'aii coatraire il a com- 
battu Tayis de ceux c^es conseillers qui donnaient ce 
ronseil k son seigneur : \\ rappelle cQinwent Ga]rlo(]ian > 
fr^re de Charlemagne , a donn^ ce village de IJenilly ,. 



438 FRODOARD ; 

k saint Remi , et comment, depuis ce temps jusqu'a ce 
joiir, il a 6t6 r^i et administr^ ; enfin, il lui remontre 
qu'il ne s'agit de rien moins que du p^ril de son hon- 
neur et de son ame , s'il pouvait consentir k laisser 
d^pouiller IMglise qui lui est confine , et s'il cachait 
au roi son seigneur les perils qu'il encourt , lui qui 
pour le monde entier ne voudrait pas perdre son rang 
et son ame , etc. , etc. 5 — item, pour le remercier d'a- 
voir eu ^gard k sa demande , et d'avoir rendu service 
k ses fiddles : il Tassure qu'il lui garde toute son affec- 
tion , et Tengage k continuer et k ne jamais se d^sister 
de sa bonne conduite. 

A Bertraqd , comte du Tardenois , son parent , pour 
I'engager k preter s^rment de fid^lit^ au roi , qui se 
trouvait alors dans son canton ; — item, au sujet du 
lieuou reposait le corps desainte Patricie, et qui man- 
quait de pr^tre -, il I'engage k designer le plus promp- 
tement possible, auxministres eccldsiastiques, un clerc 
apte au saint minist^re, qui puisse ^tre ordonnd-, 
qu'il tienne pour certain qu'il ne laissera pas ce lieu 
sans pasteur apr6s I'ordination qui doit se faire pro- 
chainement , parce qu'il ne pent abandonner le peu- 
ple k un pasteur mercenaire et Stranger 5 s'il ne lui 
pr^sente pas le plus digne qu'il aura pu trouver, il 
ordonnera le meilleur qui lui tombera sous la main ; 
— item, pour Haimon, un de ses fidfeles, que le 
comte faisait citer devant lui par un ban , tandis que, 
par Tordre du roi , il avait ^t^ donnd k I'archev^que. 

A nUustre comte Boson , sur I'dection d'un ^v^- 
que k Senlis*, il lui remontre qu'il n'est pas de son 
minist^re de designer qui que ce soit particuliire- 
ment , etc. , etc. 



UISTOIRE DE l'eGLISE DE RHEJMS. 4^9 

A Boson , personnage illustre , pour le remercier de 
la ficklite avec laquelle il tient la promesse qu'il lui 
avaitfaite de prot^ger les biens de Tdglise deRheims. 
11 Tengage k se conduire tbujours de telle mani^re 
que ses pri^res et celles de son eglise lui puissent 
profiler , et ne lui dissimule pas qu'on lui a dit qu'il 
se ^ermettait des actions coupables et p^rilleuses , en 
doanant k ses hommes les biens de diverses ^glises, 
ce qui lui fait craindre que les pri^res que les fiddles 
adressent pour lui au Seigneur ne soient couvertes 
et etouffees par les clameurs des saints qui r^gnent 
avec Dieu dans les cieux^ etc. , etc. 

Au comte Coiran , au sujet d'un de ses hommes 
accus^ d'avoir commis quelques crimes graves; le prd- 
lat n'osant pas Fabsoudre sans examen et sans discus- 
sion , le prie , au nom de I'afFection qu'il lui porte , 
de .donner Fordre a cet homme de venir devant lui 
pour se disculper -, que s'il refuse, il le frappera 
beaucoup plus s^vfereraent, soiten sa quality d'eve- 
que , soit en sa quality de commissaire du roi. 

A Isambert, personnage illustre et son ami, pour 
lui recommander son neveu Hincmar , qu'il appelle 
malheureux , sans doute a cause des peines sev^res 
que lui ont attir^es ses fautes; il le prie de le secourir 
en tons ses besoins. — Au comte Rainold , au sujet 
des biens de F^glise de Rheims , dont celui-ci lui avait 
annoncd le recouvrement et la reprise sur les usur- 
pateurs qui les d^solaient. 

A KUustre comte Theuderic , en tui envoyant le 
role des hommes qu'il arme pour une expedition et 
pour le service du roi ; — item, k Toccasion de quel- 
ques pr^sens en argent qu'il envoie au roi , oblige de 



44o FROpOARD ', 

Sojourner pour le service de Dieu, dans, nn pays d^- 
sol^ par les pa'iens ^ — itemj sur la sollicitude que , 
du vivant du roi Louis , mort depuis peu , Theoderic 
avail t^moign^e aux fils de ce roi -, il le prie de ne pas 
trouver mauvais qu'il Tavertisse, par amitid , quHl doit 
^tre une sentinelle vigilante aupr<^s de ces jetines 
princes ; il lui montre qu il n'y a pas seulement line 
grande pr^somption , mais un grand peril a ce qu'un 
homme administre k lui seul tout le royaume , sans 
Tavis ou le consentement d'un grand nombre^ sur 
quelques affaires qu'il lui avait mand^es , il lui fait 
connaitre de quelle mani^re les choses avaient ite r4- 
gl^es autrefois entre les rois Louis, Lothaire et Carlo- 
man, et de quelle mani^re il conviendrait de le» r^ 
gler aujourd'hui ; il cite et ajoute quelques capitolai- 
res r^dig^s et arr^tes en commun par les trois rois, 
Louis , Charles et Lothaire •, — itenij pour lui recdm- 
mander un ^v^que plein de vertu et de religion ; il le 
prie de lui accorder un entretien , afin que par son 
intervention il puisse parvenir a ^tre pr^nt^ au roi, 
et obtenir ce qu'il demandera avec justice et raison. 
II lui a ^crit encore sur beaucoup d'autres sujets. 

A Hugues , fils du roi Lothaire 5 il lui rappelle qu'il 
a eu pour ami son pfere et son aieul , Tempereur Lo- 
thairej et que, desirant son salut, il croit devoir lui faire 
connaitre par affection les perils auxquels il s'expose 
par sa conduite. On dit que de nombreux brigands 
ont forme avec lui une association coupable, et que 
sous la conduite ou par les conseils du prince , ils 
exercent d'innorabrables et horribles ravages et une 
foule d'autres crimes qui tous retomberaient sur sa tiSte. 
II lui remontre combien il est k craindre que de 91 



HISTOIBE DE l'eGLISE DE RHEIMS. 44^ 

grands crimes ne lui attirent les peines ^ternellea , et 
il lui declare que sa conduite a ele d^aonc^e au sy- 
node qui vient de se tenir en Neustrie. II lui repro- 
che aussi de m^iter une invasion dans le royaume de 
France , et lui mande qu'il a dtd charg^ par le synode 
de Neustrie de Tavertir et de le.sommer , selon ce que 
les lois prescrivent, de se repentir d'une si insigne 
violence, de se s^parer des malfaiteurs, et de renoncer 
k troubled et envahir le royaume ; que s'il refuse de se 
rendre k ses avertissemens et aux ordres du synode , il 
convoquera les ^v^ues de son diocese et des dioce- 
ses voisins , et en assembl^e synodale le frappera d'ex- 
communication , lui et tous ses complices et fautaur^; 
qu'ensuite tous ces ^v^ues r^unis notifieront la sen- 
tence d'excommunication au pape de Rome , et k tous 
les ^v^ues et princes des royaumes voisins. C'est 
pourquoi il Favertit , avec toute la tendresse d'un pfere 
pour s6n fils , de r^fl^chir a quel pi^ril il s'est expos^, 
lui proposant plu^ieurs sentences des saintes Ven- 
tures , afin qu'il puisse reconnaitre son danger , Tex- 
hortant et le conjurant de ne pas croire les flatteurs, 
de se garder de tenter Tinvasion du royaume , et de 
se rappeler quel profit eat revenu h ses oncles d'a- 
voir entrepris Tinvasion de la France contre la loi da 
Dieu, et que, pour des travaux aussi entrepris contre 
la volontd du Seigneur , son p^re a perdu le trone et 
la vie. 11 lui cite les peines que les lois portent contre 
les usurpateurs. 11 ajoute que le roi lui a dit et m^me 
montr^ qu'il ^tait dans Tintention decombler Lothaire 
d'honneurs et de dignit^s s'il n'^tait pas coupable: 
qu'il se garde done d'l^couter les couseils deshommas 
d^pravies, et evite les m^bans qui fleurissent pour un 



44^ FRODOARD ^ 

temps, mais bientoi s^cheront comme Therbe; que plu- 
tot il ^coute la sainte £criture , qui dit avec tant de 
verity : Attendez le Seigneur^ et gardez sa voie^ etc, 
Enfin il termine en le priant de lui repondre ayec 
franchise et v^rit^/ 

A Engilgaire , personnage illustre , la lettre sui- 
vante : 

Hincmar^ evSque^ a Engilgaire^ salut. 

« 11 nous est reyenu que , centre toute raison et 
justice, tu as forcd Rathramne, un de tes hommes, a 
prater un faux serment : quoiqu'il te doive service et 
ob^rssance , cependant, pour sou salut , comme toi 
pour le tien, il est commis a nos soins. Cest pourquoi 
je te mande que je m'^tonne que tu n'aies pas compris 
qu'il y avait pour toi un bien plus grand p^ril a pre- 
cipiter un homme dans le parjure par persuasion ou 
par terreur, qu'a te parjurer seul. Car ou ij nY aurait 
que parjure tu ajoutes Thomicide , puisqu'en forcant 
un autre k se parjurer, tu te perds toi et lui. Cesl 
pourquoi,. si les choses sont comme eiles nous ont ete 
rapport^es, nous t'ordonnons de t'abstenir de I'^Iise 
et de Tautel, jusqu'k ce que tu sois venu prte de 
nous , que tu nous aies donn^ une excuse sufBsante 
pour une telle imprudence, ou que tu te sois soumis 
a une penitence convenable. » 

A Leudowin, son ami, plusieurs lettres touchanl 
les biens et les serfs de F^glise de Rheims situ^s en 
Provence; ^—'itenijk Letuard et Hilduard^ et plu- 
sieurs autres du m^me pays , tant pour les biens de 
son ^glise que pour le salut de leurs ames. 

Au comte Achade, au sujet des rapines qu'on lui 



HISTOIRE DE L^EGLISE DE &HEIMS. 44^ 

d^nonce comme exerc^es par ses hommes dans son 
comt^ *, et touchant un village d'ou il se pr^parait a 
enlever les bids appartenans a Fdglise de Rheims. II 
Itii notifie que , s'il se permel d'enlever la moindre 
chose, il Texcommuniera Ini et les siens , et les sdpa- 
rera de toute la chrdtientd j et qu'en vertu de son au- 
toritci de messager et commissaire du roi , il lui fera . 
subir les peines portdes contre tout comte qui com- 
met des injustices dans son comte. 

Au comte Amalbert , sur I'injustice qu'il a commise 
en rendant un jugement par lequel il exige que les 
biens d*un mort lui soient remis par le ldgataire,qui, 
selon les volontds du ddfunt , les a distriburfs en au- 
mones k son intention. 11 frdmit k la pensde que, 
chrdtien et destind k mourir, il n'ait pas craint de 
commettre une pareille injustice, ni redout^ le juge- 
ment de Dieu. II lui montre par Tautoritd des saintes 
ficritures , et lui remet sous les yeux toute Tenor- 
mitd du crime qu'il a commis. II mdriterait d'etre re- 
gardd comme un merccnaire et non comme un pas- 
teur, s'il pouvait voir I'injustice et la tairej il est 
commissaire de I'empereur, et- a des instructions qui 
le chargent de ddfendre les Strangers et les pau- 
vres. En consequence il ordonne, au nom du Dieu 
tout-puissant, du ban de I'empereur et de son auto- 
ritd dpiscopale, tant au comte qui tons collecteurs 
des imp6ts ou juges qui ont pris part k ce jugement, 
de ne porter aucune condamnation contre cet homme 
pour cet objet, de ne Tinquidter ni lui causer au- 
cun embarras , jusqu'k ce que lui Hincmar, soit par 
lui-m^me , soit par des envoyds charges de ses pou- 
\oirs, ait exactement instruit la cause, et ait rendu 



444 FRODOARD ; 

une decision juste et raisonnable, selon les lois ec- 
cl^iastiques et humaines ^ declarant que quiconque 
osera le faire , au m^pris des commandemeiis de Dieu, 
d'abord il le fera punir selon les capitulaires l^aux ; 
qu*ensuite, selon les lois eccl^siastiques, il le fen 
retrancher de la communion des chr^tiens jusqu'a sa- 
tisfaction. II at&rme, en outre, que tons ceux qu*il 
aura cit^s devant lui afin de pouvoir informer la 
cause avec exactitude, et la juger legale ment et re- 
guli&rement , et qui refuseront de yenir apr^s trois 
avertissemens , il leur interdira tout commerce avec 
les chrdtiens jusqu*^ satisfaction , k mpins quHls u'al- 
l^guent une excuse legitime. 1.1 finit en les ^pou- 
vantant des fl^aux et des peines que subissent 
tant de gens, en leur remontrant que s'il leur pr]e 
si durement d'apr&s la parole de Dieu, c^est pour 
leur faire comprendre quelle offense iU comniettent 
en cette affaire contre les commandemens de Dieu et 
en violation des saintes Ventures, e^ en les copjurant 
de ne pas ajouter k la mesure de leurs p^cb^ le poids 
des p^ch^ d'autrui. 

A Sigebert, touchant Tinjustice et le prejudice 
qu'il ayait caus^ a un pr^tre pour une certaine ^lise^ 
il lui mande de r^parer sur-le-cbamp sa £aiute , et de 
se gardc^r k Tayenir de pareilles li^g^retds et pr^mp- 
tions \ sinon il exercera contre lui toute la s^verite 
de son minist^re , et notidera k tons les autres ^ve* 
que^ d*en faire autant. 



HfSTOIBE DE l'eGLISE DE HHEIMS. 44^ 



CHAPITRE XXVII. 

Des lettres qu*il a ecrites h quelques reines. 

£griVA5t k rimp^ratrice Hermengarde, il la Micite 
de la ferveur de ^ devotion, et f assure qu'ilne roublie 
jamais datis ses priferes, et ne manque jamais de faire 
eti son uom quelque offrande au Seigneur ; — itemj 
en r^ponse aux lettres qu'elle lui avait Writes et dans 
lesquelles die lui mandait que quelques personnes 
lui avaieM d:it que c'Aait par ses ordres que beaucoup 
de dominages ^taient causes aux biens du monast^re 
d'Avenay, dont la prkices^e Berthe, sa fille, ^tait 
abbesse : Hincmar lui proteste que c'est le diable, le 
p^re du mensonge, qui ment ainsi par la bduche de 
ses accusateurs. Gependant il ne nie pas que ses 
hommes n^aient pu commettre quelque injustice con- 
ire les biens du monast^e ; mais il soutient que c*est k 
son insu, sans son consentement, et contre sa volont^. 
Quant k une mai^se qu'elle pr^tendait aussi avoir 4n6 
enlev^ injutstement au m^e monast^re , il affirme , 
autant qu'il pent s'en rapporter au t^moignage de sa 
conscience, qu'il n'a de sa Tie enlev^ une manse k 
qui (jue ce soit-, qu'il a seulement demand^ et obtenu 
du roi qu*il eilvoyit des commissaires qui, faisant des 
recherdies exacles et pesant totit dans une juste ba- 
lance , pussent adjuger cette manse ii qui il appartien- 
drait, de Nglise de Rheifi^ ou du monast^re d'Avenay^ 



446 FRODOARD ; 

lui, dit"il, qui a tout quitte pour J^us-Christ, il na 
aucun desir ni besoin d'enlever k personne ce qui 
lui appartient; cepeudant il ne peut par negligence 
abandonner et laisser prendre sans raison et sans 
loi ce qui lui a ^t^ confix. — II ajoute beaucoup de 
choses sur le monast^re, qui , dit-il , a besoin du se- 
cours de Timpi^ratrice et de celui de sa fille; il la 
prie d'envoyer quelque messager habile et fidMe avec 
un autre de la part de sa fille , qui viennent avec lui 
corriger ce qui. est k corriger, et voir qu'il n'apporte 
en cette discussion d'autre intention et d'autre volonte 
que d'^viter qu'elles ou lui ne courent quelque dan- 
ger pour leur ame, ce qu'il plaise k Dieu d'emp^cher; 
il la conjure de se tenir toujours en garde , et de ne 
pas croire facilement au bruit des langues, surtout 
quand il s'agit des pr^tres du Seigneur, parce que 
c'est le diable qui, ne pouvant obscurcir son jugement 
sur aucun autre point, cherche du moins k la faire 
errer, en lui inspirant une fausse opinion sur le compte 
de pretres.— Enfin, quant a ce qu'elle ajoutait qu'elle 
avait parie en sa faveur k Fempereur Lotbaire, il lai 
^outient qu'elle a au contraire agi contre lui comme 
il ne convenait pas" de le faire k une grande reine 
et k une Spouse vraiment ddvote au Seigneur. Hinc- 
mar lui r^pond : a Je sais qu'on a dit beaucoup de 
cc malde moi, roaissirempereurveut,ilpourra facile- 
<c meut connaitre que tout cela n'est que mensonge : 
<( cependant je n'ose fen blamer, parce qu'il est mon 
<( seigneur, et je me garde de dire de sa personne ce 
a que je lis dans I'ficriture : « Celui qui ^coute vo- 
ce lontiers des paroles de mensonge aura aussi des 
ft ministresimpies; » c'est-k-dire qui lui diront volon- 



HISTOIftEv D£ L^EGLISE DE RHEIMS. 44? 

c< tairement des choses impies sur les pieux. Gelui qui 
« lui a dit de ma part ce que vous me mandez ne lui 
« a pas dit la v^rit^, et a interprdt^ en mal ce que j V 
u vais dit ^n bien ; s'il voulait connaitre la verity , et 
<c si quelque enyoy^ me venait de sa part pour Tap- 
u prendre de moi , comme il en est yenu qui m'ont 
« calomnid, moi, pr^tre du Seigneur, je satisferais yo- 
<c lontiers k ses desirs ; mais quant a lui enyoyer quel- 
le qu'un, comme me le conseille yotre bdnigne Domi- 
« nation , qui aille lui affirmer que je ne yeux rien, 
<c faire de contraire a la fidelity que je lui dois, yous 
tt sayez quels mensonges out cours en ce siecle , 
u quelle doit ^tre la sinc^rite d'un pretre, et quelle 
<t fid^lite je yeux conseryer k mon seigneur : comme 
« d^ailleurs de medians interpretes pourraient inter- 
a prater le bien a mal , je ne puis le faire encore. Ce- 
« pendant si mon seigneur Lothaire yeut me croire , 
« il pent s'assurer en toute yeritd que je ne suis infi- 
a dele ni k lui ni a personne au monde-, sil yeut 
tt croire, qu'il croie-, sinon, quand tous deux, lui 
tt entre le§ rois , moi entre les eyeques , nous compa- 
ct raitrons deyant le Roi des rois et I'fiyeque des eye- 
« ques, il connaitra pleinement la yeritd sans le te- 
tt moignage de personne, etc., etc. » 

A Berthe, abbesse du monast^re d'Ayenay, pour se 
plaindre des yexations que les freres et les serfs du 
monast^re de Haut-Viliiers et de quelques autres yil- 
lages de I'^lise de Rheims souffrent de la part de ses 
hommes, depuis qu'elle est yenue en ce royaume; 
il la prie de faire diligence et de mettre tout son zfele 
pour que Feglise de Rheims ne souffre pas de si grands 
etinouis dommages de son yoisinagg, elle qui au con- 



44B FRODOARD^ 

traire devrait faire la joie et la consolation de cette 
^glise par sa bonne vie et sage conduite. Que, si elle 
faisait ainsi , elle se rendrait agr^able au Seigneur, k 
la sainte Vierge, k saint Remi, et s'assnrerait les ser- 
vices et la bonne volont^ ^piscopale. Mais que si elle 
n^gligeait d6 corriger ses sujets coupables, il serait 
oblig^ de porter ses plaintes aux oreilles du roi ; et 
qu^enfin, si les excfes continuaient , il se verrait con- 
traint d'exercer toute la s^v^rit^ du ministire eccle- 
siastique contre elle et contre les siens. 

A la reine Hermentrude, sur les mesures k prendre 
pour, r^lection d'un pasteur en P^glise de Beanvais : 
il la prie de s'employer auprfes du roi pour qu'il ne se 
laisse fldchir par personne k prendre quelque dispo- 
sition illdgitime au sujet de cette ^glise, jusqu'i ce 
que lui-m^me, en venant remplir son service aupr^s 
du roi , lui fasse colinaitre ce qui est n^essaire k 
faire •, et qu'ainsi il puisse tout disposer selon la vo- 
lontd de Dieu et Tutilitd de I'^glise de Beauvais. 

A Rotrude , vierge consacree au Seigneur, et anx 
autres soeurs du monast^re de Sainte-Croix et de Sainte- 
Radegonde, pourMectiond'une abbesse, pourlaquelle 
le roi avait ordonn^ i I'archev^que Frotaire, k ferard 
et k Angenold de se rendre au monast^re , afin de la 
pr^sider et dinger selon les regies et formes prescrites 
par les saints canons. Hincmar leur enjoint que si 
toutes les congregations, d'une voix unanime, ou aa 
moins la majority , donnent leur suffrage 4 Rotrude, 
elle soit ordonn^e et constitute abbesse*, que, siau cob- 
traire teute la congregation s'accorde a la rejeler et a 
en cboisfr une autr6 , celle qui aura Ad choisie soit 
reconnue comme «ibbesse , et , jusqu'i cequ*on en ait 



HISTOIRE DE LE6LISE DE RHEIMS. 449 

fait rapport au roi , remplisse tous les devoirs et fohc- 
ttons de cette dignit^*, qu'Odila retourne k son irionas- 
tire-, enfin que tons les principauit clercs et vassaux 
reviennent a la reine , sous la protection de laquelle , 
aprfes celle de Dieu et de ses saints, ils doivent natu- 
rellement se placer. — a Ainsi done, dit-il, aimez 
« vos soeurs avant tout , et soit dans vos entretiens 
a particuli^rs, soit dans vos aasembl^es publiques, 
« repoTissez et rejetez loin de vos coeurs toutes ces 
« haines, foyers de scandales, qui jusqu'k present ont 
f€ jet^ la division entre vous ; qu aucune de yous ne 
u demande k Dieu ni au monde vengeance d'une 
<c de ses soettrs pour quelque discours, action ou me^- 
« prisque ce soit : car, comme le Seigneur le declare, 
« sans la concorde rien de ce que vous lui ofFrirez ne 
a lui sera agr^ble •, soit que vous priiez, soit que vous 
ct offriez le saint sacrifice, soit que vous vous affligiez 
« et mortifiiez, vous ne trouverez point grsice devant 
« lui sans la concorde de la charite ; parce que, comme 
a dit FAp6tre : « Quand jjB livrerais mon corps pour le 
tt briiler, si je n'ai pas la charit^, je ne suis rien.»Vous 
« savez que la rfegle que vous avez fait profession de 
« siiivre ordonne , k cause des opines de scandale qui 
« petivent croitre dans un monastfere, que chaque 
€< jour, k Toffice du matin et do soir, la prieure recite 
a FOraison dominicale de mani^re k ce que toutes 
« Tentendent , afin que , craignant Tengagement que 
« nous prenons avec le Seigneur en lui disant : 
« Remettez-nous nos offenses comme nous les rem'et- 
a tons k ceux qui nous ont offenses, » nous chassions 
« de notre coeur toute rancune. Ainsi faites que vos 
« discordes ne fassent pas p^rir F^kction en votre mo- 

29 



45 O FRODOARD y 

« nast^re-, r^unissez-vous, selon la volont^de Dieu, 
« en une devote et r^gulifere unanimity \ et , pour vo- 
tt tre salut present et ^ternel , avec la paix de la cba- 
<i rit^ , qui est la mfere de toutes les vertus, avec Fhu- 
K milit^, qui en est la sauve-garde , avec la vraie et 
(( parfaite ob^issance, qui est T^chelle par laqueUe on 
« monte au ciel , accordez-vous entre vous pour une 
« Election salulaire; rdduisez-vous, astreignez-vous 
(( et tenez-vous k Fobservation des regies : car, vous 
(( le savez aussi bien que moi , vous ne pouvez vous 
(( sauver autrement. De mdme que vous gardez vos 
(( ames de tout mouvement d^rdonnd , gardez vos 
(i langues de tout discours capable de provoquer a 
<( la colore et de vous nuire , selon le conseil de TA- 
(( potre : ((Que toule clameur et indignation disparaisse 
ft d'entre vous avec toute malice , et qu'aucun man- 
ft vais discours ne sorte de votre bouche ;» que comme 
ft il arrive trop souvent aux hommes d'abord con- 
ft trist^s, et ensuite transport's de joie quand ils out 
ft obtenu ce quails desirent , aucune de vous ne se 
ft permette sur personne des discours inconvenans; 
ft ne perdez pas devant Dieu le mdrite de la patience 
ft par des discours inutiles , et ne donnez pas lieu a 
ft cevLX qui pourraient vouloir provoquer quelqu'une 
ft d'entre vous k d^injustes et inconvenans propos sur 
ft le compte d'autrui, de vous trouver en d'faut-, 
ft qu'enfin ni le diable ni aucun homme malinten- 
ft tionn' ne puisse vous condamner avec raison en 
ft la moindre cbose^ au contraire conduisez - vous 
ft toujours de mani^re qu'orn'es de toutes les vertus 
ft k Tint^rieur et k Text^rieur , vous puissiez fairc 
ft parvenir aux oreilles du Seigneur des pri^re tou- 



HISTOIRE DE l'^GLISE DE RHEmS. 45 1 

« jours agr^ables et sures d'etre exauc^s, non seule- 
« raent pour vous-m^mes , pour votre seigneur et 
« maitresse , /pour vos amis , mais encore pour vos 
« ennemis. » 

A I'abbesse Teutberge , pour le r^glement du mo- 
nastere d'Avenay, qu'il avail auparavant arr^t^ avec 
la reine Hermentrude, tant pour le nombre des clercs 
et nonnes, que pour tout ce qui regardait les biens de 
ce monast^re, montant k onze cent cinquante manses; 
il lui mande que le monastfere peut comporter vingt 
elercs et quarante nonnes 5 qu'il les a pourvus de tout 
ce qui est necessaire k leur entretien et au saint mi- 
nistfere , outre les luminaires et autres ndcessitds d'un 
monastere-, il lui remontre que c'estNivard, arche- 
v^que de Rbeims, qui a fait construire le monastere 
de Haut-Villiers aux frais de F^glise de Rheims, et que 
c'est son^frfere qui, de son propre bien et avec les 
donations de quelques autres hommes de bien, a fait 
b&tir celui d'Avenay, et qu'il Ta ensuite l^gu^ k Yi- 
glise de Rheims, ainsi qu'en font foi des chartes au- 
thentiques •, mais que depuis long - temps ce mo- 
nastfere, comme d'autres biens de cette ^glise, a 6x4 
poss^d^ par des Strangers en ' vertu de donations 
royales, etc., etc. 

A la reine Richilde, pour lui reprocher que , pen- 
dant le temps que le si^ge de Laon dtait vacant et con- 
fix k sa protection sp^ciale, elle a permis que le direc- 
teur du monastfere dAurigny mesusdt des aumones 
l^gudes par la reine Hermentrude, et qu'ensuite elle a 
forc^ pour lui complaire, contre les lois canoniques, le 
pr^treWinifried a chasser de ce monastfereune abbesse 
legitime et r^guliferement ^lue^ il lui remontre, da- 



45 3 FRODOARD ; 

pr^ les samtes autorites, a quel p^ril elle s'exptose, el 
lui rappelle qu'il lui envoya dans le temps quel- 
qu^un pour la detourner d'attirer un si grand ^nger 
sur sa t^te-, mais que, loin de reconnaitre sa faute, 
elle y avait ajout^^ une faute plus grande , en Le- 
vant, an m^pris de toute3 les regies, au gouveme- 
ment de ce monast^re , une neophyte toute novice en- 
core en religion , pour quelques biens qu'elle en avail 
recus. U ajoute que lors qu'H^denulfe fut ordonne 
^^que de Laon, il Tavertit de conseiller au roi 
Charles d'annuler un acte si coupable , et de se sau- 
ver, lui et la reine, d'un si grand danger; que voyant 
que ses avertissemens ne produisaient aucun eflfet, il 
s'^tait ensuite adress^ au roi hti-m^me *, mais que ce- 
lm*ci, dans la crainte de contrister la reine, avait ne- 
glig^ de corriger ce qu'il savait pourtant ^re mal« H 
lui remet aussi en m^moire comment le merae roi 
€harles, k la demande de la reine Hermentrude et par 
le conseil de Pardule^ ^vdque de Laon , hii avait or- 
donn4 de n^diger une charte de privilege et conces- 
sion desbieos que pdss^daitalors Hermentrude, en fa- 
veuF du monast^re d^Aurigny , avec pri^re de la faire 
approuver par les autres ^ vlques , pour ensuite, lui 
roi, la confirmer ; qu'il avait ob^i k I'ordre du roi, mais 
H^av^it pas r^g^ le privilege dans les termes qu'il 
dfimandait, et s't^tait servi absolument des termes 
employ^ par saint Gr^goire dans la charte d^ins- 
titution d'un monast^re fond^ par une reine , r^pe- 
tant les m^es menaces que ce grand saint lancait 
centre quiconque atlenterait aux droits de ce mo- 
nast^re ; et il ajoute que, tant qu'elle pers^v^rera dans 
son p^ch^ et son usurpation, toutes les fois qu'elle 



HISTOIRE J>£ l'eGLISE DE RHEIMS. 4^^ 

recevra le corps et le sang de notre Seigneur J^sus- 
Christ , elle recevra son jugement et $a condamna- 
tion ; il la conjure de ne pas se laisser s^duire k son or- 
gueil, ou a des suggestions ^trang^res, mais de songer 
au salut de Tame du roi , a sa propre r^demptioit , et 
de s'empresser de corriger tout ce qu^elle a fait de 
ma] ; il lui remontre aussi quel crime elle a commis , 
s'il est vrai, comme il lui est revenu, qu'elle ait sup- 
prim^ la charte susdite et Tordonnance royale qui 
la confirme ^ qu^elle doit se Mter de tout r^parer ^ si 
elle ne veut encourir la damnation ^ que si , comme 
on le lui afiirme encore, elle a recu des terres et de6 
serfs de la jeune novice , pour lui confier le gouver- 
nement du monast^re , elle s'est rendue coupable de 
simonie^ que quiconque tombe en cette h^rdsie, ne 
peut , tant qu'il y pers^v^re , ^tre aux yeux du Sei- 
gneur membre du corps de r£glise catholique; il 
linvite k lire les capitulaires de la r^gle de Saint-Be- 
noit, sur Tordination d'un abb^ ou d'une abbessej 
elle y verra quelle faute grave elle a commise cen- 
tre le Saiiit-Esprit , sous Tinspiration duquel cette rfe- 
gle a ^t^ promulgu^e ; enfin il lui d^montre , par les 
saintes autorit^s et institutions canoniques , k quelles 
peines elle-m^me et celle qui a acheti^ le titre d'ab- 
besse se sont expos^es . 11 la supplie de recevoir avec 
bienveillance et bont^ ce qu'il lui ^crit avec g^- 
roissement pour remplir les devoirs de son ministfcre, 
et de reconnaitre qu'il n'a en vue que le salut du roi, 
le sien et la fid^lite qu'il leur doit. 

A Leutgarde, Spouse de Lduis-lc*Germanique, 
pour lui recommander les messagers qu'il envoie au 
roi Louis, afin que par son intervention ils puissent 



454 FRODOARD ; 

obtenir d'Are pr^entfe au roi , et aussi afin cp'elle 
intercede auprfes du roi et le dispose a envoyer a 
Rheiros des commissaires habiles et fermes qui puis- 
sent preserver la ville et les monastferes qui en depen- 
dent , des attaques et incursions de I'arm^e germani- 
que qui envahit le royaume. 

A Hermengarde, epouse de I'illustre Boson, pour 
recommander k sa protection les biens des ^lises de 
Dieu; sachant qu'elle a 4t6 suffisamment instniite 
dans les saintes lettres par un certain Anastase, il 
exprime le souhait que celui qui lui a donnd de sa- 
voir , lui donne aussi de vouloir , de pouvoir et de 
faire le bien 5 il I'engage i exhorter son man a crain- 
dre Dieu , et k garder ses commandemens. II a appris 
que Boson se permet d'enlever aux ^glises leurs biens 
et de les distribuer k ses hommes; il la prie deliu 
montrer par les saintes ficritures quel jugement ter- 
rible Dieu porte contre ceux qui ne respectent paste 
biens de I'Eglise, etc., etc. 

A Berthe, Spouse du comte Gerard, pour les biens 
de son eglise situ^s en Provence , dont il avait conte 
la d(ifense et Tadministration au comte ; il la prie "^ 
vouloir bien ^tre une active et zel^e protectrice des 
int^r^ts de I'^glise de Rheiuis auprfes du comte son 
^poux. 

A Hermensinde, femme puissante et de grand nom, 
au sujet d'un diacre qu'eUe avait fait arr^ter et reduiit 
en servitude •, il lui expose comment ce diacre avaii 
d'abord ^te legitimementafTranchi, comment aprisson 
affranchissement il Fa ordonne aussi Usidmemem) 
il lui remontre que, quand meme ce diacre aurait ei 
son serf ^. et n^aurait pas ensuite acquis la liberte, p^^ 



HISTOJRE DE l'i^GUSE DE RHEIMS. 4^^ 

cela seul qu'il en a si long-temps Joui depuis son or- 
dination sans aucune reclamation de sa part, il ne 
pourrait plus, d'aprfes les lois canoniques, elre r^duit 
en servitude 5 a plus forte raison quand il est ni co- 
lon eccldsiastique , n'a dte le serf de personne , a dt^ 
legalement affranchi, canoniquement ordonne, et 
ainsi est devenu Fhomme de son ^glise etde celui qui 
Fa ordonnd; il I'engage done k ne pas pousser plus 
loin une pretention injuste, ajoutant que, si elle y 
persevere, il sera oblig^ de la rdprimer par les voies 
legales et canoniques : il ne lui parle ainsi , dit-il , 
et ne lui donne ces avertissemens , que parce qu'il 
lui porte amiti^. 



CHAPITRE XXVIIL 

Des conseils de salut qu*il a dounes a plusieurs de ses 

inferieurs. 

Il a aussi souvent ecrit a plusieurs de ses inferieurs 
comme un pfere k ses enfans , pour leur donner d'u- 
tiles instructions ou sages conseils sur leurs affaires 
tant spirituelles que temporelles •, ainsi , entre autres : 

A Richald , chorev^que , et a Rodoald , archipretre , 
pour les convoquer au synode qui doit se tenir au pa- 
lais royal de Kiersi : il leur mande de.faire connaitre 
dans toute I'^tendue du diocese de Rheims , k tons 
ceux qui se croient les^s , de venir porter leurs plain- 
tes au synode, et d'avertir et sommer avec autoril^ 



4^6 . FR0X>OA]U) \ 

quelques^uns de ne pas manqner de comparaitre \ il 
leurordonne aussi deciter^ cem^me synode, au nom 
de Dieu , du roi , et aa sien , Milon et sa fille , dont 
Fulcric avail abuse, et tous les pr^ires qui avaient 
consent! k cette union ill^gitime , et sur les paroisses 
desquels les coupables r^sidaient. 

A Ansold^ Gdrold et Hadric^ pour leur ordonner 
de {aire rechercher un fr&re nomm^ Raganfried, 
un de ses desservans , de le tenir sous bonne garde, 
inais libre et sans aucune punition , de peur qu'il ne 
se sauve , et ensuite de le lui faire conduire. — II 
mande k Raganfried lui-m^me , de Fautorit^ de Dieu 
et de la sienne, de rester aux lieux ou il se trouve, 
et de se soumettre & Tenqu^te qu'il a ordonnee ; enfin, 
celui-ci s'^tant ^chappd , et s^journant dans des dio- 
ceses Strangers, Hinemar lui dcrit de nouveau pour 
le rappeler et. le sommer d'autoritd de revenir dans 
sa m^tropole, et de se repr^senter i soil Humility 5 ou , 
s'il a quelques plaintes a faire contre son jugement , 
de les porter devant le synode* 

A Gislold^ supdrieur de chanoines, touchant les 
biens qui lui ayaient ^td confi^s et qu'il s*^tait permis 
d'usurper; dans cette situation, il avait quittd le dio- 
cfese d'Hincmar contre toutes les regies •, Tdveque le 
somme de rentrer, et de venir se justifier des griefs 
qui lui sont reproch^s, 

A Th^odacre^ aussi sup^rieur de chanoines, enfa^ 
veur du m^me Gislold ^ pour le(|ael la reine Hermen- 
trude interc^it, et demandait qu'il le fit rentrer 
dans la part d'adiiiinistration qui lui appartenait ]^- 
gitimement , et lui fit rendre tout ce qui pouvait lui 
^tre du dans T^v^chd \ I'^v^ue en donne Tordre a 



HISTOIRE DE l'eGL^B DE RHEIMS. 4^7 

Th^dacre ; et comme Gislold lui avait dit ^Ire chargd 
d'un message de la reine pour les chanoines , 11 les 
invite k le recevoir, s'il vient, avec les dgards et le 
respect das k un envoy^ de la reine. 

Au doyen Gerard, au sujet d'un nomm^ Radulfe, 
excommunid , lequel ^tait venu le prier de lui in- 
fliger une penitence* II ordonne k RaddUTe de venir 
a Rheims pour recevoir cette penitence , avec la reli- 
gieuse avec laquelle il avait eu commerce*, et en 
m^me temps il enjoint au pr^tre Gerard de recom- 
mander aux autres pr^tres d'avoir pour les deux cou- 
pables la plus grande sollicitude ^ et que si Tun ou 
I'autre venait a ^tre surpris par une maladie dont il 
n^aurait pas esp^rance d'^chapper , de lui donner Tab- 
solution , sll promet de se repentir du fond du cceur, 
et protests devant t^moins qu'il est dans Tintention de 
faire penitence de son pdch^ et d'ob^ir aux ordres de 
son ^veque. 

A Sigloard, arcbipr^tre, a Ansold, et k qiielques 
autres, pour les charger d'une enqu^te contre un 
certain pr^tre du diocese 5 il leur trace la marche 
k suivre dans cette information •, que si , comme on 
le lui a dit , ce pr^tre a ^t^, contre les lois, ddpouilld 
de quelques-uns de ses biens et droits , ils lui soient 
restitu^s avsfnt qu*il soit forcd de r^pondre k ses ac- 
cqsateurs 5 afin que F^v^que , en enlevant k un ac- 
cuse la garantie des lois , ne s'en prive pas lui-m^me^ 
que si c'est le comte qui Fa fait d^pouiller de ses 
biens , ils lui fassent sommation de Ty r^tablir 5 et il 
leur present de quelle mani&re ils doivent agir ^ si le 
comte refuse , que ceux m^me qui out pris les biens 
fassent r^ipjiration legale, etqu'ensuite lui-m^me, en 



458 FRODOARD ^ 

sa quality d'^v^ue , reglera leur penitence selon leur 
repentir^ que si le cojiite ne veut pas non plus faire 
droits cettesecondedeinande,ils Fen instruisent, afin 
qu'il en fasse son rapport au roi : quand tous ces pre- 
liminaires auront ^t^ remplis , qu'ils entreprennent le 
jugement; mais qu'ils prennent bien garde a ceque 
par ignorance les accusateurs n'aillent , par Timpul- 
sion de quelqu'un , intenter quelque faux grief qui 
serait leur damnation ^ qu'ils prennent en fin toules 
les precautions commandoes en pareil cas pour empe- 
cher qu'un pr^tre ne soit condamnO iiijustement ; qu'ils 
adjurent ensuite les accusateurs et leurs te^moins, par 
leur bapt^me et par toutes autres adjurations usitees, 
de ne profdrer aucun mensonge contre ce pr^tre , par 
haine ou pair envie , ni par la crainte ou les sugges- 
tions de qui que ce soit , et aussi de ne rien taire de 
la Yini6 par faveur, amour ou espoir de recompense ; 
qu*ils notifient aux accusateurs et tdmoins quelles 
personnes les sacrds canons dOfendent d'admettre en 
accusation ou en tOmoignage contre un pr^tre ; com- 
ment ensuite- ils doiyent discuter et examiner la qua- 
lity des accusateurs et des tOmoins ; que toutes les 
depositions faites sur chaque grief par les accusateurs 
ou temoins soient Ocrites et relues ensuite en pre- 
sence de tous, afin qu'il soit bien constant que telle est 
leur declaration; qu'ilsoit aussi dresse un role de tous 
ceux qui auront assist^ au jugement , tant pr^tres que 
laiques, selon qu'il sera juge nOcessaire ; que les accu- 
sateurs s'engagent en personne, et les tOmoins parser- 
ment , k se reprOsenter a la prochaine audience que les 
canons accordent toujours^ unpretrepourrdpondreet 
se defendre ; que cette prochaine audience soit fixee a 



mSTOIRE DE L^^GLISE DE RHEIMS. 4^9 

trente jours, afin qu'il puisse se preparer a se parger 
canoniquement de raccusation , ou convenir de sa y^ 
rite J que s'il ne comparalt, quil sache qu'il enconrt 
la sentence et condamnation canonique; qu'ils pu- 
blient un ban au nom de Dieu et de Tautorit^ des 
saints canons, au nom du roi et de leiir archev^que, 
par lequel defenses soient faites k tous de tendre au- 
cune embuche, ou de faire aucun^ violence k ce pr4- 
tre , ni aux accusateurs ou t^moins , jusqu'k ce que la 
cauSe ait ^l^ l^alement jug^e •, Hincmar present en 
outre quel traitement infliger k ceux qui, variant dans 
leur deposition , auraient d'abord , quand le pr^tre a 
ete mis eh acusation, pr^td serment et confirm^ leur 
serment au jugement , et ensuite viendraient declarer 
qulls se sont parjur^s ; enfin il rfegle aussi ce qu'ils 
doivent faire de la terre appartenantekl'tglise, et qui 
etait contest^e entre le comte et le pr^tre •, il mande 
que le comte ait k obdir k ce qu'il present; sinon, 
qu'il en appelle devant le roi et les fiddles, tant ^v^- 
ques quela'iques; que si tout lemondeobeissant,c'est 
le pr^tre qui refuse d'ob^ir, on en appelle canonique- 
ment au synode provincial. 

Item^ a Sigloard et a Ansold , au sujet dela m^me 
enqu^te -, il leur reproche avec s^verite d'y avoir pro- 
ced(5 avec negligence , etc. ; — item^ au sujet d'un 
pr^tre qui , aprfes son ordination , avait oublid par 
paresse et negligence tout ce qu'il avait appris aupa- 
ravant pour pouvoir remplir son ministire-, il ordonne 
de le tenir pendant quelque temps en une s^vire 
reclusion, afin que du moins ainsi quelque regret 
toucbe son coeur et le purifie de son p^cb^, etc. •, — 
item^ pour un jeune de trois jours que le roi avait 



46o FROBOAKP ; 

ordpnn<^ , de concert ayec les ^v^ues et tovis ses fi- 
ddles , pour la pai?: de la sainte tgUse de Dieu; il 
present de quelle manifere il doit ^tre pratique-,— 
item J au sujet d'uu pr^tre du monast^re tfAvenay, 
accus^ d'etre Fauteur du vol d'un tr^sor de son ^lise, 
depuis long^temps perdu. 

Item^ i Sigloard et a Rodold, au sujet dun pretre 
qu'il avait autoris<^ , sur le t^moignage et rfapres fe 
conseil de Sigloard, a se d^mettre par une d^claratioD 
publique , du gouvernement du peuple qui lui avait 
^t^ confix, et k demander qu'un autre fut ordonne 
a sa place ; mais ce priStre lui avait cach^ qu'il avail 
pass^ une espfece de contra t avec un de ses Aleves, 
pour se faire ordonner a sa place , sans le consenle- 
ment de son seigneur, et qu'il avait par del et frauds 
irecu des pr^sens en retour , contre la dtfense epi- 
scopale •, Hincmar prescrit toutes les mesures a prendre 
contre lui \ — item^ k Sigloard , au sujet d'un pretre 
de r^glise de Saint -Julien , qui avait A^ioUm 
laoipe consacree k saint Remi ; il reproche k Sigloard 
d'avoir eu connaissance de ce vol , et de le lui avoir 
cachd, lui que son ^v^que a ^tabli son vicairede- 
yant le Seigneur , et a chargd de ses pouyoirs; u^'^' 
rait du tenir le coupable dans la plus ^troite prison, 
et non lui donner la liberty sous caution^ il J^^^^' 
dpnne de faire maintenant ce qu'il aurait du lair^ 
plu3 tot \ il ordonne en m^me temps que Je vidame 
&^e ri^parer la prison , et qu'on y mette des gara^' 
s'il est n^cessaire ^ — item, k Rodold , pour lui re- 
procher d'avoir imprudemment A&i6 ce que ^^ ^ 
que avait caaoniquement li4 , et d'avoir permi* a da 
tres pr^tres de dire la messe dans une chape 



HISTOIRE DE LEGLISE DE RHEIMS. J^Sl 

d^pendante de la basiliqae de la cour de IMglise-, il 
lui prescrit ensuite la conduite k tenir. 

A un moine nomm^Anselme, pour lui ordo&ner de 
dresser un inventaire de tout ce qui a ^t^ fait ou donn^ 
au monastere de Haut*VilUers avant et depuis son or- 
dination k Npiscopat, du nombre des fr^res et serfs 
employes au service de Dieu , des donations qui ont 
ete faites de son temps , a quels usages et par quelles 
personnes 5 enfin de tout ddcrire avec tant d'exacti- 
tude et de v^ritd, que les commissaires du roi n'y 
puissent riea trouver de faux ; -— k Ratramne , so- 
p^rieur du monastere d'Orbay, pour le m^me objet; 
— Siu m^me^ au sujet d'un bien tenu en pr^caire par le 
chanoine Amaury, et qu'apr^ la mort de ce chanoioe, 
Ratramne avait fait piller *, c'est pourquoi il Texcom- 
manie et ie condamne au pain et k feau , lui et ses 
complices, jusqu*a ce qu'ils aient restitu^ ce qu'ils ont 
eulev^ injustement. 

A un certain Althaire, pretre ou doyen, au sujet 
dun pretre de I'dglise de Windiseh, que Leutard, 
seigneur du lieu, avait, au m^pris de la loi et de toute 
autorit^ , expulse de son ^glise , et remplacd ensuite 
dans le gouvernement de cette ^glise par un pretre 
d'un autre dv^chd^ il excommunie le pretre intrus, 
6t lui defend de dire la messe dans tout le diocese 
de Rheims , et d'y recevoir la communion eccl^siasti- 
que, si ce n'esLseulement le saint viatique, pour cause 
de grave maladie , encore k condition qu'aussitot r^- 
tabli,il quittera cette paroisse-, il enjoint k Althaire 
d'ardonner au nom de Dieu, aux paroissiens de cette 
<%lise, de n'entendre la messe d'aueun pretre , si ce 
tfest de celui qui a 4ti injustement expuls^, jusqu'a 



46a FRODOARD ; 

ce que la cause ait ^t^ jugde , except^ toutefois le cas 
ou ce pr^tre ne pourrait officier pour cause de ma- 
ladie , etc. , etc. 

A Altman , moine et pr^tre , qu'il avait emoji en 
obedience, sur ce qu'il vient de trouver sur son 
compte dans les lettres qui lui ont^t^ remises par un 
des homines de Farchev^que Harduic •, on impute a 
Altman d'aspirer aux b^n^fices et aux affaires du sii- 
cle, ce qui ne convient ni a sa profession, niason 
salut-, il lui ordonne de rentrer au plus vite dans son 
monast^re , et d'y vaquer k la lecture et Ja priire,en 
pleurant les fautes de sa jeunesse , etc. , etc. 

A un pr^tre nommd Lantard , qui avait quilt^ le 
diocfese de Rheims par attachement k I'eveque Ebbon ; il 
le prie, si, comme on le lui a dit, il a quelques kn\s 
sur la vie et les actes de saint Remi , autres que ceux 
que Ton lit depuis long-temps dans I'^glise de Rheims, 
de les lui apporter au plus t6t , ou de les lui envoyer 
sous cachet, lui offrant en retour de lui rendretous 
les services dont il pourrait avoir besoin ; que s'il veut 
rentrer, il le recevra avec plaisir et bont^, etque> 
dfes qu'il sera de retour , il lui accordera une pre- 
bende canonique et son ancien grade parmi ses coa- 
frferesj qu'enfin, selon qu'il lui siera avantageux, et 
qu'il lui sera possible k lui-m^me , il mettra tons ses 
soins a lui procurer tons les agr^mens qui pourroflt 
lui faire trouver du plaisir k rester pr^s delui;" 
lui explique ce qui semblait lui inspirer des craintes, 
sa s^v^rit^ envers tous ceux qui avaient ^t^ oidonnes 
par Ebbon , depuis sa deposition 5 pourquoi il a 6te 
oblige de les destituer de leurs grades , et comment 
ensuite il a tempore sa sentence. 



HISTOIRE DE LE6LISE DE RHEIMS. 4^3 

A Rodoard, supdrieur, et aux autres freres,chanoines 
de r^ise de Rheims, pour les engager a recevoir Adal- 
hard etWalther, neveux dlsaac, ^v^que de Langres, 
qui avaient quitt^ irr^guliferement leur congregation; 
il leur prescrit la mani^re dont ils doivent les rece- 
voir, les traiter et se conduire envers eux ; il adresse 
en meme temps aux deux frferes des lettres moni- 
toires au sujet de leur retour ; — item^ tant aux cha- 
noines qu'aux moines de la m^me ^glise , pour la re- 
ception du diacre Adalgaud : il leur annonce que ce 
diacre se repent, et a reconnu que par sa negligence il 
avait merits sa colere ; il Ta recu, dit-il , dans le sein de 
son affection et de sa paternite 5 il les prie de le re- 
cevoir avec bontd et amitid , comme un fr^re et un 
fils, et de lui rendre tous les services que commande 
la charity 5 le roi Louis lui avait adressd k lui-m^me 
une letlre de priferes en faveur d' Adalgaud. 

A Rotfried, sup^rieur, sur la correction k infliger.au 
moine Gottschalk , qui lui a c^te d^noncd comme dc^s- 
ob^issant, d^un caractere dur et hautain, et entier dans 
ses volont^s : il cite quelques passages des saintes 
ficritures dont il ordonne de lui faire lecture pour 
Tengager k se corriger. 

A Gunther et k Adelhard,archipr^tres, une instruc- 
tion sur leur minist^re , divis^e en treize chapitres 5 
— item, a Gontramne , sup^rieur, au sujet des recla- 
mations dlevdes par les serfs et colons de son monas- 
tfere , qui se plaignent qu'il les prive de quelques 
petits terrains qui leur avaient Ae donnds, et de leur 
solde : il lui ordonne de tout remettre dans fordre et 
selon la justice-, — au moine Gottschalk, qui ^tait 
tombe en her^sie sur le sens de quelques passages des 



464 FRODOARD ; 

P^res qn'il ne comprenait pas bien ou exposait infi- 
d^lement, surtoat de Prosper*, Hincnnr les lniex- 
plique par des sentences et pens^es tiroes de smi 
Augusdn , et en lui proposant comme garans de son 
interpretation les principaux docteurs de la foi; il 
Favertit de suivre en tons points leur doctrine, et lui 
prouve, par des t^moignages irr^cusables , que Dieu 
pr^voit le bien et le mal , mais qu'il ne fait que pre- 
voir le mal,tandis qu'il pr^voit et pr^desliiie lebieu, 
d'ou il suit qu'il pent y avoir prescience sans pr^es- 
tinatiou, mais non predestination sans prescience; 
qae Dieu prdvoit et predestine les bons au royaume 
des cieux , qu'il ne fait que pr^voir les mechans, mais 
sans les prddestiner et sans les ponsser k leur perte 
par sa prescience ; mais Gottschalk refusa toujours 
obstin^ment de souscrire k cette decision ; -^ /<^j 
aux momes du monastfere de Haut-Villiers, au sujet 
da m^me Gottschalk , pour leur recommander de le 
trailer corporellement et spirituellement avec dou- 
ceur et humanite, s'il se reconnait coupable avant que 
son ame sorte de son corps*, et il leur cite les^utoritA 
ecciesiastiques et les sentences des Fires orthodoxes 
sur les excommunies de ce genre. 

A Amalgise et a Ragbert , ses fidMes , toucbant les 
biens de son ^glise situes en Aquitaine , au sujet des- 
quels il avait ecrit k Regimond , pour le prier de pre- 
ter assistance k ses deux envoy^s dans les revendica- 
tions qu'ils auraient k former : il leur brdonne derOT- 
mer et recouvrer tons ces biens dans leur miegnte, 
et de les garder ensuite sous leur protection. 

A Pierre , son fidMe , touchant les biens de T^gb^ 
de Rheims situes en Provence : il lui envoie qti^l- 



I 



HISTOlllE DE LEGLISE DE RHEIMS. 4^5 

ques frferes , pour trailer avec ses conseils des condi- 
tions de fidelity et du profit k retirer de ces biens, 
ainsi que pour re^gler ces biens eux-m^mes, leur pro- 
duit et les rentes-, et, comme il avait appris que cer- 
taines choses avaient et^ faites sans le conseil de 
Pierre, et en s'appuyant de son autoritd , il s'excuse 
d*avoir rien ordonnd .ni voulu de semblable , et liii 
inande, article par article, comment il entend qu'on 
dispose de ces biens, quelles personnes doivent venir 
le trouver, et de quels villages. 

A £vrard , fils ou gendre de sa soeur Hildegonde, 
une instruction , sur la manifere dont il doit se con- 
duire envers Louis- le-Germaniqiie, afin que ce roi 
ne lui enlfeve pas I'alleu qu'il avait en AUemagne, 
pour le punir d'avoir second le joug de sa souverai- 
net(5. II dcrit aussi sur le m^rae sujet a sa soeur, pour 
Tengager k donner des conseils k son fils , et i le 
maintenir dans les bornes de la prudence. 

Enfin Tarchev^que Hincmar dcrivait souvent i des 
gens de basse condition charges de Tadministration 
des domaines, pour leur tracer les devoirs de leur 
ministfere •, et toujours dans ses lettres il leur pre- 
scrit, avec prudence et discernement, de quelle ma- 
niere ils doivent administrer les biens qui leur sont 
confids; — item J gendralement il n'a cessd d'instruire, 
tant par paroles que par dcrit, tons ceux qui lui dtaient 
confids; tantot leur enseignant la mani^re de vivre 
avec justice, cbastet6 et pidtd , tantot leur enjoignant 
d'observer avec reverence et devotion les jeunes eta- 
blis , d'invbquer la cldmence du Seigneur pour ceux 
qui venaient a raourir, dv^ques ou autres ^ tantot re- 
commandant les jeunes et les priferes pour obtenir que 

3p 



466 FRO0OAHD ^ 

des personiies agr^ables k Dieu fussent dues ant 
sieges vacans ; — item , dans diff^rens sy nodes il a 
r^dig^ plusieurs capitulaires tr^fr^utiles pour Tinstruc- 
tion de son diocese. II a ^rit une foule de lettres de 
consolation k diffi^rentes ^glises de son diocese , sur- 
tout quand elles avaient le malheur de perdre leurs 
pasteurs^ et toutes sont des instructions pleines de 
sagesse sur la manifere dont les peuples doivent avant 
tout requ^rir le secours de Dieu, ensuite demander aui 
princes de ]a terre leur autorisation pour une Section 
libre ; jamais il ne manquait de travailler, soi< par Ini- 
m^me, soitpar lettres et pajr envoys , pour faire obte- 
nir aux ^lises leur den^nde : quand elles I'avaient 
obtenue, il leur enseignait avec soin comment exercer 
leur droit , comment se tenir en garde contre les frau- 
des de la perversity , leur rappelant les formes k suiyre 
dans r^ection , sans jamais avoir personne en vue ni 
diriger en rien leurs suffrages, et n'ayant d'autre at- 
tention sinon que T^lu le fut, autant que possible, a 
Tunanimit^ , ou au moins par la msyorit^ , des plus 
vertueux et des plus sages. 



fliSTOIRE DB L^^GLISE DE RHEIMS. /^6n 



CHAPITRE XXIX. 

Du livre compose par Hincmar sur la mani^re dont on doit 
yenerer les image? dc Notre-Seigneur ou des saii^t^i, etc.y^tc^ 

A la requite des co^vSqiies ses frferes, Hiticmar coni- 
posa un livre sur la manifere dont on doit v^h^r^r' les 
images de notre Sauveur ou de ses saints , avec uto Epi- 
logue Ecrit en vers. II existe aussi de lui une r^pon^ k 
cette question : Pourquoi les apostats baptises , et qiii 
ont recu rimposition des mains de I'^v^que, hors IW 
dre du diaconat et de la pr^trise, recoivent*ils Fim- 
position des mains pour feire penitence? un traits. 
adressE a un archev^que sur les principaux sacremens 
necessaires au salut des hommes 5 une instruction rE- 
dig^e k la demande d'un Ev^que , sur Tordination des 
^veques, leur translation d'un si^ge a un autre; par- 
ticulifereraent au sujet d'Actard, ev^que de Nantes, 
qui, expulsE de son si^ge par un certain due de Bre- 
tagne , et chargE pendant quelque temps de Tadmi- 
nistration du si^ge de T^rouane , alors vacant , avait 
^t^ ensuite, k'la demande du clergE et dii pensile de 
la province de Tours, ordonnE et install^ Ev8qtie en 
cette m^tropble par les dv^ques rassetnblEs ; une lettre 
adfessEe k un frfere, au sujet d'un homiAe qui avait 
eu une concubine, et ensuite avait EpousE sa soeur. 
U a Ecrit aussi une apologie pour lui-mdrae, adress^e 
i tons ceux qui voudraient la lire , coritre eeiix qui 
Tavaient calomniE aupr^s du p^pe 3^ean , quand il vint 

.3o> 



468 FRODOARD-, 

tenir le concile de Troyes, et le recut avec bont^. 
Hincmarr^pondit d^slors victorieu^ement dans le con- 
cile *, mais il ne ndgligea cependant pas de se d^fendre 
ensuite par ^crit : il proteste qu'il admet et observe 
avec respect les lettres d^cr^tales des pontifes de Rome, 
quoique ses ennemis Faccusent calomnieusement de 
ne pas lesregarder comme faisant autorit^ ^ il y traite 
du concile de Nic^e , de la deposition et du r^tablisse- 
meot •d'Hincmar, ivAqae de Laon ^ se justifie de la ca- 
lomme qui lui imputait d'avoir dit que le pape nWait 
ni plus de dignity ni plus d'autorit^ que lui ; enfin 
des reproches qu'on lui faisait au sujet de Garloman, 
et de beaucoup d'autres griefs dont il se montre tout- 
ihfait innocent. II existe d'ailleurs de lui tant d'^crits 
sur tant de sujets , que nous ne croyons pas pouvoir 
sufjfire k les ^num^rer et citer. 



CHAPITRE XXX. 



De la mort d'Hincmar. 



€ependaht les iniquity contre lesquelles Hincmar 
avait toujours lutt^J, comme un mur inexpugnable, 
croissant et se multipliant de jour en jour, k nation 
des Normands se r^andit par tout le royaume des 
Francs. Comme alors la ville de Rheims n'avait point 
de murailles, TarcheviSque prit ce qu'il y avait de plus 
pr^cieux en ses tr^sors , c'e^-^*4ire le corps du bien- 
heureux saint Remi , et se r^ugia dans les bois de 
Tautre cot^ de la Marne , oi!l il garda pendant quelque 



HISTOIRE DE LEGLISE DE RHElMS. 469 

temps le sacr^ corps en la ville d'fipernay. Aprfes quel- 
que s^jour en ce lieu , il y mourut , et son corps ful 
rapport^ au monast^re de Saint-Remi , et depos^ dans 
un tombeau qu'il avait fait preparer lui-meme d^rrifere 
le s^pulcpe du saint , et sur liequel fiit gravde F^pi- 
taphe sQivante dict^e par lui-m^tne ^ r 

ft Lecteur , je t'en conjure du fond de mon tom- 
« beau, moi, Hincmar, ^v^que par un honneur peu 
« m^rit^, souviens-toi de mon nom. Saint Denis, me 
« tirant de son propre troupeau, me donna jadis pour 
a pasteur, et sur leur demaade , aux habitans de 
« Rheims. Moi, humble, qui ai gouvernd selon ma 
a sagesse ce noble peuple de Rheims, je suis ici d^- 
« vor^ par les vers. Invoque pour moi le rep<» de 
« mon ame , et , i la resurrection de la chair , les^ 
« abondantes joies du ciel. Christ clement , aiie piti^ 
« de ton fiddle serviteur ! Sainte Marie , sois propice 
« a ton adorateur! Doux saint Remi ,.que la devotion 

■ Nomine non merito, praesal Hincmarus, ab aniio 

Te lector, tituli, quaoso, memento mei. 
Quem grege pastorem proprio Dionysius olim 

Remorum populis, ut petiere, dedit^ 
Quiqtie humilis magnae Remensis regimina plebis 

Rexi pro> modulo, hie modo yerme yoror. 
Ergo animae requiem nanc, et cum carne resumpta, 

Gaudia plena mihi haec quoque posce simul. 
Christe luiclemens famuli miserere fidelis: 

Sis pia cultoriy sancta Maria, tao. 
Dulcis Remigii sibimet deyotio prosit ^ 

Qua te dilezit pectore, et ore, manu. 
Quare hie suppetiit supplex sua membra locari, 

Ut bene complacuit , denique sic obiit. 

Anno dominicae incarnationis DGCGLXXXII, episcopatus auietn 
sui XXXVII, mense VII, et die IV. 



4^0 FRODOARD^ 

(1 avec laquelle je t'ai ch^ri et servi du coeur, dela 
a bouche et de la main , tourne k mon saint ! Pai 
u suppli^ qu'on d^osat ici mes membres , ei suis 
cc mort comine je Tavais souhait^. 

ft L'an de rincarnation du Seigneur 882 , la trente- 
d septi^me ann^e , ]e septifeme mois et le quatri^me . 
« jour Me Ti^piscopat d'Hincmar. » 



UISTOIRE D£ l'eGLISE DE RHEIMS. ^'Jl 



LIVRE QUATRIEME. 



CHAPITRE I". 

Dc 1 episcopal de Foulques , et des Icttres qu'il a ecrites k 

plusieurs pontifes remains. 

QoAND rhomme de Dieu dont nous venons de par- 
ler eut it4 d^os^ aapr^s de ses pferes , Foulques , 
homme tr^-noble , et depuis long-temps accoulum^ 
aax offices du palais, lui succ^da au si^ige de Rheims ; 
lequel envoya sa profession de fpi au pape ftlarin , et 
en recQt Je pallium, suivant la coutume de ses pr^dd- 
eesseurs. II ^crivit aussi au m^me pape, pour se faire 
oclroyer le privilege du a Teglise de Rheims , et pour 
vecommattder le roi Garloman •, il rappelle au pontife 
qa'il a ele connu de lui bien auparavant , du temps du 
pape Jean, quand il alia a Rome avec Tempereur 
Charles. Il lui ^crivit encore pour un monast^re que 
son frfere, nomm^ Rampon, Favait cbarg^ par son testa- 
ment de faire batir avec les biens de sa succession •, et 
depuis, ces biens ont dt^ envahis par un certain Her- 
menfroi , qui s'etait uni k la veuve de Rampon •, sur 
quoi le m^me pape adressa des lettres k £vrard, arche- 
v^qne de Sens, dans ie diocese duquel le monast^re 
avail (5te t'levei: et aussi i Jean, archev^quede Rduen, 



47^ FRODOARD; 

dans le diocese duqael demeurait Hermenfroi , lui 
ordonnant ou'il Tavertisse de ne pas persister plus 
long-temps dans Tusurpation des choses saintes ^ car 
s'il ne voulait pas ob^ir, il encourrait les vengeances 
canoniques. Foulques s'empressa aussi d'adresser des 
lettres de felicitation au pape Adrien, successeur de 
Marin , au commencement de son pontificat ; il se r^ 
jouitavec lui de son d^vation, et lui exprime le d^sir 
de faire un voyage k Rome , s'il plait k Dieu d'accorder 
lapaix; il le prie de lui renouveler, maintenir, confir- 
mer et augmenter les chartes des privileges accordes au 
sidge de Rheimspar les papes L^on, Benoitet Nicolas^ 
et aussi touchant le susdit monast^re dont Hermen- 
froi avait usurpd les biens, il lui sugg^re d'adresser aui 
archeveques Evrard et Jean des lettres de son Auto- 
rite en lesquelles il leur prescrive ce qui doit ^tre 
fait, etc., etc... Au m^me, enfaveur du roi Carloman, 
dont nous avons parie plus haut *, et pour la defense 
de- Frotaire, archev^que de Bourges, qu'un moine de 
son diocese accusait de s'^tre , apr^s la destruction de 
sa ville par les paiens, temerairement empare du 
siege d*un autre -, il fait voir quHl a ete demande et 
eiu par tout le clerge et le peuple de la ville ; que son 
predecesseur Marin avait donne sa sainte approbation 
k leur demande , avait en outre honore ce preiat du 
pallium, et enfiu avait confirme par ses lettres, sa pro- 
motion en reglise de Bourges, etc., etc. 

£crivant k £tienne, successeur d' Adrien, il lui rend 
graces de ce qu^il a daigne le visiter, lui et son eglise, 
par lettres de son Apostolat, le consoler au milieu 
des diverses tribulations du monde, et Tfaonorer du 
nom de fr^re et d'ami , auquel pourtant il est loin de 



HISTOIRE D£ l'eGLISE DE RHEIMS. ^^3 

pr Aendre , se reconnaissant bien plut6t son serviteur 
et sujet; il y dit qu'il serait all^ k Rome pour le voir, 
sHl n^^tait assi^g^ et enferm^ par les paiens*, mais quails 
ne sont qu^k dix milles de sa ville , quails assi^gent 
Paris ; que depuis huit ans d^jk ce fldau d^sole le 
pays , et ne permet k personne de faire un pas hors 
des chateaux ; il ajoute enfin qu^il a appris que des 
sc^yrats impies tendaient des embucbes k ce saint 
P^re , qu'il en est vivement aflBiigd , qu'il voudrait , s'il 
pouvait , lui porter secours , que du moins il Tassiste 
de ses priferes , la seule chose qui est en son pouvoir ^ 
il lui parle aussi de Gui son parent , que ce pontife 
avait adoptd pour fils , et lui t^moigne que lui et tons 
ses parens auxquels il en a fait part demeureront ses 
serviteurs et I'honoreront comme il le m^rite ; quant k 
ce que sa Saintet^ lui a mand^ , qu'elle est pr^te k 
confirraer et approuver tout ce qu'il lui indiquerait 
comme utile au bien de I'figlise de Dieu, il lui repond 
que sa bontd Tattache de plus en plus k la fid^lit^ qu'il 
lui doit, qu'il pers^vdrera, lui etses codv^ques sujQTra- 
gans, dans le culte du au Saint-Si^ge de Rome^ et 
que s'il s'^levait jamais centre lui quelque preten- 
tion contraire k la vraie foi , il est pr^t, Dieu aidant, k 
la combattre et refuter de toutes mani^res; mais aussi 
que sa Saintete considfere que le si^ge de Rheims a 
toujours ^t^ honord par ses prdd^cesseurs par dessus 
toutes les ^glises des Gaules ; que le premier des apo- 
tres , le bienheureux saint Pierre , a en voy^ pour pre^ 
mier ^v^que en cette ville saint Sixte , et lui a donne 
le rang de primat de toute la religion gallicane^ que 
le pape Hormisdas a institu^ saint Remi son vicaire 
dans les contr^es des Gaules^ qu'il lui rappelle ces 



474 FRODOARO; 

choses poar qu'il ne souffre pas que de ses jours \e 
siege de Rheims tombe en d&honneur, insistanl sur 
Fexemple de ses pred^cesseurs Marin et Adrien , qui 
Ini out toujours accords privilege en tout ce qu'il a 
demand^ ; — ^ item^ touchant les biens de Bampon et 
celui qui les avait usurpes ; il remontre au pape que 
ses pr^d^cesseurs avaient ordonne aux archevdques de 
Sens et de Rouen de rexcommunier , et que, faute 
par ceux-ci d'avoir fait diligence , fusurpateur pos- 
s^de encore ce qu'il a ravi ^ c'est pourquoi il prie le 

« 

pape de le frapper d'une sentence apostolique et de 
donner ordre aux archev^ques de ne plus apporter 
aucun ddai kson excommunication; — en outre, tou- 
chant plusieur^s. biens de Tdglise de Rheims que des 
usurpateurs avaient envahis , il prie le pape qu'il lui 
plaise ^crire k I'empereur Charles qui en avait deja 
restitu^ Une grande partie , Fengager i continuer et 
achever la bonne oeuvre qu^il a commenc^e, et le 
remercier lui-m^me de ce qu'il a fait, etc., etc... Sur 
quoi le pape, en reponse, lui t^moigne qu'il est charme 
de le voir aihsi plein de z^le pour Thonneur du Saint- 
Si^ge , et I'engage k bruler toujours plus ardemment 
de cette sainte affection ; qu'il a eu pout tr^s-agreaWe 
ce qu'il lui a dit du due Gui, qu'il tient et regarde tou- 
jours comme son fils unique ; qu'il est afflig^ comme 
pour lui-mdme de la desolation que les Normands 
causent dans le royaume, et qu'il prie Dieu pour la 
defense du peuple par I'intercession des premiers apo- 
tres , afin que I'archev^que puisse arriver sans danger 
jusqu'au seuil de Rome, et que lui , pape, puisse I'ein- 
brasser de ses bras corporels , et conf^rer avec lui des 
privileges dont il lui a dcrit. 11 a ecrit, dit-il, comme 



HlSTOlRE D£ L*£GUSE D£ RHEIMS. 4?^ 

Fottlques le liii demandait , aux deux archeygques de 
Sens et de Rouen, et aussi k Tempereur Charles pour le 
prierdefaire justice kF^isede Rheims^et leremercier 
de sa bienveiUance pour elle.^-^Dans une autre lettre 
adress^e au m^me pontife , Foulques se fdicite et se 
r^jouit de sa prosp^rit^ , au milieu des tribulations et 
des extr^mit^squ'il souifre des pai'ens : il recommande 
de nouveau k sa faveur le due Gui , dont nous avons 
d^j4 parl^ ; il se plaint derechef d'Hermenfroi , qui n'a 
tenu compte de rayertissement des archey^ques *, il 
insistepour que le pape somme une seconde fois les 
archey^ques de le r^primander plus s^yferement , et 
que s'il ne restitue pas les biens usurp^s , il soit frapp^ 
d^un jttgement eccl^siastique ^ il lui demande , et le 
prie de lui r<ipondre , si Tordination d'un ^yeque pent 
4tte dument c^l^br^e le jour de. la £§te d'un saint , ex- 
cept^ toutefois le dimanche, etc. , etc. — Sur quoile' 
pape en lui r^pondant , le remercie de sa charity et 
de sa soUicitude pour le Si^ge apostolique , compa- 
tissant k son affliction , lui promettant de r^pandre 
ses pri^res deyant Dieu pour son soulagement^ let 
il Tengage k se confier dans la protection du Sei* 
gneur. — Le m^me pontife ^crit encore k Foulques 
pour un certain Dominique, opprime et chass^ de 
ses biens par ses fils et ses propres parens , Fexhor- 
tant k faire des recherches actiyes centre ces yiolences , 
et k lui servir de protecteur-, -^iteniy pour qu'il re- 
coiye quelques Anglais en son diocfese; — item^^M 
m^me , ainsi qu'k Aurdien de Lyon , Adelgaire , Gei- 
lon , Emmenon , et autres ^y^ques ^tablis en France , 
au sttjet des • plaintes dey^es par F^glise de Bourses 
centre Fusurpation de Frotaire , ey^que de Bordeaux , 



476 FRODOiRD^ 

qui avail occup^ quelque temps le si^ge de Poitiers, 
et auquel plus tard celui de Bourges avait ^t^ couMi 
a cause des incursions et ravages desbarbares, mais kcon- 
dition que, lan^cessit^ cessant, cesserait aussicecpeh 
n^cessit^ avait command^ ^.c'est pourquoi le souverain 
pontife ordonne aux archev^ques ci-dessus d^nomm^ 
de sommer Frotaire de revenir k son propre si^ge; que 
s'il refuse d^obdir aux avertissemens apostoliques, ils 
sachent que par le jugement du Saint-Esprit ilestlie 
des liens perpdtuels de Fexcommunication ; — itm^en 
faveur de Theutbold,.^v^que de Langres, disantqu'il 
a recu les dol^ances de F^glise de Langres, laquelle 
se plaint qu^apr^s la mort deTev^que Isaac, sans con- 
suiter le clerg^ ni le peuple, Aur^lien de Lyon avait 
ordonnd ^v^que un certain moine £giIon ,toulrecem- 
ment sorti du si^cle, et le leur avait par violence 
impost malgre eux -, que ce moine ^tant d^^d^ de ce 
monde et appel^ en Fautre par la volontd de Dieu, 
pour ne pas ^tre de nouveau exposes aux m^mes vio- 
lences, le clerge et le peuple d'un consentementuna- 
nime avaient ^lu Tb^utbold diacre de leur ^glise , et 
suppliaient le saint P^re de le consacrer ^veque-, mais 
que le pape voulant conserver intact le privil^e de cha- 
que ^lise, avait difF(^r^ de le sacrer, et favait adresse 
a Aurelien , en lui ^crivant que si les voeux du clerge 
et du peuple se r^unissaient sur lui , et si les sacr& 
canons ne s'y opposaient pas , il lui impos^t les mains 
sans ddai ^ que s'il y avait quelque motif d'empeche- 
ment , il le lui fit savoir ; que cependant il se gardat 
d'en ordonner un autre , sans Tavoir consult^ , et qu en 
m^me temps il lui avait envoy^ comme l^gat a lat^^ 
OEran, ^v^que de Sen ez /pour faire ex^cuter sesor- 



HISTOIRE D£ LEGUSE D£ RHEIMS. 4? 7 

dres ;duquel Aur^Iien se jouant, Favait envoy^ devant 
a Langres , lui promeitaat de le suivre tr^s-prompte- 
men! ; et apr&s s'^re fait attendre long- temps , non 
seulement il n'^it pas venu , mais n'avait pas m^me 
eu TattentioQ de faire connaitre la eause de ce retard, 
ni d'en informer le pape^ cpie voyant cela , le clerg^ 
et le peuple de Langres avaient de nouveau renvoy^ 
leur dlu k Rome avec un second d^cret signe de la main 
detous, solUcitantavec instance sa consecration; que 
voulant toujours conserver intact le privil^gede T^glisje 
de Lyon^ le pape n'avait pas encore acquiesce k leur 
deiaande; maisavait derechef ^crit ^ AurdJien, pour 
Lai erdonner , puisque les voeux du elei^^ et du peu- 
ple demandaient le diacre Theutbold , ou de le con- 
sacrer , ou de lui faire connaitre ce qu'il trouvait de 
reprehensible en lui ; mais que celui'<;i ajoutant Tobs- 
tination k sa premiere d^sobeissance , non seulement 
n'avait pas voulu ordonner Theutbold^ ni faire con- 
naitre ce qu'il trouvait en lui de reprehensible , mais 
encore, malgr^ les defenses que le pape lui ayait f^ites, 
et contre les statuts des sacres canons, il avait eu Tau- 
dace devouloir leur imposerbon.gre malgre un etran- 
ger, inconnu k leur eglise, et ordonne dans un coin; 
mais les gens de Langres , resolus a tout souffrir plutot 
que de se soumettre k un inconnu, etaient revenus au 
pr^s de lui , le suppliant de ne pas souffrir que les lois 
ecciesiastiques fussent ainsi vioiees : « En consequence, 
« ajoute le pontife , nous qui dans la personne du 
« bienheureux saint Pierre , prince des apotres , avons 
tt recu le soin de toutes les eglises, sachantque celui- 
K \k ne pent ^tre corapte parmi les evdques , qui n'est 
tf ni eiu par le clerge, ni demande par le peuple, ce- 



478 FRODOIRD -, 

« dant aux pri^res lamentables de ceux de Langres, 
(i nous avons ordonn^ et ordonnons ^v^que de lenr 
u eglise le v^n^rable diacre Theutbold , portant en 
(( m^me temps une juste et terrible sentence contre 
« les pr^aricateurs d^j^ li^s et cbarg^s d'autres pre- 
tt yarications. Cest pourquoi nous enjoignons ^ ta sain- 
a tet^, au recu de nos preisentes lettres apostoliques, 
i( de te rendre sans aucun d^Iai it T^glise de Langres , 
« de donner Finvestiture audit Theutbold solennel- 
tt lement consacr^ ^v^que par nous , et de faire sayoir 
<i k tons les ^^ques et archev^ues ^ qu'en punition 
u d'une si grande rebellion , nous nous sommes cbar- 
« g^ du soin special de cette Eglise, afin de la conso- 
« ler des douleurs d'une si cruelle affliction , et aJJ^er 
ft Toppression qu'elle a soufferte ; te prions de plus 
(c d'ajouter foi k tout ce que le v^n^rable Theutbold te 
« rapportera de notrepart, et de ne faire aucunedif- 
<c ficult^ de Teffectuer. Ce que nous nous promettons 
ft de toi , ne doutant pas de ta devote r^v^rence en- 
'« vers nous, w 

A cette lettre, Foulques rdpond en remerciantfe 
pontife de la consolation qu'il lui donne par ses let- 
tres , et en lui assurant qu'il est pr^t a accomplir tout 
ce qui lui sera enjoint par sa Sublimite •, qu'il etait 
dans I'intgntign d'ex^cuter sans d^lai ce qu'il lui or- 
donne an sujet de I'^v^que Theutbold ; mais qui' 
y a sursis par respect pour son roi Eudes , jnsqua 
ce que ce prince ait envoy^ ses d^put^s* i Rome, 
et ptt apprendre par eux d'une mani^re certaine ce 
qvLil ordonnait •, qu'i I'^gard de ce que le pape tdmoi- 
gnait dans ses lettres , qu'il voulait mainteniri toutes 
les ^glises leurs privileges entiers et sans confusion d« 



HISTOIRE DE l'^GLISB DE RHEIMS. 479 

pr^dance , cette assurance avail comble de joie tons 
Jes ev^ues , en presence desquels il en avail fait don- 
ner lecture*, il consulle ensuite son Autorit^, el la prie 
de lui repondre s'il est permis aux ^v^ques sulSragans 
de son diocfese de sacrer un roi ou toute autre per- 
sonne , sans sa permission , son consentement el son 
autorisalion., ou de se permettre quelque autre chose 
que ce soil , sans consulter leur m^tropolilain , ou 
contre la defense de leur primal. 

Le m^me pape oclroya el envoya par ^cril k Foul- 
ques le privilege qu'il avail demand^ auSi^ge de Rome, 
et par lequel il ^lail enjoint que mil ne se permit 
d'usurper ou d^lenir les biens resultant de donations 
faites oui faire au si^ge de Rheims; qu'aprfes sa morl, 
nul ne lent^t de s'emparer illicitemenl de son si^ge 
ni des biens de son ^v^ch^ , sous peine d'encourir les 
censures du Si^ge aposlolique. ~ Le pape lui cicrivit 
encore au sujet de la contestation ^lev^e entre Her- 
mann , ^v^que de Cologne el Adelgaire, ^v^que d'Ham- 
bourg et de Br^me; car Hermann avail adresse sk 
plainte au Saint-Si^ge , Adelgaire aussi , et de plus il 
^tait venu en personne , proteslant que ses privileges 
^laient violds par Hermann ; en cons(k[uence , le 
pape les avail cit^s k comparaitre tons les deux devant 
lui; mais comme Adelgaire seul s'^lait pr^sent^, le 
pape avail difF^r^ de prononcer , de peur de pafailre 
agir avec trop de precipitation , ce qui pourrait un 
jour faire revivre la querelle. Cesl pourquoi il enjoint 
a noire pr^lal de convoquer en son nom el a Worms, 
un synode compost de tous les suffragans voisins et 
des deques limilrophes , et il ordonne k Hermann de 
Cologne , i Sondef old de Mayence avec tous ses suf- 



4Ho frodoard -, 

fragans, eta Adelgaire, d'y comparaitre et plaiderleor 
cause, afin qu'un examen attentif decide de ce qmap- 
partientk chacun^ il invite aussi la fraternity da sei- 
gneur Foulques k faire tout son possible pour venir 
lui-m^me k Rome avec les contendans, parce qu'ila 
a trailer avec lui , outre ce diff^rend , de beaucoup 
d'autres affaires eccl^siastiques qu'il veut r^gler et ter- 
miner d'apr^s son avis ^ rien , dit-il , ne saurait lui etre 
plus flgr^able que sa presence ; que s'il ne pent faire 
le voyage, il lui fassje au moins connaitre par le temoi- 
gnage v^ridique d'un ^v^que ferme et habile envoyd 
avec eux , quelle est la v^rit^ en cette affaire : que si 
les contendans ne peuvent venir, qu'ils env6ient leurs 
l^gats avec I'^v^que choisi par Foulques , avec pou- 
voir de discuter et d^lib^rer, afih qu'une sentence 
definitive une fois port^e , il ne soit plus d^sormais 
question de cette qu'erelle. 

Le seigneur Foulques ^crivant au sujet de la meme 
affaire au pape Formose , successeur d'Etienne , lui 
feit connaitre ce qui lui avait^t^ enjoint parce pape, 
et lui demande de lui envoyer'des lettres deson Au- 
torit^ pour en poursuivre Texc^cution \ ce qui fait que 
dans une seconde lettre , il dit qu'il est ^tonne , si ses 
lettres sont parvenues, que le saint Pfere ne lui ait pas 
r^pondu , et qu'il cherche les motifs de son silence: 
cependantil le remercie d'avoir daigne avoir memoire 
de lui , et de lui avoir envoy^ des paroles de samte 
consolation par I'abbesse Berthe , et fait exprimer ie 
desir de le voir et d'avoir une conference avec lui : 

• 

il i'assure que cette assurance lui a causd une joie^i 
vive qu'elle a redouble le desir qu'il a de le vou] 
qu'il veuille done bien lui indiquer le temps et le 



J 



HISTOIRE DE LEGUSE DE RHEIMS. J^6i 

lieu ou il pourra le rencontrer ^ et qu'il s'empr^ssera 
d'obtempdrer a ses ordres : il lui demande en outre 
de lui accorder la* renovation et confirmation des pri- 
vileges de r^glise de Rheims^ comme ont fait tous ses 
pr^decesseurs , et dassurer ainsi k cette ^glise une 
garantie perpetuelle des biens que son humilite lui a 
acquis : il lui raconte comment le marquis !^vrard 
avail autrefois obtenu du si^ge de Rome le corps de 
saint Calixte , pape et martyr , et fait construire un 
monast^re en son hOnneur dans un de ses domaines-^ 
qu apr^s sa mort , ce domaine est ^chu en heritage a 
son fils Fabbe Rodolphe , lequel de son vivant I'a 
poss^de^ sans contradiction aucune, avec les biens et 
le cbamp du saint martyr • qu^eii mourant Rodolphe 
a l^giie les biens, le monastfere et le corps du martyr 
a la sainte ^glise de Rheims , et Fa institute h^ritiere 
de tous ses biens 5 que maintenant un certain Hue- 
bold , mari de la soeur de Rodolphe , attaque la do- 
nation de Fabbe, et cherche a enlever ces biens au 

• 

domaine de F^glise de la M^re de Dieu. II le prie 
done de Finstruire par ses sacrees et saintes lettres 
de ce qu'il doit faire en une telle circonstance , de 
ratifier a perp^tuitd la donation de ces biens, et de 
frapper les contradicteurs d' excommunication. Enfin 
il dit qu'il est dans Fangoisse et dans les sanglots^ 
parce qu'il a appris que la sainte Eglise roihaine ^tait 
troublde par qu^lques gens ^ qu*il est pi^^t a combattre 
de toutes ses forces pour son honneur, et a seconder 
en tout le souverain pontife. II fait aussi mention de 
quelques ^v^ques des Gaules qui demandaient indu- 
ment le pallium^ meprisant par cette pretention leurs 
raetropolitains-, il ajoute que cet abus , si on ne le pr^- 

3i 



48 a FRODOARD \ 

yient par une prudente sollidtude , engendrera nne 
grande coafusion dans rfglise, et portera un coop 
funeste it la charity. Cest pourquoi il supplie le 
saint P^re, tant en son nom qu'aa nom de toute Ytr 
glise , de ne pas consentir avec precipitation k ces de- 
mandes t^m^raires , ni sans avoir pris Fassentiment 
g^n^ral et consult^ par lettres, de peur que Thon- 
neur de la dignity eccl^iastique ne Gommence k s'a- 
vilir, si des distinctions ill^itimes, t^m^rairement 
brigades, sont t^m^rairement accord^. 



ass 



CHAPITRE II. 

Des lettres du pape Formose k FoulqueSy au roi Charles 

et au roi Eudes. 

Le pape Formose r^pondant aux lettres de Foulques, 
lui mande qu'il doit compatir aux maux de T^glise ro- 
maiae, subvenir k sa ruine imminente, et ne pas lui re- 
fuser plus long -temps sa prince : il ajoute queles 
scbismes et les h^r^sies puUulent de toutes parts, et que 
personne ne se montre pour leur roister ^ que depuislon- 
gues amines des b^r^ies pernicieuses mettentia confu- 
sion dans rOrient; que des scbismes nuisiblestroublent 
Constantinople ; que des l^ats d'Afrique sont ^ Rome, 
sollicitant une decision $ur un scbisme depuis long- 
temps ilevi entre les ^vSques de ces contr^es^ qu'enfin 
de tons les pays affluent des deputations qui deman- 
dent des decisions sur mille points divers. Cest pour- 
quoi il a r^solu d*assembler un coacile general le pre- 



HISTOIRE DE L*]66USE DE RHEIMS. 4^3 

mier jour de mars ; il invite Foulques k s'y rendre en 
toute h&te et sans d^lai, afin que, con£^nt ensem- 
ble , lis puissent traiter toutes ces cheses plus ]ar^ 
gement, el r^udre plus pleinement les diverses 
questions. 

Quant a ces affreuses temp^tes dont Foulques se 
plaint d^^tre battu par les Normands , le pape dit qu'il 
en est vivement afflig^, et qull demande k Dieu, 
par rintercession du prince des apdtres , que sa main 
toute-puissante le» arr^te : il ajoute que les lettres 
dont Foulques lui avail annonc^ Tenvoi par cer- 
taines personnel, ne lui sont point parvenues. D^j^ , 
auparavant, Formose avait parld k notre prdat , dans 
d'autres lettres, de ce concilequ'il voulait, dit-il, con- 
voquerk la mi-mai. Dans ces m^mes lettres il d^plorait 
le sort de lltalie, deux fois ravagee par une guerre 
terrible, et presque ruin^e, et g^missait sur la foUe 
et t^m^raire h^rdsie de TOrient, qui blaspheme notre 
Seigneur J^su^hrist^—- item^ il lui envoie en outre 
le privilege que Foulques lui avait demands sur plu- 
sienrs pr^aires, et lui rappelle que le bienheureux 
saint Remi a ili^ par Tautorit^ du si^e de Rome, et 
avec la gr&ce de Dieu , constitu^ apdtre de la na- 
tion des Francs. II eonfirme la restitution du Vil- 
lage de Berne, qui depuis long-temps avait 4t4 
soustrait a T^glise de Rheims; celle de Ddu2y, et 
en m^me temps tout ce que le seigneur Foulqties 
avait obtenu a titre de pr^caires, savoir : Riom, 
Maroilles, Yertus, Tabbaye de Gbampeaux, Atties, et 
d'autres biens qui, depuis ldng-t6m)>s:enlev^ kY4* 
glise de Rbeims, venaient de lui ^tre rendn^; daW 

eette confirmation , d^enses sont faites k qui que ce 

3i. 



484 FRODOIRD ', 

soit d'y oser attenter ou porter la main , ainsi que sur 
aucuue autre possession de cette ^glise : il defend en 
outre, de I'autorit^ du bienheureux saint Pierre, 
qu*aueun chrdtien , au d^c^s de T^v^ue de Rheims, 
applique k son b^n^fice et usage ou Nv^ch^, on les 
biens de cette ^glise, et s'en attribue la possession, 
hormis T^vdque de la cit^ de Rheims ; que personne 
ne force cette mAropolei rester, contre les institutions 
canoniques, sans un pasteur ayant toutes les quality 
requises par les regies eccl^siastiques^ que nul soit 
ordonn^ dv^que si ce n'est selon les constitutions ca- 
noni(|ues : il declare en outre et orcftune que tout ce 
dont le v^n^rable ^v^que Foulques a disposd sur les re* 
venus des villes et villages appartehans k cette ^lise, 
pour rornement des ^glises , pour les luminaires , Yen- 
tretien des chanoines, moines, I'eligieuses, hospices 
et p&uvres dU diocese , soit maintenu et in violable- 
ment observd : et enfih il confirme et sanctionne ce 
d^cret de son autorit^ , en chargeant des liens de fa- 
nath&me quiconque Fosera violer *, — item^ il mande 
que Gui a ii^ couronnd empereur en la pr^ente an- 
n^; — - item^ k la demandedu seigneur Foulques, 
il lui envoie uh autre privilege par lequel il confirme 
k Tdglise de Rheims la possession du monast^re que 
Pabb^ Rodolphe avait fait construire en Thonneur de 
saint Caliscte , pape et martyr, sur sa propri^t^ et en 
vertu de ses droits h^r^ditaires , et qu'il aVait ensuite 
l^gu^ k r^glise de Rheims ; il confirme non seulement 
la donation de ce convent , mais encore celle de tons 
les biens conf^r^ k T^Iise de Rheims par la lib^ra- 
lit^ royale, ou la munificence des autres chrdtiens, 
comme aussi de tons ceux que «FouIques avait acquis 



HISTOIRE DE LEGLISE DE RHEIMS. 4^^ 

OH viendrait k acqu^rir par la suite; il lui mande 
encore que Lambert, fils de Gui , a ^t^ d^sign^ em- 
pereur la seconde annde de Tempire de son pfere-, 
— item^ touchant \es ^v^ues dioc^sains de la pro- 
vince de RheimSy sur ce qu'il avait appris que quelques* 
uns d'entre eux refusaient d*obdiv aux mandemens de 
leur archev^que, le pape enjoint k Foulques de se r^u- 
nir i ses co^v^ques, et de convoquer tels autres ^v6- 
ques qu'il lui plaira , afin qu'ils informent ensemble, 
par une enqu^te synodale, sur une si grandfe et cou- 
pable ndgKgence, et que munis de Tautoritd canonique 
et apostolique, ils ordonnent ce qu'il appartiendra ; re- 
commandant que personne ne se d^robe k cette oeuvre 
tant digne de Dieu , sous peine d'etre exclu de la com- 
munion apostolique ; — itenty sur T^evation de Charles 
au gouvernement du royaume, lequel le seigneur 
Foulques avait sacr^ encore enfant, et sur les mesures 
a prendre contre les crimes d^Eudes , et pour sa puni- 
tion , r^pondant ainsi aux lettres que Foulques lui 
avait Sorites pour lui demander ses conseils et son as- 
sistance-, c'est pourquoi le m^me pape dcrivit k Eudes, 
pour I'engager k renoncer k ses pretentions illicites, ^ 
ne troubler ni inquidter le roi Charles ni aucun des 
siens; enfin k accorder une trfeve pendant que I'dv^- 
que Foulques se rendrait k Rome devant le Saiht-Sidge 
apostolique. 



486 FRODOARD ; 



CHAPITRE III/ 



Des lettres adressees par le pape Formose k plusieurs prelats 

de France. 

Le m^me pape Formose ^crivit aux archev^es et 
(ivSques de Franpe , pour leur ordoaner de se rassem- 
bler, et d'exhorter le roi Eudes k se d&ister de ses 
pretentions ill^gitimes , et k ne pas usurper le bien 
d'autrui, t^chant d'^teindre k guerre et de faire cesser 
toute hostility , ou an mojins d*obtenir une trive pen- 
dant que Foulques ferait le voyage de Romej il leur re- 
commande de profiler de cet intervalle pour tout cal- 
mer, et ramener la paix et le bon ordre j — item^ au roi 
Charles, pour le fdliciter de son elevation, et enmeme 
temps de la devotion que ce roi a tdmoign^ porter 
au Si^ge apostolique 5 il lui expose en peu de mots 
de quelle mani^re il doit se comporter en Fadmiiu*' 
tration de son royaume , lui envoie en symbole et 
gage d'araitie le pain b^ni qu'il lui avait demanoe, 
et lui parle du voyage de notre ^v^que k Romej " 
Airit aussi au seigneur Foulques , pour lui faire savoir 
que, selon les conseils qu'il lui en a donnas, il * ^^ 
aux diverse* personnes dont nous venons de pan^r 
touchant la paix ou la trfeve k conclure eatre Em& 
et Charles 5 — item^ pour le charger d'apaiser 
querelle qu'il a appris s'^tre ^levde au sujet du meur- 
tre de Manigaud par Alberic 5 — itenij pour lui re- 
commander un pr^tre nomm^ Grimlaic , qu'i' ^^^ 



J 



HISTOIRE DE L^tGLlSE DE RHEIMS. 4^7 

tendrement, et leprier de lui donner un ^v^hdquand 
Toccasion s'en pr^enterait. — Outre les lettres dont 
nous avons parl^ , Foulques en ^crivit encore quel- 
ques autres k ce pontife , tant pour rinvitation et Tap- 
pel qu'il lui faisait de venir k Rome, que pour la 
quereUe qui divisait les rois Eudes et Charles; comme 
aussi sur Toppression qu'endurait F^glise de Rheims ; 
il prie le pape qu'il derive aux deux rois , et leur com* 
mande la paix •, qu'il ordonne aussi , au nom de Tau- 
torite apostolique , k Arnoul de Germanie de ne pas 
inquieter le royaume de Charles , et au contraire de 
lui porter secours, comme il convient entre parens \ 
qu'il mande a Eudes de ne pas se permettre d'envahir 
ni piller ce royaume ; et que s'il Tose , il craigne la 
sentence du Saint-Si^e apostolique; — item^ pour 
lui mander que, malgrd son admonition , Arnoul n'a 
prStd aucun secours au jeune et malheureux Charles, 
abandonne et orphelin ; qu'Eudes n'a cessi ni ses in- 
vasions , ni les pillages et devastations qu'il exerce 
sur le royaume; que bien au contraire, Arnoul a 
m^me envahi et usurpd tons les biens de I'dglise de 
Rheims, tant ceux qu'il avait autrefois restituds, que 
ceux qui n'avaient jamais iti enlevds k cette dglise , 
sans autre motif sinon que Foulques n'a pas vouly. 
approuversa temdraire et coupable usurpation; que 
le roi Eudes a assidgd la ville de Rheims , portd par* 
tout le meurtre et le ravage , donnd k ses satellites les 
biens de I'dglise , et enfin n'a cessi de ddvaster 1'^ 
vSche que lorsque Charles , arrivant avec une pui^ 
sante armec, I'a forc<S de lever le sidge et de se reti- 
rer : il lui mande aussi que Robert , un des hommes 
d* Arnoul, du dioc^e d'Hermann, dveque de Cologne, 



488 FRODOAAD ^ 

a envahi et pille les biens de F^glise de Rheims , jus 
qu'k ce qu'on Ten ait chass^ et poursuivi comme un 
chien enrag^ j il demande que , si ce pervers ne con- 
sent pas k reconnaitre son crime, il soit frapp^ d'ex- 
communication ^ il fait observer au pape qu'au milieu 
de ces troubles affreux du royaume , il lui serait im- 
possible de se rendre devlht son autorit^ apostoli- 
que, puisque Ton n'attend que la guerre , et qu'il sem- 
ble qu'en effet les aOfaires du royaume ne se peuvent 
arranger autrem^t ^ quant k lui , dit-il , il a tou jours 
cherch^ k Eloigner la guerre, non quails fussent in- 
fi^rieurs ou trop faihles, ou qu'il doutat de la justice 
de la cause de Charles, mais de peur que les forces du 
royaui&e une fois usdes par la guerre , il ne fut en- 
suite livr^ sans defense k Tinvasion des paiens; e'est 
pourquoi un traitd a ^t^ conclu entre les deux partis, 
et ils se sont mutuellement promis security et repos, 
jusqu'a un terme fixd, etc. , etc. 

Item^ au sujet du r6i Charles et de Tempereur Lam- 
bert -, il remerciq le pape de ce qu'il lui a mand^ sur 
Lambert ^ qn'il a pour lui la tendresse d'un p^re et 
Taime comme le fils le plus ch^ri , et qu'il desire tou- 
jours conserver avec lui une Concorde inviolable-, il 
lui assure que de sa part il aime Lambert, moins parce 
qu*il lui est uni par les liens du sang , que pour Taf- 
fection et le respect qu'il porte au saint Pfere •, il le 
prie de manager au roi Charles amiti^ avec Lamberts 
et qu'il derive k Eudes et aux grands du royaume, 
pour procurer la paix, afin que Charles jouisse enfin 
paisiblement du royaume qui lui appartient par droit 
d'h^r^ditd ; et que, s'il ne pent le possdder tout entier, 
^U moii^ lis lui en cojaservent une partie digne d? 



HISTOIRE DE L^EGUSE DE RHEIMS. 4^9 

son rang et de sa naissance, faisant un juste et paisi- 
ble partage ; il promet au pontife qu'il ex^cutera ce 
qu'il lui a command^ sur les sacrileges violateurs 
des choses saintes, Richard, Manassas et Rampon,aus- 
sitot qu'il lui sera possible de rassembler ses co^ve- 
ques 5 que seulement le pape veuille bien lui dire si , 
comme il les a li^s du lien eternel de rexcommuni- 
cation , il lui serait permis , au cas oi^ ils viendraient 
k se convertir , de leur accorder misdricorde , ou de 
les recevoir k penitence ; enfin quelle doit ^tre lame- 
sure de la penitence elle-m^me : quant k Rampon , il 
assure qu'il n'est coupable qu'envers I'^v^que Theut- 
bold, mais qu'il n'a commis aucune faute contreWal- 
ther de Sens, k I'arrestation duquel il n'avait pris au- 
cune part ni par sa presence, ni m^rae par son consente- 
ment; — iterriy pour H^riland, ^v^que de T^rouane, 
qu'apr^s la ruine et le sac de son ^v^ch^ par les Nor- 
mands , il avait accueilli dans son malheur avec tons 
les ^gards dus a sa dignity, et qu'il avait ensuite ^tabli 
comme visiteur d'une ^glis6 vacante, pour lui procu- 
rer les moyens de vivre , en attendant qu'il en fut 
ordonn^ ^v^que. Comme les habitans du diocfese de 
T^rouane paraissent tout-k-fait barbaresde langage 
et de caract^re , il le supplie de lui rdpondre s'il 
peut confier k H^riland ce peuple , veuf de son pas- 
teur , et mettre a sa place en son si^ge de T^rouane 
quelque autre qui , k cause de la parent^ et de la lan- 
gue, puisse ^tre mieux recu et se maintenir en ce pays. 
Dans sa rdponse, le pape le comble de louanges, et 
le ftlicite.de sa dilection et de sa soUicitude envers 
I'emperevir Lambert , auquel il le prie de rester tou- 
jours fidfele et invariableiiient attach^ , comme a son 



490 FRODOAKO ; 

parent » lui assurant qu^il est avec lui en si parfait ac- 
cord de paix et bonne amiti^, qu^aucune intrigneou 
malice ne les pourra d^sormais s^parer*, il lui notifie 
qu*il a excommuni^ Richard , Manassas et Rampon, 
et les a li^ du lien perpdtuel de Tanath^me, pour 
avoir port^ rabomination jusqu'a crever les yeux a 
Theutbold, ^v^que deLangres, et k tenir en prison 
Walther de Sen^, aprfes Pavoir expuls^ de son si^e^ il 
lui mande de soutenir les mesures qu'il prend centre 
eux, de convoquer tons ses ev^ques suflfragans,etde 
faire pareillement approuver par eux le jugemcnt 
qu'il a port^. Le pape Formose ^crit enCore a notre 
archev^que pour un pr^tre nomm^ Berthaire, qui 
pr^tendait avoir ite An canoniquement i r^piscopt 
par le clerg^ et le peuple de F^glise de ChJlons , da 
consentement du roi Eudes-, il lui reproche d'avoir 
refus^ de Knstituer , malgr^ la Idgitimit^ de son Elec- 
tion , et tf avoir , au d^c^s^ de Tancien dv^que , confie 
cette eglise k H^riland , 4v^ue de T^rouane , comme 
a titre de benefice , et ensuite ordonn^ comme Eve- 
que un nomm(^ Mancion^ charg^ deplusieurscnmes; 
enfin^ comme Berthaire voulait se rendre k Rome, «* 
I'avoir fait arr^ter par un de ses vassaun nomm^ ton- 
rad, de Favoir arrache de son eglise , et tenn en e» 
pendant un mois. Cest pourquoi il mande exprcsse- 
ment et fraternellement a notre seigneur Foulques w 
se rendre a Rome au temps qu'il lui fixe ^ et d'amen^^ 
avec lui Mancion , Conrad et quelques ev^ues ci- 
dessus d^ommds , eic. 



filSTOIRE DE l'^GUSE DE RHEIMS. 49 



CHAPITRE IV. 

Des lettres du pape Etienne k I'archeveque Foulqiies, et de 
celles que Foulques lui a ecrites en reponse. 

Le seigneur Foulques , ^erivant au pape £tienne , 

successeur de Formose , s'efforce de lui fiaire connai- 

tre la devotion qu'il porte au si^ge de Rome, le desir 

qu'il ressent depuis long-temps d'aller visiter le seuil 

des ap6tres ; mais que divers motifs de perils et de 

craintes Tout empSch^ d'accomplir son voeu ; dans la 

m^me lettre, il lui annonce que les rois Eudes et 

Charles sont , grslce k ses efforts , r^concili^s et en 

paix. Le pape , dans sa lettre en reponse , non seule- 

ment n'admet pas son excuse, mais lui fait m^me des 

reproches de ne pas venir i Rome , quand tant d'au- 

tres y viennent. II lui annonce qu'il a r^solu de cd^- 

brerun synode au mois de septembre prochain ; et lui 

enjoint express^ment de s'y rendre et de s'y presenter 

sans d^lai et sans aucune excuse , au temps fix^ , sous 

peine, s'il y manque, d'encourir la censure canonique* 

Foulques lui r^pond qu'il a toujours eu la plus sincere 

d^otion envers le glorieux Si^ge du prince des apo- 

tres et de ses saints pontifes ^ lui reaouvelle Tassurance 

qu'accabl^ de mille oppressions diverses, et retenu par 

les troubles qui agitent le royaume, il lui a ^t^ impos^ 

sible de se rendre en personne a Rome comme il Taurait 

desir^ ; mais qu'il lui a envoy^ les fils les plus cheris 

de son ^glise , pour lui presenter ses exduses de vive 



49*^ FRODOARD ^ 

voix, et lui exposer les difficult^s du voyage; qu'il 
lui a m^me adress^ un de ses co^vSques ; mais qu'il 
n'a pas osd lui ^crire davantage, parce qa'il s'est 
trouv^ assez rudement et s^v^rement traits dans les 
lettres du saint Pfere ; et qu'il n'a pas it6 mMiocre- 
ment surpris de se voir ainsi tout*k-*qoup repris avec 
rigueur et duret^ , lorsqu'il n'avait recu jusque Ik du 
Saint-Si^ge et de ses pr^d^cesseurs, que des t^moi- 
gnages d'afTection et de bienveillance ; il impute ce- 
pendant ce traitement k ses p^ch^, et si d'un cot^ il 
est contrist^ de sa faute , de Tautre il se rdjouit d'e- 
tre corrig^ par son Autorit^ ; toutefois il se pourrait , 
comme quelques bruits lui en reviennent, que le saint 
P^re eut ^t^ mal instruit par des personnes peu rem- 
plies de charity envers lui; il le prie done de ne 
pas pr^er trop facilement Toreille k ces personnes, 
jusqu'k ce que, comme il est ^crit, il ait pris les plus 
exactes informations sur des choses qu'il ignore ; il lui 
remontre avec franchise que, presque d^s le berceau, 
il a ^t^ ^lev^ sous la discipline canonique, jusqu^au 
moment ou le glorieus: roi Charles, fills de Temper eur 
Louis , Tappela aupr^s de lui , et I'attacha aux ajBfaires 
de son palais et de sa maison ; il est restd employ^ a 
ce service jusqu'au temps du roi Carloman , fils du 
roi Louis-le-Jeune , et petit-fils de Charles ; il a ^t^ 
^u et ordonn^ ^vSque de Rheims par le peuple, 
le clerg^ et les saints ^^v^ques de cette province. II 
supplie le saint P^re de demander a son envoy^ , ou 
a qui il lui plaira , dans quel affreux ^tat il a trouve 
cette ^glise, g^missant sous la persecution d^ bar^ 
bares, et quelles peines il s'est donn^es pour lui 
procurer paix et repos 5 protestant que ce n'est point 



HISTOIRE DE L^GLISE DE RHEIMS. 49^ 

par arrogance qu'il lui dit toutes ces choses, mais 
pour lui faire comprendre qu'un homme qui a ^t^ 
^lev^ comme lui, et qui a exerc^ de pareils em- 
plois avant son Episcopal, a plutdt pris un fardeau 
qu^un honneur en acceptant ce siege, et que sa 
promotion a moins 6i6 pour lui une cause ou occasion 
d'orgueil , qu'un acte d'humilit^. U ajoute que d^s 
que quelque repos sera donn^ au royaume , et qu'il 
ponrra en obtenir la permission du roi Eudes , il s'em- 
pressera de se rendre aux pieds de sa Beatitude , 
pourvu que les chemins soient libres, et ne soient pas 
comme aujourd'hui intercept's par Zwentibold, fils du 
roi ArnOul,qui afflige Feglise de Rheims de beaucoup 
de maux et injures, partageant les biens de cette 
^glise k ses vassaux, et dont iL prie sa Saintet' de 
r'primer la tyrannic par Faulorit' apostolique, disant 
que dans un temps si plein de perils et de troubles, il 
serait dangereux d'abandonner son 'glise. 



-.*-■*<»-' 



CHAPITRE V. 

Des lettres de Foulques k quelques rois. 

Chargj^ du soin et de radministration de tout le 
royaume, Foulques a souvent eu occasion d'^crire k 
plusieurs rois ; ainsi a Tempereur Charles-le-Gros, fils 
de Louis-le-Germanique, pour Tengager a prot'ger et 
d^endre le«royaume de France qui de ces cotes dtait 
ravag' et afflig' par les Normands , il lui repr'sente, 



494 FRODOARD ^ 

qu'avec Faide de Dieu , il a toujours 4t4 jusqa'ici pro- 
t^^ et prdserv^, tant qu'ont r^n^ son oncle du m^me 
nomque lui et ses enfans; mais que depuis leur heu- 
reux passage en Tautre monde, et depuis que les 
grands du royaume se sont mis sous la protection im- 
p^riale, ils sont de toutes parts accabl^s de mille maux ; 
il lui mande que la ville de Paris, qu'il r^rde comme 
la ville capitale de la* France , et la clef des royaumes 
de Neustrie et de Bourgogne , ne tardera pas k tom- 
ber au pouvoir des Normands, k moins qu'il ne plaise 
k la cl^mence de Dieu de venir k son secours; que 
si elle est prise, e'en est fait de tout le royaume-, 
que d^j^ )e mal est si grand et que le p^ril s'accroit 
tellement de jour en jour, que de Paris k Rheims 
il n'y a plus aucun lieu sur^ et que, s'il y a encore 
quelques habitations k Tabri des barbares , ce sont 
celles i» Chretiens pervers qui sont d'accord avec 
eux, abandonnent la religion chr^tienne, font alliance 
et soci^t^ avec les paiens , et se mettent sous leur pro- 
tection. — Iteniy il dcrivit aussi au m^me empereur, 
pour le prier d'obtenir pour lui le pallium du si^ge de 
Rome , et de faire confirmer les privileges accordes i 
r^glise de Rheims par les souverains pontifes. 

A Arnoul, roi de Germanic, au sujet duroi Charles 
qu'il avait sacr^ en has ^ge •, il lui expose les motifs 
qui Tout decided k Clever ce jeune roi sur le trone, 
afih de dissiper les pr^entions quHl sait lui avoir ^te 
inspirdes centre lui pour cette action ; il lui rappdle 
qu'Ji la mort de Fempereur Charles son oncle, il partit 
pour aller lui ofFrir ses services , plein du desir de se 
soumettre k sa domination et k sen gouvemeliient; 
mais Arnoul le renvoya sans lui donner aucuo con- 



HISTOIRE DE l'^GLISE DE RHEIMS. 49^ 

seil ni consolation. Se voyant alors sans espdrance 
de ce c6te , il fut obligd de se soumettre k la domina- 
tion d'Eudes , qui , Stranger au sang royal , a abus^ 
tyranniquem^nt de sa puissance royale , et qu'il a iii 
forc^ de souffrir malgr^ lui jusqu'ici ; cependant son 
premier desir etait de voir le gouvernement entre 
les mains d'Arnoul, puisque c'^tait k lui qu'il dtait 
all^ $'offrir le premier ; ne trouvant aucun appui en 
lui , il avait fait ce qui lui restait a faire ^ en choisis- 
sant pour roi le seul qui , apr^s lui , restit encore du 
sang royal , et dont les pr^ddcesseurs et les fr^res 
avaient 4te rois ; quant au reproche que lui faisait Ar- 
uoul de n'avoir pas sacr^ d'abord le jeuae Charles, 
il lui fait observer , que lorsque Tempereur Charles 
mourut, et lorsque Amoul refusa de prendre Tadmi* 
nistration du royaume , Charles n'dtait encore qu'un 
enfant trop faible de corps et d'esppit , incapable d'^ 
tre mis k la t^te de I'fetat , et %U'il eut ^t^ trfes-dan- 
gereux de T^lire roi dans un moment ou les Nor- 
mands menacaient le royaume des plus terribles per. 
secutions ^ mais quand ils Tont vu parvenu k Tige ou 
Ton est capable de distinguer un bon conseil et de le 
suivre , ils I'ont choisi selon Dieu , pour donner ordre 
aux affaires du royaume , et en m^me temps servir les 
interSts d'Arnoul ^ quant k ce qu'ils avaient osd agir 
ainsi sans le consulter , il r^pond qu'ils ont en cela 
suivi la coutume de la nation des Francs , qui a ton* 
jours eu pour usage., k la mort d'un roi , d'en ^lire un 
autre de la meme famille ou appel^ par succession , 
sans jamais prendre Tavis d'aucun roi , meme du plus 
grand ou du plus puissant; qu'en faisant Charles roi , 
ils avaient entendu le soumettre k son autorit^ et k ses 



496 FRODOARD 5 

conseils, afin qu'il fut aid^ en toutes choses de ses 
avis et de son assistance, et qu'ainsi le roi et le royamne 
fussent absolument gouvern^s par ses commandemens 
ct ordonnances; comme Foulques avait entendu dire 
que Ton avait insinu^ au roi Arnoul qu'il avait agi 
ainsi contre la fid^lit^ qu'il lui devait , et seulement 
dans son intdr^t prive , il lui^ r^pond qu'Ascheric lui- 
m^me, qui semblait Stre Fauteurde ces insinuations, 
^tait venu auprfes de lui avant qu'il eut encore pris 
aucune resolution sur le sacre de Charles , et qu'en 
presence des comtes H^ribert et Ecfried , il lui avait 
demand^ conseil et avis sur ce qu'il devait faire au 
sujet de certains ordres d'Eudes qui lui commandait 
des choses intoldrables ^ qu'il lui avait dgalement de- 
manded conseil, de la part des fils de Godefroi, sur quel- 
ques peines et embarras qu'Eudes leur soscitait^ ils 
aVaient alors demands que Ton prit en commun un 
parti qui put enfin*§onner s^curit^ aux sujets^ les 
vues s'dtaient port^es sur Gui et sur Charles , comme 
issus de la famille royale ; et tous ceux qui dtaient pre- 
sens consid^rant quel ^tait celui qu'ils devaient choi- 
sir de preference, ils avaient jug^ que, pour Tutilite 
du royaume , pour ^viter de blesser Arnoul , enfin 
pour conserver les droits et la legitime souverainete 
du sang royal, ils devaient s'arr^ter k Charles, per- 
suades qu'Arnoul Verrait avec plaisir leur choix tom-^ 
ber sur son parent, et qu'il protegeraitk la fois le roiet 
le royaume *, quant k ce qu'on disait qu'il n'avait agi 
ainsi que dans I'inter^t de Gui, afin de I'introduire 
secr^tement dans le royaume , et ensuite se declarer 
pour lui , apr^s avoir abandonne le jeune Charles , il 
repond que Ten vie seule a sciemment repandu ces ca- 



HISTOIRE DE LEGUSE DE RHEIMS. 497 

lomnies contre lui; que ceux qui les accr^ditaieutle 
jugeaient d'apr^s eux-mSmes; mais que pour lui , il ne 
se reconnaissait point k ces traits, et n'etait pas n^ d'une 
famille habitude k se d&honorer ; que les rois ancStres 
de Charles n'avaient jamais eu a reprocher pareiUe 
trahison k ses prdddcesseurs, quHls les avaient aii con- 
traire toujours trouvds d'une fidditd k toute dpreuve, 
et que c'dtait pour cela qu'ils les avaient avanc&et dle- 
vis en honneurs; qu'ainsi Arnoul aurait durougird'a- 
voir sur lui de tels soup^ons, et de lui supposer une 
telle infamie ; enfin , comme il lui dtait revenu que 
certains disaient k Arnoul que Charles n'dtait j)as le 
fils du roi Louis, il lui affirme qu'il ne pent croire 
que quiconqu€ aura connu ses parens , et verra le 
jeune prince , ne le reconnaisse pas aussitdt comme le 
Y^ritable rejeton de la famille royale ; que d'ailleurs il 
porte quelques signes du roi Louis, qui nepermettent 
pas de douter qu'il ne soit son fils ; il supplie done la 
majesty royale d' Arnoul de croire k la vdritd de ses pa- 
roles, et de ne se laisser dmouvoir k aucun sentiment 
ddfavorable contre un jeune roi innocent , qui |est son 
parent; qu'il fasse examiner en sa presence, et en 
presence de ses fid^es, si les choses sont comme il le 
lui affirme, et termine ainsi toute cette affaire comme 
il convient ; qu'il rappelle en sa pens^e comment les 
rois ses prdd^cesseurs out gouvern^ r£tat , et com- 
ment Tordre de succession au trone a toujours 4^ sAv^ 
rement observe jusqu'k ce jour *, que de toute la famille 
royale , il ne reste plus que lui et le jeune Charles son 
parent; qu'il songe k ce qui pourrait arriver s'il ve^ 
nait k payer la dette commune de Thumanit^ ; quand 
il existe ddjk tant de rois qui ne sont point du sang 



490 FRODOARD ; 

royal , et que taat d'autres affectent le nom de roi , 
qai prot^gera son fils apr^ sa mort , et Taidera a mon- 
ter snr le trdne de son p^re , si lui-m^me laisse toinber 
du sienCharleS) le seul parent qu'il ait? il ajoute qae 
Charles est reconnu chez presque toutes les nations, 
que c'est la coutume des Francs d'ayoir des rois h^r6- 
ditaires; et il cite kTappui le t^moignage du pape Gre- 
goire : il tire aussi des livres teutoniques I'exemple 
d'un roi Hermanric, qui avait, paries conseils impies 
d'nn de ses conseillers , vou^ k la mort tonte sa pes- 
t^rit^ ; il le conjure de ne pas ^couter de pareils et 
horribles conseils , mais d'ayoirpiti^ de cette malheu- 
reuse nation francaise , et de tendre la main a la fa- 
mille royale pr^te & tomber, assurant ainsi la dignite 
et la force d^ sa propre succession , et emp^chant que 
les rois Grangers au sang royal qui existent deja , oa 
ceux qui - pourraient s'^lever dans Favenir, pr^ra^ 
lent contr« ceux k qui leur naissance donne droit i 
la conronne ', il lui annonce qu'il a envoys vers ltd 
Aledran, et le prie de choisir, entre tons ceux qui ont 
pris part k T^lection et au couronnement de Charles, 
oeux qu'il lui {daira appeler devant lui , pour expo- 
ser en presence de sa Subtimitd les motifs qui les 
ont d^termin^s ; il le suppUe instamment de prendre 
en bonne part tout ce qui s^est fait , de croire que 
telle est sa d^YOtion et sa fid^lit^ k la soumission qu'il 
lui doit, qu'il inspirera toujours.au roi Charles de se 
conduire en tout par ses conseils^ qu'il compte done 
suT son attacheifient , et que personne ne puisse le 
di^ourner d'acoorder ^ protection au royaume et 1 
Charles. Dans une autre lettre encore, il protestede sa 
fid^lit^ et de $a d^otion envers Amoul, etlui exprime 



HISTOIRE DE LBGUSE DE KHEIMS. 499 

le desir d*aUer, au premier ordre, lui consacrer ses ser* 
vices ^ il Ta^are qiie les promesses que son roi Charles 
lui a &ites, quand Arnoul lui a permis de rester raai- 
tre duroyaume, seront toujours inviolables pour le roi 
comme pour ses sujets 5 enfiii il lui annonce I'inten- 
tionou est Ghaiies deddckrerla guerre au roiEudes; 
son ennemi, qiline cesse de lui tendredes eiUbuches. 

A Tempereur Gui; il lui exprime combien il se 
rejouit de sa gloire et de son exaltation, raais qu'il est 
^tonn^ et inquiet de ce que depuis si long-temps il 
ne lui a donn^ aucune nouvelle de son ^tat et de sa 
prodp^rit^*, il le prie d'aecOrder sa protection a son 
roi Charles, de se conduireenverslui comme un parent 
doit ie faire , et de lui faire savoir au plus tot quelles 
sont ses intentions ; il lui doniie avis que le roi Ar- 
noul n'est pas dispose a rester en paix avec lui 5 que 
Charles vient d'adresser un message au Si^e aposto- 
lique pour se recoimnander aux pri^res du pajpe , lui 
demander sa b^^diction, et le prier de s'employer 
pour ^tablir amiti^ entre lui et Gui 5 il le prie anssi 
de faire assurer Charles de son amitie, soit par un en- 
voy^ , soit par lettres , ei de compatir aux maux qiie 
son ^glise et lui sooffrent a cause de la fidelity qii'ils 
lui gardenl; enfin, il lui ahnonce que le roi lui a 
dohne fabbaye de Saitit- Martin, etle prie de prendre 
souBsa protection les biens de ce monastere qui sont 
situes daiis son royaume. 

Att roi Eudes 5 il lui demande d'accorder une de6- 
tion libre a T^lise de Laon qui vient de perdre son 
^v^^e, Didon, lui i'emontrant qufil ne faut pas vio- 
lemment contraindre les habitats de oette ville k re- 
cevoir Uh ^v^ue dont ils ne voudrai^t pas ; il le 

32. 



£oo fhodoard; 

. prie de faire en sorte que cette ^lise ne soit troublee 
ni inqui^^e^ et de ne pas permettre que ses biens soient 
piU^ par des maraudeurs , sUl ne veut pas participer 
aux peines que les poupables attirent sur eux. 

Au roi Charles^ il lui t^moigne son indignation de 
ce qu'il a appris que c^dant k de mauvais conseils, il 
a concu le dessein de faire alliance avec lesNornmnds, 

9 

afin que par leur assistance il put s'assurer sur le 
trdne : 

ft Quel est , lui dit^il ^ le sujet fid^e comme il doit 
u r^tre , qui ne tremble a la pens^ que voos vou- 
n lez faire amitid avec les ennemis de Dieu, et vous 
(( appuyer des armes pai'ennes et d'une alliance abo- 
K minable pour la ruine du nom chr^tien? il n'y a 
« pas de difference entre faire aUiance avec les pa'iens 
(( et adorer les idoles ^ et si , comme dit TApotre, les 
a mauvaises paroles corrompent les bonnes mcears, 
« combien plus lai chastet^ d'une ame chr^tienne est- 
<c elle corrompue par les conseils et la soei^t^ des 
ft pa'iens ? il est impossible qu'elle n'imite pas ce 
« qu'elle verra k tons les momens : bien plus , elle s) 
a habituera insensiblement ^ et sera entrain^e dansle 
« crime par les liens de la mauvaise habitude. Certes^ 
« si les rois vos aieux ont r^gn^ heureusement etoot 
(( transmis Fh^ritage de leur trohe k leur post^ritt!, 
« c'est parce que , renoncant k leurs erreurs , ils se sonl 
« soumis noblement au culte du vrai Dieu , et ont 
a toujours cherch^ en lui leur force ;et vous,aa 
« contraire , inaintenant vous abandonnez Dieu ; car, 
<i je dois le d|re, quoiqu'k mon grand regret, c'est 
« abandonner Dieu que faire alliance avec ses enflc- 
« mis, et je puis avec raison vous adresser ces parous 



J 



HISTOIRE D£ l'^IGLISE DE RHEUfS. 5oi 

« que le Proph^te adressait autrefois a un roi d'Israel 
<c commettant la m^me faute : u Vous prStez secours 
<( a Timpie , et vous vous unissez dVmiti^ a ceux qui 
« haissent le Seigneur \ » quand vous devriez mettre un 
« terme a vosiniquittis , renoneer a vos rapines , i vos 
c\ depredations sur les pauvres, et faire penitence, 
<i vous allez au contraire , pour provoquer davantage 
« la colore de Dieu , vous unir a ceux qui Tignorent, 
« et n'ont de foi qu'en leur f^rocite. 

c( Croyez-moi , ce n'est pas ainsi que vous parvien- 
« drez^ vous assurer votre royaume 5 bien au con- 
<( traire vous hitez votre perte 5 le Dieu que vous ir- 
« ritez vous frappe^a plus promptement 5 jusqu'ici 
ft j'avais mieux esp^r^ de vous : maintenant je vois 
« que vous allez p^rir avec tons les votres si vous 
« persistez dans vojs desseins ,'et ^ dcouter de mauvais 
a conseils-, certes, ceux qui vous en donnent de pa* 
a reils ne vous sont psLs fidMes, mais bien infid^les 
« de tout point; si vous voulez les '^coiuter, vous per- 
ft drez k la fois le royaume terresire et le royaume 
u celeste. Je vous supplie done, au nom de Dieu, de 
(( renoncer k un si pernicieux dessein , de ne pas 
u vQus pr^cipiter dans la mort eternelle, et de ne pas 
a couter, k moi et k tons ceux qui vous sont fidMes 
u selon Dieu,des larmes intarissables; mieux vaudrait 
<( pour vous n'i^tre jamais venu au monde que de 
ft vouloir r^gner par le secours dn diable-, et prdter 
,ft assistance k ceux que vous devriez attaquer et ruiner 
ft par toils les moyens possibles. Sachez done que, si 
ft vous le faites, Vous ne me devez plus compter comme 
ft fiddle , que je d^tournerai de votre foi tous ceux 
ft que je pourrai conseiller, etqu'avec mes codv^ques, 



502 FRODOARD ^ 

(( vous excommuniant vous et les votres , je vonsfrap- 
(( perai d'un ^temel anath^e. SI je yous f^risamsi, 
« ce n'est qu'avec larmes et g^missemens , a caase de 
ft la fid^lite que je Tons garde , et parce qae je deare 
« vous voir toujours honor^ selon Dieu et sdon le 
« si^Ie , et que vous parveniez au trone qui vous ap- 
« partient par Taide de Jesus-Christ et non prceUe 
.« de Satan^ car le royaume que Dieu donue a de aoiides 
« fondemens^ mais celui qui est acquis par injustice 
« et rapine est fragile et cadue et ne pent subsister 
<( longuement. )> 

' A Tempereur Lambert 5 il lui adresse una lettre de 
felicitations ^ et lui fait part de ce que le pape Formose 
lui a mand^ dans ses lettres; savoir, qu'il porta la plus 
•vive affection k rempereur, qu'il veillera toujours a 
ses intdrdts comme k ceux d'un fils bien-^ime , et qu'il 
veutentretenir avec lui une concorde indissoluble. En 
consequence Foulques exhorte ce prince a se montrer 
Toconnaissant envers le pape de tant de bonte , a Fai- 
mer comme le p^re le plus tendre , k lui garder en 
tout fidelity et ob^issance ; enfin a obtemp^rereri vrai 
fils k ses avertissemens et a Tautorit^ du saint siege 
de Rome, avec la veneration qui leur est due. 

« C'est ainsi , lui dit-il , que votre empire s etablira 
i« sur des fondemens d'une solidity etemelle ; la mam 
^ de Dieu vous soutiendra centre vos enaemis du de- 
c< dans et du dehors , et avec Vassistance divine , vous 
« sere2 toujours yainqueur et sup^rieur a tons vos ao- 
« saires. Rappelez, je vous prie, en votre m^moire 
n votre tr^s-glori^ux oncle Lambert du meme noifl 
<( que vous, quelle a Ae sa conduite envers JeSa/flt- 
^( Si(%e, quel en a ^t^ aussi le prix; et craignez de 



^j 



HISTOIRE DE l'IsIGLISE D£ RfiEIMS. 5o3 

fi servir comme lui d'exemple, si vou8 tentei^ janlais 

« quelque entreprise pareille k la sienne. Sttppliez le 

H seigneur apostolique de daigner rabaoudFe , et dHn^ 

« terc^der pour Ini aupr^ de Dieu. Je vous dematide 

a. aussi en grice de ma manager sa bienveillaiico ^ afia 

« qu'il ait m^moire de moi et du si^e de Rheims; 

c( qu'il daigne nous maintenir nospriviUges, tels que 

« nous les ont accordds et maintenus tous ses saints 

« pr^d^esseurs ^ que si quelqu'un essaie de troubier 

(c les oreilles de sa Gl^mence , et de lui porter que Ique 

ft plainte de nous , il ne croie^pas d'abord k nos ac- 

u cusateurs , jusqu'k ce qu'il ait pu reconnaltre, soit 

ft par moi y soit par un de ses messagers, ou par un 

« ded miens, ce qui sera rdellement vrai. Du reste, 

ft que votre dignity imp^riale sache queRampon, votre 

ft parent et le mien , a dte exeommuni^ par le m^me 

<( seigneur apostolique , ainsi que ses lettres me le 

ft font connaitre. C'est pourquoi je conjure votre Man- 

ft su^tude de t&cher de fl^chir le souverain pontife en 

a sa faveur, afin qu'il ne lui ote pas les moyens de se 

ft repentir , de r^rer ses fautes , et qu'il ne le laisse 

ft pas mourir sous le poids de Fanathfeme perp^tuel^ 

ft mais qu'il lui inflige la pi^nitence qu'il croira pro- 

ft portionn^e k TolBense; enfiri qu'il derive, k nous et 

ft k tous les dv^ques d'ltalie et de France auxquels il 

ft a ^crit au sujet de k condamnation , pour nousins- 

« truire du pardon, et nous dire ce qu'il exige de Ram*- 

ft pon , et de quelle inani^re il doit se comporter. » 

A Alfred , roi d'outre mcr : il lui rend graces d'a- 

voir ileve k I'^piscopat de la ville de Cantorb^ry un 

vertueux et di^ne pr^lat , tout-a-fait selon les r^les 

ecclesiastiques ^ car il avait appris que ce roi Veffor- 



5o4 FaODOARD; 

9ait d& retrancher, par le glaive de la parole de Dieu, 
une secte perverse n^e des erreurs paiennes, etjus- 
qu'k ce moment laissde parmi cette nation, laqaeUe 
8*efforcait d'f^tablir que les ^v^ues et les pr^es pou- 
vaient avoir des femmes ^pous^es en secret ^ que cha- 
cun pouvait, an gr^ de son caprice, sunir ^ ses pa- 
rentes consanguines , profaner les femmes consacr^ 
au Seigneur, enfin prendre une concubine m^me en 
ayant une Spouse. Foulques d^montre combien toutes 
ces assertions sont oontraires aux plus ^videos prd- 
ceptes de la vraie foi , et le prouve par de nombrenses 
autorit^s tiroes des saints P^res. 

A Richilde , reine et impdratrice , pour Fadmonesler 
et la r^primander : il lui declare qu'il a 4ti saisi (Tune 
grande douleur , en apprenant les bruits flcheux qui 
courent sur sa vie et sur sa conduite 5 que le diable 
est sans doute partout ou elle est plut6t que Diea? 
puisqu'on ne voit autour d'elle que choses qui mili- 
tent contre le salut de Tame^ comme colires, qne- 
relies , dissensions , incendies, homicides, debauches, 
rapines exercdes sur les pauvres , et pillage des egli- 
ses : il Fadmoneste sur toutes ces fautes avec un zac 
et une sollicitude toute pastorale , I'engage i se de- 
porter de tant d'iniquit^ pour porter des fruits de salut 
kernel , et lui propose le droit sentier pour qu'elle y 
entre, et que s'efforcant de monter sur le char des ver- 
tus, elle puisse atteindre aux oeuvres de sagesse, de 
saintet^ et de salut ^ternel ^ qu'elle tache de garder 
pur de toute souillure le voile de J&us^hrist qneu^ 
a pris k cause de son veuvage, afin de pouvoirle repr^ 
senter sans tache an Seigneur ; qu'elle ne se preci^ 
pite pas dans I'enfer, ou elle trouvera le mal infim «' 



HISTOIRE DE L^EGLlSE DE RHEIMS. 5o5 

irreparable de mille mis^res qu'il met sous ses yeux; 
qu'elle examine profonddment si elle est bien Tamie 
ou la soeur de Dieu ^ que si elle ne Test pas, elle mette 
sans relalcbe tous ses soins a le devenir , sinon par la 
candeur de la virginity, ce qui ne lui est plus permis, 
au moins par robservance fiddle d une oontinence sa- 
lutaire, par une foi droite et simple , par I'amour de 
Dieu et de son prochain , par les oeuvres de mis^- 
ricorde , enfin par une vie sobre , juste et pieuse 5 
qu'elle s'applique k amender sa vie , tandis que la . 
journ^e dure encore ,'de peur qu*il ne lui arrive de 
tomber dans le pi^ge de la confusion ^ernelle , pen- 
dant qu'elle oublie avec quelle rapidity la journ^e 
pr^sente passe ^ qu'elle soigne son ame , qu'elle s'ef- 
force de s'approcher le plus possible du Seigneur, et 
de devenir une colombe de simplicity et d'innocence, 
afin qu'au moment ou elle quittera ce corps mortel , 
elle m^rite d'entendre J^sus-Christ lui dire : a L'hiver 
« estpassd ets'est retir^j viens, ma colombe, et repose 
c( avec moi , assise k la droite de mon P^re.)i Le digue 
^vSque s'excuse ensuite de la prolixity dont il use, sur 
rinquidtude qu'il a de son salut , et son desir de la 
voir devenir veritablement reine , en ornant son 
veuvage de vertus , 6t ayant sans cesse devant les 
yeux le jour de sa mort et de sa resurrection, et 
qu'elle entende aussi sans cesse cette parole de FA- 
pdtre : J^eilleZy justes y et ne peckez point; qu'elle 
rende gloire k son Dieu, et opfere son salut; qu'elle 
^vite le mal et fasse le bien 5 enfin il prie Dieu que 
cette reprimande et cette correction , dont il a 6i6 
oblig^ d'user envers elle , touche son coeur d'une com- 
ponction salutaire, afin qu'elle se retire enfin des 



5o6 FRODOARD *, 

pi^ges du ddmou, que la gr&ce de Dieu la ressus- 
cite du s(ipulcre des vices , et que , la retirant de la 
fi^yre du mal , il la retablisse ferme et stable dans le 
bien , afin que d^s ce monde et dans la vie ^ternelle 
elle puisse se rejouir avec ses saints : <c Que si , dit-il, 
(( vous ^coutez nos conseils , nous serons envers vous 
a ce que nous devons ^tre , en toute fidelity , r^ve- 
(( rence et due ob^issance, et , ce qui est bien au des- 
tt sus de tout , Dieu vous sera propice , comme nous 
« le souhaitons et Ten prions. Autrement, nous vou- 
« Ions que vous sachiez bien que nous |ie voulons 
(( pas pour vous encourir la colore de Dieu^, et que, 
« selon notre minist^re , nous ferons contre vous tout 
(( ce que nous ordonne Tautprit^ canonique ; et Dieu 
« nous est t^moin avec quel regret et quelle doxdeur ! 
(( Mais nous ne pouvons nous separer de TApotre, qui 
d dit : Tant que je serai Vapotre des Gentils je 
K travaillerai a rendre illustre mon mirdstere; et 
K ailleurs : Nous somrnes les cooperateurs de Dieu; 
tt et encore : Oest Dieu qui opere en nous; etenfin, 
« JEst - ce que vous voulez eprous>er la puissance 
« de Jesus-Christ qui parle par ma bouche ? Cest 
« pourquoi je prie Dieu de toutes mes forces pour 
« que mes paroles se gravent dans votre coeur, et 
c< que celui qui parle par moi a vos oreilles vous parle 
tt lui-mfime en votre coeur : puisse , a notre prifere , le 
a Dieu tout-puissant etendre vers vous sa main du 
« haut des cieux, et vous retirer du bourbier pjofond 
tt et fangeux de ce si^cle ! » 



HISTOIRE D^ L^EGUSE DE RHEIMS. 5o' 



CHAPITRE VI. 

Des lettres de Foolques k difTerens eveques. 

L'arghey^que Foulqaes a aussi adress^ a divers 
eveques diverses lettres pleines d'un sel pieux , et 
remplies d'autorit^s et maximes des £critures. Ainsi : 

A I'archev^que Frothaiife, pour lui recommanderles 
biens de T^lise de Rheims situ^ dans son diocese , 
lesquels souffraient de gYands dommages de la part 
de quelques usurpateurs : il I'avertit et le prie que , 
fidMe au ministfere que Dieu lui a confix ^ et aux prd^ 
ceptes apostoliques , dont il lui cite plusieurs exem* 
pies , il d^fende k ces usurpateurs , au nom de Fauto- 
rite canonique , de rien enlever d^sormais des biens 
de IMglise de Rheims, s'ils ne veuient iencourir la co- 
lore du Seigneur et des saints. 

A Rostagne, ev^que d' Aries, pour lui rendre graces 
de sa sollicitude pour les, biens de Peglise qu'il avait 
renxis a sa providence et sous sa protection : cepen* 
dant il a appris que quelques usurpateurs y exercent 
des ravages oU'les envahisseht ; c'est pourquoi il Ten- 
gage a frapper les coupables d' une s^v^re excommu- 
nication, s'ils ne veuient pa5 se corriger , k moins 
qu'il ne juge a propos de porter cette affaire devant 
le Si^ge apostolique. 

A Hermann, archev^que de Cologne ^il lui exprime 
le desir d'avoir un entretien avec lui et les autres 
^v^ques de son diocese j et de traiter avec lui des ne- 



5o8 FRODOAHD ', 

cessit^ des ^lises , comme ce pr^at le lui avail lui- 
mSme t^moign^ , mais qu'il en est emp^chd par les 
nouvelles temp^tes dont ]es Normands menacent le 
royaume^ que d^s qu'une occasion se pr&entera, 
il s'empressera de mettre ce projet k execution ; il 
lui intime en outre que quelques biens de T^lise de 
Rheims , situ^s dans son diocese, sont poss^d^ sans 
litre par certains usurpateurs •, qu'il avait deja quel- 
que temps auparavant pri^ le roi Arnoul , a A^onns, 
de donner Fordre k T^v^que Willebert, son pr^e- 
cesseur, de proceder cont^ les coupables selon les 
regies et formes canoniques-, et Hermann lui-m^me 
avait ^t^ charg^ de cette mission par le roi^ mais 
comme Willebert n'a pu accomplir cet ordre, il le 
prie de frapper d'une punition canonique, et les usur- 
pateurs 9 et tous ceux qui commettront le moindre at- 
tentat sur ces biens, s'ils ne se hsltent de renoncer k 
leur coupable conduite; U adresse encore au merae 
Hermann un d^cret du pape Symmaque, qui lui trace 
de la mani^re la plus expresse la conduite qu^il doit 
tenir en cette circonstanc6 -, — itenij pour quelques 
biens de T^glise de Rheims situ^s sur le Rhin , dans 
un lieu nomm^ Bothert , et qu'il avait confies a Main- 
gaud*, celui-ci dtant mort, il prie Hermann de vou- 
loir bien les prendre sous sa protection , et d^avertir 
un certain Vibert , qui tenait en sa possession d'autres 
biens de T^glise de Rheims , de les lui rendre amia- 
blement-, il lui recommande encore quelques biens 
appartenans a une abbaye qui lui avait dt^ concedde 
par le roi, et qui ^tait situee dans le diocese d'Her- 
mann^ il le prie de la d^fendre contre les invasions 
d^s Strangers. 



HISTOmE DE L^GLISE DE RHEIMS. Sog 

A Walther, archev^que de Sens, au sujetde Taffaire 
de Tabbesse Hildegarde, pour ]aquelle il lui avait 
adress^ pliisieurs citations k comparaitre. Walther avait 
n^glig^ de r^pondre , partie par distraction d'affaires, 
partie par emp^chement de maladie^ c'est pourquoi 
Foulques lui present de quelle mani^re cette affaire 
doit etre amende k une decision conforme aux re- 
gies , et il le prie de ne pas manquer de se rendre au 
plaid indiqu^ ; que s'il ne vient pas , il s'efforcera de 
faire seul , avec la grdce de Dieu , et sans blesser la 
charity, cequi doit ^tre fait; que sHl a diff^re j us- 
que Ik , ce n'est pas qu'il crut ne pas avoir le privi- 
lege et le droit d'en agir ainsi , mais bien par ^gard 
pour Faffection qu'il lui porte, et qu'il veut conserver 
sans aucune atteinte ; il prie aussi Walther de faire 
avertir I'abbesse Hildegarde, coaime sa diocesaine, 
de ne pas pr^texter cause d'ignorance pour manquer 
au plaid , et de s'empresser au contraire de se presen- 
ter au jour marque 5 — item^ des lettres de consola- 
tion sur sa maladie , et touchant I'absolution qu'il lui 
avait demandee , tant a lui qu'k ses frferes •, il y parle 
aussi des mesures a prendre pour r^gler le temps et 
le lieu d'une entrevue qu'il veut avoir avec lui. 

A Pieonic, archev^que d'outre mer; il le feiicite 
de ses saintes entreprises pour arracher et extirper les 
germes impurs de debauche et de libertinage , dont il 
a deja ete fait mention dans les lettres de Foulques 
au roi Alfred , et qui avaient pris racine parmi cette 
nation ; il le munit de toutes les armes et autoritea 
de la censure canonique , desirant , dit-il , de partici- 
per k ses pieux travaux. 
A un certain Jean , evSque romain, pour lui te- 



5io frodoard; 

moigner raffection qu*il lui porte , et qu'il dit si 
grande qu'il n'a jamais trouy^ pfersonne avec qui il 
ait ^ li^ si i^troitement par le sendment d*une mu- 
tueUe charity ^ il lui rappelle avec quelle bienveil- 
lauce il en a ^ accueilli k Rome , avec quelle g^n^- 
reuse et lib^rale urbanity il en a dte traitd, enfin de 
quels bienfaits il en a ^t^ combU , et Tassure qn'aussi- 
t6t que la paiic sera r^tablie , il s'empressera de prou- 
ver par ses services sa reconnaissance et sa tl^votion , 
tant envers lui qu'envers le pape £tienne -, il le prie 
de le prot^ger par sa faveur aupr^s du pape , et de 
Fassister en tout ce qui lui paraitra n^cessaire , et qu^il 
s'en fie k lui comme a soi-m^me. 

A Dodilon , dv^que de Cambrsli ^ qu'il avait plu- 
sieurs fois appel^ k divers plaids , sans qu'il en eut 
fait aucun cas : il Tavertit et le prie de ne pas man- 
quer de se rendre au prochain plaid qui se tiendra 
au premier endroit, ou le roi Eudes se trouvera avec 
les eveques , afin de terminer Taffaire d'Hildegarde 
et d'Hermengarde-, il lui enjoint de faire avertir ^ 
sommer canoniquement de se rendre a cette assem- 
blee les accusateurs d'Hermengarde , ceux qui ont 
donne i'ordre de crever les yeux an pr^tre , et de le 
pendre , ceux qui out obdi a «et ordre criminel , enfin 
tous ceux qui ont ^t^ complices ou faut«urs de ce 
crime 5 — it&n^ pour le milme sujet 5 il lui rend 
grdces d'av6ir recu et ex^cut<^ d^votement son man- 
dement , et de s'^tre pr^sent^ exactement au jour 
fix^; mais il le hl&me de ce que , dans une affaire 
toute ecclesiastique , il s'est servi pour m^ssager 
d'un laique au lieu d'un clerc : Foulques, relena en 
partie par spn service aupr^ du roi , en paitie par 



HISTOIRE DE L^^GLISE DE RHEIMS. 5ll 

une indisposition , n'avait pu lui - m^me se trouver a 
la reunion qu'il avait indiqii^e; il s'en excuse-, en- 
suite il prie Dodilon de vouloir bien se ressouvenir de 
quelle manifere il s'est conduit envers lui •, avec quel 
zfele , sans que le roi , sans que personne s'int^resssit 
k lui , il s'est employ^ pour le faire parvenir a Yipi- 
scopat , lorsque cependant il ne lui etait pas encore 
bien connu «, n^anmoins il avait agi pour lui comme 
pour un frfere bien-aimc^ , parce qu'il lui avait cru 
et lui croyait encore une prudence sans detour, une 
foi sincere et une fermet^ ifi^branlable , et parce 
qu'il avait esp(5rt5 trouver en lui un aide et un coop^ 
p^rateur empress^ a le seconder en tout ; il le prie 
done, au nom de cette affection sincere qu'il lui croit 
pour lui , de venir sans d^Iai et toute occupation 
cessante , a la reunion Episcopate qu'il lui indique, et 
de n'y manquer pour aucune cause , si ce n'est pour 
maladie : il lui mande de faire sommer canonique- 
ment les personnes qu'il lui a d&ign^es dans sa prd- 
cedente lettre , de comparattre devant FasserablEe so- 
lennelle des ev^ques, et d'etre pretes au jour fixe 5— 
item, de concert avec ses cot5v^ques Didon de Laon , 
HEtilon de Noyon , Riculfe de Soissons , Hermann de 
TErouane , pour lui annoncer qu'ils se sont reunis k 
Rheims , pour trailer de I'usurpation du comte Bau- 
dottin, au sujet duquel il lui avait dejk c5crit k lui* 
m^me Dodilon , pour le prier de I'exhorter a se cor- 
riger de son orgueilleuse et insolente tem^rite 5 mais 
comme Dodilon lui avait r^pondu qu'il ne pouvait al- 
ler se joindre a ces prdats, parce que I'EpEe des Nor- 
mands lui coupait le chemin , Foulques compatit i 
ses peines, qui sont la peine commune. Au reste, il 



5ia FR0D01RD-, 

lui accorde ce qu'il liii a demanded au sujet de Bau- 
douin, et Feogage k ne manager pour le ramener ni 
les avertissemens , ni les exhortations, ni les repri- 
mandes, lui proposant sans cesse les divines sentences 
des saints P^res ^ il lui donne aussi avis que des lettres 
sont adress^es 4 Baudouin lui-meme de la part des ^ve- 
ques , et lui recommande , s'il est present , de les lui 
lire 'j s*il est absent , de les lui faire remettre par son 
archidiacre, qui aura soin de les lui faire comprendre ^ 
que si Farchidiacre ne pent lui-m^me parvenir jusqu'a 
lui , il fasse lire publiquement devant lui ces lettres 
dans un des lieux ou Baudouin a viol^ la religion et 
usurp^ ses droits-, qu*ensuite, s'il ne vient pas a r^ 
cipiscence , aucun moine, ni chanoine , ni chcetien 
quelconque ne reste aupr^s de lui , sous peine d'etre 
li^ des liens de rexcommunication-, que si H^tilon 
vient k Arras, Dodilon Faille trouver, afin qu'ils pre- 
cedent canoniquement de concert k tout ce qu'ils ju- 
geront n^cessaire , et qu'ensuite il lui donne avis de 
ce qu'ils auront fait. 

A H^tilon , pour lui donner Fordre de se rendre k 
Arras avec quelques fiddles du roi , et d'y ex^cnter 
tout ce qu'il trouvera present dans une instruction 
qui lui est donn^e dans un autre ^crit^ — item^ pour 
se plaindre de la conduite que tient envers lui Dodi- 
lon , ^v^que de Cambrai , qui le paie de ses bien&its 
par des outrages ; il prend H^tilon a ti^moin de la 
paterneUe et franche affection, avec laquelle il a pro- 
cur^ son avancement ^ — item, il lui raconte qu'uii 
certain Rodolphe, homme tr^-pieux, a l^gud k F^lise 
de Rheims un monast^re situ^ dans son ^vSchd , don- 
nant en m^me temps le corps de saint Calixte pape et 



HISTOIRE DE L*^6USE DE RHEIMS. 5l3 

martyr, qu'il avait obtenn et rapport^ de Rome 5 qull 
a pri^ amiablement Dodilon de se rendre au chiteati 
d'Arras , d'y faire avee pompe et honneur la lev^e du 
corps du saint martyr, et de le conduire jusqu'au cou- 
vent de Saint - Quentin; que la, H^tilon lui-m^me 
devait, ainsi qu'il Fen avait pri^, se rencontrer, 
et apcompagner le saint corps jusqu'k ce qu^enfin 
Fonlques ]ui*mSme vint le recevoir avec toute la 
pompe conyenable , et le conduire jusqu'i Rheims, 
ou il serait conserve jusqu'k la paix, pour ^tre ensuite 
restitu^ en son premier lieu dansle diocese d'Hdtilon; 
que Dodilon, au lieu de faire ce qu'on lui demandait, 
foulant aux pieds toute rdv^rence filiale et fraternelle, 
est vmiVL au milieu, du chemin , et enlevant par force 
la sainte reUque des mains de ceux qui la portaient, 
Ta d^pos^e chez lui , disant qu'il ne la rendrait qu'k 
H^tilon, k qui seul elle appartenait comme ^tant sise 
en son diocese; mais que ce n'est Ik qu'une ilise et 
un pr^texte de fraude, afin de pouvoir livrer ce 
saint corps au comte Hucbold. 11 prie done H^tilon 
d'envoyer un de ses messagers a Dodilon, pour le re- 
prendre patemellement et fraternellement, et lui 
rappeler que c'est lui qui Fa plac^ sur le Sidge Epi- 
scopal, sans autre motif que la religion et la foi qu'il 
lui croyait , et sans aacune recommandation du roi 
ou de quelque seigneur ; qu'il I'exhorte k revenir 
d^uhe si coupable tem^ritE , et k ne pas forcer son ar- 
chev^ue de faire centre lui ce qu'il ne voudrait pas 
faire y il prie ensuite instamment H^tilon de ne pas 
soutenir Dodilon en sa t^m^ritE , mais de favoriser le 
parti de la justice de tout son pouvoir, et non seule- 
ment de consentir k ce que le c^este tr^sor. confie par 

33 



5i4 PRODOAiii); 

Rodolphe k Yiglise de Rheims soit restitu^ k son ^lise 
et k sa ville, mais encore de coop^rer k cette restitu* 
tion de tous ses moyens. 

A Didon , ^vSque de Laon , pour la reconciliation 
de Tame d'un nomm^ Walther, qui, trouv^ coapable 
de l^e-majest^, avait encouru la peine de mort^ il lui 
est revenu qu'k Particle de la mort Walther a demand^ 
le sacrement de penitence par la confession, et le via- 
tique de la sainte communion, mais que Didon le 
lui a refus^; que de plus il lui a refus^ la s^ulture 
et a d^fendu de prier pour lui ^ il fait des reproches 
s^v^res k cet ^^ue, et s'indigne avec horreur qu'il 
ait pu agir ainsi lorsqu'il savait tr^-bien qu'il est 
d^fendu de jamais refuser le sacrement de peni- 
tence k un mourant ; il apporte k Fappui plusieurs 
t^moignages des saints Pdres, Tavertissant d^imiter 
la bonte du Maitre commun , et de faire misdricorde 
a ce pecheur qui avait demand^ le rem^e de la 
penitence k ses derniers momens ; il lui ordonne 
de faire prier pour lui, de le r^concilier et recom- 
mander son ame k Dieu selon la coutume des Chre- 
tiens; enfin de le transferer, du lieu oh il avait M 
jete sans sepulture, dans le cimeti^re des fid^es; — 
itenij pour le m^me sujet, il renouvelle sa demande, 
et cite Fexemple du bienheureux saint Gregoire en- 
vers un moine qu'il avait prive He la sepulture com- 
mune et du secours des pri^res, et auquel ensuite, 
apr^s un certain temps , il ordonna d'accorder recon- 
ciliation; il cile aussi cette parole de r£vangile: 
Le Jils de Vhomme est verm pour chercher et 
pour sauver ce qui etait perdu; enfin le concile 
de Nicee, qui ordonne d*accorder la grdce de la 



HISTOIRE DE l'i&GUSE DE RHEIMS. 5i5 

communion g^n^ralemeut k quiconque est pr^s de 
mourir et demande le sacrement. 

A uYi certain Pierre, ^v^que romain, touchant les 
questions qu'il avail adress^es au pape Formose au 
sujet d'Hermann, ^v^que de T^rouane, auquel il se 
proposait de confier Feglise de Chilons , veuve de son 
pasteur •, il le prie de parler au pape, afin de lui faire 
obtenir le plus promptemeut la rdponse qu'il desire, 
Tavertissant de se rappeler ce qui avait eu lieu au su- 
jet d'Actard , ^v^que de Nantes , que le souverain 
pontife Nicolas avait consenti k placer en attendant a 
la t^te de T^glise de T^rouane , et enfin avait fait 
installer archev^que de Tours 5 il insiste pour qu'il 
lui obtienhe la m^me autorisation , et le prie, -quand 
il Taura obtenue, de la lui faire parvenir. 

A Honor^, ev^que de Beauvais^ il lui t^moigne son 
etonnement de rencontrer en lui un esprit si ennemi 
et si contraire, quand il devrait se rappeler de quelle 
mani^re il s'est .conduit envers lui -, comment il Ta 
toujours regards comme un fr^re et comme un fils, 
et avec quel zfele il a travaill^ a son ^l^vation •, que 
malgr^ ses fautes cependant il ne doit pas d^esp^ 
rer , mais revenir au plus vite k la paix et a la Con- 
corde; il Tavertit done, comme le fils le plus cher, de 
revenir a lui, et de songer de quel ordre , de quelle 
profession il est ; de bien consid^rer qu^il n^a jamais 
^t^ Usi en rien par Itii; enfin de venir s'il lui eat poa- 
sible aupr^s de lui, afin quails puissent confi^rer en- 
semble de vive voix 5 que, si cela est impossible, il lui 
envoie du moins un de ses. familiers par lequel il 
puisse lui r^pondre et lui faire connaitre ses inten- 
tions ; il lui donne avis qu'il court sur lui des bruits 

33. 



5l6 FROPOA.RD-, 

qu'il n'a pu croire l^g^rement ; savoir, qu'il se livre i 
la rapine, envahit Jes possessions et pille Targent 
d'autrui; il lui d^igne nominativement un certain 
Robert qui s'est plaint aupr^sde luiqu'Honor^ lui ayait 
enlev^ tons ses meubles. « Pour moi, dit-il, je ne puis 
« croire cela de vous ; mais je pense qu'il y a quel- 
« qu^un qui, abusant de votre faveur et de votre auto- 
« rit^, s'est permis ces excis, et est ainsi cause qu on 
tt vous attribue ce qui est lefaitd'un autre; si done ces 
« abus oht ^t^ commis par quelqu'un des vtees, je 
« vous conjure de t^primer, comme il le m^rite,Iau- 
« teur de ces maux , et de lui faire r^parer tout le 
« dommage 5 mais s'il Aait vrai que ^ous ftissiez le 
« coupable, je vous prie de changer de conduite, et 
« de faire k celui qui a sou^rt ddmmage reparation 
« pleine et entifere. » 

Au mSme-, il lui fait dfes reproches sur plnsieurs 
choses qu'il lui avait ^crites avec peu de sinc^riti, 
donnant k entendre que le seigneur Foulques trou- 
blait la paix et la concorde : par exemple, tf avoir 
qu'il avait pr^venu Tarchev^que tjue quelques perveft 
vexaient et opprimajient son ^gli^e, et qu'il n'en avait 
obtenu aucune r^ponse. Foulques lui rappelle quu 
avait pr^f^r^ employer la prifere plut6t que Fautorite, 
pour obtenir de lui une trive en faveur des accost , 
jusqu'^ ce que les ^v^ques pussent en conftrer en- 
semble^ Au sujet d'un certain Aledran qu'il menacjut 
d'excommunier, et contre lequel il semblait commaD- 
der k son arcbev^ue d^approuv^r et corArmer » 
censure , Foulques lui fait observer que jamais il ^ 
lui est entr^ dms Tesprit de ne pas avoir ^rd i^^ 
demandes et aux requ^es faites en commun pa^ ^ 



HISTOIRE DE L^EGUSE DE RHEIMS. 5l^ 

co^v^es , mais qde r£glise tie sauraitob^ir kT^glise 
de Beauvais toute seole ; que d'aiUeurs en cette ex* 
communicatiQn on reconnaissait moins la yigueur de 
la censure eccl^siastique qu'on ne voyait pr^valoir 
une animosity aveugle , dont le principe dtait dans 
Vabandoii du roi Eudes et T^tablissement de Charles. 
II ajoute ensuite quelques roots sur le veuvage des 
^lis^ de Senlis et de Chalons, Tune desquelles, celle 
de Senlis, avait du un certain Otfried , qu'ils avaient 
amen^ a rarchev^que de Rheims , et qu'ils Tavaient 
pri^ de leur ordonner pontife : il invite HonoF^ k ve- 
nir sans d^ai , et sans pretexter d'excuse , pour I'as- 
sister en cette ordination : il le prre cependant de ne 
pas priendr^ ces paroles comme s'il ne lui ^tait plus 
permis d'esp^rer en son amiti^ , et dans rintimitei qui 
les avait unis , et que de son cot^ il desire toujours 
conserver inviolable ^ c'estaussi, dit-il, pourTfaonneur 
de son propre si^ge qu'il desire ennoblir et elever celui 
d'Honor^^ mais se voyant d^chir^ k mots converts dans 
ses lettres d'une censure mordante, il avait vouluse 
justifier de reproches si graves, de peur que son si- 
lence ne parut un aveu. — /ite7Wr,pour Tordination 
de Mandon, co^Sque deChilons, k laquelle Foulques 
Tavait invito ; mais Honor^ n etait pas venu , et avait 
m^me ^ jusqu'a la censurer presque publiquement^ 
cependant Tarcheveque, supportant patiemment cette 
censure par zfele pour la charity, I'invite de nouveau k 
Vordinatioa d'Oifried^ — item^ an sujet des lettres 
qu'HoQor^ lui avait ecrites , et dans lesquelles il l^ex- 
hortait it preter ^cours k r£tat et a la religion de 
la sainte l^glise penchant vers sa ruine; Tarchev^- 
que lui dit qu'il rend graces k I)ieu de lui avoir 



5l6 FRODOARD ; 

inspire la pens^e de lui donner de si sages et affec- 
tueux cOQseils ; ses premieres lettres semblaient ao 
contraire partir d'un coeur gonflc^ de rancune^ que 
si vraiment Honor^ a dans le ccear ce qu*expriment 
ses paroles, il est pr^t k r^pondre k sa charity, eta 
tout faire pour la conserver inviolablement^ inais, 
comme il ne voit pas que le moment soit favorable 
pour se r^unir, aussitot que , Dieu aidant , le temps 
sera propice, il aura soin de le pr^venir, etdecon- 
voquer lui et les autres ^v^ques ses suffragans; — 
itemy pour lui transmettre un ordre du pape Etienne, 
par lequel ce pontife accorde k Foulques la permis- 
sion de rester, qu'il lui a demand^e, maislui enjoint 
d'envoyer k sa place les ^v^ques Honor^ et Rodolphe, 
de Laon, pour assister au synode qui doit se leniri 
Ravenne. Foulques engage Honor^ k obtempte i 
Tordre du souverain pontife. 

A Theutbold , ^v^que de Langres. Ses lettres a cet 
fJvfiques sont pleines d'amitid et respirent la plus vive 
affection , d'ailleurs bien partagde ; il s'y entretient 
avec lui d'affaires ' privies dont Theutbold lui avait 
fait parler par son messager'^ d'une entrevue quils 
veulent avoir ensemble ; de la parent^ de Theutbold 
avec la famille royale , et de son amiti^ agr^able au roi 
Charles; il le prie aussi de lui mander, sur Richard roi 
de Bourgogne et sur les Aquitains , tout ce qu'ii aura 
pu apprendre. 

A Rodolphe, successeur de I'^v^que Didon dont nous 
avbns parl^ plus haut ; il le ftlicite de son ^l^vation, 
et de son avancement dans le Seigneur ; '^Ueni)^^^ 
un certain homme , son sujet, qu'il a rejet^ et chBS^i 
il I'egage k prendre garde de faire tort k sa r^po^tiott 



^ 



HISTOIRE DE I'l^GLISE DE RHEIMS. SlQ 

Episcopate, et k ne pas donner occasion aux m^chans 
de dire que ce qu'il fait dans un sentiment de justice 
n'est que Teffet de la vengeance -, il lui remontre que 
r^glise de Rheims jouit de toute antiquity de ce privi- 
lege que tons les dioc^ains qui se sentent coupables 
de quelque offense envers leur ^v^que ont toujours 
recQur^ 4 la sainte m^re eglise m^tropolitaine pour 
obtenir gr&ce et pardon, a Cependant, ajoute-t-il , je 
«c n'ai pas voulu en cette affaire user d'autoritd , mais 
ic demander comme un ami k son ami, on plutot comme 
a k un fils UQiquement chdri, parce quefj^^tais sur, je 
cc ne dis' pas d'a voir quelque pou voir, mais, pourainsi 
<i dire, tout pouvoir sur votre affection.)) II ajoute que 
mis^ricorde n'est pas vice , puisque Dieu lui - mSme 
tous les jours, apr^s les plus terribles menaces de ven- 
geance, ouvre son sein pat^rnel aux p^cheurs qui so 
convertissent k lui ; et que jamais nul homme n'est 
tellement tombd qu'on lui doive refuser la faculty 
de se relever, etc. , etc. 



CHAPITRE VII. 

Des lettres de Foulques k quelques abbes et k plusieurs 

personnages illustres. 

A I'abbe £tienne , homme trfes-noble et trfes-ver 
tueux , qui avait ^t^ sur le point d'etre ^lu k T^pi- 
scopat, mais qui venait d'etre rejet^ ^ il lui ^crit une 
lettre de consolation , et Tassure qu'il lui gardera tou- 
jours Famiti^ qu'il lui avail promise^ il s'afflige et 



520 FRODOABD y 

givBii de voir d^^u de ses eq^^nces celui qu'il se 
v^JQuissait d'avance de voir porf^ parF^lection au gou* 
vernement d'ane igjiise] il Tengage pburtant, quelcpie 
dure qu'ait Ai sa chute , k se relever avec courage , et 
lui exprime le desir de lui gagner et r^oncilier $e» 
prochesy ses amis, et tous ceux qu'il pourra, etc., etc. 
A Baudouin, comte de Flandres, sur les actes cou- 
pables qu'il s'est permis , et dont il vient de s\>ccaper 
eh assembl^e avec les ^vSques de sou dioc^e; Bau- 
douin 9 entre autres crimes , avait port^ Taudace jus* 
qu'^ faire fla^eUer un pr^tre. Foulques lui remontre , 
par les t^moignages tir^s des saintes £critures , r^uor- 
mitd d^un pareil crime; il avait aussi enlevd plusieurs 
^glises k des pr^tres qui y avaient ^t^ ordonuds, et les 
avait denudes k d^autres, saus considter leur ^v^que; 
il avait envahi et retenait par force un doi&aine que 
le roi avait donn^ k f^glise de Noyon ; le seigneur 
Foulques lui cite les articles des canons et des lois 
civiles sur ces sortes de crimes *, il lui reproche aussi 
d'avoir usurp^ et gard^ un convent de rooines, et de 
s'^tre soulev^ contre le roi avec infid^Iit^ et parjure. 
Depuis long-temps dejk des avert issemens avaient 4i6 
adress^s k Baudouin sur ces divers m^aits; mais scpvis 
les longs d^lais qui lui avaient ^t^accord^s, malgr^ les 
appels qui lui avaient ^t^faitsparTautoritd Episcopate, 
il semblait, en changeant k tout moment de lieu, Eviter 
. de compar^iltre et rendre cpmpte. Cest pourquoi Foul- 
ques lui adresse ces lettres et cette invitation pater- 
nelle pour Fengager k faire penitence ; s'il ne veut 
se soumettre, qu'il sache qu'il sera retranchE de la com- 
munion des Chretiens, etc., etc.— -/tem^ il lui ^rit, 
conjointement avec ses co^^ues , du syhode tenu 



HISTOIRE DE l'eGUSE DE RHEIMS. 521 

a Rheima Fan de Tincamation deNotre-Seigneur 892 *, 
il lui reproche de fouler aux pieds les lois ecd^iasti- 
ques et civiles , d'usurper les biens de I'fglise et des 
honneors qui ne lui sont pas dus , rejetant loin de 
lui la crainte de Dieu , abjurant par ses oeiivres la foi 
qu'il aTait promise k Dieu dans le bapt^me, enva- 
hissant le lieu saint d'un ordre monastique , et usur- 
pant le titre d^abbd ; c^est pourquoi il a ^te d^r^t^ 
d*ua commun accord, par tons les ^v^ques r^unis , 
de le frapper d'anathi^me ; n^anmoins , comme il peut 
rendre des services k F^glise et au royaume , la cen- 
sure est suspendue ; on lui laisse le temps de r^flechir, 
de s^amender , et on le conjure par la mis^ricorde de 
Dieu de ne pas s'obstiner en sa coupable audace , de 
ne pas provoquer davantage la colore de Dieu , et lui 
mettre , pour ainsi dire , le glaive k la main , etc. , etc. 
Suivent les tdmoignages des autorit^ divines pro- 
duits pour sa correction et son amendement. Que, s*il 
persiste k ne pas vouloir se corriger , il sache qu'il 
sera s^questr^ de tout commerce avec V^glise, et 
frapp^ d'un ^ternel anath^me. II finit en lui mettant 
sous les yeux la sentence d*excommunication qu'il 
lancera au plus tot centre lui. 

Au clergd et au peuple de F^Hse de Sens , au 
sujet du choix qu'ils out k faire d'un ^v^que •, il leur 
reproche d'avoir diff^r^ de venir aupr^s de lui, et 
d^avoir iptifivA rentretenir par lettres plutot que de 
vive Yoix , et leur ordonne de choisir entre eux , et 
de lui envoyer au plus tdt des personnes muries par 
rige et la sagesse , babiles et incapables de se laisser 
entrainer hors du droit chemin par esprit de haine ^ 
fffveur ou avarice. 



5^2 FRODOARD ; 

Aux desservans de T^glise de Laon , sur ce qa'il i 
entendn dire qu'il existe entre eux desrivalites etdes 
querelles, et qu'ils se separent en conventicides ; c'est 
pourqnoi il les avertit , comme des fils , que s'il en 
est ainsi, il faut se hiter de couper court aumal; 
que la moderation , la paix doivent r^gner dans lenrs 
assemblies, et que chacun dqit y parler, selon son %e, 
et selon les vertus qu'il a recues de Dieu, maissans 
orgueil aucun ni affectation de hauteur , etc. Afin 
de r^tablir et conserver entre eux la concorde et la 
vraie charity , il leur envoie copie de la lettre qu'il a 
^crite au roi Eudes, pour leur obtenir une Section 
canonique , et il les exhorte , afin que , rassembl^ et 
r^unis dans une m^me volont^ avec Faide du Saint- 
Esprit, ils travaillent avec ardeur, et implorent avec 
ferveur la cl^mence de Dieu , pour qu'il daigne les 
b^nir et diriger dans T^lection de leur pasteur. 

Aux frferes de I'abbaye de Corbie : il leur adresse 
une lettre de correction et de r^primande sur leur 
conduite envers leur abb^, qu'ils s'^taient permis de 
d^poser •, il leur reproche de I'avoir cruellement et 
t^m^rairement chass^ au moment ou il ^tait en proie 
k une maladie tris-grave •, de ne I'avoir pas mcme 
recu comme un Stranger quand il ^tait venu vers 
eux^ de ne lui avoir pas t^ihoign^ la moindre hu^ 
manit^, mais au contraire de I'avoir chasse de Fha- 
bitation commune , et rel^gu^ hors de I'enceinte du 
monast^re, dans le lieu le plus sale et le plusvil; 
enfin, d'avoir d^fendu, par une resolution commune, 
que personne allit le visiter ou consoler, et de ravow" 
m^me , , en cas de mort , d^clar^ indigne de la sipri- 
ture commune. 11 s'^tonne qu'une telle m^hancete 



HISTOIRE DE l'^GLISE D£ RHEIMS. 5^3 

ait pu se glisser dans leurs coeurs ^ et leur mettant 
sous les yeux les ordonnances et statuts apostoliques 
sur Fobeissance envers les sup^rieurs , il leur montre 
qu'ils n'ayaient pas le droit de priver de sa dignity , 
contre toute justice, un abbd rdguli6rement elu et 
etabli dans les formes par Fordination de FarchevS- 
que, ni de d^truire et fouler aux pieds k son dgard 
tous les droits et toutes les lois , puisqu'il n'^tait en 
leur discretion ni puissance de d^poser un abb^ et 
d'en ^tablir un autre au gr^ de leur caprice : il 
leur rappelle a;ussi la malediction tomb^e sur Cham, 
pour s'^tre moqu^ de la nudite de son p^re , et leur 
montre qu'ils ont meritd le m^me sort. En conse- 
quence , apr^s leur avoir fait sentir k quels perils ils 
cxposent leur Ordre , il les somme , en vertu de Fan- 
torite et du minist^re dont Dieu Fa rev^tu, de mettre 
fin k leur coupable revoke , et de reverer et aimer 
leur abbe comme leur pfere , jusqu'au retablissement 
de sa sante ^ et qu'alors , s'il ne pent plus soutenir un 
tel fardeau, il viendra lui-meme se demettre devant 
le roi , afin que sur Fordre de Sa Majeste , et de Fau- 
torite de Farchev^que , un autre soit institue abbe k 
sa place. 



5a4 FRODOARD; 



CHAPITRE VIIL 

Des aoqiiisitioos doatFoulques a enriicfai Teveche et de tout le 

bien qu'il y a fait. . 

■ 

Ekfin ce pr^lat a fait beaucoup de bien ^u siege 
de Rheims , car c'e&t k lui que F^vech^ doit le mo- 
nast^re d'Avenay et plusieurs propri^t^s obtenues, 
soit des rob, soit de difT^rentes personnes; comme 
aussi r^glise de Rheims a ^t^ par lui d^or^e at eari- 
chie d^lne foule de pr^sens et dWuemens; il entoura 
la ville d'un nouveau mur, Ebbpn ayant d^truit Tan- 
cieti pour bitir la basilique de Notre-Dame ; il fit coo- 
struire aussi plusieurs chateaux , par exemple Aumont, 
fit un autre aupr^d d'£pernay, que le roi Eudesd^trui- 
sijt parce qU'il s'^tait detach^ de lui pour Clever le roi 
Cbarles^sur le tr6ne ; il fit rapporter le v^n^rable corps 
du bienheureux saint Remi, du mouast^re d'Orbay 
dslQS la ville de Rheims ; et cette translation fut signa- 
l^e par de grands et nombreux miracles que nous 
avons en partie rapport^s plus haut. Comme en ces 
temps-Ik les Normands infestaient le pays des Francs et 
portaient partout le ravage, cepontifeaccueillitettraita 
avec une bonte paternelle ks pretres , clercs et moi- 
nes qui venaient de toutes parts chercher un asile au- 
pr^s de lui-, et entre autres les moines de Saint-Denis, 
qu'il recut avec le precieux corps du martyr et les re- 
liques de quelques autres saints, et qu'il entretint. 
II fit aussi amener a Rheims le corps du bienheureux 



tf 



HISTOIRfi D£ LEGLISE DE RHEIMS. 5^.5 

Calixle, dont I'abbaye lai avait iti donn^e a lui et K 
son ^glise , et il le ifit d^poser avec pompe et respect 
demure Fautel de la Sainte-Viei^ , et a cote de lui 
le$ reliques de saint Nicaise et de sa sainte soear 
Eutrope, qu'il avait fait enlever et transfi^rer solennel^ 
lament de I'^glise de Saint«-Agricole. 



I I . ' I t c 



CHAPITRE IX. 



De saint Gibrian et de ses fr^res. 



Em ce mdme temps on transporta aussi dans Teglise 

de Saint-Remi les restes de saint Gibrian , du pays de 

CMlons , ou il ^tait alld en voyage et ou il citait mort^ 

car il ^tait arriv^ en eelte province sept frferes , sa- 

Yoir, Gibrian, H^lan, Tr^san, Germain, V^ran, 

li Atran et Pdtran, avec leurs trois soeurs, Fracie, Promp- 

tie, et Possenne , venus d'Hibernie en p^lerinage pour 

,i Tamour de notre Seigneur J^sus-Christ •, etils s^^taient 

t ^tablis chacun en divers endroits sur la riviere de 

Marne •, or Gibrian, qui ^tait pretre, choisit pour sa de-^ 

\: meure le village de Cosse , ou il v^cut longues anndes 

sohrement, justement et pieusement, s'appliquant 

jusqu'a la fin de sa vie k combattre pour le ^ut. On 

i{ dit que son corps f ut d'abord enseveli sur le bprd 

J de la grande route publique,.et qu'ensuite sur sa 

r tombe fut construitun petit oratoire,iLcause de quel- 

,: ques miracles qui y ayaient ^t^ operds ; une grande 

f foule de peuple y venait en pdlerinage , surtout k la 



526 FRODOARD^ 

figte de Taniversaire die son inhumation-, car il^Vope^ 
rait beaucoup de garrisons, dont quelques-unes nou9 
ont ^te conserv^es par ^crit , mais dont le plus grand 
nombre est demeur^ inconnu ; cependant on y voit 
ecritsles noms de trois femmes qui recouvr^rent la vue; 
et une autre, appel^e Grimoare, y recouvra aiissi Fu- 
sage d'une main ; enfin, du tem{|^ du roi Eudes, quand 
la cruaut^ de^Normands portait partout le ravage dans 
le royaume des Francs , cette chapelle fut r^duite en 
cendres ainsi que plusieur^ autres du m^ine pays^ et 
depuis Fincendie on dit qu'on entendait souvent des 
voix qui chantaient des psaumes, sans qtfon vit 
personne-, et pendant la nuit on y voyait briller des 
lumi^res. Le bruit de ces miracles s'^tant rdpandu bien 
loin a la ronde , le religieux comte Haderic , conduit 
par Tamour de Dieu et la reverence qu*il portait k 
saint Gibrian, alia trouver Rodoard, ^veque de Teglise 
de Ch&lons, le suppliant instamment, puisque la cha- 
pelle oil reposait le saint corps avait ^td enti^rement 
d^truite, et qu'il restait maintenant expos^ aux injures 
de Tair, de lui accorder la permission de le transferer 
en un autre lieu ou il put ^treplusd^votement etplus 
honorablement conserve et gard^ ; ce qu'il obtint enfin 
k force de priferes : lors faisant prix avec un batelier 
pour passer la riviere, ils convinrent ensemble qu'il 
setrouveraitde nuit, avant le chant du coq, sur la rive, 
et I'atfendrait avec son bateau*, k I'heure con venue, 
trois hommes et un pretre envoy ^s par le comte se trou- 
vferent sur le bord; mais le bj^telier ne parut pas, et 
sa nacelle ^tait atlach^e de Tautre colede Feau^ ceux-ci 
attendirent long-temps et Fappelaient chacun k leur 
tour^ mais voyant que personne ne leur repon- 



HISTOIRE DE l'eGLISE DE RHEIMS. 5^'J 

dait , saisis de douleiir , ils se prosterneat en terre , 
priant avec devotion que si la volonte de Dieu ^tait 
que le saint corps fut transfere de ce lieu, il daignat 
la leur faire connait^e par quelques signes; aussitot,. 
rompant merveiUeusement le lien qui la rietenait de / 
Tautre cote , la barque se detache et vient surgir en la 
rive oil elle ^tait attendue; ce que ceux-ci admirant 
avec devotion , e;t rendant graces k Dieu , ils moritent 
sur la barque , assures de la voloritd du Seigneur ^ et 
abordant a Tendroit ou (5tait le sepulcre, ils ouvrent le 
cercueil de pierre qui renfermait le sacrd corps , Ten- 
Invent avec r^v^rence , et le remettent dans, un cofFre 
tout neuf et pr^par^ exprfes^ ensuite, transport's de 
joie, ils reviennent au bateau^ repassent promptement 
la riviere, et transportent les reliques en les accompa 
gnant de louanges au village de Balbi , ou il est con- 
stant qu'elles furent cOnserv'es avec grand honneur 
pendant trois ans-, de Ik elles furent transport(Ses en 
pompe dans I'eglise de Saint-Remi, confines k la de- 
votion du gardien, et d'pos'es honorablement au- 
prfes du sepulcre du trfes-saint p^re Remi ; deur ans 
aprfes, le corate Haderic et Sa femme Hdrisinde sup- 
pliferent humblement le seigneur 'v^que Foulques de 
leur accorder un lieu pour la sepulture du saint, du 
cote droit de Feglise , a Fentr'e de la grotte •, ce 
qu'il leur ac^iorda^ alors ils firent bdtir un autel, 
qu'ils cpuvrirent d'argent , et ou les sacr'es reliques 
furent ddpos'es avec respect-, enfin quelque temps 
aprfes que le corps saint avait 6t^ enlev' de sa premifere 
sepulture, une femme aveugle, nomm'e Erentrude, 
y vint en p'lerinage apportant un cierge et deman- 
dant gudrison^ mais quand elle eut apprisquele corps 



53o FRODOARD ^ 

£tonn&, transport^ de colore k la vue cTun si horrible 
attentat , ceux-ci prennent les armes , et se mettent a 
la poursuite de$ assassins, brulant de yenger leor 
^y^ne; mais n'ayant pu les rencontrer, ilseol^ent 
le corps en poussant de grands cris , et le rapportent 
k Rheims an milien dsk denilet de la d^IationdetoDs 
les siens. Iii,apr&s ayoir lav^ le corps, etlui avoir 
rendn, les derl^er^ 4^yoira ayec porape , ils k d^po- 
sirent dm» uixe sepulture digne de lui- 

Winemai: , son assassin , exGoipmnni^ et anatUma- 
tis^ avec ses complices par tons les ^v^ques durojfaume 
de Frs^iae , fut en outre frapp^ par Dieu d'ane fdaie 
incurable : toutes ses chairs tombaient en poorriture) 
un ss^g corrompu sMchappait d^ toutes les parties de 
son corps, et les vers le rongeaient tout yiyant; per- 
sonne n^ pouyant approcher de lui k cause de fio- 
fectipn insupportable qu'il ei^ialait , il termijia sa mi- 
s^ral^le vie pa;? \m^ mort miserable. 

CHAPITRK XT. 

De I'episcopat d'Herivee. 

FpuLQU^s eijLt pour successeur le seigneur B^riv^e, 
lequel fut j^ aussi k la cour du roi pour etre pn>D>^ 
a r^piscopai. IJIoble d^ naissanc^^ nf^^^ du ^mte 
Hucbald p^i; sa m^re, qupiqu^ tr^-jeune encore 
quand il fut ^lev^ a cette dignitd, il fut prdonnej^f 
RicuUe, ^y^que de Soissous, Dodilon de Cambniii 



HISTOIRE DE l'eGLISE DE RHEIMS. 53 1 

Otgaire d'Amiens, Mancion de Ghilons, ^odolphe 
de Laon , Otfried de Senlis ^ et tons les autres ^vS- 
ques dioc^sains y donn^rent leur consentement et 
confirmferent le ddcret de son ordination 'H^riv^e s'ap- 
pliqua de suite k paraitre digne du haut rang ou il ^tait 
plac^, se montrant aimable k tons les gens de bien, 
offrant un module aux vieillards eux-m^mes , aimant 
les pauvres et les traitant avec bont^, consolant et sou- 
lageant les religieux avec g^n^rosit^, trfes-mis^ricor- 
dieux et bienfaisant envers les afflig^s, tr^s-instruit 
aux chants de Tdglise , excellant dans la psalmodie et 
habile jusqu'^ la perfection dans cet exercice , dou^ 
de tons les agr^mens de I'esprit et de la figure, doux, 
modeste, plein de bont^, pfere de son clerg^ et patron 
z^l^ du peuple, lent k s'irriter, prompt k s'apitoyer, 
ami zA6 des ^glises de Dieu, courageux dtfenseur 
du troupeau qui lui ^tait confix. II fit rentrer au do- 
maine de Tdglise grand nombre de biens et de vil- 
lages que son pr^ddcesseur avait conc^d^s k difil^- 
rentes personnes k titre de pr^caires et de fiefs. Quoi- 
que tout occup^ k la poursuite des biens spirituels, 
les temporels lui affluaient de toutes parts , et il en 
disposait avec prudence et sagesse •, et sHl vaquait in- 
cessamment k la prifere , c'est parce qu'il ne cOnfiait 
Fadministration du diocese qu'i des ministres capa- 
bles et habiles : aussi , pendant son pontifical , les 
greniers et les caves de IMglise furent toujours rem- 
plis •, les domaines furent gouvern^s avec sagesse et 
mis^ricorde ; un grand nombre de bourgs et coloniea 
furent r^parfe et d'autres fond^s. 



34. 



532 FRODOARB ; 



• CHAPITRE XIL 

De la translation du corps de saint Remi en son monastere. 

• 

. Ce prdlat concut le projet de faire rapporter dans 
la basilique ou il avait ^t^ enterr^ d'abord , le corps 
du bienheureux saint Remi, depuis long-temps de- 
pose et gard^ demure Tautel de la grande ^lise de 
Notre-Dame , dans la Git^. Or on dtait alors en hiyer, 
et le roi Charles et plosieurs seigneurs de la cour s'^ 
taient r^unis en la ville de Rheims pour cdlebrer la 
fiSte de la Nativity de Notre-Seigneur : comma }a pluie 
ne cessait de tomber, il y avait beaucoup de boue 
par toute la ville et dans tous les environs, et plu- 
sieurs commencaient ^ se plaindre, demandant com- 
ment il serait possible par un pareil temps de reporter 
le saint corps en son lieu ; mais il advint que la nuit 
qui suivit la f(§te des saints Innocens, et qui pr^c^dait 
le jour ou devait avoir lieu la c^r^monie, un vent 
du nord se leva tout-a-coup sur le minuit , et gela sou- 
dainement toute cette immense et affreuse quantite 
de bpue, en.sorte que Thumidit^ ^tant dess^cbee, on 
put marcher k pied sur et d'un pas ferme sur la super- 
ficie glac^e, et transporter librement les restes du saint 
pontife. Quand on fut arriv^ hors dela ville, a Fendroit 
ou la route se dirige de droit fil au monastere de Saint- 
Remi , un boiteux , dont nous avons dijk parl^ plus 
haut, fut redress^ par la vertu divine, et comply 



HISTOIRE DE l'eGLISE DE RHEIMS. 533 

tement gu^ri. Gomme il y avait grande foule , le 
peuple accourant de toutes parts , quelqu'un dans k 
presse coupa k Richard, due de Bourgogne, le fourreau 
orn^ d'or et magnifiquement incrustd de pierreries 
qui pendait k sa ceinture. Pendant plus d'une ann^e 
]e marchand qui Tavait achetd le porta a toutes les 
foires et marches sans pouvoir trouver k le vendre, 
jusqu^k ce qu'enfin il le rapport&t au due de Bourgo- 
gne, qui le recut en remereiant et b^nissant saint 
Remi. 



CHAPITRE XIII. 



De la reparation du chAteau de Mouzon et de quelques autres 

fort$ ou eglises. 



Ce pontife fit r^parer et fortifier les murs du ehi- 
teau de Mouzon , et y fit reMtir k neuf une ^glise 
depuis long-temps ruin^e , qu'il eonsaera k la sainte 
Mfere de Dieu , k qui elle avait ^t^ primitivement d^- 
di^e ; il y fit transporter les reliques de saint Victor 
qu'on avait trouv^es non loin de ce chalteau. II fit 
aussi b&tir un fort en lieu sur au village de Goucy, et 
un autre k fipernay sur la rivifere de Marne. II fit re- 
bdtir plusieurs Eglises qui avaient et6 d^truites durant 
la persecution desNormands, et il en fit la dddicace. 
Dans les Yosges , il construisit une ^glisedans le do- 
maine du bienheureux saint Remi ^ et,avec le consen- 
tement de Fdv^que de Mayence , il en fit la dddicace ^ 



534 FRODOABD^ 

y ayant d^pos^ quelques reliqnes de ce grand saint. — 
Item, k Rheims il fit aussi la d^dicace d'ane ^lise 
bdtie hors des murs par les chanoines de la viUe , en 
Thoniieur de saint Denis, dans laquelle il d^posa, 
jKHir y ^tre conserves, les restes du bienhenreux saint 
Rigobert, ^v^que, et de saint Thdodxdphe, abb^; il fit 
d^blayer et nettoyer une chapelle plac^e sous la grande 
%lise, qui ^tait depiiis long -temps demeurde encom- 
br^e de terres , et oii Ton dit que le bienheureux saint 
Remi avait coutume de r^pandre en secret ses priiferes 
devant Dieu , et il la consacra en Thonneur de ce 
aaiat ^y^ue 5 il oma en outre I'^glise de Rheims de 
beaucoup de dons, Tembellitde couronnes d'argent, 
de lampes d'argent et d'or, et renrichit de vases faits 
de ces deux pr^cieux m^taux, ou m^me en pierreries •, 
il deva et consacra, en Thonneur de la Sainte-Trinitd, 
tin autel au milieu du chceur , et Fentoura de tables 
revalues d'argent ; il couvrit d'or la grande croix, et 
I'orna magnifiquement de pierreries et de saintes re- 
liques •, il decora la grande nef d'uh grand nombre de 
tapisseries de soie. Ehfin je ne ptiis non plus oublier 
les bienfaits dont il m'a combl^ moi et tous les autres 
clercs.ct chanoines, moines et reBgieux^, en un mot 
tons cetoi qui ont eu recours i Itii en leurs besoins. 



HISTOIRfi DE iJiGLlSB, DE RHEIMS. 535 



CHAPITRE XIV. 

Des assemblees synodales tenues par H^rivee, de la conversion 
des Normands, et de I'expedition contre les Hongrois. 

Il tint souvent des assemblies synodales avec les 
co^v^ques de sa province, dans lesquelles il prit grand 
nombre de mesures sages et salataires pour la reli- 
gion et la paix de T^glise de Dieu et du royaume; 
il travailla beaucoup aussi k adoacir et convertir les 
JSormahds, tant qu'enfin, apr^s la guerre que leur 
fit Robert , comte de Ghartres , ils consentirent k re- 
cevoir la foi chr^tienne, k condition qu'on leur con- 
c^derait quelques contr^es mari times, avec la vUle 
de Rouen qu'ils avaient presque d^truite, et toutes 
ses dependances. A la demande de Gui , alors ^vdque 
de Rouen, Hdriv^e lui envoya vingt-trois articles 
extraits des diverses autorit^s des saipts P^res, sur la 
mani^re dont il devait traiter les Normands^ en outre, 
il voulut consulter a ce sujet le pontife romain, et 
ne manqua jamais, tout en prei^ant son avis, de lui 
insinuer le sien sur les mesures a suivre dans, la con- 
version de eette nation paienne. Quand les Hongrois 
vinrent ravager le royaume de Lorraine, et que le roi 
Charles appela tons les grands de France^ soii secoiirs, 
seul entre tous les primats du royaume, H^riv^e rd- 
pondft k son appel, et vint trouver le roi, seulelnent 
pour la defense de Fj^lise de Dieu^ ayant avec lai, 
comme on le rapporte, quinze cents hommes armi^^ 



536 FRODOARD ^ 



CHAPITRE XV. 

Du secours donne par H^rivee ad roi Charles abandonne 

des siens. 

L'ann^e siiivante, quand presque tous les grands 
du royaume de France abandonn^rent leur roi Charles 
k SoissonSy en haine d'Haganon, son conseiller, (pA 
avait choisi dans un rang inf^rieur, ^t qu*il &ou- 
tait et honorait par dessus tous les grands seigneurs, 
ce pontife, pieux et fidMe, et toujours ferine au mi- 
lieu du p^ril, sut intr^pidementtirerle roi de Soissons, 
remmena dans ses terres, et deli a Rheims, et pendant 
prfes de sept mois il Faccompagna et le suivit partout, 
jusqu'i ce qu'enfin il lui ramena les seigneurs, et le 
remit en son royaume. 



CHAPITRE XVI. 

De rexcommunication et absolution du comte Eriebald. 

Ce pr^Iat avait excommuni^ Eriebald, comte dn 
Portian, k cause d'une terre de Teglise deRh^Disqnu 
avait envahie, et sur laquelleil avait 6itMtirun fort 
sur la Meuse, d'ou il causait de fr^quens dommage* 
aux serfs eccl^iastiques*, joint aussi qu'il avait suipn* 



HISTOIRE DE l'eGUSE DE RHEIMS. 53^ 

le cMteau d'Aumont; mais voyant que rexcommuni- 
cation ne produisait rien sur lui, Farchev^que s'avanca 
en armes avec ses gens, et vint assidger ce fort qu'il 
avait construit et qu'il nommait M^ziferes. Aprfes un 
si^ge d'environ quatre semaines, Eriebald fut forc^ 
de-c^der, et le pontife y entra, et y mit garnison-, aprfes 
quoi il revint a Rheims. Eriebald en se rendant auprfes 
du roi, qui ^taitalors dans le pays de Worms en pr^ 
sence de Henri de Germanie, fut surpris en route et 
tue par un parti ennemi. Plus tard, i la requite et 
soUicitation du roi Charles, Hdrivde.ddia le ddfunt 
de rexcommunication, dansunsynode qu'il tint avec 
ses coev^ques k Troli, prfes de Soissons. 



CHAPITRE XVII. 

De la mort d'Herivee. 

Enfin, la discorde croissant toujours entre le roi 
Charles et Robert , lorsque presque tous les grands d.u 
royaume ^taient rassembl^s au monast^re de Saint- 
Remi de Rheims pour donner la couronne a Robert, 
rarchev^que , succombant a la maladie , mourut le 
troisifeme jour aprfes que Robert avait Ad fait roi, et 
quatre jours avant la fin de la vingt-deuxi^me annde 
de son dpiscopat. 11 adviiit que le jour m^me de sa 
mort plusieurs dv^ques arrivferent k Rheims , cddbr^- 
rent ses fundrailles, et le ddposferent avec pompe dans 
la tombe, au milieu du deuil et des larmes des siens 
et de tous les Strangers. 



538 FRODOA&D ; 



CHAPITRE XVIII. 

Seulphe succ^de k Herivee. 

H^lvi^E eut pour successeur S^uIphe, qui remplis- 
sait alors k Rfaeims les fonctions d'archidiacre, homme 
sufBsamment instriiit dans les sciences ecdesiasti- 
ques et s^culi^res , et qui avait ^tudid les arts lib^ 
rant k r^cde de Remi d'Auxerre. Son Election ayant 
6ii approuv^e par le roi Robert , il fut par son ordre 
ordonnd par Abbon de Soissons et les autres dv^ques 
de la province de Rheims. Presque aussitot apr^s on 
lui d^nonca Eudes, frfere du d^funt archev^quefl^ 
riv^e, et Hd^ivde son neveu, comme lui refusaiit la 
foi quails lui avaient promise. Comme ils ne you- 
lurent ni venir rendre corapte de leur conduite a leur 
^v^que, ni combattre en combat singulier contre leurs 
accusateurs, on leur enleva les terres de I'^glise, qu'ils 
poss^daient en grand noinbre, et ils furent conduits 
par le comte fidribert au roi Robert , qui les fit tenir 
prii^onniersjusqu'Jt samort^ Eudes, sous la garde dB^ 
ribert , et H^rivfe i Paris. On raconte qu*to recom- 
pense de leur expulsion , Tarchev^que Seulphe et ses 
cohseillers s'engag^rent k assurer le si^ge de Rheims an 
fils d'Hdribert. Seulphe envop ses messagers k Rome 
requ^rir Ife pape Jean de vouloir bien approuver son 
ordination 5 cequi lui futaccordd parlesouverain pon- 
tife, qui aussl lui envoya le pallium^ avec des lettres 
de confirmation des privil^es de Nglise de Rheims. 



HISTOIRE D£ l'eGLISE DE RHEIMS. 5^9 



CHAPITRE XIX. 

Du synode tena par Seulphe, de ses actes et de sa mort. 

SiuLPHE tint un synode en la ville de Tricdi ayec 
tous les ^v^ques de ia province de Rheims, o 4 s>e trou- 
v^rent aussi plusieurs comtes. Dans ce synode , Isaac 
vint donner satisfaction poar les crimes qu'il avail 
commis contre Fdglise de Gambrai , en brdlant lin chi- 
teau d'feienne , ^v^ue de cette ville , dont il s'^tait 
empar^ par ruse. Cit^ k comparaitre, ii fit sa paix avec 
£tienne, moyennant cent livres d'argent, gra^ces k 
Tentremise d'H^ribert et de quelques autres cotntes 
pr^sens ail synode. S^ulphe fit entourer d'un mur le 
nionast^re de Saint-Remi avec les (iglises et ks mai- 
sons adjacentes , et y dtablit un chsiteau fort. 11 fit r^ 
parer etrepeindre lesappartenfiens du palais Episcopal. 
II fit faire en Fhonneur de la Mfere de Di^u un grand 
calice d'or avec des pierreries , du poids de dix livres , 
et une foule d'autres omemens pour la m^me ^glise. 
II avait entrepris de faire couvrir d'or un ciboire pour 
Tautel de Notre-Darae, mais la mort le surprit avant 
qu'il eut pu terminer cet ouvrage. On raconte qu'il 
mourut empoisonn^ par les domestiques et familiers 
dn comte H^ribert. 



54o FRODOARD ; 



CHAPITRE XX. 

De Telection de.Hugues, fils d'Heribert. 

AussitSt apr&s la mort de S^ulphe , le comte Heri- 
bert se rendit i Rheims, y appela Abbqn, dvequede 
Soissons , et Bovon , ^v^que de Chilons; etavecleur 
appui , il se mit k preparer Flection , et parvint a faire 
entrer dans ses projets le clerg^ et le peuple. Eneffet, 
lis suivirent son conseil; et, dans la craintequeieve- 
ch^ ne flit divis^ entre des etrangers , ils dlurent son 
fils Hugues , encore enfant, et qui n'avait pas encore 
einq ans accomplis. L'dection tennin^e , ils sadres- 
sent au roi pour en obtenir la confirmation, et k m 
Raoul % sur Tavis des ^veques de la province, confix 
fev^ch^ de Rheims a H^ribert pour ^tre par lai ad- 
ministr^ et gouvern^ ciyilement selon justice. Celui-a 
s'empressa aussitot d'envoyer a Rome des depute de 
r^lise avec Fev^que Abbon , pour porter au saiflt 
P6re le d^cret d'^lection , et lui demander son assenU- 
ment. Le pape Jean , pr^venu par Abbon , donna son 
consentement , et en meme temps ddegua I'evecnc 
aux soins d'Abbon lui-meme , avec le droit d'y regies 
et d^ider tout ce qui concernerait le minist^re epi- 
scopal. Alors Heribert , maitre du dioctee, me pnva» 
moi et quelques autres clercs qui n avions f^ P^ 
part a Mection , de tons les b^n^fices et biens cccle- 

> Raool ou Roclolpliey due de Bourgogne. 



HISTOIRE DE LEGLISE DE RHEIMS. 54 1 

siastiques dont nous avions ^t^ gratifies par les ^v^- 
ques prdc^dens pour nos bons services , et les distri- 
bua, au gr^ de son caprice, a qui bon lui sembla. Peu 
de temps apr^s , une querelle s'^tant dlev^e , dans le 
cloitre des chanoines , entre les clercs , des soldats y 
entr^rent en armes , et il y eut deux clercs de tu^s , 
dont Fun ^tait diacre et Tautre sous-diacre. 



CHAPITRE XXL 

Des incursions des Hongrois et des querelles du roi Raoul 

et du comte Heribert. 

Cependant les Hongrois ayant pass^ le Rhin%et 
portant partout le ravage et I'incendie , s'avancferent 
jusqu'aU pays de Vouzi , ce qui fut cause que Ton tira 
des lieux de leur sepulture, pour les transferer a 
Rheims , le corps dc saint Remi et les reliques de 
quelques autres saints. L^ann^e suivante, une con- 
testation s'^leva entre le roi Raoul et le comte Heri- 
bert , au sujet du comte de Laon , que le comte de- 
mandait pour son fils Eudes , et que le roi donna a 
Rotgaire, fils du comte Rotgaire. En la m^me ann^e , 
nn dimanche du mois de mars , on vit k Rheims des 
armees de feu se battre dans le ciel , et bientot apr^s 
s'ensuivit une peste terrible : c'^tait une esp^ce de 
fifevre et de toux qui etait suivie de la mort , et qui 
exerca ses ravages sur toutes les nations de la Germa-- 

> En 926 



54^ FRODOARD ; 

nie et des Gaules. Gependant H^ibert s'^it empreise 
d'enyoyer ses messagers au-del^ du Rhin vers Henri, 
qui lui manda par enx de venir le trouver pour par- 
lementer ; Hciribert s^y r^ndit en diligence avec Ha- 
gues , fils de Robert-, et s'citant ligu^ ensemble par 
un trail^, ils s^honorerent mutuellement de pr^ns. 
Un synode des six ^^ques de la province de Rbeims 
se tint k Troli par Tordre du comte H^ribert, et mal- 
gr^ Topposition du roi Raoul j ensuite Heribert fit 
sortir Charles de la captivity ou il le retenait,etle 
conduisit k Saint-Quentin; et de Ik, tons les deux,de 
concert , firent demander une conference aux Nor- 
mands. Dans c^tte entrevue, Guillaume, fils deRol- 
lon, due de Normandie , pr^ta honunage i Charles, 
•et fit amitid avec Heribert ; apr^s quoi Heribert vint 
k Rheims avec Charles, et de la adressa des lettres 
au pape Jean, lui marquant qu'il faisait tons ses efforts 
pour retablir Charles sur le trone , comme ce pontile 
le lui ayait enjoint sous peine d'excommunication. 
Mais Tenvoy^ qui avait port^ ces lettres ne tarda pas 
a revenir, annoncant que le pape venait d'etre jete 
en prispn par Gui, frfere du roi Hugues. Heribert, 
apr^s s'etre empar^ de Laon , alia au devant des Nor- 
mands, selon Tinvitation qu'il en, avait recue, et con- 
clut amiti^ avec eux; cependant son fils Eudes,qw 
avait ^l^ remis en otage k RoUon , ne lui fut rendu 
qu'a^pr^s qu'il eut fait soumission a Charles, av^ ^^^ 
ques autres comtes et dv^ques de France. 



RISTOIRE DE l'^GLISE DE RHEIMS. 543 



CHAPITRE XXII. 

Odalricy eveque d'Aix, est re^u k Rheims; le roi Charles 

est remis en captivite. 

• 

A peu pr^ dans le m^me temps , Odalric , ^v^que 
d'Aix , forc^ d'abandonner son si^ge k cause de la per- 
secution des Sarrasins , vint cherchei? un asilje k 
Rheims, et y fut recu par le comte Q^ribeit, qui lui 
confia Tadministration du diocese a la place de son 
fils Hugues , qui ^tait encore tout petit , et lui assi- 
gna pour revenu I'abbaye de Saint-Timoth^e, avec une 
prebende d'un seul chanoine. Hugues et Hdribert se 
rendirent ensuite k une entrevue avec Henri ; au re- 
tour, ils all^rent au devant du roi Raoul , et H^ribert 
se soumit de nouveau k lui , et remit Charles en cap- 
tivity ^ mais bientdt apr^s Baoul , ^tant venu k lUieims, 
ou le malheureux Charles ^tait gard^ , fit sa paix avec 
lui, le reconnut et lui rendit hommage, lui restitua 
le fief d^Attigny et lui fit de grands pr^sens. H^ribert 
s'empara du chateau de Vitry, qui appartenait k Bo- 
son , fr^re du roi Raoul ^ et ensuite , accompagn^ de 
Hugues', il alia mettre le si^ge devant Montreuil,for- 
teresse assise sur les bords de la mer, et qui apparte- 
nait au comte Erluin-, celui-ci ayant dadn^ de& otages, 
H^ribert leva le si^e et se retira. 

» En 9:19. 



544 FRODOARD ', 



CHAPITRE XXIII. 



De la division qui eclata entre les comtes Hugues et Heribert 

et le roi Raoul. 



BieotSt la division Eclata entre les comtes Hugaes 
et Heribert, parce que Hugues avait recu en foi et 
hommage Erluin et sa terre, qui d^pendaient d'Heri- 
bert, et parce que de son cdt^ Heribert en avait fait 
autant pour Hilduin et Arnold , qui d^pendaient de 
Hugues. De la naquirent entre eux diverses emotions 
par la France. Pour la pacifier, Raoul, roi de Bour- 
gogne , vint les trouver, et parvint enfin , apr^s beau- 
coup de peine, k les accorder entre eux, ainsi qii^a- 
vec Boson , k qui Heribert rendit le ch&teau de Yitry. 
Apr^s avoir gard^ la paix pendant quelque temps , H^ 
ribert s'empara d'Anselme , sujet de Boson , qui com- 
mandait le chiteau, et avec lui du chateau-, et en 
retour, il donna k Boson le village de Couci, appar- 
tenant i saint Remi, avec une autre terre. Peu de 
temps apr^s , ceux des habitans qui ^taient restds fi- 
ddles k Boson reprirent Vitry par trahison, et sur- 
prirent Mouzon par ruse •, mais Heribert , appel^ par 
quelques habitans de Mouzon , survient k Timpro- 
viste , passe la Meuse par des gu^s dont on ne se dou- 
tait point, et, entrant dans la place par une porte qui 
lui fut livr^e secr^tement par les habitans , fait pri- 
sonniers tons les soldats que Boson y avait laiss^ en 



HISTOIRE DE l'eGUSE DE RHEIMS. 545 

garnison. Dans le mdme temps , ayaiit Noel , on vit k 
Rheims, au dedans et autour de Tdglise de Notre- 
Dame , une grande lumifere qui , apparaissant un peu 
avant le jour du cot^ du nord et de Torient, passa 
du cotd du midi. L'anui^e suivante, le comte Hdribert 
abandonna le parti du roi Raoul , et ses soldats dtant 
partis de la ville de Rheims , prirent et d^truisireut 
un chiteau de Hugnes , nomm^ Braine, et situ^ sur la 
Vesle , que Hugues avail lui-m^me enlevd k Nviqtie 
de Rouen. 

t iJ ,n,ii'." .1 I'f i.'.M i ll f =e5=c3as q fr<'f n > ■ 



CflAPITRE XXIV. 

De 1'ordination du seigneur Artaud k repiscopat. 

Lb roi Raoul nianda par lettres au clerg^ et aa pen- 
pie de Rheims d'^lire un ^v^que •, mais cetix-ci lui r6* 
pondirent qu'il leur ^tait impossible de faire une Elec- 
tion, tant que leur An vivrait, et que subsisterait 
ainsi leur premiere Election. Gependant le comte HEri- 
bert Etant allE trouver Henri , et ayantfait alliance avec 
lui, les armies du roi et de Hugues ravagferent tout 
le pays de^lheiras et de Laon^ le roi lui-m^me vint 
mettre le siEge devant Rheims , et y entra en maitre la 
troisierae semaine du siEge , les portes lui ayant EtE 
ouvertes par les soldats de I'eglise; li, rEunissant 
quelques Eveques de France et de Bourgogne, il fit 
ordonner Ev^que un moine de Tabbaye de Saint-Remi 
nommE Artaud-, ensuite marchant sur Laon , il y vint 

35 



546 FRODOARD ; 

assi^ger H^ribert qui, apr^s avoir tenu pendant qnd- 
qae temps ; demanda k sOrtir de la ville : ce qui lui 
fut accord^. 11 sortit en eflfet de Laon, maisil ylaissa 
sa femme dains un cMteau qu'il avail fait Mlir daos 
I'int^rieur m^me de la place, et qui coutaau roi bean- 
coup de peine et de temps pour le prendre. L'^veque 
Artaud , un an apr^s son ordination , recut le pd- 
Hum, qui lui fut remis par les envoy^s de Feglise de 
Rheims, ou de la part du pape Jean, fils delhrie, 
dite aussi Marozie, ou de la part du patriceAlberic, 
frfere du meme pape , qui tenait son frfere et sa mire 
en prison , et qui avait chass^ de Rome le roi Hugues. 
Pendant que le roi Raoul tenait les gens d'Heribert 
assi^^s dans Chiteau-Thierri , quelques dveques de 
France et de Bourgogne le vinrent trouver a ce si^e, 
et il fut avisd entre eux de tenir un synode, auquel 
prdsid^rent Teutilon, ev^que de Tours, et Artaud, 
de Rheims ^ celui-ci y ordonna Hildegiire eveque de 
Beauvais^, la m^me annde encore, il cohsacra Fulbert 
au si^e de Gambrai. 



HISTOIRE DE l'^GLISE DE RHEIMS. 547 



CHAPITRE XXV. 

Des signes qui ftifent vus k Rheims, et des maladies qui 

s'ensuivirent. 



L'annee suivante on vit a Rheims des armies de feu 
se baltre dans le ciel , et m^me quelques traits et jave- 
lots aussi en feu^ mais surtout un serpent de feu , qui 
traversa rapidementles airs; et bientot s'ensuivit une 
peste qui emporta les hprnmes par diverses maladies. 
L'ann^e d'ensuite % un synode de sept ^veques s'assem- 
bla a Sainte-Macre % sur la convocation de Tev^que Ar- 
taud, et auquel les pillards et usurpateurs des biens 
de I'eglise furent cit^ pour venir donner satisfaction. 



CHAPITRE XXVL 

De la reception de Louis. apres la mort du roi Raoul. 

Uank6e suivante % le roi Raoul Aant mort, le comte 
Hugues envoya outre mer ^ pour faire venir Louis, fils 
de Charles , que le roi Athelstan , son oncle maternel , 
elevait loin de la France, lequel ayant recu lesermefnt 
des ambassadeurs fraticais , le renvoya en son pays. 

« En 935. — ' Ce fut le second concile de Fimes. — 3 En 986, le 
1 5 Janvier, etle i4 suivantD.'Vaissefe.— 4 En Angleterre. 

35, 



54^ FRODOARD ; 

Uogues et les autres seigneurs du royaume vinrent 
au devant de lui, et aussitot qu'il eut pris lerre sur 
le rivage m^me de la mer, auprfes de Boulogne, teas 
lui pr^tirent foi et hommage, et le reconnurent pour 
roi, ainsi qu'il avait iti convenu des deux parts; dela 
lis le conduisirent k Laon, ou il retfut Fouction royale, 
et fut couronn^ des mains de Farchevfique Artaud, 
en presence des grands du royaume et de plus de 
vingt ^v^ques. L'^v^ch^ de Laon fut donn^ k Raonl, 
pr^tre de cette ^glise, ^lu par le voeu unanime de ses 
concitoyens, lequel fut ordonn^ par le m&ne arche- 
v^ue; celui-ci ordonna aussi diffi^rens ^v^ues dans 
les autres sieges de la province de Rheims , excepte 
les sieges de Chalons et d'Amiens. Quand Hdribert 
se fut de nouveau r^concilid avec Hugues, ses gens 
surprirent, par la trahison d'un certain Wicpert, un 
ch&teau de F^glise de Rheims , que Farchev&[ue Ar- 
taud avait fait construire sur la riviere de Marne; 
firent prisonnier Ragembert, cousin du prdlat, lequel 
commaiidait en cette forteresse , et ddsol&rent par des 
incursions tout le pays environnant. Le roi Louis, 

Spey par Farchev^que, vint k Laon, assi^ea un 
sAeau nouvellement ^levd par Hdribert, et apr^ 
plilsieurs assauls et grands efforts de machines, par- 
vint enfin k miner et ouvrir la muraille, et s*en 
rendit maitre de vive force^ non s^ns^ beaucoap de 
peines; il reprit aussi par les armes, sur les gens d^H^ 
ribert) le chateau de Gorbeny^ que le roi Charles, son 
p^e, avait donA^. k saint Remi, et que les moiiie& de 
Fs^bl^ye avaient mis sous sa protection) toutefois, k Ja 
pri^re deF^V^ue Artaud, il renvoya sains et saufi les 
hommes d'H^ribert qu'il y avait faits prisonniero. 



HISTOIBE DE l'^GLISS DE RHEIMS. 549 



CHAPITRE XXVII. 

De I'eiLCommunication du domte Heribert, 

EnfFis Tdv^que Aitaud^ apr&s avoir odafere ayec 
plusiears autres ^vdques^ exdommania, en presence 
du roi) le comte H^ribert qui atait usurp^ et rcftedait 
plusieurs cMteetux et villages de T^glise de Rheims -, 
ensaite ^ roi Louis donna, par une charte de son 
commandement royal ^ k TarchevSque Artaud, et par 
ioi Jl Teglise de Rbeims, le droit k perp^tuit^ de battre 
moiiaie dans Rheims; et il donna en outre k T^glise 
tout le comt^ rh^mois. Artaud alia mettre le si^ge de- 
vant le chiteau qu'il avait perdu , et qtii apr^ cinq 
jours de siege , a Tarriv^ du toi Louis, fut rendu eft 
abandonne par ceux qtii led^fendaientvmai^ peu de 
t^mpsapr^ ilfut ras^ par ceux qui venaient de. le re- 
prendre. Des envoyds de Huguesvinrent trouverle roi, 
qui fit son possible avec eux ponr manager la paix en- 
tre jlrtaud et Hdribert \ ensuite il marcha avec Artaud 
eontre un chateau que H^riv^e, neveu de Varchev^que 
du m^me noin,^occupait siir la Marne, et d'ou il pil- 
lait les villages desi environs ^ apipartenans k f ^glise 
de Rheima; et Uentdt, apr^$ aVoit recu des otages 
d'H^rivee^ il revint k Rbeims, et des le lendemain al- 
lant au monaat^re de Saint^Remi, il se mit sous sa pro- 
tection , avec promesse de lui donner chaque^ aiiia^e 
un majpc d'^rgent; il accorda aux religieux dm let- 
tres. d^immunit^s pour leur chsliteau. 



55o 



FRODOARD ^ 



CHAPITRE XXVIII. 

Comment Artaud fut expulse de la ville de Rheims. 

HuGUES, fiis de Robert, s'^tant ligu^ avec quelques 
^vSques de France et de Bourgogne, vint assizer la 
ville de Rheims, avec le comte Heribert, et Gaillaame, 
dac de Normandie. Apr^s six jours de si^e, presque 
tous les gens de guerre ayant abandonn^ j^ad et 
pass^ du cdt^ d'HAibert, celui-ci entra dans la ville. 
Somm^ par les ^v^ques et les grands da royaume de 
se rendre k Tabbaye de Saint-Remi, Artaud seilissa 
persuader, ou plutdt eut la faiblesse d'y aUer et dese 
d^mettre de T^piscopat : Tabbaye de Saint-Basle lui fut 
donn^e avec le monast^re d'Avenay , et il s'alla retirer 
k Saint-Basle, apr^s huit ans et demi pass^ dans Npi- 
scopat. H^ribert et Hugues s'^tant mdnag^ des intelli- 
gences avec quelques gens de Lorraine, all^rent assie- 
ger Laon avec Guillaume, et laiss^r6nt a Rheims le 
jeune Hugues, depuis long-temps consacr^ dv^ae de 
cette ville, alors diacre, et qui fut ordonnd pretrepar 
Gui , ^ySque de Soissons , trois mois apr^s son retour, 
et quinze ans apr^s son Election, lesquels il avait 
passes k Auxerre a T^tude des lettres, auprfes deGui, 
pr^lat de cette ville, qui I'avait ordonn^ diacre; car il 
avait recu les ordres mineurs k Rheims, des mains 
d'Abbon, ^v^que de Soissons. Mais bient6tle roilouis 
revintde Bourgogne : alors Artaud quittalemonastire 
de Saint-Basle, et alia trouver le roi avec quelques- 



HISTOIRE DE l'^GUSE DE RHEIMS. 55 1 

uns de ses proches auxquels le comte H^ribert avait 
enlev^ les benefices ecclesiastiques quails possddaient; 
et moi-m^me je fus priv^ par H^ribert de I'eglise de 
Cormicy, avec la terre de bdndfice que j'avais alors ; 
ensuite, comme je me disposals a aller visiter le tom- 
beau de saint Martin, pour y prier, je fus retenu par 
lui prisonnier, quelques personnes m'accusant secrfe- 
tement, aupr^s de lui, de partir k mauvais dessein 
centre lui et son fils, parce que je ne voulais pas le re- 
connaitre pour ev^que, ne sachant s'il plaisait verita- 
blement a Dieu qu il devint notre pr^lat ; etainsi je fus, 
par Tordre du comte, detenu cinq mois entiers chez 
iios frferes, dans une captivite, en partie libre; mais 
il m'advint, par I'intercession dela bienheureuse Mfere 
de Dieu, ma patrone et souveraine maitresse, que je 
fus ddivrd le jour m^me de la conception et passion 
de notre Seigneur Jdsus-Christ , et trois jours apres, 
c'est-a-dire le 26 mars , le jour de la Resurrection de 
Notre-Seigneur, je sortis et allai avec notre ^v^que 
elu en la ville de Soissons, ou les eveques de la pro- 
vince, reunis avec les comtes Hugues et Hdribert, exa- 
min^rent ce qu'ils avaient a faire touchant I'ordina- 
tion ^piscopale du jeune Hugues, et decr^t^rent, k la 
requite de plusieurs fils de T^glise de Rheims, taut 
clercs que laiques, qu'il serait ordonn^, 3es fauteurs 
disant qu'Artaud n'avait pas ^te elu, mais impose par 
violence, que d'ailleurs il s'etait ddmis. Lk done le 
seigneur Hugues me prenant par la main me prc^senta 
a son neveu, me recommandant k sa bienveillance-, et 
celui-ci me donna I'eglise de Sainte-Marie, me rendit 
la terre qu'Hdribert son pfere m'avait enlev^e, et y en 
aijouta une autre situ^e au m^rae village. 



55a FRODOABD ; 



I . 1 



CHAPITRE XXIX. 

Des malheurs qui survinrent eosuite. 

AussiTOT apr^s cette assejnbl^e , le$ dv^ues se 
rendirent k Rheims, et sacr^rent notre ^v^qae ^lu 
en r^glise de Saint-Remi. Vers ce mSme temps, le 
monast^re de Saint-Thierri fut illustr^ par plusieurs 
miracles dont nous avons d^ja rapport^ quelque chose 
plus haut quand nous avons dit Thistoire de ce bien- 
heureux saint. A Rheims , la grande croix queje sei- 
gneur H^riv^e avait fait couvrir d'or et de pierreries 
fut enlev^e de Tdglise de Notre -Dame pendant la 
nuit par des voleurs, gens, comme on salt, fort amis 
des t^n^bres. On la chercha pendant long-temps en 
vain ^ enfin , au bout d^un an on retrouva une partie 
de Tor et des pierreries , et les voleurs furent punis. 
Ajoutant k cet or et k ces pierreries quelques dons de 
sa munificence, T^v^que fit faire un calice en Tbon- 
neur de la sainte M^re de Dieu. Cependant, tandis 
que Hugues et H^ribert tenaient assi^g^e la ville de 
Laon, le roi Louis, ayant assemble ce qu'il put de gens 
de guerre, s'en vint au pays de Portian. Hugues et He- 
ribert avertis lev^rent le si^ge , vinrent a sa rencon- 
tre, et, tombant sur lui k Timproviste, tu^rent une 
grande partie de ses gens^ et mirent les autres en 
fuite. Le roi lui-m^me, forc^ de quitter le combat, 
et se tirant de la mdlee avec quelques-uns des siens , 



HISTOIRE DE l'eGLISE DE RHEIMS. 553 

parvint k peiae k s'echapper accompagn^ de I'^v^que 
Artaud et du comte Rotgaire. Alors Artaud ayant perdu 
tout ce qu'il poss^dait , vint trouver Hugues c^t H^ri- 
bert, conduit par ses amis ; ceux-ci lui rendirent les 
abbayes de Saint-Basle et d'Avenay, avec le village de 
Vandoeuvre 5 et apres ayoir fait sa paix avec T^veque 
Hugues 5 il se retira de nouveau a Saint-Basle. L^an- 
nee suivante , quelques traitres furent d^couverts k 
Rheims : les uixs fnrent punis de mbrt , les autres fu- 
rent priv^s de leurs biens eccl^siastiques et chassis 
de la ville, Des envoy^s de T^glise de Rbeims de re- 
totir de Rome rapportferent a Tarchev^que Hugues le 
pallium J, de la part du pape fitienne : avec eux vint 
pareillement une deiputation envoy^e par le souverain 
pontife pour les engager a reconnaitre le roi Louis, 
et a envoy er leurs messagers i Rome. 



35: 



CHAPITRE XXX. 



De roccupation du cMteau d'Aumont, de Mouzon, et de la 

morl d'Heribert. 



L'ann^e suivante % Fdv^qiie Artaud quittant de 
nouveau Fabbaye de Saint-Basle , se reiidit auprfes du 
roi , et celui-ti lui prdmit de lui rendre T^v^ch^ de 
Rbeims. Alors Artaud menant avec lui ses frferes , et 
quelques autres qui avaient ^t^ chassis de Fdv^ch^ 
de Rheims , s'empara du chateau d'Aumont. Le roi 

> En 943. 



554 FRODOARD^ 

Louis fit aussi avec eux une tentative sur Mouzon , 
oil il fut repousse et perdit quelques-uns des aiens. 
Neanmoins il mit le feu a quelques maisons des fau- 
bourgs. Cependant le comte H^ribert etait mort , et 
de fr^quens pourparlers avaient lieu entre le ror et 
le seigneur Hugues, pour decider le roi a rece\oir 
les soumissions des fils d'H^ribert. D'abord le roi 
consentit k admettre a foi et hommage Tarclieveque 
Hugues , k la pri^re d'Othon , due de Lorraine , de 
r^v^que Adalb^ron , et surtout sur les instances du 
comte Eudes, mais a condition que les abbayes qu'Ar- 
taud avait abandonn^es pour venir aupr^s du roi lui 
seraient restitutes, qu'on songerait k lui donner un 
autre ^vech^ , et qu'on rendrait a ses frferes et a ses 
proches les biens et dignit^s qu'ils avaient eus dans 
Nv^chcJ de Rheims. Les autres fils du comte Heri- 
bert furent ensuite recus a soumission un peu plus 
tard. — Neanmoins I'archev^que Hugues prit et brula 
le chateau d'Ambly, qu'occupaient Robert et son fr^re 
Raoul qui avaient et^ chasses de Rheims , et d'ou ils 
faisaient beaucoup de ravages sur les terres de I'eve- 
chd. II alia aussi mettre le sidge devant le chateau 
d'Aumont, tenu par Dodon,frfere del'^v^que Artaud; 
mais, en ayant recu pour otage son fils encore tout 
petit, il leva le si(5ge et se retira, le roi d'ailleurs lui 
en ayant donneS Tordre. — L'annee suivante ' I'armee 
royale ravagea T^v^ch^ de Rheims, et les fils d'Heri- 
bert Tabbaye de Saint-Crepin. Ragenold pilla aussi 
Tabbaye de Saint-M(5dard, Ainsi des deux cotes s'exer- 
caient avec fureur le pillage et la devastation. 

» En 944. 



? • 



HISTOIRE DE LEGLISE DE RHEIMS. 555 



1^:;= 



CHAPITRE XXXI. 

m 

Du siege de la ville de Rheims par rarmde du roi Louis. 

L'annee saivante ' , qui est la cinquifeme de I'epi- 
scopat de Hugues, le roi Louis ayant rassemble une 
armde de Normands , se mit a ravager le Vermandois. 
Prenant aussi avec lui Erluin et une partie des soldats 
d'Arnoul, T^v^que Artaud et tous ceux qui avaient Ate 
bannis de Rheims, le comte Bernard et son neveu 
Th^odoric, il vint mettre le sidge devant Rheims, ra- 
vager les moissons tout k I'entour , piller et bruler les 
villages, miner les dglises. Toutes les fois qu'on se 
battit aux portes et sous les murs , il y eut beaucoup 
de bless(5s des deux parts , ^ assez grand nombre de 
lues. Le due Eudes ayant livrd combat aux Nor- 
mands qui dtaient entr^s sur ses terres, en fit un 
grand carnage, et leschassa de ses domaines. Ensuite 
il envoya a Rheims auprfes du roi demander, en don- 
nantdesotages, que Ragenold vint de la part du roi 
aun entretien avec lui. Ragenold ^tant venu , il traita 
avec lui , et convint que le roi recevrait des otages de 
Tarchev^que Hugues et 16v6rait le si^ge ; qu'ensuite , 
a un terme fix^, le pr^at irait le trouver pour rendre 
raison sur* tout ce qu'il lui demanderait. Le traite 
ainsi conclu , le roi se retira de devant Rheims apres 

> £11 945. 



556 FRODOABD^ 

un si^ge de quinze joars, et peu de temps apr^fut 
pris par les Nonnands , et retenu captif en la ville 
de Rouen. Cependant Hugues alia assizer le cMteau 
d'Aumont , qui lui fut rendu apr^s environ sept se- 
maines de si^ge, pkr Dodon, fr^re de rarcheveque 
Artaud, k condition que Hugues prendrait sous sa pro- 
tection son fils et le fils de son fr^re , et leur rendrail 
les terres de leurs p^res. 



CHAPITRE XXXIL 

Du rdtablissement de la regie au monastere de Saint-Remt. 

Hincmar est nomme abb^. 

Hugues appela a Rheims Archambaud , abbe du 
monastere de Saint - Benoit , et s'appliqua avec sej 
conseils k rdtablir la discipline au monastere de Sainl- 
Remi , en ^ablissant abb^ Hincmar , moiqe de cette 
communautd. Peu de temps auparavant ' , la reine 
G^rbei^e avait envoyd une dentation au roi Othon*, 
son fr^re, pour lui demander du secours centre Jc 
prince Hugues, auquel elle avait rendu Laon pour 
obtenir la liberty du roi Louis , que celui-ci avait 
recu des maios des Normands, et tenait en captiviw- 
Othon rassembla une puissante arm^e de ses divers 
royaumes, entra en France, et avec lui, Conrad, fO' 
de Bourgogne. Le roi Louis alia i leur rencontre, c 
en fut re§u avec honneury et tous trois vinrent ensui e 
k Laon : mais cette ville leur ayant paru trop forte 

* £n 946. — * Othon le Grand, fils de Henri VOiseleur. 



HISTOIRE DE l'^GLISE DE RHEIMS. 55^ 

pour qu'ils en fissent le si^ge , ils tournferent vers 
Rheims, qu*ils cernferent avecune nombreuse arrn^e, 
et dont ils form^rent le si^e. 



^ CHAPITRf; XXXIIl. 

De Texpulsioa de rarchev^qae.Hugu,es. 

L'ABCHEviQtJE Hugues se voyant dans Tiinpossibi- 
lit^ de soutenir un si^ge et de resister k une si graude 
multitade , conf^ra avec plusieurs seigneurs qui lui 
^taient attaches, savoir, Arnoul, qui avail epous^ sa 
soeur, Qui, qui avail ^pous^ sa lanle , et Hermann, 
frire de Gui , el leur deuianda conseil en celte extr^- 
mit^. Ceux-ci Fengagferent k sortir de la ville avec les 
flieos, puisque ks rois ^taient obstin^ment r^solus de 
le chasser par quelque moyen que ce fut , et que si la 
ville ^tait prise de vive force , leur intervention ne 
pourrait peut-^tre pas Fempecher d'avoir les yeux cre- 
v^. DAermin^ k suivre ce conseil , et Fayanl com- 
munique aux siens, Hugues sorlit aprfes trois jours de 
si^e avec presque tous les soldats qui d^fendaient la 
ville. Alors les rois entrferent avec les ^it^ques et les 
seigneurs, et firenl introniser de nouveau Farchev^ 
que Artaud.. Robert, archeveque de Treves , et Fr^d^- 
ric de Mayence , prenant le prelat cbacun d'une main, 
}e retablirent siur son si^ge. Getle exp^tion teffmi*- 
n^e, les rois kiss^ent la reine Gerberge k Rheims, 
et ento^rent avec leurs armies sur les terres de Hu- 
gues, ou ils firenl de granfls favages. Parcourant aussi 



558 FRODOARD^ 

les terres des Kormands j ils ddvastferent tout, et cha- 
cun d'eux ensuite se retira en son pays. L'ann^e sui- 
vante ' , le roi Louis assi^gea Mouzon , ou s'toit re- 
fugid F^veque Hugues , apr^s sa fuite de Rheims; 
niais ne reussissant pas selon ses voeux , et les Lor- 
rains qui ^taient avec lui s'^tant retires au bout d'un 
mois , il retourna k Rheims. Pendant qu'il ^tait au- 
prfes du roi Othon, pour cddbrer la Pdque avec lui, 
le due Hugues cddant a de pr^soraptueux conseils, 
vint attaquer Rheims avec rarchev^qued^pos^,seflat- 
tant de le prendre sans effort : mais ils furent trompes 
dans leur esp^rance : les soldats du roi et d'Artaud 
firent bonne defense, et les forcferent a se retirer huit 
jours apr^s leur arriv^e. Ddrald, eveque d' Amiens, etant 
mort , un certain Thibaut , archidiacre de Feglise de 
Soissons , fut ordonnd ev^que par Hugues. Enfin, dans 
une assemblde tenue par les rois Louis et Othoa sur 
la riviere du Cher, le difF^rend des deux ^v^ques 
Hugues et Artaud fut soumis au conseil des ^veqnes; 
mais comme ce n'^it pas un synode r^gnlier, la 
question ne put etre d^cid^e : seulement un synode 
fut indique pour la ftii-novembre^ et en attendant, 
le sidge de Rheims fut laiss^ a Artaud, et Hugues 
obtint la permission de r^sidep i Mouzon . Herivee,ne- 
veu de I'archev^que Hdriv^e qui, d'un chateau q«w 
avait b4ti sur la Marne , infestait tout le pays et rava- 
geait les villages de T^v^ch^ de Rheims, fut excom- 
muni^ par I'^v^ue Artaud , en punitjon de ses usur- 
pations des biens de T^lise. Le comte Ragenold et 
les frferes de I'^v^que sortirent un jour centre les 
maraudeurs d'H^riv^e, les surprircnt et les mircn* en 

* En 947. 



HISTOIRE DE L EGLISE DE RHEIMS. 55g 

fuite. H^riv^e en ayant eu ayi$, sortit aussi avec ses 
gens , et vint livrer aux notres un combat ou il perit 
avec bon nombre des siens 5 le reste prit la fuite : des 
deux parts il y eut beaucoup de blessds. Le corps 
d'H^rivde fut apport^ k Rheijns par les vainqueurs. 
L'^v^que Hugues , accompagne de Thibaut de Mon- 
taigu , son beau-frfere , et de quelques autres pillards 
et maraudeurs , vint au temps des v^ndanges parcou- 
rir les villages des environs de Rheims , d'ou ils enle- 
v^rent presque tout le vin , et Temporterent ^n d au- 
tres lieux. 



CHAPITRE XXXIV. 

Du synode tenu a Verdun, 

Le synode indique fut tenu a Verdun , sous la pr^- 
sidence de Robert, arcbeveque de Treves. A ce syn- 
ode assist^rent Artaud de Rheims, Odalric d'Aix, 
Adalb^ron de Metz, Josselin.de Toul , Hildebold de 
Germanic, Israel de Bretagne, et.Brunon, abbd , fr^re 
du roi Othon , avec les abbes Agenold , Odilon et 
autres. Hugues y fut aussi appel^ , et deux eveques 
furent d^l^guds vers lui pour Tamener ^ mais il refusa 
de s'y rendre. En consequence, le synode, a I'una- 
nimitd, adjugea a Artaud le gouvernement de T^glise 
de Rheims. On d^signa un autre synode , lequel se 
rassembla dans T^glise de Saint-Pierre, vis-k-vis Mou- 
^zon ^ , compose seulement des Eveques des deux pro- 

» £11948. 



56o FRODOARD *, 

vinces de Treves et de Rheims. Hiigues^ s'y rendit, el 
eat una c6n£^rence avec Tarchev^que Robert, mais 
ne voulut pa$ entrer au $ynode. U fit remettre par an 
de ses clercs aux ev^ques des lettr^^ du pape Agapit, 
qui ne contenaient rien qui fat d'aatorit^ canoni-^ 
que, mais qui ordonnaieiit qu'on le remit en pos- 
session du si^e de Rheims. Ces lettres furent lues : 
mais les ^v^ues r^pondirent qu'il n'^it ni digne ni 
convenable que le mandement apostolique , qui ayait 
^t^ lon^temps auparavant apportd par Fr^^ric, ^e* 
que de Mayence , et recu par Tarchev^que Robert , 
en presence des^rois et des ^vfiques , fut annuls par 
de simples lettres presentees par le rival et Fadver- 
saire d'Artaud, et qu'ainsi il serait pass^ outre k ce qui 
avait ^t^ r^gulierement et canoniquement commence. 
On fit lire le chapitre xix* du concile de Carthage 
sur les accuses et les accusateurs^ ensuite, selon le 
texte precis de ce chapitre, il fut jug^ quArtaud de- 
meurerait ^v^que de la province et en la communion 
de r^glise de Rheims-, que Hugues, qui avait Ae cit^ 
a deux sy nodes et avait refiisd de comparaitre , serait 
interdit de la communion et de Fadministration dn 
diocfese de Rheims , jusqu'a ce qu'il compariit devant 
un synode g^ndral poiir se justifier. Les dv^ques fi- 
rent de suite ^crire le chapitre du concile siir une 
charte , ajoutant au dessous leur present arret , et 
Fenvoyferent k Hugues qui, dh le lendemain, le ren- 
voya a Farchev^que Robert , en lui faisant rdpondre 
de vive voix qu'il ne se soumettrait point a leur juge- 
ment. Gependant des lettres de proclamation et d*ap- 
.pel de Feveque Artaud furent adressdes au Saint-Siege 
de Rome , et le pape Agapit envoya son vicaire, Viv^- 



HISTOIRE DE LEGLISE DE RHEIMS. 56 1- 

que Marin, au roi Olhon, pour la convocation et la te- 
iiue d'un concile g<5nAral. Le pontife envoya aussi des 
lettres i chacun des ^v^qaes en particulier, pour les 
convoquer^ et quand enfin le synode fut rassembl^ 
au palais dlngelheim , on y donna lecture de ce qiii 
suit, en presence des rois et des ^v^ues. 



CHAPITRE XXXV. 

Du concile tenu h Ingelheim ; de rexcammuiiication de Hugues. 
Suite du proces entre les eveques Artaud et Hugues. 

Au seigneur Marin j vicaire du Saint-Siege apos- 
tolique romain, et a tout le saint concile ras- 
semble a Ingelheim^ Artaud^ par la grdce de 
DieUy evSque de Bheims. 

« Notre seigneur, le pape Agapit, nous a adress^, 
k nous et aux Eveques de notre province , des lettres 
par lesquelles il nous a ordonn^ de vouloir bieii notis 
rendre k ce concile de votre Saintet^ , munis de t€fn- 
tes les preuves et inslructioos nAiessaires pour vous 
manifester, e)K fiaire <ielaf€n^ aux yeux de votre Sain- 
tete , la veritt5 sur les nu$6res qu'a souffertes notre 
siege et que nofus souffrons nons-mdme ; c'est poixr- 
quoi nous avons jng^ a propos dfexposer k votre 
Sagesse Torigine du proems qui s'agite maintenant 
encore si d^plorablement entre Hugues> et moi. Aprte 
la moFt de farehevdciiiie Htiriv^ , nous ^lulmesi k Td- 
piscopat de Rheims S^ulpbe , qui remplissart Foffice 

36 



.56;i FflODOARU^ 

d'archidiaxre en la m^me eglise^ une fpis ordoane, ce 
pontife animede haine centre les proches de son pre- 
d^cesseur , mais, ne se trouvant p^s assez fort pour 
l^s expulser par- l.ui-m^me , apr^s avoir tenu conseil 
avec quelques lai'ques ses conseillers y rechercha Fa- 
miti^ du comte H^ribert, et I'obtint en promettant 
par serment, par Forgane de ses conseillers, qu'a- 
prfes sa mort, les hommes de TLglise ne seconde- 
raient pas T^lection d'un ^veque sans consulter H^ri- 
bert, et qu'en retour , le comte dloignerait le fr^re de 
Farchev^que H^riv^e et ses neveux de toute partici- 
pation aux affaires de F^glise de Rheims. Ce tralte 
conclu, les proches de F^veque H^riv^e furent fans- 
sement et m^chamment accus^ par les conseillers de 
Sc^ulphe d'infid^lit^ envers leur seigneur*, et le comte 
H^ribert ayant 6t6 appeld avec quelque»-uns des siens, 
on les somma de comparaitre et de rendre compte de 
leur conduite -, comme ils ne voulurent pas accepter le 
combat singulier contre leurs accusateurs, on leur 
enleva les biens qu'ils tenaient de Fev^che ; ensuite 
ils furent arr^t^s ^t conduits par le comte H^ribert 
au roi Robert, qui les retint prisonniers jusqu'a sa 
mort-, enfin, la troisi^me ann^e de son ^piscopat, 
S^ulphe mourut empoisonn^, ainsi que Fassurent pin- 
sieurs, par les familiers d'H^ribert. ^ientot le comte 
vint k Rheims , rappela aux soldats de F£glise et k 
quelques-uns des clercs le serment qu'ils lui avaient 
fait , touchant Flection d'un ^v^ue , et les entraina k 
seconder ses desseins; de Ik il se rendit avec eux au- 
pr^s du roi Raoul en Bourgogne, dont il obtint le gou- 
vernement de F^v^ch^ , k conditipii qu^il conserve- 
rait aux clercs comme aux lai'ques les honneurs dont 



HISTOIRE DE L^GLISE D£ RHEIMS. 5(>3 

lis etaient revetus,.ne ferait injustice. a personne, 
et gouvernerait au contraire le diocese avec ^quite, 
jusqu'a ce quil presentAt au roi un clerc digne et ca- 
pable d'etre eleve au minist^re episcoj^al , et ordoimd 
canoniquement. Revenu k Rheims, le convte partagea, 
comme il I'entendit, les biens delMv^chd Ji,ses. parti- 
sans, enleva aux autres ce qu'ils poss^daient, dd- 
pouilla et chassa qui il voulut, sans jugement, ni loi;^ 
ayant donn^ asile k Odalric , ^veque d'Aix , il le char- 
gea des fonctions ^piscopales. Pendant six ans et 
plus, il a ainsi dispose en maitre de I'^v^ch^, ne sui- 
vant d^autre loi que son cap/ice , et r^sidant lui et 
sa femmeau si^ge m^nie de Fdv^que, jusqu'a ce 
qu'enfin dans la septifenae annde, une guerre s'i^tant 
^levee entre lui , le roi Raoul et le comte Hugues , 
Raoul avec. Hugues et Boson, son fr^re, et plusieurs 
^v^ques et comtes, vint assi^ger Rheims, parce que 
les ^Y^ques inaportunaient le roi de leurs plaintes, et 
lui reprochaient d'avoir laiss^ si long-temps cette cite 
veuve de son pasteur, coutre Tautorit^ des saints ca- 
nons, fimu de le^rs plaintes , le roi ordonna au peu- 
ple et au 6lerge de $e preparer a une election , leur 
laissaht toute lib^rt^ d'agir pour la. gloire de Dieu , et 
avec la fid^lite qu'ils lui devaient a lui-m^me.. Alors, 
d'un commun et unanime consentement, clercs et 
laiqu^s, tons ceuxqui etaient hors de la ville, etaussi 
quelques-uns de ceux qui s'y Etaient fenferm^s, An- 
rent notre Humility a cette dignitt5, veritable fardeau 
plutot qu'unhonneur pour nous; cepeudant les sol- 
dats et les citoyens ayant de concert ouvert leurs por- 
tes au roi Raoul , dix-huit ev^ques pr^sens m'ayant 

donne la benediction episcopale , et tout le clerg^ et 

36. 



564 FRODOARD ^ 

le restecles citayens m^ayaut recu avec bienveillaoce, 
notre Hamilite fat intronis^e par les ^v^ues da dio- 
c^^, et le minist^re me fut impost., Je Fai ren^Ii pen- 
dant huit an$ comme il a plu an Seigneur ; j'ai donne 
Tardination k huit dv^ques dans le diocese ^ Jai iiisth 
tH^ nn grand nomhre de elercs dans revech^, seloii 
que la necessity Va exig^, jusqu'k ce qu'enfin, neufam 
apr^s que, dii consentement de Hugueset des aolres 
grands dtt royaume,, j'avais donn^ la b^nedietioD au 
roi Louis et a la reine Ga-bei^e, et les avais oiats du 
saint chreme, le eomte Hugue^, irrit^ centre moiparce 
que jen'avaispasvoulume joindre a lui poui trahkle 
roi , vint assieger la ville de Rh^ims , accompagne du 
comte Heribert et de GniUaume due de Nonmndie; 
presque aussitot, e'est k dire apr^ six jours de siege, 
je lus abandonne par presque tous les gens de guerre 
la'iques ^ ^t, ainsi d^Jaisse, je fus force de me re»ettre 
entre ks mains de Hugues et d'HAribert, qui,i»'af- 
r^ant prisonnier et m'intimidiant, me co>ntratgDirefit a 
me ddflftettre de Tepiscopat, puis me ehassirent et rel^ 
gue^rent au monaster e de Saint- Basle, firent entier 
dans Rbeims Hugues fils d'H^ribei t, qui ayail ete or- 
donn^ diacre Ji Auxerre , et se mirent en possessiofld^ 
la yille. Mais, k son retour de Beurgogne, le roi Lows 
me trouyant k Saint-Basle, et me prenant ^yec Ivi,^ 
et mes proches auxquels Heribert avait enkve tout ce 
qa'ils possddalent ^ me cQiiduisit a La^ii, qtti ^^ ^' 
si4gi par HAribert et Hugues; ^ notre approcbeceuJ-c» 
ley^ent le si^e, et nous entr^mes dans la viU^y ^ 
on nousdisposaunedemeiiire. Cepeadantlesclercsde 
notre Keu, et m^me quelquiiesi la'iques ^laient maltra- 
t^s par Heribert ; ks. nm je^s ea prison , les airtres 



HISTOIRE DE L^fiGLISE D£ RHEIMS. 565 

priv^ de leurs biens ; et ]e pillage s'eioercait lii)rei]ienl; 
dans loute h viUe de Rheims ^ alors le^ ev^ques de no- 
ire dioeese fureat convoques pair Hiigues et Heribert, 
pour pr^arer et j^ssiirer avec ftx Telection da jeune 
Hugu/es; Tassembl^ se re unit a Soissons ^ et I'^veque 
Hildc^aire fut d^put^ vers moi> Laon avec quelques 
autres po4jir Bi(e maoder de venir a Fassemblee, a fin de 
donner mon C6nsentenient a cette detestable et ill^gi- 
tifflrifi ordination ; je leur repondis que je ne pouvais me 
rendre en «fcSL iieu ou ^es ennemis siegeaient avec eux : 
^ie« ik ayaieipil: i confi^rer avec moi, ik vitisseat ea un 
eadroU ou je pu^ae aller en surete 9 en coesequence ik 
se rendirent en un lieu d^signe par eux et je m'y trou- 
Tai.iln at rivaut Je meprosternaidevanteu'x, les priant, 
pout ramour et la gloire de Dieu, de me donner un 
coBseil qui fat bon pour moi et pour eux. Lors ik 
cotHBi^QiC^rent a la'importuner pour rordinatidn de 
Hugues, et a me tourner en tous sems pour m'arracker 
mon consentemaa.t , me promettant qu ik m'obtien- 
draient quelques biens de TevSche ^ mais moi, apr^s 
avoir long-temps diff^re ma reponse, voyiant qu'ik 
persdveraient tous dans la resolution qu'ik ayaiekit 
prt6e, je me leyai, et leur fis defense k haute voix et 
de loaniere 4 ^tre enteudu de tons, sous peine d'ex- 
€OlaI^unication, au nom de Dieu le P^re tout-puissaot, 
du Fik et du Saint-^Esprit, qu'aucun d'eux pretat son 
ministfere a cette ordination, et se permit, raoi Vivaut, 
d'imposer les maius a qui qu^e ce soit, ou de donner 
Tonctioa episcopates que s'ils agksaient aUtrement, 
j'en ;lppe]ais devant le Siege apostojique^ Comme ma 
c^&uice les me^ait eu fureur^ pour pouyoir s^rtir 
du milieu d'eux et retourner a Laon, j'adoucis ma 



566 FRQDQARD ] 

t^ponse, et leur demandai d'envoyer avec moi quel- 
qu^un qui leur rapporterait la resolution que m'insr- 
pireraient ma reine ef maitresse, et ses fidfeles, puisque 
le roi, mori seigneurf ^tait absent. lis envoyferent a 
cet effet I'dv^que D^rald, esp^rant que je changerais 
de resolution, lequel vint et m'interpella devant la 
reine et ses fiddles. Lors me levant, je lancai cen- 
tre les ev^ques la m^me formule d'excoinmunica- 
tioii que j'ayais d^jk prononcee, et je n'oubliai pas de 
r^it^rer mon appel au Saint-Si^ge apostolique, excom- 
muniant D^rald lui-m^me, s'il se taisait et ne rendait 
pas un compte fidele de tout. Les chosen s^^tant ainsi 
passees, ceux-ci, meprisant notre excommunication, 
all^rent a Rheims, ou la plupaft donn^rent la main a 
Tordination de Hugues, et quelques autres, qui me 
sont connus, s'y d^robfer^nt. Pour moi, restant avec le 
roi, j'ai souffert tout ce qu'il a souffert*, et quand Hu- 
gues et H^ribert lui d^clarferent la guerre, j'^tais avec 
lui,et c'est a grand'peine que j'ai ^vit^ Ja mort. ^chapp^ 
du milieu de mes ennemis par la gralce et la protec- 
tion de Dieu, je ra'en allai, errant deci delJi, cher- 
chant les for^ts et les lieux les plus inaccessibles, 
n'osant demeurer en place. Cependant les comtes Hu- 
gues et Heribert s'aboucbant avec quelques-uns de 
mes amis leurs sujets, parvinrent a les decider d'aller 
k ma recherche, et de me ramener, promettant qu'ils 
me feraient du dien , et m'accorderaient tout ce 
que mes amis demanderaient pour moi. Mes amis 
vinrent done me chercher, me trouv^rent errant deca 
deli, et firent tant qu'ils me ramenferent. Mais les 
comtes me voyant en leur puissance, commencerent 
a me sommer de leur remettre le pallium que j'avais 



HISTOIRE D£ L EGLISE DE RHEIMS. 567 

recu de Rome, et de me d^mettre tout-a-fait du sacer- 
doce. Je> protestai que je ne le ferais jamais, m^me 
quand il s'agirait de ma vie. Enfin , press^ , reduit a 
Textremit^, je fiis forc^ d6 renoncer au temporel de 
r^piscopat; et k ce prix je fus ramen^ a Saint-Basle, 
pour y fairema demeure^ comme si je neusse pluseu 
de charge •, tnais je n'y demeurai que peu de jours, par- 
ce que j'appris par des avis surs de quelques familiers 
du comte H^ribert , qu'il son^eait mdchammeht k me 
faire pdrir : eflfray^ par ces avis, de moment en moment 
r^it^res, je m'enfuis tout tremblant, et a travers les 
bois et les repaires des b^tes sauvages, dans le silence 
des nuits, et par des chemins d^tourn^s, je parvins k 
rae rendre k Laon, ou le roi me recut, et ou je r^solus 
de Tester prfes de lui. En effet j'y demeurai avec lui 
et avec ses fiddles, attendant et implorant la mis^ri- 
corde de Dieu , jusqu'k ce qu'enfin il daigna inspirer 
au co&ur du roi Othon de venir en France au secours 
du roi, mon seigneur, et au mi^h. Enfin quand la 
reine, notre maitresse et souveraine, quittaLaon, pour 
obtenir la d^livrance du roi, je sortis aussi et m'en 
allai avec le roi, mon seigneur, vers le roi Othon, et 
nous marchimes ensemble ^ers Rheims, qui fut aus- 
sitdt environnee et assi^g^e de toutes parts. Lors les 
^v^ques qui ^taient pr^sens furent d'avis qu'on me 
r^ablit sur mon si^ge. En consequence le roi Othon 
fit signifier a Hugues qu'il eut a sortir et rendre la 
ville qu'il avait usurp^e. Hugues h^sita quelque temps, 
et r^siista de tout son pouvoir-, mais voyant qu'il a'^tait 
pas en force pour tenir, et qu'il ne lui venait pas de 
secours de ses amis^ il se d^cida a sortir, demandant 
qu'il lui fut permis de se retirer librement, lui et ses 



568 FRODOARD : 

gens. On lai permit dope die sortir sans a^cun buJ 
ayec tons ceux qui voulurent raccompaguery et 11 em-r 
porta sans contradiction:! tout ce qu*il youlut empovi£r. 
Dc cette fagon, j'entrai dans la ville avec les rois, et 
iIsor(lonnerent que je fusse r^int^re dans ma dignite. 
En pons^quence, Robert, archevdque de Trives, et 
Frederic, de Mayence, assistes d'autres eyeques, me 
re^urent, ^t au milieu des ^plaudissemens et feJici- 
tations du clerge et du peuple,. je fiis p^r.eux retal^li 
dans la chaire episcopate. Dugues, apres sa sortie de 
Rheims, s'empara de Mouzon, et fortifiant eette place 
centre les fideles du roi, notre seigneur, parvint a s'y 
inaintenir. Bientot une entreyue fut arr^t^e entre le 
roi, mon seigneur, et le roi Othon, sur ia riyiere do 
Cher. Hugues etmoiy fumes %ppe]es, et y compa- 
rumes , ainsd que les ey^ques qui Tayaient ordonn^. Le 
4iirerend fut soumis aux ey^ques : il produisit des 
lettres adressees par moi au Si^ge de Rome, dans les- 
quelles je priais d'accepter m«i demission et demandais 
a etre decharge du gouvernement de moa dveche ^ les- 
quelles JQ protestai et proteste encore n'ayair jamais 
dicte^es ni approuyees en aucune facon par ma signa* 
ture. Comme il n'y ayait pas de synode conyoqu^, les 
lauteurs de Hugues s'armerent de ce pretexte, ^ la 
querelle ne put ^tre d^idc^e. Mais un synode fut in- 
diqn^ a Verdun pour la mi-noyembre, du coBsente- 
ment des eyeques de Tun et Tautre parti. £n attendant 
je fus charge proyisoirement du gouverneB^ent du 
^ege de Rheims, et Ton permit a Hugues de demeurer 
k Mouzon. Mais bientdt le t^mps des yendanges 4taat 
yenu, mon compdtiteur, accomps^iie et sout^nu de 
Thibaut, ennemi de notre roi et de notre royaume , 



HISTOIRE DE L^^GLISE DE RHEIMS. 669 

ainsi que de plusieurs autres malfaiteurs, se jeta sur 
les villages voisins de Rheims appartenans k f^v^ch^, 
et en enleva presque tout le vin qu'il fit transporter en 
ditFereps lieux. Alors beaucoup de ravages fureiit corn- 
mis ( les hommes de notre ^glise emmen& en captivitd, 
ou forces par mille tourmens eruels k payer rancon. 
Cependant le synode indique a Veidun pour la mi- 
novembre s'assembk sous la presidence de Robert, 
arcbev^que de Treves, sur le mandement de notre sei- 
gneur lepape de Rome, en presence du seigneur Bru- 
non, avec quelques ^vdqueg et abb^s. Hugues,' cit^ k 
comparaitre, et mande par les deux evSques Adalberon 
et Josselin, envoyes expr^s vers lui, refusa de venir. 
Alors tout le synode, d'un commun accord, decrdta 
que lb gouvernement de F^v^he me serait laiss^ ; et 
en meme temps on designa un autre synode pour le 
1 3 Janvier, lequel se rassembla en effet, comme il avait 
6ii indiqu^ , dans T^glise de. Saint-Pierre , vis-k-vis du 
chateau de Mouzon*, et y assist^rent Robert, archevdque 
de Treves, avec ^ous les eveques de sa province, et 
quelques -uns de la province de Rheims. Notre com*- 
petiteur Hugues y vint, eut un entretien avec I'ar- 
cheveque Robert, mais ne voulut pas entrer au synode ] 
ii fit remettre aux ev^ues, par uii de ses cleros qui 
venait de Rome, de pr^tendues lettres du pape , qui 
ne contenaieut rien qui fiit d'autorit^ canonique, 
mais seulement qu'on le remit en possession de I'ev^ 
che de Rheims. Apris la lecture de ces lettres, lea 
eveques d^lib^rijrent avec les abb(5s et autres qui 
etaient presens, e\ repondirent qu'il n'etait ni digne 
ni convenable que le mandement apostolique appimrtd 
par Fredc^ric, ev^que de Mayence, que lengwtemps 



570 FHODOARB; 

auparavant Farchev^que Robert avail recu en pr&ence 
des rois et des c^v^ques de- France et de Germanie, 
dont d4]k m^me une partie avait recu son execution, 
fut annuls par des lettres que pr^sentait notre en- 
nemi : bien plus, ils arr^tferent k Tunanimit^ qu'il se- 
rait pass^ outre k ce qui avait it6 canoniquement com- 
mence, et Ton fit donner lecture du xix* chapitre du 
concile de Carthage sur les accusateurs et les accus^; 
lecture faite, il fut jug^, selon le texte precis du cha- 
pitre, que je demeurerais en communion et possession 
du diocese de Rheims ; que Hugues, qui avait refus^ 
de comparaitre k deux synodes malgrd invitation, se- 
rait interdit de la communion et administration de 
r^v^cheJ, jusqu'k ce qu'il consentlt kse pr^sent^r de- 
vant un concile g^n^ral qui serait indiqu^, pour se 
justifier et rendre compte de sa conduite. Les ^vSques 
firent copier devant eux le chapitre du concile, et 
ajoutant au dessous leur jiigement, Tenvoyferent k Hu- 
gues. Gelui-ci, d^s le lehdemain, envoya la meme 
charte k F^v^que Robert, en lui faisant r^pondre de 
vive voix qu'il ne se soumettrait pas k leur juge- 
ment. Le concile s'^tant ainsi termine, Hugues garde 
depuis ce temps, contre les ordres des rois et des 
^v^ques, le chiteau de Mouzon; et moi de retour a 
Rheims, j'ai envoye k Rome mon placet d'appel au 
Saint'Si^ge paries messagers du roi Othon, et me voici 
attendant les ordres de ce siege, pr^t k obeir a ses 
d^crets, et au jugement de votre saint concile uni- 
versel. » 

Aprfes la lecture de ces lettres et leur traduction en 
langue tudesque pour Fintelligence des deux rois, 
un certain Sigebaud , clerc de Hugues , entra dans le 



HISTOIRE DE L^EGLISE DE RHEIMS. 5^1 

concile , et pr^senta les pr^tendues lettres du pape 
qu'il ayait apport^es de Rome, etd^jk fait connaitre 
au synode de Mouzon, affirmant que ces leltres lui 
avaient 4ti donndes a Rome par Marin lui-m^me, 
vicaire du souverain pontife, et actuellement presi- 
dent du concile. Marin, de son cdt^, produisitet fit 
lire devant tous les lettres que Sigebaud avait ap- 
portdes i Rome , et cette lecture prouva , ainsi que 
les lettres le disaient , que Gui , ^v^que de Soissons , 
Hildegaire de Beauyais , Rodolphe de Laon , et tous 
les autres c5v^ques de I'^v^clid de Rheims soUicitaient 
du Saint-Si^ge le r^tablissement de Hugues , et Tex- 
pulsion d'Artaud. Aprfes cette lecture Artaud, et avec 
lui Rodolphe de Laon et Fulbert de Cambrai, qui 
^taient nommes dans les lettres, se levferent et protes- 
tfefent qu'ils ne les avaient jamais vues , et n'avaient 
jamais donn^ leur consentement a Tenvoi.- Alors 
voyant que Sigebaud ne pouvait les contredire, quoi- 
qu'il ^tourdit le concile de calomnies contre eux , 
Marin* prit la parole et proposa k tout le concile de 
prendre une resolution sdvfere contre un tel calom- 
niateur, et porteur de calomnies contre des dv^ques. 
Le concile , aprfes I'avoir d'abord publiquement con- 
vaincu de calomnie , et aprfes avoir fait lire les cha- 
pitres des conciles sur les calomniateurs , jugea a 
ruhanimitd qu'il devait etre priv^ de la dignity dont 
il etait rev^tu, et, selon la teneur des articles, en- 
voyd en exil. En consequence Sigebaud fut depouilie 
du diaconat dont il remplissait le minist^re, etchass^ 
avec reprobation du concile. Quant k Artaud , qui 
s'etait pres6nte a tous les synodes, et soumis au juge- 
ment des ev^ques , il fut decrete que, selon les regies 



5^2 frodoard; 

des canons et les d^ets de$ saints P^tes, TevSc^ de 
Rfaeims serait par lui conserve etgouyarne ; et lui fat 
sa dignity confirmee et de nouveaa confer^, he se- 
cond jour de la session , apr^s la lecture des saintes 
constitutioas et de rallo^ution du vicaire Marin, Ro- 
bert, archev^que de Treves , pr<^sa que , puisque , 
selon les ri^gles de la loi sacr^ , Fc^y^ch^ de Rfaeims 
avail eU rendu et restitu^ k T^veque Artaud , un ju- 
gement synodal fut pott^ contre Tusurpateur de son 
si^ge ; en cons^uence il fut pr^mi^rement ordoone 
de lire les saints canoas : apr^ la lecture , conforme- 
ment aux sacr& canons, et aux d^crets des^nts 
Peres Sixte, Alexandre, Innocent, Zosime, Boniface, 
G^estin , L^on , Symmaque et autres saints docteurs 
de r£glise de Dieu , Hugues fut excommunie et re- 
tranch^ du ^eia de I'^glise , commc usurpateur du 
dioofese de Rheims, jusqu'k ce qu'il revint k peni- 
tence et k satisfaction. Les jours suivans on traita de 
plusieurs articles n^essaires toucha^t les mariages 
ificestueux , et sur les eglises que dans le pays de 
Gerraanie on donnait et mSme on yendait indu- 
meat aux pretres , et qui letir ^taient retirees illici- 
teoient* II fut defendu que personne ddsormais se 
permit de pareils abus. On traita encore de diverses 
choses qui interessaient r£glise de Dieu , et il fut 
pris plusieurs decisioii^. Cependant le xoi Louis pria 
le roi Othou de lui prater secours contre Hugues et 
ses autres ennemis. Othou lui accorda sa demande , 
et donna Fordre a Conrad , due de Lorraine , de mar- 
cher k son secours ayec une armee j en attendant 
que Farm^^ fut pr^te , il fut xionyenu que le roi de- 
meurerait aupres de Conrad , et que les ev^^uos Ax- 



HISTOIRE DS l'i^GUSB DE RI|SIMS. Sji 

taud et Rodolphe, qui ^taient avec lui,deineureraient 
avec les ^v^ques lorrains, dans la crainte qu'en s'en 
retournant il ne leur arrivit quelque malheur. En 
sorte que Rodolphe de Laon , et Robert de Treves et 
moi nous restimes pris d'un mois auprfes d'Adal- 
b^ron de Metz. Quand I'arm^e fut rassembl^e, les 
dv^ques de Lorraine march^rent sur Mouzon, en for- 
m^rent le sifege , forcferent les soldats qui y dtaient 
enferm^s avec Hugues a se rendre , et en ayant recu 
des otages , partirent de Mouzon pour aller k la ren- 
contre du roi Louis et du due Conrad , vers le pays 
de Laon ; Ik le due et son arm^e assi^giirent un cM- 
teau construit en un lieu noramd Montaigu, et occup^ 
par Thibaut , lequel tenait aussi Laon contre le roi. 
lis s'en emparferent, non; toutefois sans quelque peine 
et retard; ensuite ils tournSrent vers Laon. Les ^^- 
ques se rassembl^rent en T^glise de Saint- Vincent , 
et donn^rent sentence d'excommunication contre 
Thibaut ; et en m^me temps ils mand^rent par let- 
tres au comte Hugues, tant de la part du seigneur 
Marin , l^at du Si^ge apostolique , comme aussi de 
leur part , qu'il eut k venir k amendement et repen- 
tance des maux qu'il avait faits au roi et aux ^v^ques. 
Ensuite Gui , ^^que de Soissons, vint auprfes du rcjfr 
Louis, se soumit,, et iSt sa paix avec Parchev^que 
Artaud, lui donnant satisfaction pour Fordination de 
Hugues. Le due Conrad * tint sur les fonts sacr^s la 
fiUe du roi Louis 5 et apr^s l!a prise et demolition du 
chdteau de Mouzou , les Lorrains s'en retoumirent 
en leur pays. 

1 Conriid , dit. /e Sage ,. due de Fcaacoiuc et de Lorraine, gfsadre de 
Fefflpereur Olbon !«"". 



574 FRODOARD; 



CHAPITRE XXXVI. 

Du siege et de Tincendie de la ville de Soissons par le comte 

Hugues. 

Hugues, ayant rassemby en diligence bon nombre 
de ses gens et de Normands , marcba sur k ville de 
Soissons , Tassaillit et tua quelques hommes. II fit Je- 
ter des feux artificiels et brula I'^glise cath^drale , le 
cloitre des chanoines, et une partie de la ville, sans 
cependant pouvoir la prendre. D^sespdrant d'en venir 
Ji bout, il leva le si^ge, et se tourna vers unfort, que 
Ragenold , un des comtes de Louis , faisait bsitir en 
un lieu nomm^ Roucy, sur la riviere d'Aisne, et en 
forma le sifege. Quoique ce fort ne fut pas acheve, il 
ne put s'en emparer, mais il d^vasta tons les villages 
de r^glise voisine de son camp. Ses maraudeurstui- 
rent plusieurs des colons eccl^siastiques, pillferent les 
^glises, et enfin se port^rent k une teUe fureur que, 
dans le bourg deCormicy, ils tuferent environ quarante 
hommes , tant en dedans qu'autour de T^glise, et de-. 
pouill^rent le temple de tons les ornemens. Aprfestous 
ces excfes et ces crimes , Hugues se retira avec ses pil- 
lards. Cependant ses soldats, qui jusque la ^taient 
rest& avec lui, quoique excommuni^, vinrent faire 
soumission k I'ev^que Artaud , qui recut les ims et 
leur rendit leurs biens, et rejeta les autresj ensuile 
il partit pour Treves , afin d'assister a un synode avec 



HISTOIRE DE l'eGLISE DE RHEIMS. 5^5 

les ev^ques Gui de Soissons , Rodolphe de Laon , et 
Winfried de T^rouane. Lk ils trouvirent Marin qui 
les attendait avec rarchev^que Robert ^ mais ils n y 
rencontrferent aucun des i^v^ques de Lorraine ni de 
Germanie. N^anmoins ils se formferent en synode^ et 
le yicaire Marin leur demanda ce que depuis le der- 
nier synode le comte Hugues avait fait contre eux 
et contre le roi Louis, lis lui rendirent compte des 
maux affreux que nous venons de raconter, causes 
par lui k leurs dglises et k eux-m^mes. Marin alors 
s'informa si les lettres d'assignation a comparaitre 
qail lui avait adress^es lui avaient ^t^rdellement remi- 
ses. L'^v^que Artaud lui rdpondit que quelques-unes 
avaient A^ remises, que quelques autres n'avaient 
pu r^tre , parce que celui qui en ^tait charg^ avait 
4t6 pris par les maraudeurs du comte •, que cependant 
il avait ^t^ mand^ et citd , tant par lettres que par plu- 
sieurs messages. Alors on demanda s'il y avait quelque 
envoy^ de sa part : comme il ne s'en trouva aucun , il 
fut d^cid^ qu'on attendrait jusqti'au lendemain pour 
voir si personne ne viendrait. Personne n'^tant venu, 
et tons ceux qui ^taient prdsens, tant clercs que lai- 
ques , s'^eriant d'une commune voix qu'il fallait I'ex- 
communier, les ^v^ques arr^t^rent que Fexcommu- 
nication serait encore difft^rde jusqu'au troisi^me jour 
du synodq. En attendant on s'occupa des ^v^ques qui 
avaient iti convoqu^ et n'^taient pas venus, et de 
ceux qui avaient pris part k I'ordination de Hugues. 
Gui, ^v^que de Soissons, se prosternant devant le 
vicaire Marin et Farchev^qiie Artaud , se reconnut 
coupable. Mais les archev^ques Artaud et Robert, in- 
terc^dant pour lui aupr^s de Marin , il obtint absolu- 



576 FROBOARS) 

tion. Winfried de T^rouane fut trouv^ innocent 
de cette ordination. Un pr^tre, envoy ^ de Transmtr, 
^v^que de Noyon , se. pr^enta de la part de ce pre- 
kt, all^gaant qu'il n'avait pu yenir an synode, 
parce qu'il ^tait gii^ement malade ^ ce qui fat aussi 
attest^ par qnelque^^uns des ^^qaes de notre pro- 
vince. 



7B 



CHAPITHE XXXVII. 

De rexcommunication du conite Hugues. 

Enfin, le troisieme jouF, sur le& instances de Lui- 
dolf , l^gai et cbapelain du roi Othon, pat'ce que ce 
prince Texigeait imp^rieusement, le comte Hogues fut 
excommunie comme ennemi du roi Louis, et pour 
tons les maux ci-des»os rapport^s, toutefois josqu'a ce 
qu'il yint a r^ipiscence et fit satisfaction devant )e 
vicaire Marin et les c^v^ques aUxquels il avait £ut in- 
jure et dommage; que s'il refusait, il Ini etait lihre 
d'aller k Rome pour se faire absoudre. Deux &ux er^ 
ques, TUbaut et lyon, ordonn^s par Hngnes, Ibrent 
aussi excommunie ^ le premier, dtabU par Hugues, 
apr^ son expulnon, en ]a ville d'Amiens^ ie second, 
k Senlis, apris sa condamnation. La mdrae peine fut 
aussi port^e contreun clerc de Laon, nomm^ Ad^ton, 
que son (dv^que Rodolphe accusa d'avoir recti dans 
r^glise rexcmnmuni^ Tbibaut. Le vicaire Mari# dcrp 
vit k Hild^aire, 6\6qjae de Beauvais , de venir devant 



HISTOIRE DE l'SgLISE DE RHEIMS. 5'jj 

liii, ou d'aller k Rome, afin de rendre compte au pape 
de sa conduite au sujet de rordination des deux faux 
ev^ques susdits , k laquelle il avait pris part ; il manda 
aussi a H^ribert, fils du comte H^ribert, de donner 
satisfaction pour les maux qu'il causait aux ^y^ques. 
Toutes ces affaires ainsi r^gWes , les dv^ques se s^- 
par^rent ^ mais Luitdolf , coapelain d'Othon , emin^na 
avec lui le vicaire Marin vers son roi en Saxe, pour 
y faire la .d^dicace de T^glise d'un certain monastfere. 
Cette d^dicace faite , et Thiver pass^ , Marin s'en re- 
tourna i Rome.' Le roi Louis eut un fils que Farche- 
veque Artaud tint sur les fonts sacr^s, et auquel il 
donna le nom de son pfere. 



CHAPITRE XXXVIIL 

De quelques eglises et monast^res de la ville de Rheims. 

Il a exists autrefois plusieurs basiliques de saints 

et plusieurs monastferes au dedans et autour de la ville 

de Rheims, qui maintenant ne sont pi us 5 cependant 

il subsiste encore dans la ville deux couvens de fiUes, 

dont Tun s'appelle le monastere d'en-haut, k cause de 

sa situation , et passe pour avoir ^t^ Ae\6 en Thon- 

neur de la sainte Vierge et de saint Pierre par saint 

Baudri et sa soeur Bove, qui depuis en fut abbesse. 

On dit qu'ils ^taient tons deux du sang royal , enfans 

du roi Sigebert , et eurent pour nifece Dode , jeune 

fiUe tr^s<5haste, laquelle avait ^te promise en mariage 

37 



578 FRODOARD; 

k un grand de la maison du roi Sigebert. Mais Bove, 
sa tante, qui Tinstruisait k servir Dieu et a loi garder 
sa virginity, la d^tourna de Famour de son ^poux. Ce- 
lui-ci , voyant la resistance de la jeune fille , voulul 
a toute force la ravir et avoir pour femme^ mais 
il advint que pendant qu'il cherchait par tous les 
moyens k ex^cuter ses desseins , le cheval qu'il mon- 
tait s'^tant emport^ , il tomba et se rompit le ecu ; et 
la bienheureuse Dode , persistant dans son bon pro- 
pbs de cbastet^ , succ^da k sa tante dans le gouver- 
nement du monast^re; c'est elle qui obtint du roi 
Pepin pour cette abbaye une charte d'immunit^ que 
nous avons encore. Les corps de ces deux saintes ab- 
besses repos^rent long-temps dans T^glise situee hors 
de la ville ou avait d'abord ^t^ le monastere des fiUes, 
jusqu'a ce qu'enfin, ayant iti exbum^s par suite de 
plnsieurs revelations et miracles , ils furent transf^res 
en cette nouvelle ^glise que nous voyons aujourd'hui, 
oil ils furent d^posds avec v^n^ration , et sont conti- 
nuellement honoris par la reverence et les bommages 
des vierges servantes du Seigneur. 



HISTOIRE DE L'^GLISE DE RHEIMS. S'jg 



^ssz 



CHAPITRE XXXIX. 



De saint Baudri, abbe. 



Apres la construction du monast^re dont nous ve- 
nons de parler, saint Baudri, cherchant un lieu ou il 
put ^tablir sa demeure , et r^unir en m^me temps au- 
pres de lui des hommes religieux pour servir Dieu dd- 
votement et paisiblement , en trouva enfin un qui lui 
pint , et qu'on nomme Montfaucon. Ce lieu, alors in- 
habitable , etait convert d'^paisses forets qu'il abattit , 
et du bois desquelles il se construisit lui-m^me son 
habitation. On dit qu'un oiseau, que nous nommons 
faucon , qui le guidait et volait devant lui pendant 
qu'il cherchait un lieu ou se fixer, s'arr^ta enfin sur 
celui-ci , et revint trois jours de suite se poser a Ten"- 
droit oil est aujourd'hui I'autel de I'apotre saint Pierre; 
et plusieurs estiment que c'est de la que vient le nom 
de Montfaucon. Dfes que saint Baudri eut coinmenc^ 
a servir Dieu d^votement en ee lieu, plusieurs per- 
sonnes devotes et craignant le Seigneur lui donn^rent 
leurs biens. Alors, reunissant plusieurs raoines avec 
lui , il ^tablit une communaut^ sous la discipline r^ 
gulifere, et consacra son monastere en Thonrieur d.e 
saint Germain. Eusuite il revint trouver sa sceur k 
Rheims, y v^cut jusqua son dernier jojar, y fut ense^ 
yeli , i^t son corps y a long-temps repos^. 



37- 



58o FROBOARD ^ 



CHAPITRE XL. 

Des miracles qui furent vus apres sa mort. 

Depuis , par les soins des clercs qui habitaient le 
monast^re de cet homme de Dieu , son corps fut en- 
lev^ secr^tement de Rheims et emport^ k Moatfaucon. 
Quelques citoyens qui avaient d^couvert la ruse sui- 
virent les clercs de si pr^s, que d^ja ils les attei- 
gnaient de la vue , et qu'en les apercevant le trou- 
ble se mettait parmi ceux qui portaient la sainte 
relique^ mais une nu^e ^paisse les sdpara tout-a- 
couplet ceux qui poursuivaient, se trouvant dans les 
t^n^bres , s'^gar^rent dans des chemins d^tourn^ , et 
ne purent suivre la trace des fugitifs. D'autre part 
une lumi^re cdeste ^claira pendant la nuit ceux 
qui portaient le sacr^ corps, jusqu'k ce quails fus- 
sent arrives, sans aucune fatigue, k une propria 
voisine du monastfere, ou dans la suite une ^lise 
fut construite en Fhonneur de saint Baudri , parce 
que les clercs y avaient repos^ son corps. De li ayant 
repris leur marche avec la sainte relique , quand ils 
commencferent k approcher du monast^re , on dit que 
les cloches se mirent k sonner toutes seules ; et ^ ce 
signal les frferes sortirent au devant , et ^nrent rece- 
voir le tr^sor qu'ils avaient si long-temps desir^. Mais 
quand ils voulurent I'entrer dans F^glise de Saint- 
Germain , ils trouvirent la relique devenue si Jourde 



HISTOIRE DE l'i^GUSE DE RHEIMS. 58 1 

qu'il fallut la laisser k I'entr^e de F^glise , et qu*il rfy 
eut moyen de la soulever, quelque effort qu'ils y 
fissent pendant trois jours entiers. On dit que le 
corps demeura trois ans fix^ au m^me lieu , k Fabri 
sous un toit dlev^ exprfes pour le preserver des in- 
jures de Tair. Au bout de ce temps , apr^ un jeune 
de trois jours, on le transporta dans T^glise de Saint- 
Laurent , ou Baudri de son vivant avait pr^par^ sa 
sepulture ^ il fut d^pos^ avec r^v^renc^e dans le 
sarcophage qui lui ^tait destind , et les reliques du 
saint ont ^t^ conserv^es en ce lieu avec honneur 
et v^n^ration jusqu'au temps du roi Charles et de 
Farchev^que Hincmar, quand les Normands com- 
menc^rent k infester et d^vaster le royaume. La ter- 
reur qu'ils inspiraient forca les cbanoines de ce lieu 
k enlever de son s^pulcre le corps de leur patron , 
et k le placer sur Fautel de Saint-Laurent. Pendant 
que cela s^ex^cutait, trois gouttes de sang tomb^- 
rent de sa t^te, aussi fraicbes et aussi chaudes que sll 
eut ^t^ vivant. II fut port^ k Verdun , d'ou plus tard 
il fut rapport^, et enfin plac^ dans I'dglise de Saint- 
Germain. Or, pendant qu'il ^tait absent de son mo- 
nast^re, les Normands y arrivferent-, mais le Seigneur 
le protdgea : ils ne brul^rent les ^glises, ni ne tu^rent 
les habitans , si ce n'est une seule femme en se reti- 
rant ; et laissferent les autels tout charges de leurs of- 
frandes. Quand les Normands revinrent une seconde 
fois , un chanoine nomm^ Ostrade , voyant que ses 
jfrferes se dispersaient et prenaient la fuite sans songer 
k rien , prit le corps du saint , et se sauva avec , en 
grimpant sur tin arbre. Les paiens qui le poursui- 
vaient vinrent jusqu'k cet arbre , et regardferent en 



582 FRODOARD ; 

haut , mais ils ne purent s'apercevoir que quelqa'un 
y fut mont^. Ostrade demeura neuf jours entiers sur 
cet arbre, n'ayant pour toute nourriture qu'un seul 
gland, et cependant il ne souffrit ni faim ni soif : cette 
seconde fois encore les mdrites du saint confesseur 
pr^serv^rent ces lieux du glaive et des flammes des 
paiens. Plus tard , il arriva que quelques maraudeurs, 
infid&les au roi , vinrent en ce lieu , et*, ne tronvant 
aucune force qui put leur r^sister , se mirent k tout 
ravager^ mais tout-k-coup les cloches de Teglise Saint- 
Laurent se prirent k sonner d'elles-memes , sans que 
personne y toucMt , et deux cierges furent miracu- 
leusement allum^s par le feu du ciel. Frappes de ter- 
reur k cette vue , les pillards s'enfuirent , et Tun d'eux 
tomba a la porte du monast^re et se tua dans sa chute, 
ainsi que son superbe cheval : les outres dans les- 
quelles il emportait le vin qu'il avait vol^ crev^rent, 
et ses compagnons, effray^s de ce chitiment, firent 
des dons k Nglise, et se retir^rent tout ^pouvant^. 



CHAPITRE XLI. 



Du village de Wallich. 



Un jour les chanoines de ce lieu v^n^rable , presses 
par laf famine , prirent une portion des reliques de leur 
saint patron , et s'en all^rent au village de Wallich sur 
le Rhin , qui leur ^tait venu par donation d'Adalard, 
Un des abb^ de leur convent. Comme les habitans du 



HISTOIRE J>E L^EGUSE DE RHEIMS, 56'i 

pays, pleins de v^n^ration pour les saintes reliqiies^ 
commencaient a apporter leui*s dons , Vzhhi d'un mo- 
nast^re voisin , ndmm^ Bonn , alia trduver Willebert, 
ev^ue de Cologne, et se mit k decrier cette d^otion, 
disant quie ce n'^taient pas v^ritablement les reliques 
d'un saint ^ or les chanoines craignant d^^tre arr^tfe et 
punis par T^v^que, parce qulls disaient avoir avec eux 
le corps du saint tout entier, n'eurent pas plus tot ap- 
pris ces nouvelles, qu'ils s'en allferent en leur morias- 
tere, faisant en deux jours presque cent lieues de che- 
min •, puis , prenant le corps entier de leur patron, ils 
revinrent au village de Wallich en aussi pen delemps-, 
comme ils approchaient, n'^tant plus qu'k une lieiie i 
pen prfes , les cloches de T^glise se mirent k sonncr 
d'elles-mSmes sans que personne y toucMt; les clercs 
qui ^taient restds , connaissant par ce signal que leur 
patron arrivait, sortirentau devant avec les croix, et 
recurent leur saint protecteur avec les honneurs qui 
Ini ^taient dus^ tandis qu'ils celebraient la messe, il 
eclata trois miracles a la fois ^ un paralytique recouvra 
Tusagede ses membres, un aveugle la lumifere, et un 
muet la parole. Cepfendant I'abbe de Bonn ne cessait de 
blasphemer les miracles de Dieu, et de d^tourner ceux 
quil pouvait d'aller visiter le saint-, mais, en punition, 
il fut tout-k-coup pris de la fi^vre, et si violemment 
qu'il ne pouvait ni manger, ni boire, ni marcher-, de- 
vore de souffrances, ilreconnut enfin sonp^ch^, et se 
fit porter dans une chaise a bras jusqu'au Rhin , et de Ik 
en bateau a Wallich devant le corps saint. La , ayant 
confess^ sa faute, il demanda d'etre absous , et donna 
en offrande une quantite de cire egale au poids de 
son corps. Apres etre rest^ six jours en prieres^ et 



X 



584 faodoard; 

avoir fait yoeu de revenir chaque ann^e en p^le- 
rinage, il recouvra pleinement la sant^, et s'en re- 
touma de son pied. Les cfaanoines demear&rent en ce 
lieu pendant un an, durant lequel il ne se passa pas, 
dit-on , un jour ou Ton ne vit quelque miracle. La 
veille de la fete de Saint-Jean-Baptiste, beaucoup de 
monde ^tant accouru de Saxe et de plusieurs contrees 
lointaines , il s'op^ra dix-huit miracles insignes ; si bien 
qu'il n'y eut gu^re de malades qui s'en retoumassent 
sans obtenir gu^rison^ et les offrandes furent si abon- 
dantes que noa seidement les clercs en vecurent eux- 
m^mes, mais encore fournirent aux besoins de ceux 
qui ^taient restds an monast^re, et agrandirent et orne- 
rent I'dglise de "Wallich. 

Iladvintquedepuis, dans une grande s^heresse, le 
corps de saint Baudri fut tir^ de son monast^re, et 
port^ en procession an devant des reliques de saint Jo- 
vin , pour obtenir de la pluie -, en effet les deux pro- 
cessions ne se furent pas plus t6t rencontr^es , et les 
deux saints ne furent pas plus tot r^unis, que le ciel 
se chargea de nuages malgrd la s^cheresse, et que la 
pluie tomba en abondance •, et tandis que les y^temens 
de tous les assistans ^taient tremp^s , les ponies et les 
tapis qui couvraient les chasses ne recurent pas une 
goutte d*eau. En ce lieu, un borgne recouvra Tagil 
qu'il avait perdu , et se levant aussitot transporte de 
joie, et tout ingrat, il s'en retourna sans glorifier 
Dieu. Mais a peine fut-il arriv^ en sa maison, qtfil 
perdit une seconde fois Toeil qu'il avait recouvr^. En- 
fin , quand on fut arriv^ au monast^re avec les deux 
corps saints, celui de saint Baudri devint tout-a-conp 
si pesant qu'il ne fut plus possible de le moavoir, 



HISTOIRE DE l'IsIGLISE DE RHEIMS. 585 

except^ lorsqu'on eut fait passer devant et entrer le 
premier le corps de saint Jovin. 

Qiiand le seigneur Dadon , ev^que de Verdun, ob- 
tint cette abbaye de la munificence du roi , et qu il 
apprit tons ces Iniracles, il ^tablit que chaque ann^e 
les reliques de trois monast^res seraient port^espro- 
cessionnellement en un lieu appel^ Gaudiacum^ situ^ 
A pareille distance de tous trois 5 savoir, du si^ge de 
Verdun, saint Victor et saint Ageric^ saint Baudri, 
de son monast^re; et saint Roduique, de Wasler-, de- 
puis , cette procession a i\.i signage par d'innombra- 
bles miracles, et jamais la reunion n'a eu lieu sans 
que quelque infirme ait recouvr^ la sant^ , mais sur- 
tout ceux qui avaient recours aux m^rite^ de saint 
Baudri. Dans une de ces reunions, un muet recou- 
vra la parole , et ceux de Verdun Temmen^rent avec 
eux , proclamant que c'Aait la vertu de leurs saints 
qiii ayait op^r^ le miracle. Mais au moment ou Ton 
se s^parait pour s'en retourner cl^acun cbez soi , la 
chisse de saint Baudri devint si pesante quon fut 
oblig^ de la laisser en place, sans qu'il y eut moyen 
de la remuer. Beaucoup ^tant revenus pour voir cette 
immobility miraculeuse , tandis que ceux de Saint- 
Baudri se plaignent et se demandent pourquoi leur 
patron veut resiter en ce lieu , et ce qu'il y voulait 
faire , quelqu'un s'avisa de faire venir le muet qui ve- 
nait d'etre gueri : on le rappela \ et k peine eut-il ^ti^ 
conduit devant la chasse immobile , qu'aussitot on la 
leva sans difficultd, et le corps saint fut reporte au 
monastere au milieu des actions de grices. Lorsque 
Dadon obtint cette abbaye de Saint-Baudri , il ^chan- 
gea quelques biens situes outre Rhin , qui avaient 



586 FRODOARD \ 

^i6 donnas a ce monast^re |par Fabb^ Adbjard , con- 
tre le village de Mont-Gerlain, sur la Moselle. Ayant 
done donn^ Tordre aux fr^res de I'abbaye de se ren- 
dre en ce village pour en prendre possession , ceux-ci 
se mirent en devoir d'ob^ir , et partirent avec les re- 
liques de leur saint patron. Mais arrives au village, 
le corps, devint tout-^-coup si pesant qu'il ne fat plus 
possible d^avancer : lors les moines tenant conseiJ, 
avisferent de le porter k T^glise de ce village , consa- 
cr^e k saint Martin , et aussitdt il fat ais^ de Fenlever-. 
Qaand leur priire fut finie en cette ^glise , et qu'ils 
voulurent charger la relique pour partir , ils la trou* 
vferent de nouveau appesantie. Frapp^s d'admiration, 
et pressentant que Dieu voulait op^rer quelques mi- 
racles en ce lieu pour la glorification de son saint, les 
moines alors demand^rent s'il y avait \k quelqu'an de 
malade. Alors les uns v^iant , les autres se faisant 
apporter , la vertu du saint corps op^ra ^ un boiteux 
fut redress^ -, une femme qui avait les bras paralyses 
depuis huit ans, en recouvra Tusage; deux autres 
femmes aveugles recurent la vue^ et un enfant de 
sept ans , muet de nai^nce , commenca k parler. En 
reconnaissance de ces miracles, les habitans firent 
(Clever en ce lieu une croix, ou depuis deux femmes 
recouvrferent la vue, ou des cierges furent alhim^ mi- 
raculeusement , et ou enfin grand nombre de malades 
ai&ig^s de diverses infirmit^s trouv^rent garrison. 



HISTOIRE DB tEGLISE DE RHEIMS. 687 



CHAPITRE XLII. 



De Teglise de Saint-Romain , et des miracles operes a 

Mont-Gerlain. 



L'eguse de Saint-Romain, bitie au village de Mont-> 
Gerlain, avait depuis long -temps ^t^ enlev^e aux 
moines de Sainf -Baudri par Milon, supdrieur des 
chauoines du lieu ; mais le comte Boson la leur ayant 
fait rendre , ils y portferent le corps de leur saint pa- 
tron 5 et aussitot que la nouvelle en fut rdpan due , on 
vint en foule se recomraander k ses m^rites. Parmi les 
fiddles qui se confiaient en lui, se trouvferent deux 
femmes nobles, aveugles , et une pauvre femme para- 
lysde de presque tons ses membres. La nuit des vigiles 
de saint Romain, comme on veillait en Teglise, selon 
la coutume , tout-k-coup il se r^pandit miraeuleuse- 
ment une lumifere si dclatante qu'elle fit pdlir tons 
les luminaires qui ^clairaient I'^glise : seulement Tau- 
tel sur lequel ^tait d^pos^ le corps etait convert d'un 
^pais nuage , et la chasse qui contenait les saintes 
r cliques semblait aller et venir dans la nude. Tout- 
a-coup , une des femmes aveugles d'abord, et I'autre 
ensuite , s'dcrient qu'elles voient ; et la femme paraly- 
tique, qui dtait dtendue a terre, ne se fut pas plus tot 
mise k invoquer le secours de Dieu et de saint Ban- 
dri, que pen k pen elle sentit ses membres se ddten- 
drCy ensuite ses jambes, et enfin se leva toutedroite 



588 FRODOARD, 

SUV ses pieds. Depuis sa gu^rison , jusqu'a ce jour, 
ou elle vit encore , elle est nourrie des aumdaes des 
clercs. 

Pendant que les clercs demeuraient en ce lieu avec 
leur pasteur , un soir qu'ils ^taient assis ensemble a 
causer, il arriva qu'un homme de Tuu des amis de Mi- 
Ion , pris de yin et anim^ de colore , se mit a leur 
demander ce quails faisaient k, et pourquoi ils etaient 
venus dans le village de Milon. Ceux-ci lui r^pondi- 
rent que ce lieu appartenait k Saint-Baudri et non a 
Milon ; lui au contraire soutenait que c^^tait a Milon. 
A la fin , les clercs Tayant menac^ , il se retira ^ mais 
en gravissant un rocher fort ^lev^, voisin du village, 
il se jeta du haut en bas , et fut si froiss^ de sa chute 
qu'on le crut mort, ou au moins presque mort. On le 
porta devant le corps de saint Baudri , ou, ayant re- 
coniftL et confess^ son p^ch^ , il fut subitement et ines- 
p^r^ment gu^ri. 

U n'y a pas long-temps , quand les reliques de saint 
Baudri eurent ^t^ apport^es au village de Wallich , 
dont nous avons parl^ plus haut , comme Godefroi , 
comte du palais du prince Henri , s'^tait empar^ de ce 
village, quelques clercs de Saint-Baudri le vinrenl 
trouver pour r^clamer leur bien 5 mais ils n'en pu- 
rent tirer aucune r^ponse convenable, sinon qu'il ne 
feraitpas plus pour eux que pour son chien. Lors un 
des clercs lui r^pondit qu'il suerait line sueur chaude, 
et que son chien ne lui serait d'aucun secours. Fu- 
rieux, le tomte ordonna qu'on les chassat de sa pr^ 
sence ; mais k peine se furent-ils retir^ , qu'aussitdt il 
fut frapp^ de la main de Dieu , saisi d'une fi^vre si 
violenle et consume de si vives ardeurs qu'il ^tait 



HISTOIR£ DE l'j&GLISE D£ RHEIMS. 689 

baign^ d'une sueur brulante. En cette extr^mit^ , il 
envoya qudrir Wicfrid , ^v^que de Cologne , et lui 
raconta son malheur. Celui-ci lui donna conseil d'en- 
voyer vers les moines de Saint-Baudri , pour les prier 
de venir le visiter , ensuite de reconnaitre sa faute et 
leur demander conseil et secours. Godefroi suivit son 
conseil, et envoya; mais son messager, apparemment 
enivrd des fum^es de Torgueil, leur ordonna d'un ton 
imp^rieux de venir sans retard visiter son maitre. 
Ceux-ci le refus^rent, et seulement le priferent de leur 
faire la charitc^, ce dont il ne tint compte -, et comme au 
sortir du monast^re il piquait son cheval , sa b^te 
tomba et se rompit le cou. Humili^ et repentant, il 
revint aupr^s des moines, leur fit la charity qu'il 
avait refus^e avec m^pris, et s'en retourna ainsi cor- 
rige. Apris une seconde , une troisi^me invitation , 
apprenant enfin les maux que souffrait le comte , les 
clerics se d^cid^rent a Taller visiter, et en eurent 
compassion , de mani^re que le yoyant confesser sa 
faute et promettre amendement , ils se mirent en de- 
voir de lui obtenir d^livrance par leurs priferes. A 
rinstant il dit qu'il se sentait mieux ; et a peine fu- 
rent-ils sortis qu'il se trouva gu^ri , rendit ce qu'il avait 
usurp^ , et ddsormais s'abstint de faire aucun dom- 
mage a ces biens. Cependant on dit qu'une telle af- 
fliction se r^pandit sur sa famille , qu'k peine quel- 
ques-uns rest^rent de ceux qui stvaient pris part k 
son usurpation. Les chevaux m^me et les chiens p^- 
rirent •, et lui-ni^me, perdant les cheveux , la peau et 
les ongles , ^chappa a peine k la mort. 



Sgo FRODOARD; 



CHAPITRE XLIir. 

D'un miracle advenu sur le Rhin. 

LoRS de la premiere incursion des Hongrois ea ce 
royaume , les chanoines de Saint-Baudri pass^rent de 
Tautre col^ du Rhin avec leur patron. Un soir qtfils 
repassaient le fleuve pour revenir , ik laiss^rent leur 
navire k I'ancre au milieu , avec quelques honunes 
seulement pour le garder , 'ainsi que les reliques 5 et 
montant sur une l^g^re barque , ils se rendirent a 
leur village de Wallich. Pendant ce temps la, trois 
voleurs apprenant qu'il n'dtait rest^ que peu de monde 
sur le navire , et croyant que les tr^sors et ornemens 
du saint y ^taient , montent une barque et cinglent 
vers le b&timent^ mais, avant de pouvoir y atteindre, 
ils furent tout-k-coup miraculeusement aveugl^s^alors 
ne pouvant plus ramer, frapp^s devertige, ils sont 
emport^s par le courant : leur petit bateau vient don- 
ner avec violence contre le ndvire qui portait les 
saintes reliques , se brise , et les laisse au milieu des 
flots. Deux furent engloutis sur-le-champ 5 le troisi^me, 
qui ^tait un serf de Saint-Baudri, parvint a saisir 
le navire et a s'y attacher, et ^chappa ainsi a la mort. 
Conduit devant les clercs , il ne put rien leur dire du 
malheur qui venait de leur arriver ^ et ce ne fut que 
le lendemain que , revenu de sa frayeur et maitre de 
ses sens, il put raconter tout ce qui s*^tait pass^. En- 



HISTOIKE DE l'^IGLISE DE RHEIMS. S91 

fin , depuis que le corps de ce bienheureux saint a ^t^ 
report^ de Wallich en son monast^re, d'^latans mira- 
cles s'y op^rent tons les jours, et en si grand nombre 
qu ils n'ont pas ^t^ conserves par ^crit. II n'y a pas 
long-temps qu'un pauvre homme ayant port^ en 6f- 
frande un cierge rould en cercle, en forme de bougie, 
le deposa, un peu avant Theure de vepres, sur la chasse 
du saint, et s*en alia apr^s avoir fait sa pri^re. Aussi- 
tot sa bougie s'alluma d'elle-m^me, se prit a bruler, 
et continua ainsi jusqu'i ce que le gardien de I'eglise 
vint pour sonner les vepres, et sans que le po^le qui 
couvrait la chasse, et sur lequel elle etait pos^e, eut 
souffert le moindre dommage. Chaque jour , le Sei- 
gneur se plait a y opdrer des gu^risons et a faire 
eclater par mille signes ^clatans les m^rites de son 
saint, pour Fhonneur et la gloire de son nom, qui 
jest h4ni dans tons les si^cles. 



CHAPITRE XLIV. 



Des miracles operes au monastere de Sainte'Bove et 

Sainte-Dode. 



Quelques miracles ont ^t^ aussi op^rds au monast^re 
de fiUes dont nous avons parl^, et ou ont ^t^ deposes 
les corps de sainte Bove et sainte Dode. Des fidvreux 
et d'autres afflig^s de diverses maladies y viennent 
en p^lerinage et obtiennent gu^rison, surtout le jour 
de la f^te des deux saintes. Tout rdcemment en ce 



5q2 frodoard •, 

saint jour, une jeune fiUe, depuis long-temps privee 

de IWie, par une infirmity qui avail embarrasse les 

passages de ce sens, en a merveilleusement recouvre 

I'usage par Tintercession de ces saintes Spouses de 

J^sus-Christ. 



CHAPITRE XLV. 

De la vision qui apparut a une religieuse. 

Il y a dans ce monast^re une religieuse, nomm^e 
Ricwide, nifece de feu Gontmar, pretre trfes-religieux, 
i qui apparurent en vision le bienheureux ap6tre 
saint Pierre et saint Remi, lui annoncant qu'ils lui 
commanderaient de faire un voyage k Rome quand iJs 
reviendraient la visiter, et ils promirent de revenir a 
la mi-novembre, le jour de I'Exaltation de la sainte 
Croix. Quoique agitee d'altente, elle n osa rien tlire a 
personne, apparemment parce que les saints le lui 
avaient d^fendu. Le jour ou ils avaient promis de re- 
venir, ils lui apparurent en efFet de nouveau, et lui 
ordonn^rent de faire venir son frere Fr^d^ric, qui 
^tait pretre , de I'exhorter a suivre les traces de son 
oncle Gontmar, et enfin de lui enjoindre en leur nom 
de faire avec elle le voyage de Rome , sans manger 
de viande, ni boire de vin Fun et Tautre, k partir de 
ce jour jusqu'i la fin de leur voyage 5 lui permettant 
toutefois k elle seule de boire ce qu'on pourrait'ache- 
ter de vin avec I'argent qu'elle trouverait sur un autel 



HISTOIRE D£ l'eGLISE D£ RUEIMS. 5g'i 

quails lui d^sigtt^rentique pour 6tre mieux criie, elle 
prit pour t^moins trois des soeurs du monast^re ^ et ils 
] ui indiqu^rent par leurs nocns celles qu'elle devait 
appeler. Saint Remi lui recommanda encore de dire a 
son frfere qtfil devait se souvenir qtfil lui ^tait apparu 
un jour et lui avait parley ajoutant m^me, pour signe 
de reconnaissance, qrfil lui avait frappe la paiime de 
la main avec un petit couteau. Celle-ci envoya aussitot 
chercher son frere, et lui manda de venir en toute 
hdle 5 ce qu'il fit, et il la trouva k jeun quoiqu'il fut 
Theure de v^pres, et toute dtonnde encore de sa vision. 
Lors elle fit appeler les trois soeurs qui lui avaient m 
designees 5 et, apr^ avoir chants ensemblet les sept 
psaumes de la penitence, et ajout^ en outre les lita- 
nies, elles sapprochferent de Fautel, et, leyant le tapis 
qui le couvrait, trpuvferent i Fun des coins une petite 
obole,laprirent avec actions de graces, et la donnerent 
pour un peu de vin que but la religieuse, rfen devant 
d^sormais plus boire, jtysqtfa ce que son frfere et elle 
eussent accompli le voyage qui leur etait commands. 
S'acheminant done avec confiance et pi^td, avec Faide 
de Dieu,et Fappui die saint Pierre et de saintRemi, qui 
le leur avaient ainsi promis, ils accomplirent heu- 
reusement leur voyagie. Depuis ce temps, cette reli- 
gieuse s'abstieht de viande, hormis le dimanche, et 
trois jours par semaine elfe ne fait rien jusqu'k ce que 
Fhorloge sonne deux heures, si ce n'estde vaquer Ala 
pri^re et psalmodier, ce qu'elle pretend lui avoir ^t^ 
prescrit d'observer pendant, sept ans. Elle a aussi re- 
cpmmakid^ k son fr^re, de la part des deux saints, de 
s'abstenir de viande quatre jours par semaine, et de 
ne jamais boire de vin, de toute sa vie, le jour du 

38 



594 rRODOARD ; 

vendredi : ce que Vnn et Tautre <^>serveiit fid^lemeDt 
jusqu'k ce jour. 



A— ■■■ 



CHAPITRE XLVL 



De Tautrt monast^re de filles «n la ville de Rheims. 

Il y a ^ Rheims un autre monast^re de filles, sitae 
pr^s de la porte appel^e autrefois Collatitia^ sans 
doute k cause des marchandises que Ton apportait par 
Ik en ville, et maintenant Porte Basilicaire ou Baseille, 
parce qu'elle passe pour avoir eu autrefois dans ses 
environs plus de basiliques que toutes les autres portes, 
ou parce qu'elle m^ne aux basiliques qui sont dansle 
bourg de Saint-Remi. Cestau dessus de cette porte 
que nous avons rapport^ qu'^it'bitie la cellule de 
sSiint Rigobert. Le seigneur Guntbert, homme illustre 
et pieux, est, dit-on, le fondateur de ce monast^re, 
bdti .en Thonneur de sdint Pierre , et appel^ Royal ou 
Fiscal, parce qu'il a toujours appartenu aux rois)us- 
que de nos jours. L'empereur Louis le donna k sa fille 
Alpaide, femme du comte B^gon, et accorda k ce saint 
lieu une cfaarte d*immunit^s, comtne Tavait fait autre- 
fois Fempereur Charles son p^re. II vint ensuite en h 
possession de Nglise de Rheims , par donation d'Al- 
pa'ide,laqueUe toutefois s'en rdserva la jouissance k elle 
et a ses fils, leur vie durant. On dit qu'on y conserve 
une dent de f ap6tre saint Andr^, dont les malades, qui 
obtiennent de la baiser, ^prouvent souvent la verta. 



HISTOIRE DE Le6US£ D£ RHEIMS. 5gS 

c 

Nous avons vii, dans Fi^glise de ce couvent, an cierge 
allum^ trois fois par le feu du ciel^ et ce cierge ayait 
dt^fait de la cire que trois citoyens deRheims ayaient 
donn^e en offrande en partanl pour aller k Rome vi- 
siter le temple des Saints Apdtres. Nous avons vu aussi 
dans ce monast^re une religieuse qui suait du sang, 
demefura immobile et comme morte pendant une se- 
maine enti^re, et eut plusieurs visions. 



3EZ 



CHAPITRE XLVII. 

^ Du seigneur Guntbert et de sa femme Berthe. / j 

Le seigneur Guntbert dont nous venous de parler, 
et fondateut de ce monast^re, quitta sa femme, et $*en 
alia du c6t^ de la mer, ouil fit bdtir, dit-on, un autre 
monast^re, et fut d^coUd par les barbares. De son cdt^, 
sa femme Berthe, qu'il avait laissde, b&tit un couvent 
de femmes aupr^s d'Avenay, en un lieu que le Sei^ 
gneur lui fit ipdiquer par utf ange. Comme il n'y 
avait point d'eau en cet endroit, elle obtint des sei-^- 
gneurs k qui appartenait la for^t voisine, de lui cdder^ 
pour une livre d'argent une fontaine , distante de son 
monast^re d'environ deux milles , de laquelle jaillit 
incontinent un ruisseau , qui la suivit jusqu'en son 
monast^re ou elle retournait, qui depuis continue 
toujours de couler avee abondance, et s'appelle de 
Livre J du prix donn^ pour la fontaine. Les beaux-fils 
de dame Berthe se soulev^rent contre die etla mi^ent 

38. 



596 FRODO ARD *, 

k inort*, mais ^ Finstaint m^n^e , en punition de leur 
crime, ils furent livr^ k Satan, et mourureht forcen& 
et d^pouill^ de tout sentiment humain, en tout sem- 
llablesa des b^tes. On raconte qii'une ni^ce du sei- 
gneur Guntbert, nomm^e Montie, et qui avait ^t^ 
complice du meurtre de Berthe, une nuit qu'elle 
veillait, yit apparaitre sa tante, laquelle lui ordouna 
de rapporter en celieu \e corps de Guntbert, et de le 
d^poser aupr^s du sien; et qu'Ji ce.prix le Seigneur 
lui remettrait le p^h^ qu'elle avait commis en se ren- 
dant complice de sa- mort. Celle-ci lui ayant demand^ 
a quel sighe elle reconnaitrait que son pardon lui 
etait accord^, Berthe lui r^pondit qu-aussitdt qu^elle 
aurait ex^cut^ ses ordres le sang lui partiraif du nez 
et dela bouche-, ce qui arriva en effet au moment ou 
Ton d^posait le corp3 de Guntbert auprfes de celui de 
Berthe. Environ cent an$ apr^ sa sepulture, le corps 
de Berthe. f ut retrouv^ sain et entier, et il sortit de ses 
blessures un sang aussi frais que si die venait deles re^ 
ceyoir k Finstant. Enfin, pour d^montrer Thonneur et 
les m^rites de ces saints personnages,le Seigneur a dai- 
^n^ depuis op^rer en ce lieu de nombreuxmiracles, qui 
n'ont pas '^t^ conserves par ^crit^ par negligence. Mais 
toutes.les fois que dans s& tribulations, leur congre- 
gation a implor^^ la mis^ricorde de Dieu par leur in- 
tercession, elle en a toujours obtenu grUce et consola* 
tion, II n'y a pas long-temps qu'une'femme se permit 
de d^rob^; la nappe d'autei de ce monast^re, et vou- 
lut Fenrporter*, mais il lui fut impossible de sortir, 
q^elque e0brt qu'elt^ fit, avant d'avoir confess^ son 
p^ch^, et fait restitution. L'^v^ue Foulques obtint 
du roi Eudes une charte qui conceit cette abbaye k 



HISTOIRE DE I/^GLISE DE RHEIMS. Sg'J 

r^glise de Rheims, et du pape Formose, confirmation 
de cette concession, et privilege du Saint-Si^ge apo- 
stolique. 



CHAPITRE XLVIir. 

Des deux eglises de Saint-HIlaire, k Rheims. 

* 

• 

II y a Rheims deux ^glises consacr^es k saint Hi- 
laire*, Tune dans la ville m^me, ou nagu^re une jeune 
fille paralytique a dt^ miraculeusement gu^rie; Tautre 
plus ancienne, sitAe devant la porte de Mars, qui fut 
donn^e par le saint pontife Rigobert aux chanoines 
nos prdddcesseurs pour leur sepulture. Autrefois, 
c'est-k-dire ayant le depart et Texpulsion de T^v^que 
Artaud, il s'y op^rait de nombreux miracles. Cest 
pourquoi il la fit r^parer, et y fit faire un toit et un 
plafond neuf , les habitans de la ville y contribuant 
aussi. Un aveugle nommd Paul, averti en songe dialler 
en cette ^glise, et qu'il y recouvrerait la vue, s'y rendit; 
et k peine y fut-il entre qu'en effet il jouit de la lumi^ire. 
^^Itenij un des serviteurs de Tev^que s'en . allant k 
r^glise, rencontra un jour devant la porte lin p^cheur 
avec des poissons, et rfeignant de les marchander, il 
les emporta. Alors le pauvre p^cheur, tout d^ld, in- 
voquant saint Hilaire a son.secours, ^lata en plaintes 
et en imprecations ^ mais le larron m^prisant $es cris 
entra dans T^glise comme pour entendre la messe. 
Mais Ik, ^tant debout, il tomba tout-a^coup par terre. 



S98 FROOOiLliD -, 

fu( emport^ hors de T^glise tr^-gri^vement bless^, et 
demeura long-temps malade.*— /^em^ on avail autrefois 
enterr^, dansle cimeti^re de cette ^glise, un £cossais, 
fiddle serviteur de Dieu -, mais comme la m^moire de 
son nom et de sa sepulture semblait ^tre abolie parmi 
les ndtres, il commenca k se r^v^ler par des signes 
manifestes. Ainsi, de nos jours, un citoyen, non pas 
des derniers rangs du peuple, mais pauvre en biens, 
^tant mort, ses amis all^renttrouyer Hildegaire, cur^ 
de cette dglise, et le priferent de leur donner un en- 
droit ou ils pussent trouver un tombeau pour ddposer 
leur ami, parce qu'il n'avait pas laiss^ de quoi pour- 
voir k sa sepulture. Leur demande leur ayant ^t^ ac- 
cord^e, ils se mirent en devoir d'ouvrir la sepulture 
du serviteur de Dieu dont nous Tenons de parler^ 
mais ils ne purent y parvenir. Averti de ce qui arri- 
vait, le cur^ vint, et essayant de lever ledessus de la 
bi^re, il I'entr'ouvrit l^g^rement , et aussitdt il s*en 
eiihala une odeur d'une suavity si parfaite qu^il affirma 
n'avoir jamais respir^ de parfum si delectable. Regar- 
dant dedans, il apercut un corps bien conserve et re- 
vStu des habits sacerdotaux ; et remettant la couver- 
ture en place, il n'osa passer outre. Cependant il per- 
mit aux amis du mort de placer une planche sur le 
cercueil, etd'y d^poser le cadavre. Or ce cur^avait 
un oncle pr^tre, d^funt depuis long-temps, lequel lui 
apparut la nuit suivante, et lui dit qu'il avait griive- 
ment offens^ Dieu ce jour-Bi; mais que le p^h^ eiit 
^t^ bien plus grand, s'il eut iii jusqu'k violer le tom- 
beau du saint. — Item^ le saint serviteur de Dieu ap- 
parut lui-mSme, k peii pr^s en ces jours-k^ k une autre 
personne, lui dit qull etait grandement incommode 



HISTOIRE DE LEGU&E DE RHEIMS. SqQ 

par la pesanteur et la puanteur da cadayre qu*on avait 
plac6 sur son oercueil^ et lui ordonna de faire savoir 
au cur^ que, s'il ne se Mtait d'enlever ce corps fdtide 
de sa sepulture, il ne tarderait pas k ^tre frapp^ de la 
vengeance d